30 novembre 2008
plaisirs d'Avent









Juste avant de s'en aller, monsieur L a accroché les deux grandes couronnes puis il les a allumées. Comme ça, il aurait un peu participé. Il a aussi goûté au pain d’épices que madame L et les enfants étaient en train de préparer. Promis, on lui en garderait une part jusqu’à mardi. Les invitées sont arrivées « maman , c’est une blogueuse aussi ? ». pas tout a fait, un peu mais elle vit à quelques pas d’ici avec son mari et son bébé. Elle a eu la même maîtresse que mademoiselle Blanche et c’est avec elle qu’elle viendrait aujourd’hui. Le pain d’épices était tout juste prêt et mademoiselle Joséphine proposait de préparer une boisson de son invention. C’était comme un vin chaud sans vin, du miel relevé d’orange et quelques épices qu’elle seule sait mélanger.
Mademoiselle Blanche et monsieur Aimé regardait le bébé, une toute petite fille de quatre mois. Une si jolie poupée. Ici, c’était si loin déjà.
Quand la petite Léonore est repartie faire la sieste, madame L a ouvert le gros sac rouge où, l’année dernière, elle avait rangé toutes les décorations à accrocher sur la grosse guirlande de sapin. Impossible de retrouver les petites lumières. Elle leur avait promis qu’elle ne s’enerverait pas. Après trois allers-retours au grenier, trois gros cartons vidés, un début d’abadon, elle a fini par trouver. C’est mademoiselle Joséphine qui s’est occupée de tout accrocher. « Tu es vraiment sûre maman, d’habitude c’est toi qui fais ça ». C’est vrai, c’est la première fois que madame L laissait quelqu’un d’autre officier. Elle mélangeait les nœuds, les boules et les petites décorations avec attention, cherchant l’approbation. « Il y a juste ces trois là qui pendant un peu trop… ». La petite fille participait aussi et monsieur Aimé s’exclamait avant d’essayer de mordre dans une sucette qu’il avait prise pour une vraie.
Ce double plaisir arrivait comme une surprise. Celui des premières décorations sorties et celui de voir mademoiselle s’amuser, y prendre un réel plaisir elle aussi. Après tant d’années de préparatifs en secret, loin des enfants pour éviter les boules cassées, ou quand ils étaient endormis pour échapper aux disputes et aux nervosités que l’avent rapporte chaque année dans son panier, madame L découvrait cette fois ci la joie des préparatifs à plusieurs mains. Sa grande fille se débrouillait comme un chef. C’était encore plus délicieux d’imaginer qu’on était aussi de préparer une surprise à monsieur L pour quand il rentrerait. « On te le dit quand même mais tu n ‘as encore rien vu » lui annonçait mademoiselle Blanche au téléphone. Quand monsieur Marcel s’est réveillé, il a voulu aussi voir les petites lumières qu’on avait allumées. La guirlande les avait tellement occupés que madame L s’est aperçue qu’il était bien trop tard pour préparer à dîner. Du lait au chocolat et des tartines feraient l’affaire. Il restait un peu de ce délicieux pain d’épices aussi. Vite, avant d’aller se coucher, il restait à repérer le "un" sur le calendrier.
29 novembre 2008
culotte de cuir





Quand ils se sont réveillés elle était déjà dans sa voiture, les phares allumés pour essayer de suivre une route noyée dans le brouillard et les gelées. Elle était partie sans leur préparer le petit déjeuner, elle avait préféré changer de sac à mains puisque le sien était tout âbimé. Elle n’avait pas envie d’avoir un sac trop plein ce matin.
Quand elle est arrivée les portes étaient encore fermées. Elle l’ a retrouvée dans la queue de clients qui n’arrêtait pas de s’agrandir. « Emmaüs vous invite pour sa grande vente annuelle ». L’année dernière elle s’était pourtant promis de ne plus revenir. Trop monde, trop de tentations pour un retour la maison toujours mitigé. Mais c'était encore beaucoup trop tentant; et une occasion de se retrouver et d’aller prendre ensuite un petit café. C’est la première fois qu’elle venait sans enfant à ce genre d’événement et goûtait à la facilité de se faufiler entre les clients, de prendre son temps pour toucher les matières, de ne pas toujours avoir l’attention vampirisée par des petits qui n’ont rien à faire ici et qui s’ennuient. Elle a surtout aimé le rayon des torchons et des chiffons. Trois tabliers d’office, un autre plus petit pour les enfants, un petit napperon brodé et une culotte bavaroise pour monsieur Aimé.
