tour1tour2tour3tour4tour5tour6tour7tour8                                                          Premier soir en petit comité. Les grands parents s’en sont retournés et monsieur L est parti pour quelques jours travailler. ET puisque c’est mardi, madame L a décidé que ce soir, le bain ne serait pas obligatoire. Elle est montée avec les trois petits dans la grande chambre des garçons. Elle les a un peu regardé jouer. Il n’était pas tard et il restait un petit moment avant le dîner. Monsieur Aimé s’était emparé du panier de cubes, son jeu préféré depuis longtemps. Sur son petit meuble de chevet, il les posait les uns à côté des autres pour former une ligne la plus droite possible. Mademoiselle Blanche a préféré les empiler. Son petit frère l’a aidée à dresser la tour la plus grande qu’ils pouvaient. Il la regardait poser les cubes les uns au dessus des autres et n’osait plus bouger. Monsieur Marcel avait aussi arrêté de jouer, il regardait la tour s’ériger.
« regarde maman ! ». Elle aussi a un instant arrêté de respirer. Le dernier cube était posé, la tour pouvait s’écrouler. C’est mademoiselle Blanche qui s’est offert ce plaisir là. D’un petit geste de la main, elle a envoyé les cubes voler aux pieds de ses petits frères qui n’avaient plus qu’à se pencher pour saisir un morceau du monument. Ils riaient tous les trois. Elle riait avec eux.
La petite fille avait d’autres projets. Une pyramide, « beaucoup plus difficile à faire ». Madame L avait promis de rester et d’attendre que la pyramide soit bâtie avant de préparer le dîner. Cette fois monsieur Aimé préférait observer. Très concentré, il semblait enregistrer chaque geste de sa sœur pour les recommencer après. Elle a saisi le dernier cube,le chapeau, celui qui venait couronner le travail si précis qu’elle venait d’effectuer. Il l’avait regardé faire. D’un geste de la main il a tout fait s’écrouler en voyant valser les cubes aux pieds de monsieur Marcel qui ne comprenait pas très bien. De la pyramide, il ne restait plus rien.
Madame L les a vus se jeter l’un sur l’autre avec une violence qu’elle ne leur connaissait pas. Le bruit des coups raisonnaient, à peine couverts par des hurlements  qui n’avaient aucun sens. Les visages étaient déformés et les corps emmêlés. Monsieur Marcel, paniqué, s’est mis lui aussi à hurler.`
Elle l’a pris dans les bras puis leur a dit qu’elle descendait. Elle leur a signifié que pour la suivre, ils devaient d’abord se calmer. Ils continuait de hurler tous les deux en haut de l’escalier puis monsieur Aimé s’est lassé. Alors la petite fille a retourné sa colère contre sa mère. Elle menaçait de lui déchirer sa robe, elle ne voulait plus l’écouter, elle voulait remonter, elle ne voulait surtout pas s’arrêter.
Il fallait surtout rester calme, laisser glisser les cris. Au début Madame L a refusé de réagir, en rappelant à voix posée qu’il suffisait de se calmer, qu’ensuite elles pourraient discuter. Les hurlements s’accompagnaient maintenant de mouvements saccadés. Elle s’est levée pour aller préparer le dîner Mais tout d’un coup elle s’est retournée et sa main a saisi celle de la petite fille qui continuait à crier, elle l’a traîné dans le jardin pour crier encore plus fort qu’elle, hurler de concert. C’est exactement ce qu’elle voulait éviter, mais elle a du constater que ces cris lui avaient fait du bien. Alors elle est rentrée en laissant derrière elle une petite fille qui refusait de s’excuser La nuit commençait à tomber mais mademoiselle Blanche restait figée sur son banc de pierre. Il a fallu l’obscurité pour qu’elle ouvre la porte et murmure un  pardon au milieu d’un sanglot. Alors madame L l’a prise dans ses bras et après un dernier mouvement de recul, elle a senti le petit corps se dénouer et petit à petit abandonner le combat. Le petit corps se laissait materner mais la petite tête refusait de se rendre. « Ce que je veux , c’est téléphoner à papa ».

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