tous les jours dimanche

C'était une maison de campagne et nous avons décidé un jour de nous y installer pour la vie.

31 mars 2009

cette heure là

heure1heure2heure3heure4heure5heure6                                                                                                                                                                                                                                             Il y aura les longues soirées d’été et le plaisir de respirer l’air frais avant de voir mourir le jour. On attendra ce brin d’humidité pour enfin se rafraîchir, on sentira la terre du jardin et du grand champ rendre la chaleur qu’elle aura absorbé toute la journée.
Pour l’instant, il fait encore frais et il n’est pas encore question de sortir après le dîner. Le poële est encore allumé.
C’est cette heure là, c'est celle qui marquait le début des hostilités il y a quelques jours encore. Bain, dîner, dents à laver, coucher, cette heure qui s’étire désormais et qui fait oublier que l’après-midi est déjà terminé, qu’il faudrait ranger les jouets.
C’est cette heure là qui transforme tout d’un coup le souvenir qui restera de cette journée. Un long moment, une heure suspendue, qui n’existait pas avant l’heure d’été, comme si les journées ordinaires comptaient bien une heure de plus désormais.
Une heure pour jouer et se courir après, une heure pour s’assoire sur le pas de la porte et les regarder, leur faire une petite place parce qu’eux aussi veulent une place pour voir le spectacle. Les vaches sont de retour dans les prés et le jour commence à décliner." Regarde maman, c’est tout rose de ce côté ! ».
Une heure qu’on prend comme elle est,  un peu fraîche, mais ensoleillée. Une heure qui lave de toutes les fatigues de la journée. Cette heure qui a manqué tout l’hiver et qu’on attendait cette année encore plus que les autres années.
Bientôt, ils  pourront partir marcher un peu pour  faire un bouquet, ou juste prendre un thé avant de se mettre au dîner.
Le jour va encore s’étirer, elle sait déjà que quelquefois, elle oubliera l’heure du bain, se débrouillera pour bricoler un dîner vite fait pour repartir dehors après, juste le temps de prendre le frais.
Ce soir, madame L était pressée. Aller chercher mademoiselle Joséphine à la sortie de la séance de boxe, reprendre le doudou oublié chez la nounou, repenser au dossier qu’elle venait de rédiger, une dernière fois avant de l’oublier.
Puis, sans même regarder la grosse pendule qui lui aurait indiqué qu’il était l’heure de rentrer, elle a posé le cartable de mademoiselle Blanche juste à côté de la porte d’entrée. Personne ne rentrerait. Elle s’est assise sur le pas de la porte, monsieur Marcel sur les genoux, puis elle leur a dit qu’ils avaient le temps de jouer, qu’ils pouvaient courir autant qu’ils le voulaient, et même crier. On dinerait après, on verrait bien ce qu'on trouverait.
Quand ils sont rentrés, leurs petits doigts étaient gelés mais ils avaient déjà envie d’été. Elle les a rassurés. On n’en avait jamais été si près.