Un grand crème en continuant de discuter. Elle ne l’avait pas terminé quand le téléphone a sonné pour lui rappeler qu’ils l’attendaient pour déjeuner. La grande fille se faisait porte-parole des impatients.
Quand elle est arrivée, monsieur L avait démonté le poële dans le jardin pour lui apprendre qu’ils avaient évité de justesse l’incendie de cheminée, mademoiselle Blanche et mademoiselle Joséphine finissaient de manger une boîte de raviolis trouvée dans le cellier et monsieur Aimé avait retrouvé tout au fond du placard l’un des jouets les plus moches que cette maison puisse abriter. Un château de princesse trouvé par mademoiselle Joséphine il y a des années dans un vide grenier qui serait l’enjeu de leur après-midi. Lequel des petits arriverait à le chiper aux autres plus de cinq minutes d’affilée.
Madame L les a remerciés de l’avoir laissée passer une si agréable matinée puis elle leur a montré ce qu’elle avait trouvé. Monsieur Aimé n’a pas voulu en démordre, cette chose en cuir n’avait rien d’un culotte pour garçon, c’était un sac à main. Refusant d’abord catégoriquement de l’enfiler, il l’a saisi par les bretelles pour aller se promener. Elle lui a montré le cerf et la biche découpés et appliqués sur le plastron, il trouvait ça vraiment très joli et montrait « Bambi » à sa grande sœur, mais pas comme habit.
Pour le convaincre, madame L est allée chercher une autre culotte en cuir, souvenir de Bavière où les cousines de mademoiselle Joséphine ont vécu pendant plusieurs années. Un petit short rouge avec bretelles et boutons nacrés. Monsieur Marcel était très fier de le porter. Son grand frère a réussi à le déshabiller pour emporter un deuxième sac à main en haut de l’escalier. Au moins, ici, on ne viendrait plus l’embêter.
Il est resté en sous-pull et collant le reste de l'après-midi. Puis madame L a décidé qu’elle n’avait plus envie de négocier, que ce petit garçon devait bien s’habiller pour aller chercher mademoiselle Blanche chez la petite fille qui l’avait invitée. Le petit garçon s’est débattu. . Bientôt, il aurait le droit de choisir avec elle la plupart de ses vêtements. Il pourrait poser son véto sur certaines tenues. Mais pour l’instant, il avait bien d’autres terrains d’affirmation. Il est parti fâché, esayant une dernière fois d’enlever ces bretelles dont il ne voulait pas. Et puis d’un coup, sans que rien n'est vraiment changé, alors qu'il venait de passer la porte d'entrée, il a paru se trouver très beau. Elle ne saura jamais ce qui lui a fait accorder subitement ses faveurs à cette culotte brodée. peut être le manteau rouge qui la cachait.
28 novembre 2008
fievreux





Un bébé fiévreux, un grand frère et une grande sœur très enrhumés, et en attendant le rendez-vous pris chez le médecin pour la fin d’après-midi, une maman qui a du prendre sa journée pour s’occuper des enfants. Un coup de fil au travail, un autre à la nounou, un dernier à la maîtresse et une culpabilité bien vite avalée par le plaisir d’être ici avec eux.
Dehors, les champs étaient encore gelés et ils le resteraient toute la journée. Personne n’avait envie de sortir, même pour aller jusqu’à la boîte aux lettres que la factrice avait pourtant remplie. Ici, le poêle fumait un peu mais c’était bien mieux que d’avoir froid, les enfants étaient contents eux aussi d’être restés à l’abri. Mademoiselle Blanche a attendu que sa grande sœur se réveille avant d’apprendre qu’elle était partie au collège depuis longtemps. Même madame L n’arrivait plus bien à se situer dans la semaine.
Avant l’après-midi qui serait un peu plus agitée, la matinée s’est laissée avancer au ralenti, dans cette douceur que permettent les petites maladies infantiles. Celles qui n’inquiètent pas vraiment mais qui permettent qu’on s’inquiète un peu pour eux, celles qui prolongent les câlins, celles qui hésitent entre un peu trop chaud et un peu trop froid et qui donnent le droit de traîner longtemps en pyjama.
