tous les jours dimanche

C'était une maison de campagne et nous avons décidé un jour de nous y installer pour la vie.

31 décembre 2008

bon voyage

voyage1Tant de fois, l’idée même de monter dans ce train sans bien savoir où il la mènerait lui faisait oublier que le voyage était obligé, qu’il fallait monter dans ce train de la nouvelle année. Pas envie de monter,pas tout de suite, envie d’attendre un peu sur le quai, de regarder passer la rame et de laisser jouer la fanfare. Elle les rejoindrait à la gare d’après. Elle a longtemps aimé cette idée de ne commencer l’année que le 2 ou le 3 janvier, en se cachant la tête pour ne pas voir les flons flons et les paillettes.

Elle n’est pas de ceux qui abhorrent les fêtes. Mais pas ce jour là. Trop frileuse peut être pour célébrer l’année en train de naître. Trop attachée à celle qui vient de s’éteindre pour l’oublier d’un seul coup de trompette.

Les réveillons du jour de l’an ne l’ont jamais amusée. Quelquefois, elle s’est forcée, elle s’est même laissée happer par l’ivresse et les paillettes. Mais ces douze coups de minuits, ces douze points de suspension entre deux années, elle les aime trop pour les passer à la bombe dorée. Elle les aime intimes, murmurés. Dans les grandes fêtes, elle se débrouille toujours pour tirer celui qu’elle aime par la manche et l’emmener se cacher. Se réchauffer un peu avant de sentir le vertige de l’année à venir, et la peur de tout ce qu’il va falloir y affronter.

Cette fois encore, le réveillon se fera en petit comité. Peut-être qu’à minuit, les enfants dormiront. Alors ils iront leur déposer un baiser sur le front. ET puis elle ne dévoilera pas ses vœux, de peur de na pas les voir se réaliser.

Mais quelque chose a changé. Cette fois elle n’a pas froid et cette année commencera dans l’ivresse. Pas celle des bulles de champagne au Bourgogne mêlées, celle que lui procure l’idée même du voyage qui l’attend. Une année entière dans un train dont le roulis rassurant donne assez de force pour s’arrêter en escales inconnues, découvrir ce qui l’attend sans avoir peur de de ce qu’elle ne connaît pas . Les rails sont solides mais elle ne sait pas ou va le train. Et a bien y regarder, c’est elle qui en sera souvent chef mécanicien, mais à propos de ce voyage, elle n’a qu’une certitude, le nombre de jours qu’il durera. Pour le reste, elle ne sait rien. Ou elle sait l’essentiel. Sur la banquette, à ses côtés il y aura ceux qu’elle aime.  A mi-chemin, un de ceux là descendra pour changer de train. Ça aussi elle le sait déjà. Mais elle sait aussi la fierté qui sera sienne. Alors ils s’arrêteront de temps en temps pour écouter ce récit de voyage qui ne sera pas le leur. Puis ils reprendront leur chemin.

Le 31 décembre prochain, ce voyage finira. Elle sera plus riche de ce voyage là et de tout ce qu’elle y aura arraché, de toutes les découvertes et les plaisirs qu’elle y aura glanés. Il y aura des peines aussi, mais elle leur aura survécu. Elle sait aussi la force que donnent les blessures cicatrisées.

Le train est sur le quai. Il siffle. Il l’attend. Tout le monde l’attend. Chacun à ses bagages, elle espère tellement que celles de ses enfants ne sont pas trop lourdes à porter. Les siennes prennent un peu de place. De moins en moins pourtant. Pour ce voyage en l’an neuf,  elle a décidé de voyager léger.

Posté par marionl à 18:56 - jour après jour - Commentaires [62] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

30 décembre 2008

à La Piscine

piscine1piscine2piscine3piscine8piscine4 piscine6piscine7piscine5                                                             Elle n'a pas visité tant de musées que ça, il y en a de grands dont elle a beaucoup entendu parlé.Certains où elle entrera avec la sensation d’y être enfin. Mais elle en est sûre, celui là restera toujours son préféré. La Piscine de Roubaix a même le bon goût de rester ouverte le mardi, ce qui tombe parfaitement bien puisqu’ils avaient complètement oublié avant d ‘y arriver qu’on était ce jour là. Vieille piscine oubliée sous les gravats pendant des années puis transformée en musée pour accueillir les peintures et sculptures des  deux siècles derniers. Vie de famillle, vie quotienne, la petite Châtelaine tourne le dos à ces ouvriers qui construisent le métropolitain, tandis qu’un peu plus loin, une jeune femme nue pose pour son peintre de mari alors que leurs enfants jouent à leurs pieds. Il y a aussi l’Enfance de Sims, ce tableau qu’elle a découvert aujourd’hui. Elle a essayé de le détailler tant qu’elle pouvait pour en garder le souvenir le plus précis.

Une collection de trésors montrée autour du bassin de nage qu’encerclent toujours d’élégantes cabines, et des coursives où on pourrait presque entrevoir de jeunes dame se promener en maillot de bain couvrant.  Au détour des couloirs,  on croise même quelques baignoires ici ou là. C’était l’époque des bains.