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30 mars 2009

heureux doutes

cartes1cartes2cartes3cartes4                                                                                                      C’était son repère, sa vue sur les toits de Paris, cette vue qui l’a sauvée pendant vingt-cinq ans de moments difficiles. C'est lui qui lui a ditDepuis quelques mois il en a rendu les clés. C’était le jouet qu’il s’était offert quand il le pouvait. Une grosse moto dont il n’osait même pas se servir l’hiver. Un jouet dont madame L ne voulait pas qu’il se sépare, impossible d’exiger de lui qu’il oublie toute sa vie d’avant elle, jusqu’à ce prêt à rembourser. Et puis cette moto va trop vite, et puis il ne s’en servait presque plus. Et puis après, il se sentira plus apaisé. Depuis quelques jours, un défilé de motards vient voir l’engin, monsieur Aimé admire « la grosse moto » de son papa et mademoiselle Blanche demande s’il va en racheter une, après. « Peut être un jour » lui répond son papa en rangeant le trousseau de clés.
C’était sa pause, petit moment préservé plusieurs fois dans la journée. Juste devant la porte d’entrée ou sur le petit muret, un instant qu’elle imaginait à distance des contraintes du quotidien, un peu loin d’eux, pour y revenir après. Un moment de plaisir aussi mais ça, elle ne peut que l’imaginer. Il vient d’arrêter de fumer.
Les projets pour lui reprennent. On commence à cocher sur le calendrier les jours où il faudra se débrouiller sans lui.
Bonnes nouvelles.
De la vie à deux, elle n’a goûté avec lui que le plaisir, et parmi eux, le plus grand, celui d’être celle par qui les enfants sont arrivés, celle qui a fait mentir la légende qu’on prêtait à cet attentif taiseux.
Elle est la seule à l’avoir vu saisir chaque enfant à peine nés dans ses bras rassurants et lui permettre cette reposante solitude, juste après. Ensuite, elle a vu ses gestes hésitants et retenus avec les tout petits, compensés par des mots sûrs et respectueux.
Elle l’a vu jouer avec eux, sortir les cartes pour leur apprendre la bataille et les gants de boxe pour se défouler.
Elle l’a regardé aimé ce rôle de beau-père disponible, prêt à entendre des confidences qu’une mère n’est pas toujours la mieux placée pour écouter.
Elle l’a suivi quand il lui a dit qu’ils pouvaient s’envoler vers le Japon en les laissant un peu, lui assurant qu’avec leur grand-mère, ils se débrouilleraient très bien sans eux.
Elle s’énerve encore quand il lui dit qu’il n’est qu’observateur et qu’il ne peut réfléchir à une seule chose à la fois, soupire quand il lui demande de l’aider à rédiger un petit texte « de rien du tout » et il lui arrive même de l’envoyer au diable, une fois la porte fermée.
Ceux qui disent qu’ « ils se sont bien trouvés » ne se sont pas trompés. C’est comme si pendant toutes ses années avant lui elle s’était préparée à le rencontrer.
Ce qu’elle savait moins, c’est la difficulté d’être un couple heureux. Se demander toujours sans jamais être sûr si l’autre va bien, le voir faire du chemin en craignant de lui avoir trop demandé, et puis avoir envie de toujours pouvoir retrouver celui qu’on a rencontré, même après tout ce chemin partagé. Se demander ce qu’il serait si la rencontre n’avait pas eu lieu. Se demander ce qu’on serait aussi, sans lui. Elle voudrait quelquefois être sûre qu’en l’encourageant à être père, elle ne s’est pas trompée . Pas pour eux, elle sait que ses enfants n’auraient jamais eu de meilleur père que lui. Mais pour lui. Peut être qu’il aurait préféré une autre vie, moins contraignante et plus légère.
Et puis elle se rappelle ce dimanche soir devant la maison qu’ils devaient quitter pour repartir à Paris, et travailler. « Tu crois qu’en venant s’installer ici on s’ennuierait ». C’est lui qui l’a dit.
Il lui répond « oui, bien sûr », à chaque fois qu’elle lui demande s’il aime sa vie.
Mais elle aime tellement la sienne qu’elle craint, quelquefois, de dévorer celle de ceux qu’elle aime. A trop vouloir avancer elle sait qu’elle n’entend pas toujours toutes ses envies.
Mais elle sait que lui aussi, de l’autre côté de ce regard en miroir, il se demande souvent si cette vie lui plaît, si elle est heureuse avec lui. Elle sait qu’il se sent rassuré quand elle lui dit que oui. « Et toi ? ». « Ah non, c’est moi qui te demande ça ».