En les regardant jouer à la dînette sur le tapis, elle retrouvait les plaisirs qui lui font envie quand elle est loin, derrière son bureau. Se refaire chauffer un café. Qu’il soit bon ou pas n’a aucune importance à cette heure là, ce qu’elle aime, c’est l’idée du temps qu’elle peut s’offrir pour le faire réchauffer, puis le boire avec une tartine de beurre salé. Du miel aussi, toute la matinée. Elle a pensé à tout ce temps qu’elle a passé à lire des magazines, « après, je m’y mets ». C'était avant. elle en achète encore quand elle rentre dans une gare ou qu’elle passe trop près d’un marchand de journaux. Il y a encore ceux qu’elle ne rate jamais. Elle ne peut pas se défaire comme ça d'une habitude comme celle là. Ces pages de papier glacé qu’elle a tant aimées et qu’elle feuillette encore quelquefois sans vraiment les regarder. Ce matin, elle n’avait pas besoin de cette petite bouffée d’ailleurs, pas besoin d’autres sources d’inspiration.
Depuis mademoiselle Joséphine, elle a appris à ne surtout pas essayer de s’avancer pendant ces heures de repos obligé. Les enfants fatigués n’aiment ni la vaisselle ni le repassage. Sauf peut être mademoiselle Blanche qui adore se laisser bercer par le bruit de la vapeur, ce qui veut dire alors que sa maman est coincée là, juste à côté d’elle, jusqu’à ce qu’elle soit arrivée au bout du tas qu’elle s’est fixé. Mais monsieur Aimé et monsieur Marcel étaient là et le jeu se serait avéré trop dangereux. Alors ils sont restés en bas, en écoutant une fois encore les oratorio de Noël. Elle les a pris dans ses bras, elle a sentie la chaleur de leur front l'emplir.
Elle a goûté à de cette chance qui lui avait été offerte aujourd’hui. S’arrêter un peu. Elle repensait a une autre chance aussi. Deux propositions de rédiger des textes de livres pour enfants. Cette chance là, celle qu’elle attend depuis des années, il ne faut pas qu’elle la laisse passer. Elle n’a pas le droit de laisser ses idées s’endormir au coin d’un poële, sur un tapis moelleux. Quand les petits malades seront gueris, il va falloir se confronter au rêve pour qu'il devienne réalité.
27 novembre 2008
mémoire pleine
La mémoire est pleine. C’est avec des mots qui ressemblent à ceux-ci que son ordinateur l’a accueillie la dernière fois qu’elle l’a ouvert. Trop d’histoires racontées, trop d’images enregistrées, trop de souvenirs à transférer sur un disque dur externe, à ranger dans un tiroir dont elle n’est pas certaine d’avoir toutes les clés. Un tiroir qu’elle ne pourra peut être même plus ouvrir dans quelques années.
La machine l’a toujours un peu refroidie. Méfiante à priori, elle s’était pourtant faite à ce portable qui savait se faire discret, presque joli. Elle s’y était même très vite habituée, jusqu’à l’emmener partout avec elle pour la retrouver chaque soir et lui confier son immédiate mémoire. Chaque jour un récit, chaque jour quelques photos enregistrées, sûrement beaucoup trop. C’était un outil qui lui facilitait la vie, une machine bien gentille qui avait le bon goût de ne jamais être compliquée.
IL y avait bien eu cette première alerte l’année dernière. Un autre ordinateur du même modèle refusant tout d’un coup de s’ouvrir. « Disque dur grillé » leur avait on déclaré sans ménagement quand ils étaient allées le rechercher. Des images et des mots avaient déjà été perdus, sans aucun espoir d’être un jour réupérés.
Et puis cette angoisse un autre jour, après la remarque d’une petite fille bien inspirée. « Mais qui sait canalblog d’abord ? ». Peur se retrouver un jour avec un message laconique en guise d’accueil. « L’hébergeur que vous demandez n’existe plus », et tout ce qu’ils lui avaient confié disparu avec lui. Monsieur L avait alors passé plusieurs jours à rattraper le retard qu’il avait pris avec les sorties papiers. Au moins, ce serait ça de sauvé.
Elle devrait pourtant, mais elle n’a jamais réussi à se plier à cette organisation qu’impose l’utilisation des outils qui menacent toujours de lâcher. Trier les fichiers, en jeter, ne garder que le meilleur, le transférer en lieu sûr, elle devrait pourtant s’y plier.
Elle avait déjà transféré l’ensemble de ses photos sur un disque dur externe l’été dernier. Elle en garde un fichier où s’enchaîne plus de mille numéros sans précision, au classement aléatoire. La même icône pour tous, sans distinction. Comme si les dossiers qui les contentaient s’étaient volatilisés pendant le transfert. Comment imaginer une bibliothèque qui contient des milliers de livres au format et à la couverture identique, comment retrouver celui qu’on cherche au beau milieu de cette liste sans nom.
