31 octobre 2008
peur



De retour à la maison, sans bien savoir quel jour de la semaine ils se trouvaient, les genoux en compote et la tête une peu éparpillée. Arrivés, hier soir, accueillie chez eux par une amie arrivée un peeu plus tôt qui avait décidé de leur préparer à manger. Une amie et sa grande fille de l’âge de mademoiselle Joséphine. Une autre jeune fille arrivée avec la ferme intention de fêter Halloween. On avait pourtant udécidé qu’il n’y aurait pas de citrouille creusée cette année, mais la grande fille d’ici n’ pas eu besoin de se faire prier.
A peine levées, elles étaient parties dans le grenier pour chercher le carton où rester quelques traces de sorcières, de chauves souris et d’araignées. Et puis les cousins américains venaient d’envoyer un petit colis hanté qui tombait très bien.
Un ou deux coups de fils aux copains et la maison s’emplissait d’adolescents plutôt sages, mais décidés à ne pas rater cette effrayante journée. Au milieu d’une maison où se mêlent encore les cartons et affaires à ranger, toutes ces choses qu’on ne sait pas du tout où caser, il n’y avait plus que ça qui comptait. Halloween party pour adolescents qui s’étaient choisis un film interdit aux petits Salle de jeux fermée à clés, mademoiselle Blanche et ses petits frères renvoyés au rez-de-chaussée.
La petite fille était un peu vexée d’avoir été renvoyée comme une vulgaire « petite » qui ne connaît rien de la vie alors qu’elle a « presque cinq ans et demi ». Les grandes avaient pourtant passé du temps à la maquiller mais elle était meurtrie.
Demain,Halloween serait finie, les grandes filles et leurs invités auraient repris forme humaine. Mademoiselle Blanche serait même peut être invitée à partager une discussion de grandes, à écouter des confidences et des secrets dont elle ne manquerait pas une miette et dont, biensûr, elle garderait le secret.
Pour l’instant, la partie haute de la maison était régie par une petite bande d’adolescents mangeurs de bonbons. Madame L s’est souvenue alors de ses quinze ans et demi, de la terre qui s’arrête de tourner quand une amitié est malmenée, de l’énergie dépensée pour qu’une fête soit réussie, du « petit monde » du collège et de secrets. Elle a souri en pensant à leur étrange échelle de priorités, leur égoïsme forcené qui se dissoud dans la révolte face la première injustice constatée. Elle a pensé qu'elle aimerait voir grandir ses enfants ici.
Les grands étaient partis se promener dans la forêt. Ils sont revenus trempés. Mademoiselle Blanche les attendait. Quand elle a vu l’état de leurs chaussures et de leurs effrayants maquillages qui dégoulinaient, elle s’est dit qu’elle avait peut être bien fait de rester dessiner l’alphabet.
Julie m'a donné son accord, alors je vous propose d'envoyer un courrier à son député pour lui demander de la recevoir et d'agir pour elle. Le courrier est rédigé. Si vous voulez l'envoyez à l'adresse mail du député, ou par la poste, "contactez l'auteur".
30 octobre 2008
premier anniversaire



Elle se souvient du petit m., ce bébé
qui avait décidé qu’il arriverait quand il voudrait,
de ces longues journées à résister, à le
laisser venir. Puis de cette nuit, toute fin de nuit victorieuse où
ils partaient à la rencontre de leur bébé.
Elle se souvient d’un petit Marcel tout petit pour elle, un petit Marcel qu’on venait voir comme un phénomène à la maternité. « Ah c’est ici la chambre du gros bébé ! »
Elle se souvient de la toute petite chambre et des tuyaux de pédiatrie, des long couloirs où elle s’était perdue, des portes fermées, de son bébé de l’autre côté. Elle se souvient de sa peur et du bruit de la machine. Elle se souvent des mains des infirmières et de leurs gestes qui voulaient paraître sûrs. Elle se souvient de cette si particulière solitude qui est venue la surprendre la nuit qui a suivi. Elle ne l’a vécue que quelques heures, la peur de le voir mourir et la certitude qu’elle avait beau le vouloir, elle ne suffirait pas à maintenir le fil. Elle se souvient de l’arrivée de monsieur L, de leur inquiétude partagée. Elle sait qu’ils sont trois à avoir vécu cette nuit, qu’ils ne sont que trois à s’en souvenir. « Il n’en gardera aucune séquelle », ça elle s’en souvient aussi.