Mademoiselle Joséphine ronchonnait avant d’arriver, elle y a trouvé ses sculptiures préférées. Mademoiselle Blanche, monsieur Aimé et monsieur Marcel cherchaient les animaux de la ferme dans les tableaux. Le plus grands des garçons se permettait une excursion jusqu’à l’exposition temporaire. Pour le rejoindre, on n’avait pas de billet.

Monsieur et madame L étaient déjà venus, ils y reviendraient tous les deux plus calmement, d’autres fois. Aujourd’hui, c’étai juste pour se faire plaisir, pour retrouver cet endroit qu’elle aime tant, retrouver des tableaux aimés et en découvrir  d’autres. Se dire qu’on pourra toujours revenir, qu’ils ne bougeront pas.

On s’ est même offert un goûter. Assis dans cet endroit comme on pouvait l’être sur le pont d’un paquebot lors d’une longue traversée, avec des chocolats chauds fumants et des gaufres au sucre roux. Les enfants s’amusaient, elle savait qu’elle garderait encore longtemps le souvenir de cet endroit, celui de ce moment.

Elle aurait pu croiser ici un homme élégant, à la culture immense et à la fortune dilapidée, celui qui lui aurait expliqué l’histoire de tous ces tableaux exposés. Elle regardait le père de ses enfants, cet endroit lui allait aussi bien qu'à l'esthète fauché. Ils auraient pu se trouver tous les deux sur ce Transatlantique, juste occupés à profiter du temps à vivre jusqu’à l’arrivée. Avec les enfants ou pas, elle ne l’avait pas encore décidé.

« Maman, tu viens voir avec moi l’écharpe que je voudrais te montrer au magasin du musée ».Quand ils sont repartis, la petite enveloppe au fond de la poche de son manteau avait été vidée. Elle tenait dans ses mains, un grand sac fait d’étoffes rebrodées. Une pièce unique, magnifique,  arrivée tout droit de Pondichéry. Un grand sac qui ne leur servirait à rien, un sac trop fragile pour voyager. Un grand sac qui ne leur servirait qu’à continuer de construire leurs rêves, quoi qu’ils décident de glisser dedans.

piscine9

 

Posté par marionl à 19:23 - jour après jour - Commentaires [33] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

29 décembre 2008

la grande roue

roue1roue2roue3roue4                                                                                                         Mademoiselle Blanche en avait rêvé. Elle avait vu la petite Lune la faire tourner sans savoir que chez maminou, le père Noël avait pensé à elle et que c’est exactement cette jupe qu’il lui avait apportée.

Aujourd’hui, elle est partie avec sa tenue de princesse se promener en ville. Une promenade encore éclairées par les lumières de Noël. IL restait à trouver le cadeau de monsieur pour madame et celui de madame pour monsieur. Parce que Noêl, c’est aussi pour les grands. Ils avaient juste attendu de retrouver cette ville qu’elle aime tant.  Et puis madame L avait très envie de céder ce petit caprice, une envie qui la taraudait depuis longtemps. Une bougie parfumée écrite noire sur blanc. Elle a choisi Myrrhe dans ce si joli magasin. Elle avait aussi essayé un parfum, un de ceux dont le dessin du flacon ne semble pas avoir changé depuis un siècle au moins. Un de ces parfums magiques, légers et discrets la première fois qu’on les sent, et qui laisse un souvenir poivré qu’on ne peut pas oublier. Un souffle, puis une empreinte.

Quand ils sont sortis, monsieur L lui a juste pris le poignet, il a approché son nez, puis il repartie dans la boutique.

Un vrai cadeau de Noël comme elle en rêvait sans oser le demander.

Elle avait aussi glissé dans sa poche la petite enveloppe que sa mère lui avait donné. Ils ont dépensé cent fois ce qu’elle contenait sans rien acheter. Ils sont même aller trainer du côté électroménager d’un grand magasin pour s’apercevoir que leurs envies dépasser leurs moyens. ET puis un cadeau dans ce rayon là, ça ne leur ressemblait pas. C’était tellement mieux de ne pas gacher ce moment. Ils ont décider de garder la petite enveloppe fermée, de ne pas acheter pour acheter. Ce cadeau, ils se le trouverait plus tard, peut-être dans une de ces petites brocantes qu’ils aiment tant « mais tu me promets qu’on ne le dépensera pas pour une chose dont on a besoin ? ». C’était un luxe auquel elle tenait. Les choses utiles les avaient toujours ennuyés.

Plutôt que de se perdre dans cette quête de l’objet. Ils avaient promis aux petits un tour de grande roue quand il ferait nuit. Cette année encore, elle était là toute décorée. Elle n’était pas encore partie. Elle les avait attendus.