Depuis quelques jours, l’ordinateur est tellement plein qu’il refuse d’obtempérer et qu’il se trompe quand elle lui demande une action. Les limites de la logique binaire reviennent sans cesse la narguer à que fois qu’elle essaie de les contourner. Implacables refus, impossible de forcer.
IL va falloir supprimer des éléments. Supprimer, mais ce n’est quand même pas une machine qui va lui imposer de le faire.
Alors elle va transférer, sur deux disques distincts, puis après reprendre le travail de classement, élément après élément. Même avec les souvenirs elle était plutôt cigale, la machine l’oblige à se faire fourmi.
ET puis elle va retrouver le papier. Avant de ranger les photos des deux années passées dans ce tiroir informatique , elle va les faire imprimer. Pas toutes, mais les images qu’elles préfère et qu’elle retrouvera quand elle le voudra. De vraies photos, celles qu’on collait dans les albums ou qu’on laissait dans leur pochette en se promettant de le faire, celles qu'on retrouvait des années après en mélangeant les années, lhiver et l'été, en essayant de retrouver le parfum d'un bébé ou celui d'une matinée de printemps. C’est par la poste qu’elles arriveront. Dans des pochettes qu’ils ouvriront ensemble comme on enlève le papier qui entoure un bonbon, l’eau à la bouche avant même d’avoir goûté. Elle se plait déjà à les imaginer se plonger dans ces souvenirs pas si lointains. Les enfants pourront se regarder, en choisir quelques unes pour les glisser dans une enveloppe à leur nom.
Elle doit vite le faire. Elle le sait, au moment où elle prendra les enveloppes dans ses mains, quelque chose en elle se fera plus léger, parée pour faire face au trou noir si un jour le système décidait d’imploser.
26 novembre 2008
impressionniste



Est-ce que le plaisir est plus facile à écrire ? Celui qui vient quand les mots ont été dits et que la colère est sortie. Celui qui permet de continuer l’histoire sans avoir à s’excuser , sans exiger de lui qu’il s’excuse aussi. Le plaisir d’une journée suspendue au milieu d’une semaine chargée pour elle et un peu vide pour lui.Un plaisir entier sans tristesse ni mélancolie. Se retrouver autour d’une photo faite par lui. Une photo qu’elle ne connaissait pas et qu’elle voudrait encadrer au dessus du bureau. Il y a cette jeune femme qui marche en tenant sa longue robe blanche et sous l’arbre à côté, deux autres femmes qui semblent discuter. C’est la lumière qui l’a d’abord saisie. Elle a pensé aux impressionnistes et aux scènes de jardin en été. D’habitude il n’aime pas encadrer de photos de lui ici mais il ce matin,c’est lui qui a décidé de l’accrocher, juste au dessus du globe de mariée où il reste quelques pétales du bouquet.
Les enfants les avaient regardés couper la Marie-Louise et nettoyer le verre, les deux garçons s’étaient réfugiés dans les bras de madame L quand il avait percé la pierre pour accrocher le cadre là où ils l’avaient décidé.
Quand elle s’était levée, elle savait qu’elle aimerait cette journée. Ils avaient évité ces lendemains de drame ou d’excuses en pardon, on se promet du « plus jamais ». Ce n'est pas d’absolu dont elle voulait, juste de profiter de la journée avec lui.
Avec eux aussi. Ranger la chambre de mademoiselle Blanche en écoutant la chanson de son spectacle de Noël, descendre quelquefois et regarder monsieur Aimé qui avait préféré rester seul au rez-de-chausée pour jouer avec son train et voir mademoiselle Joséphine arriver de son cours de théâtre plutôt contente d’avoir un des rôles principaux. Puis aller chercher monsieur Marcel encore un peu dans son sommeil.
Décider à l ‘heure où d’habitude on se met à penser au thé qu’il faudrait cueillir des baies pour faire une couronne de Noël qu’on accrocherait à la porte d’entrée.
Trois petite boules rouges et desséchées au dessus du ruisseau glacé, c’est tout ce qu’ils ont aperçu. La couronne attendrait et ils ne s’étaient pas encore assez habitués au froid pour aller plus loin que le petit carrefour d’en bas.