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29 mars 2009

heure d'été

dmanche1dimanche2dimanche3dimanche4dimanche5dimanche6                                                                                                                                                                                                                                                      Il fallait bien se faire à cette idée que cette journée raccourcie n’était en fait que la promesse de soirées rallongées, de vrais soirs d’été. Mais là, on s’est levé tard sans bien savoir quelle heure il était. D’ailleurs, on se le demanderait toute la journée. « mais quelle heure est il en vrai ? » « En vrai d’hiver ou en vrai d’été ? »
De toute façon ça n’avait pas grande importance parce qu’on avait prévu de se laisser porter par la journée. La soleil était là, un peu hésitant, mais on le sentait. Monsieur L lisait sur le canapé et madame L s’était remise à la couture des cadeaux de naissance qu’elle s’était promis d’envoyer. Midi ou onze heures, on ne savait plus très bien, peut être même treize heure si on rflécissait bien. Monsieur Marcel et monsieur Aimé avaient faim. Leurs parents étaient occupés, ça n’était pas un obstacle pour eux. Avec chacun une cuillère à la main et le pot de pâte à tartiner facile à attraper, ils allaient se faire un déjeuner rêvé. Ils étaient encore en pyjama, finalement ça tombait plutôt bien.
Tout le monde s’était habillé pour déjeuner et la porte était grande ouverte. C’était un peu la fête. Mademoiselle Joséphine en maître d’acrobaties faisait rire les petits.
Il était déjà tard quand ils son sortis pour jardiner, en tout cas ne n’était plus le début de l’après-midi. « mais il est quelle heure en vrai ? ».
Il était l’heure de faire un petit tour pour voir ce qui avait poussé, s’apercevoir que le rosier pour lequel on s'était inquiété allait finalement repartir, se demander si les cœurs de Marie seraient vaillants cette année, les dégager pour qu’ils puissent respirer.
Pendant que monsieur L taillait la glycine et les rosiers constatant que cette année, enfin, ils allaient se rencontrer, madame L s’attaquait au potager. Les orties étaient reparties et la menthe parfumait la petite main de mademoiselle Blanche qui la froissait. Puis les enfants quittaient le potager pour s’amuser avec les carrioles et les poupées , un peu vexés d’avoir été punis, trouvés par madame L chacun d’un coté de la grande échelle, tous les deux au sommet. Monsieur L posait les pierres pour dessiner les tours du petit carré. On ne savait pas encore ce qu’on y ferait pousser. Il faudrait aussi regarnir le jardin d’herbes un peu déplumé.
On ne savait plus très bien s’il était l’heure de goûter ou celle de dîner, monsieur Marcel venait de se réveiller. Le dimanche soit arrivait sans la nuit et c’était un peu magique, après s’être demandé toute la journée quelle heure il pouvait bien être, on se retrouvait juste un peu en avance, le temps de goûter à ce que pourraient ressembler les soirées qui s’annonçaient. Les enfants riaient, monsieur L était un peu tendu, elle ne s’inquiétait pas. Ce matin, il avait allumé sa dernière cigarette.

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28 mars 2009

autour de la table

gateau1gateau6gateau3gateau4gateau2gateau5                                                                                                                                                                                                                                         Il faut revenir ce soir à pas feutrés, pour dire merci. Ce n'est pas un devoir mais une profonde envie. Merci à celles, connues et inconnues, qui ont fait fi du refus d’être aidée pour laisser des mots, des commentaires ou des mails qui ont jalonné la journée de paroles apaisantes et d’émotions partagées, paroles de sœurs et de mères qu’il était si émouvant de découvrir au fil des heures, balayant définitivement l’envie qui l’a quelquefois taraudée de supprimer la fonction commentaires. L’idée lui était venue, certains soirs, mais il y a dans cet échange un plaisir qu’il serait dommage de s’interdire. Le partage, qu'il faut apprendre à ne pas refuser.
ET puis il y a ce pouvoir des mots posés, cette liberté qu’ils donnent, toujours parfumés de légèreté, même quand ils ont été durs, même lourds et fatigués.
Ils avaient été lus par monsieur L, avant d’être publiés. Alors ils avaient parlé de la fatigue et de l’hiver difficile, de l’usure que provoque chez lui, et chez elle, cette somme de projets auxquels il faut croire à chaque fois, qu’il faut souvent porter, y croire, avec l’espoir de les voir aboutir. Ils ont parlé du manque d’argent et de tout ce que ce manque peut dévorer, jusqu’à la plus grande des volontés. Puis ils ont parlé de l’après, des jours qui rallongent et qui s’éclairent aussi, pour lui. Alors pour elle aussi.
Ce matin ils se sont tous réunis autour de la table du petit déjeuner, et puis ce midi, et puis ce soir aussi. ET pour le goûter, monsieur L a préparé un gâteau au chocolat avec les petits. Son célèbre brownie, jamais égalé mais goûté qu'une seule fois ici.
C’est comme si toute la journée s’était passée dans cette pièce là, avec plus ou moins de convives selon l’heure de la journée. Une journée autour de cette grande table de ferme où on ne fait pas que manger. Mademoiselle Blanche dessinait pour l’anniversaire d’une petite fille qu’elle connaissait, sa grande sœur préparait son devoir d’arts plastiques et madame L avait enfin osé se lancer dans le couture de petits habits de bébés. Des cadeaux de naissance. Dans son armoire à tissus, elle avait trouvé ce qu’il fallait pour trois petites tenues.
La soirée était arrivée bien plus vte que prévue. Tant pis, on ferait des pâtes pour aller avec le gâteau au chocolat. Après le dîner mademoiselle Joséphine regrettait presque d’avoir bientôt quinze ans, « déjà ». Dans son panier de petits regrets, elle ne pourrait plus jouer à l’élastique dans la cour de l’école primaire.En ramassant ce que monsieur Marcel avait jeté de son dîner par terre, madame L lui a dit qu’elle croiserait toujours ce genre de regrets, ce que l’on ne peut plus faire. « Mais il y a des gens qui n’en ont rien à faire ». Et puis elle en a convenu, c’était bien aussi la conscience des jours tristes qui rendait encore plus belle l’arrivée d’autres journées plus gaies. Demain, on quitterait l’heure d’hiver, et Monsieur L promettait de s’occuper du petit déjeuner.