Monsieur L est resté en bas avec monsieur Marcel dans les bras. Madame L serrait la main de mademoiselle Blanche et mademoiselle Joséphine s’occupait de monsieur Aimé « Tu le sers fort, tu me promets ! ». La grande roue s’est envolée pour s’arrêter en son sommet. Tout en bas, des gens montaient dans leur nacelle. Ici, on était plus haut que tout, on voyait toutes les lumières de la ville et les gens, comme des toutes petites fourmis. Il faisait très froid, ils avaient les doigt glacés mais c’était bon d’avoir peur et de rire quand on l’a sentie reprendre sa course circulaire, comme si elle n’allait jamais s’arrêter. Monsieur Aimé n’osait plus bouger, bouche bée. Trois tours avant de redescendre et de retourner la voir tourner « Maman, tu es sûre qu’on est monté aussi haut que ça ? ». Mademoiselle Blanche rêvait d’un autre jour où on pourrait faire un autre tour. Madame L savait qu’ils y reviendraient. Elle n’avait pas passé un seul Noël sans rêver à cette grande roue et au tour qu’elle s’offrirait. Qu’elle leur offrirait à ses côtés. Elle aussi avait très envie d’y retourner, encore une fois avant de partir. Avoir peur, sentir son cœur battre trop fort et la nacelle se balancer. Puis rire en oubliant le froid.

roue5roue6roue7roue8

Posté par marionl à 20:27 - jour après jour - Commentaires [31] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

28 décembre 2008

sur la route

route2route3route4route1                                                                                                           Les adieux étaient tristes pour monsieur Aimé et une demoiselle Lune chacun d’un côté de la vitre. Mademoiselle Blanche avait compris qu’on se reverrait et qu’il fallait reprendre la route parce que Maminou les attendait.

Il a d’abord fallu rouler jusqu’à l’autoroute, traverser la forêt en se souvenant déjà des deux jours qu’on venait de passer. Monsieur Aimé, toujours silencieux, le regard perdu vers la campagne qui défilait. Mademoiselle Blanche s’était creusé une petite place ente les jambes de sa grande sœur et monsieur Marcel s’était vite endormi.

C’est peut être parce qu’il faisait beau, mais cette fois ci, la promiscuité ne les dérangeait pas. Ce voyage serait plus court que le premier, il avait le vrai goût des vacances, quand on ne sait pas vraiment où on est et qu’il importe peu de savoir si on est dimanche ou lundi.

Et puis l’autoroute est arrivée. Celle qui mène chez Maminou, celle dont le grand aéroport marque l’entrée. Il y avait des avions qui partaient, on essayait de deviner où ils allaient.

Au mystère de ces destinations rêvées, madame L sentait se mêler les images qui défilaient au bord de cette autoroute, celle qui reviennent, qu’elle le veuille ou pas, dès que les deux grands cèdres du Liban sont passés.

Une 2 CV rouge avec une maman et trois petits enfants dedans, une 2 CV qui n’arrive pas à résister aux bourrasques de vent et qui tremble dès qu’un camion la double. Souvenirs de voyages un peu tristes d’avoir quitté Paris pour retourner là-bas. ET puis une autre voiture quelques années après, et le plaisir de rentrer enfin chez soi dans une région qu’ils avaient appris à aimer.

Il y a eu les années de train. On filait encore plus vite et on s’amusait à doubler les voitures  aperçues par la vitre du TGV. Mademoiselle Joséphine était petite et elles revenaient toutes les deux ici tellement souvent.

Et puis on s’est installé un peu loin, encore plus au sud, pour ne plus revenir que de temps en temps. Elle lui a fait découvrir la ville et l’appartement où elle avait vécu, elle lui a montré sa vie d’avant, ses vies d’avant. Toutes ses bribes qui lui revenaient au fil de la route qui avançait et ses immuables repères. Ce bateau un peu idiot planté dans un champ si loin de la mer, cette grande usine désaffectée et puis les deux grands terrils. Montagnes de charbon un peu terrifiantes qui lui disaient toujours qu’ils y étaient bientôt et qu'ici, ce n'était pas toujours rigolo.

« Maman, on est bientôt arrivés maintenant ? ». C’était la sortie d’après. Elle les avait lâchement abandonnés. Lui en train de conduire à ses côtés et eux, derrière, un peu serrés. Elle était partie très loin, un peu perdue à la croisée de tant de chemins. Il lui restait quelques kilomètres pour les rejoindre dans un présent qu’elle savait léger, qu'elle aimait comme il était.  La boîte à souvenirs s’était ouverte à son insu. Elle la refermait. Sûre et certaine qu’elle s’ouvrirait de nouveau pendant les quelques jours qui allaient venir. Elle s’ouvrirait plusieurs fois, qu’elle en ait envie ou pas. Mais là, elle était avec eux, et c’est ça qui comptait.

Posté par marionl à 22:39 - jour après jour - Commentaires [20] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

27 décembre 2008

dans la maison de Lune

lune5lune2lune1lune4lune6lune7lune8lune3Mademoiselle Blanche avait demandé plusieurs fois comment s’appelait la maman de Lune, « et son papa déjà ? ». Et puis on y était arrivé, un peu plus tard que prévu mais pressé de les retrouver. Dans une jolie maison qui semblait être faite pour fêter Noël, on s’est empressée de découvrir toutes ses pièces et les trésors posés par ci par là, mis sous des globes de mariée  ou accroché à des cintres en bois. Une maison dont la délicatesse ne craint pas le réel. Un endroit de rêve pour madame L ravie d’avoir un peu quitté son chez elle pour  se retrouver là  au milieu d’un univers qu’elle avait mille fois imaginé. Elle y retrouvait une amie et les morceaux de dentelles et d'étoffes qu'elle savait faire courir sous ses doigts. ET l'atelier, un rêve pour l'apprentie couturière qu'elle était. 