Finalement, ils prendraient quand même un thé en écoutant les filles préparer leur lettre au père noël. Il fallait aussi penser à celles de monsieur Marcel et monsieur Aimé. Cette année encore, on les aiderait. Soutenir la plus grande aussi dans sa recherche d’idées, l’écouter rayer d’un trait toutes les propositions, « j e t’ai dit quelque chose d’original… »
Ce soir, madame L s’est aperçu qu’ elle n’avait pas allumé la radio une seule fois pour écouter les informations. Aujourd’hui, elle n’avait pas eu besoin de ce fil. Elle avait très peu regardé l’horloge aussi. Il aurait pu profiter de ces quelques heures suspendues pour se retrouver. Il aurait fallu qu’ils se soient perdus.
25 novembre 2008
le gris de la colère
De ces jours gris les mots sont parfois plus difficile à sortir. Elle se demande alors si elle fait bien, si elle a vraiment envie de garder des traces de ces moments moins gais et s’il n’y a pas de l’indécence à coucher ses doutes et ses colères sur ses petits papiers.
Mais son bonheur ne serait qu’une imposture s’il n’avait pas d’aspérités. Elle pourrait certains jours ne rien publier, se draper et disparaître dans l’absence pour vivre une réalité beaucoup moins élégante. Mais ce n’était pas ce qu’elle s’était promis quand elle a commencé.
Hier un colis est arrivé, il contenait une très belle chevalière, une bague assez fine qu’elle mettrait à son petit doigt. Un très gentil cadeau fait aux belles-filles de la famille, Ce soir, il faudrait qu’elle appelle les parents de monsieur L pour les remercier.
Ce matin, en conduisant, elle a regardé sa main et s’est aperçue que la bague avait déjà disparu. Elle s’est arrêtée sur le bord de la route, essayant déjà d’imaginer les explications qu’elle devrait donner tout en retraçant à l’envers le chemin qu’elle avait déjà parcouru depuis qu’elle avait quitté la maison. La bague était tombée à l’arrière de la voiture dans un des sièges bébé.
Avant son départ, il n’y avait pas eu de petit café partagé. Il dormait quand elle s’est réveillée pour prendre le petit déjeuner à six heures avec mademoiselle Joséphine, il dormait encore quand elle a démarré avec les trois petits à l’arrière pour passer à l’école et chez la nourrice avant de partir travailler.
Elle leur avait préparé leur petit déjeuner, les avait habillés, puis déposés en les embrassant une dernière fois, elle courait déjà après le retard qu’elle n’arriverait pas à rattraper. Il ne savait pas comment elle était habillée, elle n’avait pas pu lui montrer comment la bague allait à son doigt.
De cette violence qu’elle sentait monter en elle depuis des jours, elle ne savait plus quoi faire. La colère de ne pas y arriver, de ne pas réussir à le convaincre de se lancer, de se relancer, de ne plus oser lui demander ce qu’il faisait de ses journées, de se sentir elle aussi grignotée par ses doutes à lui. Elle était en vie, décidée depuis bien longtemps à en profiter. Hier soir déjà, elle s’était entendue lui dire tant de bêtises, l’accuser de leur malheur à venir, elle avait senti monter cette volonté de l’humilier, de le pousser dans le gouffre au bord duquel il se tenait. Lasse d’être première de cordée quand l’autre ne veut plus monter, elle l’avait menacée de rompre la corde qui les liait.
Elle s’était surprise à penser des horreurs, il pourrait au moins se débrouiller pour aller bien avec tout le mal qu’elle se donnait, elle qui partait chaque matin travailler. Ce discours, elle ne l’avait entendu que dans la bouche de gros bonhommes satisfaits. Elle lui en voulait de ça aussi.
Elle n’a eu aucune réponse à ses injonctions, aucune réaction à ses provocations. Il était resté là. IL la connaissait trop bien. Il a juste attendu qu’elle en ait terminé.
Elle lui a dit que tout ça ne changeait rien à l’amour qu’elle lui portait. Mais l’amour ne suffit pas, c’est lui qui le dit souvent.
Le soir d’avant, les enfants les avaient regardés s’embrasser, amusés. La plus grande leur avait raconté qu’elle s’étonnait toujours d’aller chez les parents des autres enfants et de voir qu’ils ne se touchaient et ne s’embrassaient pas. « Pas comme vous quoi ».
Elle avait raison. ce soir en rentrant, elle lui a raconté que ce midi, elle avait nagé comme jamais. Quatre longueurs de papillon alors qu'elle n'a jamais appris à le nager, avec les félicitations du maître nageur impressionné. et puis ils ont ri, mademoiselle Blanche a dit "oh maman, j'adore quand tu ris comme ça", et puis ils se sont embrassés.