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27 mars 2009

dans le vide-poches

motsElle a plusieurs fois douté, pensé que le soir venu, elle n’écrirait pas son billet parce qu’elle avait pris l’habitude de raconter ici les petits plaisirs, quelquefois émaillés par l’amertume de certaines journées, ou d’autres, un peu trop salées. Elle avait quelquefois parlé de ses moments de lassistude, sans envie de trop s'y apensentir, sans vouloir y  revenir. Alors elle s’est dit que certains soirs il faudrait avoir l’élégance de ne pas raconter ce qui lui a collé à la peau toute la journée passée. Encore une fois la fatigue et le doute contre lequel elle a du plus en plus de mal à lutter, celui que distillent les ennuis matériels, ces soucis dont on n’aime pas parler, surtout quand on a la certitude d’être privilégié. Alors c’est comme si elle acceptait de rejoindre ses amies pour aller prendre un thé. Elle écouterait chacune se raconter, puis son tour venu elle dirait que tout va bien, surtout pas plus, parce qu’elle sentirait sa gorge se nouer. Pas envie de parler, de se laisser aller à l’indécence de raconter cette sensation de ne plus arriver à tout porter, à espérer, se mettre à pleurer alors que justement l’espoir renaît, mais qu’il est un peu tard pour elle, que la fatigue lui a dévoré toute raison d’espérer. Tout ça, elle peut l’écrire mais elle n’oserait même pas le murmurer, parce qu’il y a bien pire, parce que cette culpabilité la ronge autant que la peur de ne pas y arriver. Elle reprendrait une gorgée de thé, sentirait ses joues cramoisies de ne pas avoir osé parler. Et ce moment qui arriverait, celui où elle en voudrait un peu aux autres d’être gaies, ce petit groupe d’amies dont hier elle faisait encore partie et dont elle s’exclurait aujourd’hui. Celles qui s’émerveillent devant les petites jupes fleuries. Elle ne dirait rien, trop peur de les gêner, d’être trop à côté, d'être exclue d'un trait ou de se sentir blessée par les tentatives de réconforts. Elle essairait de les écarter. Elle ne veut pas qu’on l’aide, parce qu’elle ne pourra pas rendre après. Elle veut garder son orgueil, après tout il l’a toujours réchauffée, jamais abandonnée. Elle ne veut pas qu’on l’aide. Elle voudrait juste pouvoir dire tout ça sans ennuyer, sans voir les têtes se détourner, pour passer à autre chose après. Entendre qu’aux autres aussi c’est déjà arrivé, la sensation d’être un peu perdue, de ne plus trop savoir où aller. Alors elle pourrait pleurer sans être triste, sans attirer la pitié, juste pouvoir poser les sacs trop lourds qu’elle n’a plus envie de porter. Elle voudrait pouvoir déposer ce qu’en elle il y a de plus violent, comme on laisse les clés de la voiture dans le vide-poches de la porte d’entrée. Elle voudrait ne plus compter et recompter pour s’apercevoir qu’il y a toujours une addition qu’elle a oubliée. Il roule sans ceinture et continue à fumer, puis tousse de plus en plus souvent, alors au moins une fois par jour elle s’imagine toute seule avec ses enfants. Il se laisse envahir par ce vide qu’elle s’acharne à combattre alors que ce combat n’est pas le sien. Ils n’ont pas la même notion du temps. Alors elle s’active pour ne pas crier et commence à ressembler à ces mères commandant en chef qu’elle a si souvent haïes. Elle voudrait pouvoir dire que cent kilomètres par jour c’est bien trop lourd, elle voudrait ne pas courir après ce temps pour écrire. Elle voudrait être sûre qu’ils continueront à lui laisser ce temps pour ses petites histoires du soir, son instant suspendu, quoi qu’il arrive. Elle voudrait enfin pouvoir se consacrer à l’histoire qu’on lui a commandée, un rêve de petite fille qui s’était réalisé et qu’elle n’a pas encore pris le temps d’honorer. Elle voudrait pouvoir dire tout ça sans rien remettre en cause de la vie qu’elle a choisie. Et après avoir dit tout le mal qu’elle pensait, elle voudrait pouvoir dire qu’elle aimerait un autre enfant, avec lui. Et une fois le souhait prononcé, le reprendre par devers elle, comme un secret, ne plus en parler, laisser les choses se faire et ne plus y penser. Ne plus lutter, laisser la vie reprendre son cours. Se laisser porter.