Elle n ‘oublie pas les jours qui ont suivi et le retour de la maternité, la vie à six qui s’est installée, la place que chacun à du se réinventer. Celle que ce bébé, petit terrien que rien ne semblait pouvoir perturber. Et déjà, qui se souvenait de ses débuts si fragiles ?
Bébé surprise qui a su faire croire qu’on l’avait toujours attendu ici. On l’a beaucoup attendu. Bébé si facile, passé du lit maternel à celui de petit garçon, passé du sein maternel au biberon comme s’il avait toujours su. IL ne sait pas encore marcher mais il avance depuis qu’il est né, droit devant lui. Debout, bien planté sur ses deux pieds. Bébé magique qui semble n’avoir aucun doute. Il est là où il est.
Petit bébé qui se laisse enfin aller dans des bras enveloppants. Petit bébé qui se laisse pleurer et qui a peur quand on crie autour de lui. Il trouve alors refuge dans les bras de sa maman, ceux qui l’ont porté depuis qu’il est né et qui l’attendaient depuis cette nuit où elle lui a soufflé qu’elle l’aimait mais qu’elle n’était peut être pas assez forte pour l’aider.
Des bras qui n’attendaient plus que lui, qui voulaient enfin le sentir s’abandonner.
Est ce qu’elle peut avouer qu’elle aime l’entendre pleurer. Elle sait qu’elle va pouvoir aller le chercher, le câliner, l’aider comme un bébé qu’elle sait fragile aussi, comme les autres bébés. Alors elle l’entoure de ses bras et le sent rassuré, elle se sent rassurée. Monsieur Marcel a eu un an aujourd’hui. Maman ordinaire, elle n'a pas échappé à ce fulgurant retour en arrière. Puis elle a regardé son petit garçon. Monsieur Marcel est encore un peu petit m. Solide, décidé, terrien, mais aussi fragile aussi un peu de temps en temps. Juste ce qu’il fallait. Elle est là pour lui, Il le sait.
Merci, merci, merci pour tous ces commentaire sur 38 années, autant de petites douceurs en ces temps agités, entre deux voyages en voiture ou en train. Merci encore. Et puis pardon encore de ne pas pouvoir répondre aux mails en ce moment. Le retour à la maison approche, et les bonnes habitudes reprendront.
29 octobre 2008
chic et pas cher

Ils sont arrivés ce matin pour
le petit déjeuner. Une matinée pour les retrouver et
madame L avait promis à mademoiselle Joséphine que
l'après -midi, elles iraient se promener. « Mais
c'est quoi du shopping? » demandait mademoiselle Blanche
sûre et certaine, avant même d'avoir la réponse, qu'elle voulait les accompagner. La grande avait reçu un peu
d'argent de poche et attendait depuis quelques jours de pouvoir
aller faire un tour en ville pour aller le dépenser. La petite
avait trop envie de « faire des trucs entre filles »,
et madame L avait dit oui, alors elle ne pouvait plus se défiler.
Alors quand les deux garçons ont été endormis elles ont pris le train toutes les trois jusqu'au centre ville et ses magasins. Pas la vieille ville et ses pavés que madame L aime retrouver, pas la grand place et ses cafés, les rues pleines de monde et d'enseignes où les jeunes filles aiment aller s'habiller.
Mademoiselle Blanche avait promis d''être très sage, elle les suivait sans broncher.
Madame L se revoyait il y a quelques années expliquer à qui voulait l'entendre qu'il valait mieux s'acheter un très joli vêtement de temps en temps que beaucoup plus de vêtements bon marché. Là maintenant, c'était plutôt un vêtement bon marché de temps en temps. Il n'y avait rien de triste à cela, c'était juste une question de choix. Mais elle était bien obligée d'admettre qu'à part une jolie robe, une tunique et deux jeans à sa taille, elle n'avait plus rien à se mettre pour aller travailler. Alors il ne lui a pas fallu longtemps pour céder et se mettre elle aussi à farfouiller. Un petit chemisier à pois, un cardigan à manches courtes et un pantalon, le tout pour à peine la moitié du prix d'un vêtement, en soldes, qu'elle aurait trouvé dans un de ses magasins d'avant, ceux du vieux Lille et de ses boutiques qui font rêver. Avec des jolies chaussures, c'est sûr, elle aurait de l'allure. D'ailleurs c'est mademoiselle Blanche qui lui répétait « ah, celui là, tu ne peux pas dire qu'il ne te va pas ! ».