24 novembre 2008
du matin au soir



Au début de l’année, elle était décidée. Le matin, elle réveillerait les enfants plus tôt pour leur laisser le temps de se lever sans être trop bousculés, ils pourraient prendre un petit-déjeuner calmement et y puiser les forces pour la journée. Plus les mois passent et plus le moment qui sépare le lever du départ se rétrécit. La machine du lever qu’elle rêvait bien huilée s’est pris une tempête de grains de sables de plein fouet. Pas un matin sans une chaussure perdue, une lunch-box qui ne ferme plus sans son élastique ou un collant qu’on ne trouve plus. « Maman, il faut payer la cantine, hier tu avais oublié ! ».
Et puis il y a le sac des garçons à préparer et les doudous qu’il ne faut surtout pas oublier, à moins d'être condamnée à revenir une heure plus tard à la maison pour les chercher. Un monsieur Marcel qui déteste qu’on l’habille et son grand frère qui ne veut pendre son biberon que dans les bras, une demoiselle Blanche, presque prête, et toujours presque prête vingt cinq minutes après.
Et puis il y a ce petit café avec monsieur L qu’elle s’accorde au beau milieu du tourbillon, c’est lui qu’il faudrait supprimer, c’est à lui qu’incombe la cascade de retard qu’elle n’arrive plus à maîtriser après. C’est lui le coupable tout désigné. Pas monsieur L, le petit café.
Elle sait bien que c’est la veille qu’il faudrait tout préparer. Choisir les vêtements, mettre les goûter en boîte et les les boîtes dans les sacs. Mais rien n’y fait et chaque soir qui revient, elle est persuadée qu’elle aura le temps demain.
Mais si les matins sont un peu ratés, désespérément trop courts, les soirées sont plus douces et dès que la nuit est tombée, le temps se fait bienveillant.
Alors qu’au le réveil la machine s’enraille, le soir les choses à faire s’enchaînent sans qu’on ait besoin de aider.
Après le bain qu’on s’autorise à sauter les soirs trop chargés, et le dîner que monsieur L a préparé, ils arrivent enfin à profiter de ce petit temps dont l'année dernière ils rêvaient tant.
C’est le moment de mélanger les ingrédients pour le pain et de préparer les yaourts, précieuse parenthèse qui les invitent à jouer. Quatre enfants sur tapis devant le poële allumé. Cette heure, ou quel que soit l’âge quand on est enfant, on se plongerait dans n’importe quel jeu, même pour bébé, pour prolonger un peu la journée. Les dents à brosser, cinq minutes encore, « et si on préparait ma lunch box ce soir, demain matin on se presserait moins ? » Mademoiselle Blanche essaie de grapiller quelques miettes mais elle n’oppose pas de vraie résistance quand il faut monter se coucher.
Madame L se plait à penser que c’est ce petit moment partagé qui portent ses petits jusqu’à leur lit , que c’est grâce à ces instants passés sur le tapis qu’lls ne pleurent jamais pour de vrai quand on leur dit bonne nuit. C’est en tout cas ce qu’elle se dit chaque soir avant de s’endormir, une apaisante berceuse pour elle au moment de se mettre au lit . Quand elle vient de se coucher, juste avant d’éteindre sa lumière, après avoir vérifié que le réveil est bien programmé, elle pense à chacun de ses petits, toute à la joie de les savoir tous ensemble sous ce toit, elle veut penser que leur sommeil est serein avant de se laisser glisser dans le sien.
23 novembre 2008
le secret du pudding anglais







Il y a des secrets, des choses qu’elle a promis de ne jamais montrer. Mademoiselle Joséphine lui a demandé de ne pas la révéler, soutenue dans sa requête par mademoiselle Blanche et persuadée que monsieur Aimé et monsieur Marcel seraient aussi du même avis. Madame L respectera sa promesse et ne donnera jamais ici sa recette du Chrismas pudding. Secret de famille.
Madame L avait trouvé presque tous les ingrédients mais on avait attendu le retour de la jeune fille pour s’y mettre vraiment.
La neige d’hier avait tenu, comme la promesse d’une grasse matinée. Mademoiselle Joséphine avait fouillé dans son grand sac pour y trouver les derniers cadeaux qu’elle avait ramenés. Une maison en pain d’épices à fabriquer, des gâteaux de noël et une bouteille de vin blanc pour les parents. C’était comme un jour de fête et le petit déjeuner avait traîné, il s’était même étiré jusqu’à la fin de la matinée.