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26 mars 2009

oui

aimeIl n’y a pas si longtemps, il était champion toutes catégories en non et autres négations. « Non, non, non !!! ». C’est aujourd’hui son petit frère qui a pris le relais du non sur tous les tons, avec  quelquefois des faux non qui sont des vrais oui.
Lui, maintenant, c’est le oui qu’il dit, en s’appliquant très fort sur le « i ». Oui comme bonjour, oui, comme «  ça va mieux » après un gros baiser et oui après « tu as bien dormi ?», « tu en veux encore ? «  ou « on va chez la nounou aujourd’hui ».
Ces jours-ci, monsieur Aimé a revêtu son costume de petit garçon heureux. Il veut bien tout et bien plus encore et quand il fait une bêtise, il dit « c’est pas grave maman » et « pardon » avant d’essayer de la réparer. Depuis hier, ou avant-hier, « d’accord » fait même partie de son vocabulaire.
Le seul oui qu’il n’a pas accordé à sa maman qui lui faisait encore part de son admiration pour de tels progrès, c’est celui de la propreté. « Le pot, c’est pour Marcel, les toilettes, pour Blanche, et pour les grands». Entre les deux, sa raison semble encore un peu se balancer. Ni oui, ni non, on verra après. On verra cet été, quand il l’aura décidé.
Ce petit détail n’a pas grande importance, parce que ces derniers temps, monsieur Aimé a choisi l’enthousiasme et la joie. « C’est génial ! » et  « Super » scandé toute la journée.
Il lui arrive encore de balancer une petite pichenette sur la tête de son petit frère, suivie immédiatement par un pardon et un baiser. « ça ne suffit pas ! » crient quand même monsieur et madame L, « je t’interdis de recommencer ! » alors que les deux petits garçons sont repartis pour jouer dans un grand éclat de rire, les larmes déjà oubliées.
Entre deux et trois, le petit garçon vient de faire la moitié du parcours et le « terrible two » paraît déjà loin derrière. Entre petit et grand il semble avoir définitivement choisi, et met un point d’honneur à  faire partie de ceux qui ne se roulent plus par terre quand ils sont contrariés.
Il faut juste le laissait faire « tout seul » tout ce qu’il croit pouvoir faire. Monter les escaliers avec son doudou dans un main et dans l’autre, le biberon de son petit frère, manger avec un vrai couteau et se servir de l’eau dans son verre, mettre son manteau rouge pour aller se promener ou rester un peu seul dans le bain quand les autres en sont sortis. Et puis il y a une chose très importante qu’il faut accepter. Pour le baiser, c’est lui qui a le dernier mot.
En ce moment, le petit garçon a besoin de moment rien qu’à lui. Des instants en solitaire, pour jouer tranquille sans être dérangé. Des moment tout seul avec son père, des moments tout seul avec sa mère. Et ça tombe plutôt bien, parce qu’en ce moment, sa mère ne rêve que de ça. Un petit moment qui n’appartiendrait qu’à eux. A eux trois, avec son papa, ou rien qu’à eux deux, en tête à tête, un petit garçon et sa maman. Et pourquoi pas les deux. Il va falloir inventer  ce moment préservé, le mettre sur pieds. Pour un instant ne penser qu’à lui, ce petit garçon qui a décidé de dire oui. 

