marcel1marcel2marcel3marcel4                                                                                                      Elle se souvient du petit m., ce bébé qui avait décidé qu’il arriverait quand il voudrait, de ces longues journées à résister, à le laisser venir. Puis de cette nuit, toute fin de nuit victorieuse où ils partaient à la rencontre de leur bébé.

Elle se souvient d’un petit Marcel tout petit pour elle, un petit Marcel qu’on venait voir comme un phénomène à la maternité. « Ah c’est ici la chambre du gros bébé ! »

Elle se souvient de la toute petite chambre et des tuyaux de pédiatrie, des long couloirs où elle s’était perdue, des portes fermées, de son bébé de l’autre côté. Elle se souvient de sa peur et du bruit de la machine. Elle se souvent des mains des infirmières et de leurs gestes qui voulaient paraître sûrs. Elle se souvient de cette si particulière solitude qui est venue la surprendre la nuit qui a suivi. Elle ne l’a vécue que quelques heures, la peur de le voir mourir et la certitude qu’elle avait beau le vouloir, elle ne suffirait pas à maintenir le fil. Elle se souvient de l’arrivée de monsieur L, de leur inquiétude partagée. Elle sait qu’ils sont trois à avoir vécu cette nuit, qu’ils ne sont que trois à s’en souvenir. « Il n’en gardera aucune séquelle », ça elle s’en souvient aussi.

Elle n ‘oublie pas les jours qui ont suivi et le retour de la maternité, la vie à six qui s’est installée, la place que chacun à du se réinventer. Celle que ce bébé, petit terrien que rien ne semblait pouvoir perturber. Et déjà, qui se souvenait de ses débuts si fragiles ?

Bébé surprise qui a su faire croire qu’on l’avait toujours attendu ici. On l’a beaucoup attendu.  Bébé si facile, passé du lit maternel à celui de petit garçon, passé du sein maternel au biberon comme s’il avait toujours su. IL ne sait pas encore marcher mais il  avance depuis qu’il est né, droit devant lui. Debout, bien planté sur ses deux pieds. Bébé magique qui semble n’avoir aucun doute.  Il est là où il est.

Petit bébé qui se laisse enfin aller dans des bras enveloppants. Petit bébé qui se laisse pleurer et qui a peur quand on crie autour de lui. Il trouve alors refuge dans les bras de sa maman, ceux qui l’ont porté depuis qu’il est né et qui l’attendaient depuis cette nuit où elle lui a soufflé qu’elle l’aimait mais qu’elle n’était peut être pas assez forte pour l’aider.

Des bras qui n’attendaient plus que lui, qui voulaient enfin le sentir s’abandonner.

Est ce qu’elle peut avouer qu’elle aime l’entendre pleurer. Elle sait qu’elle va pouvoir aller le chercher, le câliner, l’aider comme un bébé qu’elle sait fragile aussi, comme les autres bébés. Alors elle l’entoure de ses bras et le sent rassuré, elle se sent rassurée. Monsieur Marcel a eu un an aujourd’hui. Maman ordinaire, elle n'a pas échappé à ce fulgurant retour en arrière. Puis elle a regardé son petit garçon. Monsieur Marcel est encore un peu petit m. Solide, décidé, terrien, mais aussi fragile aussi un peu de temps en temps. Juste ce qu’il fallait. Elle est là pour lui, Il le sait.


Merci, merci, merci pour tous ces commentaire sur 38 années, autant de petites douceurs en ces temps agités, entre deux voyages en voiture ou en train. Merci encore. Et puis pardon encore de ne pas pouvoir répondre aux mails en ce moment. Le retour à la maison approche, et les bonnes habitudes reprendront.