Elle retrouvait mademoiselle Joséphine en cabine et se sentait plutôt flattée. La jeune fille avait besoin de son avis avant de choisir. Juste un petit mot pour lui dire qu'elle ne s'était pas trompée. Quelquefois une pincée de doute, « ça ne fait pas un peu années 80 tout ça »?, oui, mais justement, c'est ça qu'elle aimait.
Puis madame L a essayé d'emmener mademoiselle Blanche au rayon des petites filles mais elles n'ont rien trouvé, rien qu'un petit collant en dentelle qu'elle pourrait mettre demain.
Il était bientôt six heures et le train allait bientôt repartir, un vieux train de banlieue comme elle les croyait tous disparus. Même pas le temps d'un saut de puce jusqu'au vieux Lille, encore moins celui d'un chocolat dans un café mais les filles étaient ravies et elle n'avait pas vu l'après midi passer. Elle aurait même bien continué. Parce que le froid commence à pincer, et qu'il va lui falloir une ou deux vestes douillettes, élégantes et pas chères pour affronter l'hiver en beauté.
28 octobre 2008
trent-huit ans
Il doit y avoir erreur sur la personne. Parce que trente-huit ans, c’est exactement l’âge de sa mère, l’âge qu’elle a toujours eu et qu’elle aura toujours avec sa salopette rouge et ses bracelets qui font du bruit.
Alors aujourd’hui c’est vrai que c’est son anniversaire, le 28 octobre il n’y a aucun doute, aucune erreur possible, c’est aujourd’hui. Mais 38 ans, elle se demande encore si c’est vraiment vrai, la vérité crachée. Alors que la journée se termine, elle doit encore recompter pour en être certaine.
On lui a pourtant téléphoné, laissé des messages qui ont égayé cette journée au milieu des cartons, mais elle a eu du mal à se rendre compte qu’elle avait passé une année.
Etrange anniversaire, au milieu d’une maison sans dessus dessous, sans enfant ni cadeau, avec un mari qui avait oublié, à qui elle a du rappeler par énigme que ce jour était un peu particulier.
Elle sait qu’il a un problème avec les dates obligées mais il ne l’aurait pas emporté au paradis s’il n’avait pas eu toutes les circonstances du monde pour ne pas faire une croix géante sur son calendrier.
Se souviendront-ils de cette journée, passée avec des déménageurs pressés d’en avoir fini. Lui, ne sachant plus très bien où il habitait, elle ne sachant plus quel âge elle pouvait se donner.
Heureusement que les enfants les ont appelé pour les rappeler à la réalité. Scarlatine pour les deux garçons. Puis en fait non, ce ne sont pas les mêmes petits boutons, « maman, tu me promets un peu de shopping demain après-midi ? ».
Hier ils étaient à Paris, demain ils seraient à Lille, et aujourd’hui, ils essayaient d’être ici, d’ouvrir les cartons sans tout mélanger.
Un restaurant pour finir la journée, c’était vraiment une bonne idée mais elle s’est aperçue en y pensant qu’elle ne s’était même pas habillée de la journée. Et puis il y avait encore un carton « verres fragiles » à défaire. Tant pis, une bouteille de bon vin d’ici, du miel et du chèvre feraient l’affaire.
38 ans, c’est l’âge de sa mère. C’est l’âge où on est une maman, et pas seulement une maman. Elle aura aimé partager toutes ces émotions avec lui, sans petits. Se retrouver et se laisser submerger par des émotions sans avoir de quotidien à planifier. Etre triste ensemble, et se retrouver un peu plus unis. Le joli cadeau d'aujourd'hui.
Ils n ‘auront pas assez de toute la nuit pour tout ranger. Quand ils rentreront dans quelques jours avec les enfants pour retrouver la maison, il restera tant de choses à faire. Il faudra réapprendre les lieux avec eux, les réinventer. Tout aura bougé, rien n’aura changé. Ils seront contents d’être ici. Peut être q’elle sortira quelques bougies.
27 octobre 2008
vide





Le souvenir de cette dernière nuit se mêlera désormais à celui de la première. Les meubles n’étaient pas encore partis mais ils étaient déjà ce couple venu en pèlerinage visiter le quartier qui les avait vu se rencontrer. La moitié d’une vie pour lui passé ici.