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25 mars 2009

tour de chance

mercredi1mercredi2mercredi3mercredi4                                                                                                          « maman, il est 7h09, lève toi !! » Pas le temps de s’habiller, le bus était sûrement passé. Pas le temps de petit déjeuner non plus, on le rattraperait peut être au village d’après. Elle a tourné la clé pour démarrer et 7h02 s’est affiché. Un des petits avait encore du jouer avec l’horloge de la cuisinière. En souhaitant une bonne journée à sa grande fille, elle lui a assurée que c’était jour de chance et qu’il fallait en profiter.
Après un mardi-gras qui avait sauté un mois, pourquoi pas s’imaginer qu’on était un vendredi treize, même si elle ne croit pas à ces choses là. Parce qu’en deux jours, elle a eu besoin de trouver deux fois des papiers importants, et deux fois, il lui a suffit d’ouvrir son tiroir pour les trouver. Là où pour d’autres, ce ne serait que la vie normale, pour elle ça ressemblait bien à la vie rêvée.
Comme ils allaient en ville, elle a pris le ticket de caisse du figuier pour enfin l’échanger. L’arbre offert pour la fête des pères n’avait jamais pris et il y avait un an de garantie. C’est en tout cas ce que le monsieur du magasin lui avait dit. « mais madame, il s’est trompé, il n’y a aucune garantie sur les figuiers  et puis votre arbre, regardez bien, des bêtes sont venues le ronger et ça, nous n’y sommes pour rien». mais comme il était très gentil, elle n’a même pas eu besoin d’insister. Echange accordé.
Et un peu plus tôt, ce prêt accordé pour une voiture plus grande, sans même discuter. Elle aurait bien continué sur sa lancée, rien que pour voir quelle bonne nouvelle allait encore leur arriver. Elle se serait bien promené en ville. Peut être qu’ils auraient croisé le père Noêl en train de distribuer des billets et de bonnes nouvelles. Il leur aurait demandé où était cette famille qui fête mardi gras au bord du mois d’avril. Elle l’aurait invité pour Pâques à boire un bon chocolat.
Mais monsieur L avait envie de rentrer. Il avait raison. Il était midi passé et tout était fermé en ville.
Pour la première fois depuis très longtemps, elle s’est allongée après le déjeuner. Le sommeil était là, tout près. Elle s’est laissée bercer par cette certitude que la chance ne les boudait plus. Elle ne les avait pourtant jamais quittés depuis qu’ils s’étaient installés ici. ET même depuis qu’ils se connaissaient. Une chance inouïe. ET puis ces derniers mois, depuis qu’ils avaient du rendre les clés du repère parisien, elle les avait un peu toisés. C’est en tout cas la sensation qu’elle avait, même si elle n’a jamais cru à ces choses-là.
Et puis cette après-midi, pas très loin du poêle qui la réchauffait, elle e laissé venir un peu l’ennui. Cela ne lui était pas arrivé depuis des années. Ni couture ni cuisine, rien qui aurait pu lui occuper l’esprit. Elle avait envie de profiter de cette sensation étrange et délicieuse, ne pas savoir ce qui naîtrait de cet ennui, mais sûre aussi qu'il en naitraît quelque chose. A  part ses histoires du soir, elle n’avait plus écrit depuis longtemps et là, allongée sur son canapé, elle savait que dans sa tête, les scénarri se remettaient à danser. D’abord tout doucement, il faudrait aller les chercher. Mais elles pouvaient enfin sortir de ces mois de placard où elles étaient allées toutes seules se ranger.
Dehors, le vent soufflait très fort. Le piano de Schumann allait très bien avec le temps. Elle a eu envie de se remettre à lire. Des mois que ça ne lui était pas arrivé. Envie de Victor Hugo, le dernier jour d’un condamné. Elle ne s’est pas levée, sa bibliothèque attendrait. Elle a laissé le sommeil arriver, bercée par ces histoires qu’elle ne connaissait pas encore. Juste une trame, en train de se dessiner.

mercredi

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24 mars 2009

mardi-gras

mardi1mardi2mardi3mardi4                                                                                                      Ce soir, elle revenait d’une journée plutôt gaie. Un matin joyeux dès le lever et mademoiselle Joséphine ravie d’aller au théâtre ce soir, une petite sœur qui pique-niquait avec sa classe dans les ruines d’une abbaye et deux petits garçons qui sont partis avec leur nounou sans se retourner.
Il y a eu ce retour sur le lieu où elle travailait encore l’année dernière et des regrets forcément doux à l’oreille, ceux de gens qui ne l'avaient pas oubliée, ceux d’en bas, ceux qui disent bonjour sans qu'on leur réponde toujours.
Puis il y a eu l’eau, ce midi. Toujours un peu de mal à s’y jeter et la certitude, dès qu’elle a plongé que cet élément est le sien, des longueurs réchauffées par le soleil qui passe à travers les fenêtres du toit et les yeux qui se plissent, la porte ouverte sur la piscine extérieure. Nager dehors, ce sera pour dans quelques mois.
Cet après-midi, la rencontre avec un tout jeune boulanger qui vient d'ouvrir pour faire revivre un village endormi. A la sortie, cinq pains au chocolat dans un petit sachet.
Une journée ordinaire et légère et sur la route du retour, l’envie de continuer sur le même air. Juste avant de partir rencontrer le boulanger, elle avait téléphoné à monsieur L pour lui dire que c’était mardi-gras aujourd’hui. Il s’occuperait des crêpes, sa spécialité, elle serait aux costumes. Il n'y aurait pas d'invité, c'était juste comme ça, pour eux. Mademoiselle Joséphine était presque déçue de ne pas être là pour la petite fête, mademoiselle Blanche oubliait de raconter sa jourée à l’Abbaye, elle avait une robe de reine des neiges à retrouver. Il fallait maintenant trouver une idée pour monsieur Marcel et monsieur Aimé. Pas sur non plus que le plus petit ait envie de se déguiser. Les petits masques que le père Noël avait amené ferait l’affaire. Mademoiselle Blanche avait rajouté un diadème à sa tenue, et monsieur Marcel était très fier d’être un ours avec son gros gilet à bouclettes, pourvu que le masque reste bien sur le haut de sa tête. Monsieur Aimé n’avait pas peur de se masquer, petit éléphant sautillant. Finalement, la reine des neiges pouvait aussi se faire lapin. Petit lapin blanc, et princesse aussi.
C’était la fête , pas pour les crêpes. Callés par les pains au chocolat, les petits ont boudé le dîner sucré de leur papa. Tant pis, demain matin au petit déjeuner mademoiselle Joséphine serait ravie.
Quant à madame L, elle avait essayé de rendre l’affront moins cruel. Elle avait adoré la crêpe que monsieur L lui avait préparée, comme celle de monsieur Aimé et la fin de celle de monsieur Marcel, puis le reste de crêpes de mademoiselle Blanche. Vingt et une longueur de piscine, oubliées en quelques bouchées. Mais c’était tellement délicieux. Et c’était mardi-gras, c’était marqué sur le calendrier.