La maisonnée lui semblait pourtant bien excitée pour que madame L ait envie de se lancer à l’instant dans la confection d’un gâteau à tant de mains. Pourtant, monsieur L était allé faire une dernière course ce matin et il ne manquait plus rien.
Elle a profité d’un moment calme, alors que tout le monde était monté, pour préparer les ingrédients, les peser, les mettre dans des petites coupelles que les enfants pourraient verser dans le grand saladier. Des fruits secs, d’autres confits, un peu de bière, une larme de…elle s’arrête là puisqu’elle a promis. Puis de toute façon, elle n’a jamais donné la liste complète de ce qu’elle mettait dans son saladier avant qu’on en ait mangé. Ce n’est qu’une fois la part avalée qu’il lui est arrivé de réveler cet ingrédient mystère, ce « lien secret » qui pourrait dégoûter plus d’un apprenti cuisinier.
Monsieur Marcel dormait mais mademoiselle Blanche et monsieur Aimé sont descendus pour mélanger. Mademoiselle Joséphine a été appelée mais elle l’envie lui était passée.
Si madame L avait promis de ne pas révéler le secret, mademoiselle Joséphine avait fait la promesse de son côté de participer à la confection du gâteau. Hier, sur le chemin du retour, elle avait même parlé de son envie de le faire et de l’évidence de sa présence à la table de la cuisine autour du grand saladier.
Alors monsieur et madame L ont insisté et sa moue n’a pas tenue longtemps, « mais avec les photos des ingrédients, ce sera trop facile de deviner ! ». Madame L l’a rassurée, tout est question de proportion dans cette recette là.
Il y avait bien sûr de la musique de Noël et la lumière avait cette clarté particulière des jours de neige. Monsieur L s’affairait de son côté à préparer le déjeuner. Pendant que mademoiselle Blanche s’amusait à mélanger encore l’étrange mixture, monsieur Aimé esquissait quelques pas de danse et les andrews sisters chantaient.
Mademoiselle Joséphine avait eu le droit de tremper ses lèvres dans la bière et pendant qu le mélange reposait, les petits sont sortis avec leur réserve de raisins secs pour se frotter à la neige. Juste le temps de sentir le froid avoir pour envie de rentrer et profiter des parfums qui empliraient la maison de longues heures durant. Monsieur L avait décidé de faire griller une poignée d’amandes éfilées. Les parfums en appelaient d’autres, les envies de gâteaux aussi. Pour celui qui devait cuire pendant cinq heures maintenant, il faudrait encore attendre, Le 24 décembre au soir. Et jusque là, garder le secret.

22 novembre 2008
une expédition




Il restait une journée entière à attendre, un plus que prévu après un petit changement de programme annoncé hier soir. Mademoiselle Joséphine n’arriverait pas en début d’après midi mais dans la soirée.
Il était trop tard pour changer de programme, alors ce matin, ils sont partis avec l’idée de s’arrêter chez madame Zazie pour prendre un café. La faute au pain qu’ils voulaient lui apporter et qui n’en finissait pas de monter , ils sont arrivés chez la dame à l'heure à laquelle on commence à manger. Une grande maison si belle qu’on aurait dit toute faite pour voir grandir les rêves et les projets, Le feu crépitait dans la cheminée et et ils ne se sont pas fait trop prier pour rester manger. Mademoiselle Blanche et le petit garçon de la maison n’avaient pas mis longtemps à oublier leur timidité. Il était juste un peu plus grand qu’elle.
Ce matin, madame L n’avait pas beaucoup hésité, elle avait envie de discuter. C’était plutôt drôle de s’être trouvée dans le monde virtuel alors qu’on est presque voisine en réalité, et qu’en plus on a des choses à se raconter.
Et depuis que les petits sont nés, madame L n’a pas tant d’occasion de se poser pour parler de tout et de rien, des choses bien et des petits problèmes. A chaque invitation elle prévient, elle dit qu’avec trois petits ce n’est pas pareil, qu’ils bougent plus dans la réalité que sur les images qu’elle montre le soir. Quelquefois elle remet à plus tard, redoutant ce moment où les petits, se mettront tous les trois à crier ou à courir dans le couloir.
Mais cette fois ci, elle a encore osé dire oui, trop contente de partager ce moment devant la cheminée, pendant que les enfants couraient dans le couloir et sautaient sur le canapé.