Et puis il y avait mademoiselle Lune, une vraie princesse avec un jupe qui tourne, une vraie petite fille à faire rêver un petit garçon prêt à la suivre dans tous les recoins de la maison. Et puis sa maman et son papa, croisés cet été à la maison, avec qui on avait envie de reprendre la conversation.

Il y a eu des jolis cadeaux de noëls, que la dame de cette maison sait si bien emballer, un dîner et après une grasse matinée un petit déjeuner de rêve avec de la confiture d’orange et du miel. Et tout ça, avec  trois enfants qui courent partout, montent et descendent l’escalier, jouent de la musique et trouvent la flûte cachée, le tout en essayant de semer le dernier petit laron dont le quatre pattes pourtant rapide pose cette fois un sacré handicap. Des petits lutins qui se fâchent et se rabibochent la seconde d’après, prêts à affronter le froid mais trop contents quand même de rentrer pour un bon chocolat.

De vraies vacances de Noël, avec un petit tour en ville en fin de journée alors que les enfants ont été confiés aux papas.

Et puis le retour, alors qu’on a encore eu très froid, et le plaisir de laisser de nouveau se promener son regard sur toutes les jolies choses qu’il n’a pas encore eu le temps de détailler. Comme ce magique calendrier de l’avent suspendu au dessus de la table de la table à manger ou ce grand escalier recouvert de mousse qui se transforme en forêt enchantée. Une vraie maison enchantée parce qu’elle a beau être belle, elle  ne craint ni les rires ni les courses effrénées. Deux petits jours passés ici qui leur laisseront le goût de ces vraies vacances de Noëls, comme on les rêve en plein mois de juillet.

Posté par marionl à 20:11 - jour après jour - Commentaires [17] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

26 décembre 2008

noir miroir

angola1angola2angola3angola4                                                                                                        C’était le 24 décembre et tout le monde s’était levé tard. La factrice est arrivée avec un gros paquet. On a d’abord compati avec son sort de petite main qui travaille jusqu’au dernier matin puis on lui a dit à vendredi.
Ce gros paquet blanc arrivait de Suisse et madame L n’avait aucune idée de qui avait pu lui envoyer. Le nom du destinataire avait été effacé par la pluie. Alors on a écarté les bols et le Panettone puis on a cherché les ciseaux.
Une première poupée est apparue. Et puis un mot. Le gros paquet avait transité par la Suisse mais il arrivait d’Angola. C’est elle qui l’avait envoyé, l’amie retrouvée, celle avec qui madame L, sans le savoir, avait partagé sa révolte, puis s'était invitée une colonne du Monde.
IL y avait là une petite boule de Noël pour chacun des enfants et une famille réunie. Miroir de celle d’ici.
Mademoiselle Blanche recomptait. Il y avait le papa et la maman, la grande fille, la plus petite et les deux garçons. ET puis la maman portait encore un bébé dans son dos. Tiphaine n’avait pas resisté.
Le café refroidissait mais ce n’était pas important, et puis c’était déjà le deuxième de la matinée. Pendant un moment, on l’oubliait sur la table du petit déjeuner, comme le sapin ou la guirlande qui continuait à clignoter. On regardait chaque poupée, le tissu avec lequel elle était habillé, et puis on s’imaginait ce pays, très loin. Impossible de s’imaginer la vie là-bas, mais les images d’Afrique défilaient quand même avec chacune de ces poupées. Des images vues et des rêves éveillés. On essayait de le situer en Afrique, mademoiselle Joséphine a suggéré d’y partir. Là, tout de suite, on aurait pu faire les bagages et s’envoler. Si l’avion n’était pas si cher, si la guerre et les mines anti-personnel n’étaient pas passé par là.
C’est vrai que la guerre est terminée depuis longtemps et que Tiphaine et son mari y vivent avec leurs enfants. Alors on ne sait jamais, s’ils y restent longtemps.
Avait elle imaginé que ses poupées arriveraient le jour de Noël et que tout le monde serait là pour les accueillir . Petite famille L noire en miroir. Mademoiselle Blanche recomptait. Chacun était bien là, même si la petite fille était un peu plus petite que ses frères, « ça arrivera peut être un jour » et la maman plus grande que le papa « ça, ça n’arrivera peut être pas ». On pouvait retirer le bébé du boubou de sa maman et l’y glisser de nouveau après. On acceptait ce petit volontiers. Il avait des habits de garçon. « mais non, des habits de bébé maman !».
Le père Noël serait arrivé lui même le colis dans les bras, il n’aurait pas réussi à leur faire plus plaisir que ça. Avec ce joli cadeau arrivé de très loin, on se laissait glisser vers Noël et les crooners se mettait aux chants africains. Cette année, il ne neigerait pas, mais la fête garderait le parfum de l’Afrique lointaine et des rêves qu’elle porte en elle.