La vieille cuisinière attendait les gros objets sur le pavé. Alors à chaque fois qu’il fallait manger, ils ont choisi un endroit qu’ils avaient aimé.
Un grand crème et deux croissants dans ce café où ils n’avaient pas mis les pieds depuis longtemps. Trop branché. Mais ce lundi matin à cette heure là ils étaient les seuls clients. Ils ont regardé les parisiennes recommencer leur semaine bien habillé, les enfants faire attention sur le passage clouté.
La veille, ils avaient profité de ce petit dîner tous les deux entourés de touristes américains. Ce quartier n’était plus pour eux. Là-bas, ils étaient heureux.
Elle ne se serait jamais imaginé quand il lui a prêté les clés qu’elle reviendrait quelques années plus tard vider cet appartement avec lui. La tristesse toujours en toile de fond de cette journée, un peu de fierté se dessinait aussi sur le tableau de ces derniers instants parisiens. Elle aimait penser que c’est pour aller vivre avec elle qu’il allait rendre les clés.
Les enfants étaient chez leur grand-mère et ils avaient aimé cet endroit au dessus des toits, mais cet appartement, c’était leur histoire à eux, rien qu’à eux. ET tous les deux, ils étaient en train d’en écrire les dernières lignes.
Les déménageurs étaient partis, il avait monté et descendu bien plus de cent étages aujourd’hui. Elle un peu moins. Elle avait profité de son statut de fille. Il lui avait confié les sacs les moins lourds et lui avait souvent demandé si elle n’était pas fatiguée.
Ils avaient vu la pluie recouvir Paris, une dernière fois, ils l’avait regardée avancer, tremper la parc monceau alors que la tour Montparnasse était encore ensoleillée. Ils avaient distingué les lumières des grands magasins, si colorés qu’ils étaient peut être déjà éclairés pour Noël puis il lui l’avait emmenée regarder la vue de la petite fenêtre de derrière. De l’autre côté, c’est le sacré-cœur qu’on voyait briller.
Ils ont éteint les lumières puis refermé la porte derrière eux. IL faisait déjà nuit. Il fallait prendre la route. Quatre heures de voiture. Ils étaient attendus par la vie.
26 octobre 2008
encore une nuit
Il est d’abord retourné sur le balcon, elle s’est emparée des cartons. Elle le rejoindrait plus tard, elle irait peut être seulement demain quand les déménageurs seraient partis. Une dernière fois avec lui. Pour l’instant, il fallait qu’elle avance méthodiquement. Ranger la vaisselle en mélangeant papier à bulles et vieux journaux. Elle croisait des mots, survolait des bouts de phrases déchirées mais il n’y a que les objets qui coptaient. Pour l’instant, ils avaient perdu toute charge affective, ils n’étaient ni beaux, ni lads, il fallait juste les ranger. Elle comptait le temps. Dans une heure, il faudrait avoir terminé la cuisine, puis s’attaquer aux livres.
Elle avait allumé la radio sans l’écouter, il n’était pas loin, juste dans la pièce d’à côté. Elle se revoyait assise sur le canapé avec son manteau de cuir bordeaux sur le dos. Plus tard, elle aprrendrait qu’il ne l’aimait pas trop. Il l’avait invitée à prendre un thé. C’est la première fois qu’elle était revenue ici après lui avoir rendu les clés.
Elle s’était fixée un moment où il faudrait s’arrêter, se poser un peu pour écrire les mots de la journée. Elle a reculé le moment. Ce serait les derniers mots écrits ici. L’heure qu’elle s’était fixée était largement dépassée quand elle est allée chercher son ordinateur our s’asoir sur le lit, face à la fenêtre et Paris éclairée. La tour Eiffel était là, dans quelques minutes elle se mettrait à scintiller.