Aujourd’hui, elle avait même une deuxième fois accepté. Envie de présenter à monsieur L celle qu’elle avait rencontrée la dernière fois qu’elle était venue dans cette ville. Envie de prendre de ses nouvellles et puis mademoiselle Blanche lui avait fait un dessin et voulait lui montrer ses poupées. « On arrive avec les enfants tu sais ? ». Les enfants étaient attendus aussi avec des petits livres et de jouets ressortis de boîtes à souvenirs d’un grand garçon qui n’avait plus du tout l’âge de se promener avec le chien à roulettes qui fait du bruit.
Elle savait qu’ils avaient à chaque fois laissé derrière eux les traces de la fête, petits bouts de pains disséminés, jouets dérangés, difficile à chaque fois de ne pas repartir un peu gênée. Mais il y avait aussi ce plaisir retrouvé du lien tissé, celui des rencontres qui font du bien, qui font exister. Quand mademoiselle Joséphine est arrivée, elle avait deux semaines d’aventures à raconter. Dans la voiture au retour, alors qu’ils étaient si contents de s’être retrouvés, d’être au complet, elle a commencé le récit de son voyage. Ils l’ont écouté, ravis. En arrière plan, madame L voyait aussi revenir quelques images de sa propre journée.
21 novembre 2008
poupée russe



Elle ressemblait à la petite fille dessinée sur les plaquettes de chocolat russe, on aurait dit une de ces jeunes paysannes qui, dans les contes d’hiver, portent de longues jupes fleuries et de lourds manteaux sous leur châles de laine. Toute la journée, le ciel avait été gris et lourd. Il avait beaucoup plu et le début de matinée trop pressé avait plombé une partie de la journée. Il ne faisait pas si froid que ça, mais le vent glacé appelait l’hiver. Madame L avait annulé son dernier rendez-vous, trop de pluie pour faire tant de route. Et pour une fois, elle pourrait faire une surprise à mademoiselle Blanche, aller l'attendre à l’école et rentrer profiter du goûter avant d’aller chercher les garçons. Monsieur L était là aussi aujourd’hui. Pendant un petit moment, ils ne seraient que tous les trois.
C’est la maîtresse qui lui avait noué son joli foulard comme une babouchka. Il fallait sur le champ dire à cette petite fille qu’elle ressemblait trait pour trait à la petite fille dont madame L rêvait quand elle avait vingt ans et qu’elle s’imaginait maman.
ET puis ce foulard fleuri, c’était aussi toute cette bouffée de souvenirs qui revenait réchauffer cette journée trempée. Des cours de russe pendant lesquels madame L écoutait chanter la langue sans vraiment travailler. Et ce voyage à quatorze ans avec un baptême de patins à glace dans la nuit moscovite ; le goût des friands à la viande et du choux rouge sucré ; les petites filles nattées avec de gros rubans nouées et de longues heures à discuter avec des étudiants qui cherchaient dans les yeux de jeunes filles le sésame pour s’échapper. Quelques années plus tard, c’est sur la mer baltique que madame L s’essayait pour la première froid au ski de fond. De longues heures à glisser sur la mer gelée alors que le soleil n’en finissait pas de se coucher. Puis des promenades sans fin au milieu des isbas qui se cachaient dans la forêt, à une heure de train de Saint-Pétersbourg, très loin. Un voyage organisé par quelques lycéennes débrouillardes dans le seul hôtel ou, à l’époque, les russes pouvaient cohabiter avec les étrangers. Souvenir de cette grand-mère qui les avait invitées à prendre le thé chez elle et de cette autre vieille femme rencontrée dans le train. Elle allait vendre ses œufs à la ville et racontait qu’elle avait connu de grands écrivains. Elle leur racontait bien et que ce soit vrai ou pas ne changeait rien. De la Russie, il reste surtout à madame L ces merveilleuses histoires emmêlées et ces rêves éveillés, le goût du thé très fort et des contes illustrés. Monsieur L a vécu trois mois à Moscou. Il a passé plusieurs heures à faire la queue devant la crèmerie pour un pot de lait, il a eu froid, il a photographié les enfants des rues et les hôpitaux au confort sommaire. Il a aussi écouté des virtuoses jouer Brahms comme si c c'était pour eux la dernière fois.
Ils n 'ont pas vu la même Russie, mais ils leur reste des souvenirs croisés qu’ils partagent quelquefois quand le ciel est lourd et le vent glacé. Et la même émotion quand leur petite fille arrive à la maison avec, noué autour du cou, son grand foulard fleuri.




