Posté par marionl à 20:46 - jour après jour - Commentaires [20] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

25 décembre 2008

les beaux souliers

noel1noel2noel3noel4noel5noel6noel7noel8                                                                                                                   Noël est venu comme on l’avait attendu. Dans la maison, on était plutôt surpris qu’il soit déjà là mais on était prêt. Enfin pas tout à fait. Il fallait s’habiller, s’apprêter, se faire beaux pour l’hononer.
Depuis deux jours ici, la mise en bouche avait été très douce. Un petit dîner avec d’azimutés amis, puis un déjeuner avec la maîtresse amie, ses grandes filles et son mari en bas de la vallée.
Mais  là, il ne s’agissait plus de rigoler, c’était la fête, la vraie, avec la grande nappe et les bougies. Les trois petites tenues étaient arrivées par la poste le matin même. Trois petites merveilles. Mademoiselle Blanche portait déjà la sienne, on avait gardé celles des garçons jusqu’à la dernière minute. Pendant que mademoiselle Joséphine fouillait dans son placard, madame L trouvait dans son armoire une petite tunique dorée qu’elle avait oubliée. A entendre leurs exclamations, c’est celle là que les enfants avaient choisie.
Monsieur L avait lui aussi été prié d’aller se changer. Ce soir, on resterait entre nous, mais ce soir, c’était Noël, un vrai de vrai.
Pendant que monsieur L s’occupait de l’entrée, madame L allumait les bougies. Toute celles de la maison et monsieur Marcel qui humait le parfum de la fête ne voulait pas s’arrêter de danser.
Au premier plat il était déjà tard mais ce décalage accentuait encore l’idée que ce soir, rien n’était comme les autres soirs. Mademoiselle Blanche et monsieur Aimé dinaient dans des assiettes de grands et mademoiselle Joséphine décrochait le droit de goûter le vin.
C’était tellement bon, évidemment qu’on s’est arrêté un peu avant de passer au dessert, de préparer le christmas pudding et de le faire flamber.
« Petits garçons….entends tu les cloches tintinabuller ? » on venait de préparer le plateau du père Noël et de déposer les souliers sous le sapin quand mademoiselle Blanche a demandé à monsieur L d’aller chercher sa guitare pour chanter avant d’aller se coucher.
« Je vais faire pipi, parce que sinon cette nuit, j’auaris trop peur de tomber sur lui ! ». Du papier rouge et des rubans de satin, et puis des petites étiquettes. Surtout, ne rien oublier. A deux heures du matin, il pouvait arriver. Ils sont allés se coucher sans fermer le verrou.
Mademoiselle Blanche s’est levée la première. Madame L s’est glissée en bas pour allumer toutes les lumières et puis tout le monde est descendu. « mais il y en a tant ! ». Mademoiselle Joséphine n’en revenait pas en face des petits paquets qui lui étaient destinés. L’effet « paquets rouges » a pensé madame L plutôt fière de son effet. La jeune fille ouvrait ses paquets piquée par la curiosité. « Des surprises.. »avait elle demandé. D’abord paralysée par l’embarras, le père Noël avait ensuite essayé de viser juste en se faisant plaisir. A point. Sauf qu’il en avait oublié d’empaqueter le seul cadeau qu’elle avait vraiment commandé. La jolie trousse en cuir attendait encore dans son enveloppe le morceau de papier de soie rouge qui lui revenait de droit. Tant pis pour le papier mais zut et rezut, elle était pourtant persuadée qu’elle n’avait rien oublié.
Monsieur Aimé rangeait ses cadeaux pas encore ouverts dans son tipi avant d’aller essayer ceux de son petit frère et de sa grande sœur. Puis il s’est décidé, avant de sélectionner les invités qui auraient le droit de rentrer dans sa tente d’indien.
Le père Noêl avait vraiment pensé à tout. Même au rose de la guitare. Mademoiselle Blanche décidait que le petit chaperon rouge était la sœur de boucles d’or et monsieur Marcel serrait son lapin dans ses bras. ET puis monsieur Aimé a décidé que sa poule était un coq. Le doute était permis. Mademoiselle Joséphine ne se souvenait pas d’un Noël aussi bien que celui là et sa petite sœur demandait à son papa de lui apprendre la guitare. « Papa, le plus fort c’est le père noël….je veux dire le père Noël et toi ».

noel9noel10noel11noel12noel13noel14noel15noel16noel17noel18noel19noel20

Posté par marionl à 22:28 - jour après jour - Commentaires [29] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

24 décembre 2008

Un conte de Noël

C'est un petit cadeau. Pour les petits, pour les grands, pour ceux que Noël n'a pas invité à une table décorée et qui s'ennuient un peu, pour ceux qui s'ennuient autour de la table décorée. Un petit cadeau de Noël à savourer. Si vous aimez.