Vers minuit: Désolée pour tous ceux qui suivent le carême....depuis un mois déjà. Ah là là, elle va vraiment un problème avec les dates la dame, qui a quand même vérifié ce matin sur son calendrier, c'est encore pire! Mardi gras, c'était le 24 fevrier. Les enfants ne lui en voudront pas, c'était une très joyeuse soirée!

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23 mars 2009

tous les dangers

danger1Ils sont encore petits, bientôt, ils s’en iront dans le champ sans lui demander son avis, ils oublieront de la prévenir et partiront retrouver leurs jeux, leurs pays imaginaires de l’autre côté de la petite rivière. Ils iront voir les ânesses et les chevaux et pour les rejoindre, il faudra qu’ils traversent le troupeau de vaches, et devront faire attention au taureau.
Elle n’a jamais peur pour eux, presque jamais, ou comme hier quand le petit accident est déjà passé et qu’il aurait pu mal tourner.
Elle n’a peut être pas assez peur pour eux, elle devrait se faire plus soucieuse, leur interdire, se faire de la bile. Quelquefois, elle envie ses mamans qui n’arrivent pas à dormir parce qu’elles dressent la liste des dangers. Quelquefois, elle voudrait s’inquiéter, être une vraie mère. Elle en a voulu à la sienne de ne pas assez avoir peur pour elle.
Elle a toujours dormi comme un bébé et le nombre d’enfants n’y a rien changé. Elle aime les regarder vivre, libres, apprendre tous seuls les dangers, apprivoiser les difficultés, les regarder de loin aller un peu trop loin, et ne pas les regarder quand ils sautent  trop haut du petit muret.
Dans la maison, il n’y a jamais eu de barrières aux escaliers et les poêles ne sont pas protégés. Les petits ont développé un sens de l’équilibre hors du commun et savent depuis longtemps que le feu brûle quand on y met la main. Mais ça n’excuse rien. L’accident peut toujours arriver.
A ce jeu il est encore plus confiant qu’elle. Ni papa poule, ni maman poule. Et pourtant quelquefois, elle aimerait bien être ce qu’elle n’est pas, ou ne pas être ce qu’elle est, trop confiante et toujours sûre d’eux, leur crier « non fais attention », être là pour eux, même trop là quelquefois au lieu de toujours écouter cette petite voix qui lui dit qu’ils vont toujours arriver à se débrouiller. Elle a essayé et quand elle crie « je vous interdit, c’est  trop dangereux », personne n’y croit ici.
A quelques petites exceptions près. A la maison, l’eau boue toujours sur la plaque du fond. Souvenir d’un reportage de monsieur L dans un service d’enfants brûlés. C’est comme une obsession. De ça peut être, elle sait les protéger. Comme elle ne veut plus prendre une voiture qui n’est plus adaptée pour voyager. Mais la loi a beau l’exiger, ça n’a pas encore été possible pour eux. Souvenir d’un tout petit accident cet hiver, sans aucune gravité. Sauf que mademoiselle Blanche  s’est retrouvée avec les dents de sa grande sœur plantée dans le cuir chevelu. Bilan, une petite  blessure et peut être une dent à remplacer. Rien de grave. Une grosse frayeur, celle de ce qui aurait pu arriver. Ils sont aussi là pour les protéger.
Quelquefois, elle aimerait tant faire partie de ses mères qui nouent les écharpes et enfilent les bonnets.
Ses enfants ont toujours eu la goutte au nez.
Et puis il y a cette petite voix, toujours là, qui lui dit qu’ils sont loin des bidonvilles de Bombay ou de la bande de Gaza,  que le numéro qu’ils sont tiré n’est pas le plus mauvais et qu’ils ont tant de chance d’être là, même si ça ne suffit sûrement pas.
Les petits brûlés qu’elle a vu sur les photos que monsieur L lui a montrées vivaient presque tous dans des appartements insalubres et surpeuplés, petites victimes de drames qui n’avaient rien à voir avec le hasard.  C’est pour ça qu’il faudrait lutter.
Mais c’est de quatre enfants dont elle est la mère aujourd’hui. Pas de la terre entière.  Elle doit peut être faire plus attention à ces quatre petits.
Quand même  se répéter qu’ils ont de la chance, leur dire quelquefois.
Et quand son cœur se serre à la vue d’une nouvelle acrobatie, se rappeler les descentes à vélo devant la petite maison de ses grands parents. Sans freins, et sans les mains, et malgré cette cicatrice sous le menton qui ne disparaîtra jamais, cette sensation de liberté à grande bouffée. Le temps d’arriver en bas, elle était la reine du monde, bien plus forte que tous les dangers.