Dans très longtemps, quand elle raconterait l’histoire de cet appartement à ces petits enfants, elle les feraient sûrement rêver. Pour l’instant, elle était encore là. Elle regardait par la fenêtre sans arriver à croire que c’était le dernier soir. Et pourtant, tout autour d’elle, malgré les trois photos qui restaient accrochées, la pièce n’était plus qu’un empilement d’objets et de cartons à demi-fermés. Les bruits du dehors remontaient jusqu’ici. ça y est, elle scintillait. Ce soir à 19 h, elle y a cru vraiment, c’était juste pour elle que la tout Eiffel s’est mise à briller ; Et puis les cloches de l’église se sont mises à sonner. Alors les yeux se sont embrouiller mais il fallait écrire. Pour ne rien oublier, retenir chaque petite lumière, repérer la place de chaque monument au loin. Regarder les verrières du grand palais. Ecrire déjà au passé. ET puis ne pas avoir envie de finir ce petit billet, parce que la fin n’est pas encore arrivée, parce qu’il reste encore un soir, encore une nuit, encore demain. Parce que la tour Eiffel va encore scintiller. Parce que ce n’est pas encore tout à fait fini.
25 octobre 2008
dernier tour







Elle est arrivée en fin de
matinée avec les enfants. Ils avaient pris le train pour
retrouver monsieur L au milieu des cartons. Quelques heures à
Paris pour se promener dans le quartier , aller revoir une leurs endroits, le restaurant italien et la petite boutique dans
laquelle les filles aiment acheter des crayons, leur dire au revoir
comme si c’était la dernière fois. Comme s’ils ne
reviendraient jamais. IL y avait dans cette journée quelque
chose d’étrange et doux, une douceur un peu amère,
celle d’un moment de rappel quand on sait que le spectacle est
terminé.
Ils sont allés ensemble jusqu’au manège, quatre tours pour chacun. Après tout c’était un jour exceptionnel, il fallait écouler les billets. Madame L les regardait tourner en pensant à cette fois où elle avait donné rendez vous à monsieur L juste à côté. Ils se connaissaient depuis quelques semaines, elle avait décidé que c’était le moment de lui présenter sa petite fille. Mademoiselle Joséphine avait six ans et demi et un petit manteau gris. Après, pendant un long moment elle étaient venues tous les mardi soir le retrouver dans cette rue au joli nom. Ils avaient fait connaissance, lui le taciturne qui n’aurait jamais d’enfant et elle, le petite pipelette blondinette qui n’avait pas très envie de partager sa maman.
Depuis, mademoiselle Joséphine a toujours aimé se promener dans le quartier, son endroit préféré de Paris. Elle était un peu triste cet après-midi "Mais c'est comme ça, ça devait bien arriver un jour de toute façon". Madame L lui a promis qu’elles reviendraient. Ils sont remontés plus tôt que prévu. Une dernière fois les cinq étages avec les bébés dans les bras puis monsieur L a emmené les enfants sur le balcon. Alors ils ont salué la tour Eiffel. Puis ils sont rentrés pour dire au revoir au salon, à la chambre et à la cuisine-salle de bain. A chaque fois, ils ont répété « au revoir » après leur papa. « Tu veux dire adieu plutôt cette fois ». Mademoiselle Blanche avait besoin elle aussi de penser qu’on pourrait revenir quand même, une fois de temps en temps, « et que les gens nous laisserait entrer pour retourner sur le balcon avec papa. »
Arrivés en bas, ils ont levé la tête pour voir le balcon de tout en bas. Ils sont rentrés dans la voiture et ont quitté Paris. Monsieur et Madame L reviendraient demain pour terminer les cartons. Les enfants, non. La voiture avait pris la direction de Lille ou leur maminou s‘occuperait d’eux pendant le déménagement. Mademoiselle Blanche a eu envie découter des chansons tristes. « C’est normal aujourd’hui ». Puis elle a commencé à compter les kilomètres qui la séparaient de sa maminou.
24 octobre 2008
le toit

Ces dernières semaines, mademoiselle Blanche n’arrivait pas à se débarasser de cette angoisse qui la poursuivait. « Maman est ce qu’on pourra toujours garder la maison ? est ce qu’elle sera toujours à nous ?». Madame L l’a rassurée, certaine qu’elle pouvait lui promettre sans lui mentir que personne ne viendrait jamais les déloger.
Cette après-midi, elle est rentrée du travail emplie de cette joie que lui offrait la perspective de ces quelques jours de congés. Il y avait des sacs à remplir, des affaires à laver, un dîner à préparer et plus grand chose à manger, mais les obstacles lui semblaient déjà franchis avant même d’être abordés. Elle retrouvait cette sensation d’avoir du temps devant elle, même pour quelques jours, même dévorés par un déménagement. Cette sensation de liberté qui peut prendre racine quand tout va bien, quand tout est à sa place.