Le secret des sablés

sabl_s

Du plus loin qu’elle s’en souvienne, même au plus ancien des Noëls, alors qu’elle n’était qu’une toute petite fille à attendre le père Noël, Germaine avait toujours émis le même souhait. Même quand il fallait passer sous le gui à la nouvelle année, ou rompre l’os du poulet. C’est toujours elle qui gagnait, et c’est toujours le même vœu qu’elle faisait en secret. Germaine voulait des enfants. Germaine serait une maman. D’ailleurs, noël après noël, elle avait allongé la liste des prénoms qu’elle avait choisi pour eux. Des filles, des garçons, peut lui importait, elle avait des prénoms pour chacun d’eux.
Germaine grandissait. La très jeune fille n’avait pas oublié son souhait mais pendant un moment, elle l’avait mis de côté, bien rangé. Pas très envie d’y penser pour l’instant, trop occupée qu’elle était à profiter du printemps.
Emile était beau et fier. Avec lui, elle a partagé l’été. Au Noël d’après, elle lui a murmuré son souhait.  Puis à la nouvelle année, c’est lui qui lui a sorti de sa poche un petit bout de papier. Une feuille un peu déchirée, gribouillée, un bout de papier sur lequel il avait inscrit jour de l’an  après jour de l’an tous les prénoms qu’ils avaient choisi pour ses enfants.
Pendant une année, Emile et Germaine ont accordé leurs prénoms. Au Noël suivant, leur liste était assez longue pour nommer tous les enfants qu’ils pourraient désirer. Et plus encore, parce qu’on ne sait jamais.
Ces enfants viendraient quand ils voudraient, Emile et Germaine n’étaient pas pressés. A chaque Noël passé, à chaque nouvel an souhaité, Emile et Germaine en profitaient pour rajouter deux prénoms sur la liste qui les attendait. Un prénom de fille, un prénom de garçon.
Cinq Noëls étaient passés et pour la première fois, Emile n’avait plus envie d’agrandir la liste de prénoms pas encore donnés. Germaine avait bien quelques idées,  mais c’est lui qui avait raison, à quoi bon allonger une liste qui ne sert jamais.
Alors Germaine a plié le bout de papier un peu mouillé,  puis elle l’a rangé dans le tiroir de la grande armoire, juste à côté de sa couronne de mariée.
Après tout, Emile lui suffisait. Ils s’aimaient assez tous les deux sans avoir besoin de noircir des morceaux de papier. Emile et Germaine, après tout, il n’y aurait jamais sur terre de plus beaux prénoms.
Au Noël d’après, Emile était parti ramasser du bois dans la forêt et Germaine a décidé de fabriquer des sablés pour tous les enfants du village d’à côté. Le jour de Noël, après qu’ils aient reçus tous les cadeaux que le père Noël leur avait apporté, elle les inviterait à partager un grand goûter. Ici, tout le monde aimait la maison d’Emile et Germaine, il y avait toujours un thé à partager avec des petits sablés.
Mais cette fois ci, Germaine avait beau essayer, mélanger la farine, le beurre et le sel, la pâte n’avait l’air de rien et les gâteaux aucun goût.
Germaine était épuisée. Depuis une semaine déjà, elle se réveillait avant que le jour ne soit levé. Mais rien n’y faisait. A chaque fois, les gâteaux étaient ratés. Pourtant, Noël approchait et les enfants allaient arriver.
Alors elle s’est assise à côté du poële pour se réchauffer puis elle s’est mise à pleurer. Elle devrait dire aux enfants de repartir chez eux. Elle ne savait même plus faire les sablés. Germaine a laissé les larmes couler sur le bout de ses pieds.
« Je suis ta douceur » lui  a dit la petite voix qui est sortie de la poche de son tablier. Une petite lumière parfumée à la fleur d’oranger qui semblait chanter quand elle se mettait à parler. « Va rechercher de la farine et recommence tes sablés, je t’aiderai ».
Ce soir là, le four de la maison a du cuire plus de dix fournées. Des sablés à la cannelle, d’autres aux écorces de citron et d’autre encore aux graines de pavot, à chaque fois, c’est la petite douceur qui murmurait à l’oreille de Germaine ce qu’il fallait rajouter.
Le jour de Noël est arrivé et les enfants sont repartis les poches pleines de sablés. Ils avaient passé l’après midi à rire et à chanter au pied du sapin éclairé.
Comme les enfants avaient demandé à Germaine s’ils pourraient revenir avant le Noël d’après, elle s’est mise à fabriquer d’autres sablés et tous les deuxième mercredi de chaque mois, elle invitait les enfants du village pour le goûter.
Et la veille de chaque deuxième mercredi de chaque mois, la petite douceur se posait sur la boîte à sucres et guidait Germaine dans sa préparation de pâte à sablés.
Emile regardait Germaine en se disant qu’il ne l’avait pas vue sourire comme ça depuis le premier Noël qu’ils avaient fêté. Pendant un moment, il a eu envie d’aller rechercher la liste de prénoms, de demander à Germaine où elle l’avait rangée. Puis il a maudit ce vieux bout de papier. Ce qu’il préférait, c’est regarder Germaine préparer les sablés. Elle avait l’air tellement concentrée. Rien n’aurait pu la détourner de la grande jarre dans laquelle elle versait les ingrédients qu’elle mélangeait après. Sauf quelquefois, elle levait longuement la tête vers la boîte à sucre sans qu’Emile sache vraiment pourquoi, mais puisqu’elle était heureuse comme ça.
Partout dans le village, on avait remarqué que Germaine avait retrouvé son sourire d’avant, celui que tout le monde lui connaissait quand elle était petite fille et qu’elle gagnait toujours au jeu de l’os de poulet.
Tout le monde avait aussi remarqué qu’elle ne quittait plus jamais son tablier, celui avec une grande poche devant.
Un jour qu’elle venait de rentrer de chez l’épicier, la petite douceur est une nouvelle fois sortie de la grande poche du tablier pour s’asseoir sur le sucrier « tu n’as plus besoin de moi maintenant, c’est évident». Germaine a protesté, la petite douceur ne pouvait pas la quitter maintenant. Noël approchait, il fallait qu’elle l’aide à faire leur nouvelle recette de sablés.
Quand la petite lumière s’est arrêtée de briller, Germaine a retiré son tablier, puis elle est partie rejoindre Emile dans la forêt. Dans quelques semaines, ce serait Noêl,  les enfants allaient arriver et elle avait perdu toutes ces recettes de sablés. Il ne lui en restait bien une mais elle ne l’avait jamais essayée, une petite recette de son invention avec des épices qu’elle n’avait jamais osé ajouter à sa préparation.
Emile a d’abord consolé Germaine, puis il est rentré et il a veillé, jusqu’à ce qu’elle ait fini de mélanger les ingrédients de la recette qu’elle avait inventée. Comme elle avait jeté la boîte à sucres, elle y a mis beaucoup de miel.
Puis ils se sont endormis, enlacés, alors que la pâte reposait.
Le lendemain de Noël, les enfants du village d’à côté ont ri et chanté sous le sapin illuminé. Ils sont repartis les poches pleines de sablés.
Le jour d’après, des parents sont venus frapper à la porte de Germaine pour lui demander le secret de sa recette de sablés.
« Une petite douceur de mon invention » leur répondait Germaine.
Elle était fatiguée. Avant d’aller s’allonger, elle est allée ouvrir le petit tiroir de la grande armoire. Elle a déplié le grand papier. Sous la liste de prénoms qu’ils avaient inscrits, d’autres prénoms, en plus petit, au crayon qu’on peut effacer. Un prénom de fille, un prénom de garçon. C’est le trait d’Emile qu’elle reconnaissait. Il avait continué d’y croire, à chaque nouvelle année.
C’est un petit garçon qui est né en premier. Avant même que ses parents lui aient choisi un prénom dans la liste qu’ils avaient dressée, une petite lumière toute douce était venue se poser sur son front. « Je ne fais que passer » a dit la petite voix qui chantait « j’ai quelque chose à lui donner ». Avant même d’avoir un prénom, le petit garçon au parfum de fleur d’oranger savait la cannelle, le citron et toutes les épices qui font le meilleur des sablés.

