rentr_e1rentr_e2rentr_e3rentr_e4rentr_e5rentr_e6                                                                                                                                                                    Un petit bouquet de roses du jardin, avec quelques branches de chèvrefeuille, du lierre et deux cueillies dalhias dans le potager. Celui que mademoiselle Blanche offrirait à la maîtresse pour le premier jour de l'année. Hier en fin de journée, elle attendait sa maman de pied ferme pour le préparer. Monsieur L l’a ficelé puis on l’a mis de côté en attendant le lendemain.
Réveil d’un bond pour la fille qui comptait les jours depuis longtemps. Robe repassée, cartable préparé avec un dessin pour la maîtresse glissé dedans, tout était prêt. « Et ma lunch Box, on l’a oubliée ! ». Madame L retrouvait les gestes qu’elle répéterait maintenant tous les matins qui viendraient.  Des petits gestes bien loin de lui peser.  La porte était grande ouverte sur le jardin embrumé, les garçons étaient prêts, mademoiselle Joséphine encore endormie. Petit répit,  pour elle la rentrée n’avait lieu que demain. Monsieur L était là lui aussi, c’était sa deuxième rentrée, deuxième rentrée de papa attendri.
La maison confiée à mademoiselle Joséphine qui  profitait de sa dernière grasse matinée, ils sont partis à pieds. Le cartable sur le dos et le bouquet dans son poing serré, mademoiselle Blanche répétait qu’elle était « trop contente de rentrer », un peu inquiète à l’idée d’être en retard et de trouver la porte fermée. Il restait un quart d’heure et quelques pas pour arriver jusqu’au portail ouvert sur la grande cour et ses deux tilleuls encore bien verts.
La maîtresse accueillait déjà les élèves. Cette année, il y en aurait seize. De la moyenne section de maternelle au CM2 , ils se connaissaient tous et partageraient le repas de midi dans la petite cantine d’à côté. La petite fille a tendu son bouquet, très fière,  puis elle est entrée dans la classe pour y chercher sa place. Elle connaissait les lieux et savait qu’elle retrouverait ses si jolis chaussons, orange et bleu brillants, ceux qu’elle ne ramène jamais à la maison. Un jour, monsieur Aimé et monsieur Marcel feraient aussi leur rentrée ici. Pour le moment, ils regardaient les grands, partagés entre l’envie d’en faire partie et le plaisir de pouvoir rester encore un peu dans les bras des parents. A ce moment, Mademoiselle Blanche les aurait presque  enviés. Les premières émotions étaient passées. La rentrée comme elle l’avait rêvée faisait déjà partie du passé. elle est ressortie pour demander un dernier bisou. Celui qui lui fallait pour repartir dans la classe sans se retourner.
la maîtresse tenait encore son bouquet, et puis elle a dit qu’il fallait s’en aller. Les enfants devaient se retrouver et la journée commencer.
La porte s’est refermée, ils sont rentrés en pensant à la demoiselle, Ils essayait de l’imaginer. Timide ou effrontée, dans ce monde là, ils ne la connaissaient pas.
Ce soir, c’est mademoiselle Joséphine qui devait aller la chercher. Elles redescendraient à pieds pour se préparer un petit goûter. Des tartines beurrées prises sur le petit muret. Ce soir, elle leur raconterait tout, presque tout. Ce qu’elle voudrait.