Alors quand elle a eu couché les petits, elle a pris son ordinateur pour rendre visite à celles qui lui feraient du bien, Un petit plaisir qu’elle s’offre le soir avec une tisane à la main, juste à côté de monsieur L quand il est là ou en bas, juste à côté du poêle avec Mozart allumé.
Quand elle est arrivée chez elle, elle a cliqué, puis elle a lu, du premier au dernier billet. C’est le journal d’une jeune femme qui élève ses deux enfants à Paris, qui prépare un concours en mars prochain, qui essaie de se débrouiller avec son quotidien. Une jeune femme ordinaire, qu’elle ne reconnaîtrait pas dans la rue si elle la croisait demain, parce que rien de la distingue des autres femmes qu’on croise dans la rue. Une jeune femme qui n’a plus de logements fixe depuis des mois.
Elles sont des milliers à vivre ce que cette jeune femme traverse aujourd’hui, à errer de logements de fortune en appartement prêté , à ne pas pouvoir se projeter qu’à quelques jours, jamais plus loin, en espérant que cette nuit n’arrivera jamais. Un soir ou entre deux solutions d’urgence, aucune porte ne s’ouvrira. Elles accompagnent leurs enfants à l’école tous les matins comme si de rien n’était, puis partent travailler, ou font comme si elles partaient travailler. Chercher un travail, chercher un logement pour se confronter tous les jours aux mêmes promesses et aux refus. Au mépris de l’urgence.
ll lui suffit de penser qu’elle a eu tellement de chance il y a quelques années de trouver une tante, puis une mère, qui l’ont accueillie avec sa petite fille sous le bras. Elle a croisé cette angoisse quelquefois, elle n’y a jamais été confrontée. Ne plus avoir de toit, d’endroit où se poser, de repère ou regarder ses enfants s’endormir, apaisés.
Un temps de retard. Cette jeune femme y écrit tellement bien son quotidien qu’il faut d’abord aller la lire. Pour toutes celles qui n’ont même pas de plume pour s’exprimer, pour celles que la gêne étouffe et qui n’osent pas parler.
23 octobre 2008
petit soldat



Il y a des choses dont elle ne parle pas beaucoup ici, parce que les yeux qui lisent ne sont pas toujours aussi bienveillants qu’elle le voudrait. Un travail un peu pesant, des semaines à essayer de se faire accepter, la tête un peu plus baissée qu’elle le devrait, un cv un peu caché et quinze ans d’expérience dont elle a decidé de ne pas parler. D’ailleurs, on ne lui a rien demandé, rien sur sa vie, rien sur ses envies, rien sur ses idées. Surtout pas ses idées, elle a très vite compris qu’elle pouvait se les garder. Alors, ce soir, elle est rentrée un peu trop lourde de toutes ces choses gardées, de toutes ces petites choses apprises et qui ne serviront peut être plus jamais. Non, il ne faut pas dire jamais. Lasse d’être le bon petit soldat, pas si bon que ça, c’est ce qu’on lui a martelé aujourd’hui.
« ma maman est chef, ma maman est chef !! », Aujourd’hui, elle s’est rappelé mademoiselle Joséphine qui le criait dans la rue aux passants qui voulaient bien l’écouter. C’était il y a tellement d’années, une autre vie qu’elle n’a pas non plus envie de retrouver. Petit péché d’orgueil qui lui a fait du bien, juste un petit souvenir joyeux qui l'a aidée un peu.
Elle était contente de retrouver ses trois petits. Trois petits fatigués et déçus de ne pas voir leur grande sœur partie voir un spectacle de danse avec ses amis. Elle avait très envie de les retrouver, de s’occuper d’eux, de passer un peu de temps à dîner. La soirée ne s’est pas passée exactement comme elle le voulait. Il est grand temps que les vacances arrivent. Tout le monde est fatigué. Quelques jours pour prendre de la distance et se reconstruire une douce cuirasse, se recentrer encore, ne pas laisser s’enfuir la légereté. « maman, on se déguise à l’école demain ! ».