Posté par marionl à 20:12 - des contes - Commentaires [55] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

23 décembre 2008

une fenêtre encore

avant                                                                                                                                        Le bleu du ciel ne laisse aucune place au doute. Avant de les rejoindre elle va passer faire les dernières petites courses, toutes ces petites choses qu’il ne faut pas oublier, comme une liste de recommandations qu’on griffonne en dernières minutes, pour ne pas ressortir après. Des jolies cartes pour les enfants, des légumes pour la soupe de ce soir, une ou deux bouteilles de vin, de la cannelle et du lait.
Ce matin, elle est venue travailler mais  elle n’est déjà plus tout à fait ici depuis un petit moment. Elle se répète en boucle la liste de cadeaux pour chacun  espérant que rien n’a été oublié. Demain, il sera trop tard. Aucun paquet n’est fait mais le papier de soie rouge est trouvé, caché à un endroit où les petits doigts indiscrets ne peuvent pas farfouiller. Elle l’a mis où déjà ? Et le ruban, elle en a trouvé un très beau cette année, en satin bordeaux, qu’elle a rangé quelque part pour être sûre au moins qu’à cet endroit, elle ne le perdrait pas.
Ils auraient quand même pu être compréhensifs avec le père Noël et décider que tous le cadeaux seraient cachés au même endroit cette fois. Mais non, ils sont disséminés un peu partout dans la maison au grès de ses retours d’emplettes et de l’endroit où se trouvaient les enfants à ce moment là.
Demain, elle regrettera sûrement d’avoir à les chercher du cellier au grenier avant de les empaqueter. Mais là, maintenant, alors que le ciel bleu et  les vacances trépignent d’impatience à sa fenêtre de bureau, elle se réjouit à l’avance de cette chasse au trésor désorganisée. Ce sera pour elle un des plus jolis moments de la soirée. Elle s’imagine le petit tas pour chacun posé sur la grande table de la cuisine, le papier, les ciseaux, les plis qu’elle essaiera de faire régulier et monsieur L, à côté qui lira encore le monde d’emploi d’une petite chose à quatre roues qui ne peut pas être offerte sans avoir été montée. Après avoir couché les enfants, ils partageront un petit verre de vin chaud. Un troisième verre aura été posé sur le plateau du père Noël, avec les sablés et la lettre qu’on lui aura adressée juste avant de monter.
Aucun paquet ne devra être oublié, mais il leur faudra quand même se dépêcher, débarrasser le plancher pour laisser place au héros de la soirée. Celui qu’on ne voit jamais. Enfin le vrai de vrai, c’est d’ailleurs comme ça qu’on sait qu’il est vrai, parce qu’aucun d’eux n’a jamais vu le moindre petit carré sa hotte, même à travers une porte entrebaillée.
Avant, ils  auront dîné, ils seront peut être montés jusqu’à l’église du village pour voir la crèche à défaut de messe de minuit et d’angelots auréolés, et peut être pleuré devant l’histoire d'Oliver Twist, réservée aux grandes filles de la maison.
Noël est là. Noël est déjà là. Les cloches tintinabullent et le gâteau est fait depuis longtemps. IL ne faudra pas oublier de le faire cuire cinq heures avant de le manger. IL ne reste plus qu’une carte à ouvrir sur le calendrier. « ça veut dire qu’on y est maman ? ». Une nuit, et on y est vraiment.