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22 mars 2009

fête des plantes

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Les enfants avaient faim, on avait rien préparé. C’était bien d’être là, allongée sur l’herbe fraichement repouséee en attendant les papas qui reviendraient avec des frites et des saucisses. Pas très diététique, mais trop bon quand on  a très très faim. En attendant, mademoiselle Blanche cueillait des pâquerettes alors que monsieur Aimé et monsieur Marcel étaient partis quémander chez les voisins. « maman, on a faim ! ». Forcément, à cette heure là, il faudrait encore attendre « j’aime pas la patience ! » et la bataille autour d'une bouteille d'eau tournait au pugilat.
Mademoiselle Blanche hésitait. Aller jouer avec le petit garçon ou rester là pour choisir une fleur à ramener à la maison. Elle avait envie des deux, mais pour la plante carnivore, sa maman avait dit non.
De loin, on apercevait les deux petits garçons qui jouaient . Inutile de s’inquiéter, puis madame L a en tendu les pleurs de monsieur Aimé puis aperçu l’amie qui l’avait pris dans ses bras. La partie de chevaliers avait ma tourné. La petite paupière était toute gonflée, impossible à ouvrir pour lui. Il pleurait et les jambes de madame L es sont mises à trembler. Juste à côté l’amie n’était pas plus rassurée. Il a fallu le courage d’un papa qui a pris son petit garçon dans les bras, regardé de plus près, la voix qui rassurait,  pour s’apercevoir que la paupière était retournée, les cils à l’intérieur. Un petit geste sûr et tout était revenu à l’endroit, les grands cils dépliés et l’œil pouvait de nouveau s’ouvrir, juste un peu griffé. En repartant, le papa en question s’est même arrêté pour choisir un petit cerisier japonais. Ils rejoueraient les sakuras à la maison. Monsieur Aimé et sa maman se remettaient de leurs émotions en se serrant. De grandes respirations, pour oublier qu’on était pas passé loin du vrai accident.
Quand ils sont rentrés, mademoiselle Joséphine leur a demandé ce qui leur était arrivé. « D’habitude vous êtes plus joyeux que ça quand vous rentrez de ce genre de trucs là ». ils lui ont raconté, et puis monsieur Aimé souffrait quand même un peu, et puis monsieur Marcel qui lui aussi avait le dessous de l’œil tout bleu, souvenir de vendredi dernier, ne voyait pas pourquoi il n’avait pas droit aux bras de sa maman. Tout allait mieux, on pouvait réfléchir à l’endroit ou on planterait ce cerisier. Peut être que dans quelques années, on irait tous ensemble pique niquer sous les fleurs, assis sur une grande bâche bleue. On se souviendrait du Japon et de cette journée, des émotions qu’on y avait trouvées et du plaisir, si grand, qu’on ressent quand tout s’est bien terminé.

eau

Posté par marionl à 22:38 - jour après jour - Commentaires [29] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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