Mademoiselle Blanche avait déjà porté sa robe de princesse des prés l’année dernière, elle avait envie de changer. Alors elles ont cherché dans les déguisements. Une blouse fleurie, sa jolie robe blanche qu’elle ne se lasse pas d'enfiler, un petit tablier, une cape à dentelle et un serre-tête bricolé avec des rubans. « Maman, je suis la princesse de quel pays déjà ». On dira polonaise, mais ce serait surtout un pays imaginaire, là où il ne pleut jamais, où les princesses ne salissent jamais leur robe immaculée et ne sont jamais fatiguées. Mademoiselle Blanche se trouvait très jolie, pas sûre que sa copine Héloïse serait du même avis. Alors madame L a répété à sa princesse bricolée qu’elle était vraiment très belle et d’ailleurs il suffisait de demander leur avis à monsieur Aimé et monsieur Marcel, ils la regardaient tourner avec envie.
Mademoiselle Blanche a serrée sa maman dans ses bras, lui a donné un gros baiser, alors les petits garçons ont voulu l’embrasser aussi, et puis monsieur L a appelé. Il était là son petit instant de légereté. Un petit moment qu’elle avait attendu toute la journée sans savoir quand il arriverait. D’ailleurs elle ne l’attendait plus pour dire vrai. Ce soir, les petits se sont vite endormis. Elle, elle s’est dit que plus tard, comme métier, elle ferait bien raconteuse de petits moments rêvés.
22 octobre 2008
ciel ouvert







La pluie tombait sur les ciel-ouverts, ces petites fenêtres de toit qui font beaucoup de bruit mais qui sont très jolies. Aujourd’hui, elle ne s’arrêterait jamais, c’était annoncé. Après une matinée passée chez l’ostéopathe pour monsieur Marcel, c’est mademoiselle qui lui a donné une vraie bonne nouvelle. Pou l’orthodontiste de cet après-midi, elle ‘était trompée de deux mercredi. Petite euphorie comme celle des écoliers quand le contrôle est remis. Pas besoin de sortir, d’habiller les petits et de se tremper.
Avec un peu de temps devant elle, elle pouvait et commencer à ranger. La plupart des meubles parisiens allaient trouver leur nouvelle place ici, dans la grande chambre du premier, là où ils dormaient depuis qu’ils s’étaient installés. Depuis sept ans, rien n’avait bougé à quelques petits cadres près, et dans quelques jours tout aurait changé.
Pour accueillir le classeur et le grand bureau, il faudrait monter le lit sur le petit pallier qui leur servait de bibliothèque. Elle s’en était fait un refuge pour les dimanches d’hiver. Un petit escalier trop dur à monter pour les petits, de la musique et des photos, et puis des livres partout. Après tout, il ne manquait plus qu’un lit. Elle se voyait déjà une tisane à la main, écrire ses histoires du soir à la lueur d’une petite lumière.
Elle s’y voyait mais tout restait à faire. Des années de poussières, des dizaines de livres à bouger, à empiler, des papiers à jeter et des dizaines de photos à ranger. Des images sur papier de toutes ses vies d’avant. Mademoiselle Blanche lui avait demandé de l’accompagner, pour chercher des photos de quand sa grande sœur avait cinq ans. Quand monsieur L est arrivé, elles regardaient des images de Tahiti « regarde papa, c’était avec le papa de Joséphine quand Joséphine n’était pas née ». Il a regardé tout le carton, ‘Regarde Blanche, c’est maman quand elle s’est mariée la première fois ». elle les écoutait regarder tout ça et remonter le temps. Elle répondait aux questions qu’il lui posait. Il l’aurait peut-être trouvée jolie s’il l’avait croisée dix ans avant.
Mais là, maintenant, c’était bien aussi. Mademoiselle Blanche est venue lui dire qu’elle était très jolie aussi « avant ». Monsieur Aimé s’était réveillé et volait lui aussi monter sur leur petit pallier.Mademoiselle Joséphine cherchait dans les livres celui qui lui plairait. Les filles trouvaient l’endroit très joli. Elle leur enviait ce refuge dont elles savaient à l’avance que l’accès serait réglementé.
Madame L s’est assise sur le parquet, ils dormiraient bien ici. Ils se laisseraient bercer par le bruit de le pluie sur le ciel ouvert juste au dessus de leur tête. Ce serait leur petit endroit préservé, un peu perché avec un escalier vraiment trop dur à escalader. De ces vies d’avant, elle retrouvait le plaisir de dormir directement sur le plancher. A l’autre bout de la pièce qui apparaissait tellement grande vue d’ici, des piles de livres de photographies attendaient d’être rangées. Les meubles arrivaient mardi.


