avant1avant2

Posté par marionl à 20:20 - Commentaires [35] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

22 décembre 2008

peu importe le chausson

vacances4vacances1vacances2vacances3                                                                                                                               Elle a laissé les vacances à la maison puis elle est partie travailler. La table du dernier dîner n’était pas encore tout à fait débarrassée, Les grands s’en chargeraient. Elle avait quand même allumé toutes les lumières de Noël, le sapin, les couronnes et l’étoile posée sur le petit tabouret, comme pour les accompagner un peu dans cette journée qu’elle aurait voulu partager avec eux. Une manière aussi de se faire pardonner de ne pas avoir fait de pain pour le petit déjeuner.

Elle savait qu’elle refermait la porte sur un petit bazar qui prendrait de l’ampleur au fil de la journée. Elle s’en amusait. Monsieur L restait avec trois petits à occuper et quatre grands toute la journée. Les seconds s’occuperaient sûrement un peu des premiers, puis ils réclameraient leur compte d’intimité, à coups de portes fermées. Il faudrait soutenir ces revendications et les justifier auprès les petits désespérés de s’être faits blackboulés. De tout ça, aujourd’hui, c’est monsieur qui se chargeait.

Plusieurs fois, au fil de la journée, elle avait imaginé la maison, en essayant de se faire le film de leur première journée de vacances. Elle devinait à quoi chacun était occupé. Elle a pris son téléphone pour vérifier qu’elle ne s’était pas trop trompée. Plus de pain, plus de gaz, « et tu pourrais faire tourner une ou deux machines s’il te plaît ? ». Et le nouveau fauteuil qui arrivait alors qu’on ne l’attendait plus.

Ce matin, elle serait bien restée, mais à bien y réfléchir, il était aussi très doux de se laisser aller à imaginer la maison sans dessus dessous sans y être vraiment. Sans y être du tout.

Et le dîner de ce soir qui se confirmait, et celui de demain aussi. Parce que demain, elle partirait encore travailler. Et une fois encore, il s’occuperait de tout.

Elle appellerait de temps en temps. Une fois même pour lui demander de lire le conte de Noël qu’elle venait de terminer. Il lisait, Il aimait. C’est lui qui trouvait une idée de photo pour l’illustrer. Elle retrouvait chez lui ce tourbillon efficace et décidé qui l’amusait quand elle le regardait faire, il y a quelques années, alors qu’il essayait de boucler toutes les affaires en cours en une journée. Il était parisien et débordé, peut être un peu agité. Il s’en sortait toujours en début de soirée avec sa liste de tâches entièrement rayée et le temps d’aller dîner.

Ce soir, quand elle rentrerait, il faudrait accepter la journée comme elle se serait déroulée. Petits encore en pyjamas ou pas, lessives encore à faire et vaisselle dans l’évier. Et peut être aussi qu’elle retrouverait les piles triées, les assiettes et les verres rangés en ordre de grandeur dans ce qui leur sert de vaisselier, les petits baignés, oreilles et ongles nettoyés. Elle ouvrirait la porte et toute la famille l’accueillerait en dansant sur un air de Noël les claquettes aux pieds. Alors elle jetterait son ordinateur sur le canapé, son manteau irait tout seul rejoindre son crochet et elle reprendrait la danse avec eux pour accueillir les invités, sa tenue du jour s'ouvrant sur des jambes de trois mètres de long.

En attendant de les rejoindre dans cette superproduction maison, elle aurait juste à passer par la benne pour déposer la poubelle qu’elle a oubliée de laisser ce matin et qu’elle s’est trimballée dans sa voiture toute la journée. L’esprit trop en vacances pour penser à ce genre de détail domestique qui s’est très vite rappelé à elle ce soir quand elle a repris la voiture. Claquette ou bas de laine troué au pied, ce soir, peut importe le chausson, elle était très pressée de rentrer pour les retrouver et les écouter lui raconter leur journée.

vacances

Posté par marionl à 21:06 - jour après jour - Commentaires [20] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1  2  3  4   Page suivante »