tous les jours dimanche

C'était une maison de campagne et nous avons décidé un jour de nous y installer pour la vie.

31 août 2008

goûter dînatoire

anniv1anniv2anniv3anniv4 anniv5anniv8anniv6anniv7                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                            Pour  le goûter, ce serait une bonne idée. Monsieur Marcel et monsieur Aimé seraient réveillés, et puis  il ferait encore beau. On aurait le temps de faire le gâteau, et de dresser la table. on mettrait même des assiettes de grands pour les enfants.
Mais pour tout ça, il fallait encore terminer le cadeau, celui dont monsieur et madame L avaient eu l’idée. Le livre des deux ans, un petit livre en tissu que monsieur Aimé pourrait feuilleter pour y retrouver le portrait de chacun d’entre eux, avec les noms brodés. Monsieur L avait choisi les images et s’était occupé du transfert. Madame L y avait déjà travaillé hier soir jusqu’à très tard. Les prénoms étaient finis, les pages découpées, il ne restait plus qu’à les assembler. A seize heures, ils se sont dit qu’ils étaient dans les temps, le petit livre des deux ans commençait à ressembler à ce qu’ils avaient imaginé. Une heure plus tard, ils y étaient encore, trop d’épaisseur pour y arriver. Il était plus de six heures et les garçons avaient fni par se réveiller. Mademoiselle Joséphine les avait emmenés au premier pour laisser les parents. L’heure avançait. « maman, et le gâteau, je pourrai quand même t’aider ? ». Mademoiselle Blanche commençait à s’inquiéter.
On dirait que ce serait un goûter dînatoire, c’était parfait pour un dimanche soir. Il fallait s’y résoudre. Le livre ne serait pas terminé pour ce soir. Pourtant  Ils auraient bien voulu y arriver, lui apporter dans un petit paquet enrubanné, tout à fait terminé. Ils avaient essayé, mais la soirée avançait et rien n’était prêt.
Madame L a fait coulé un bain, comme tous les autres soirs. Finalement, le goûter dînatoire se transformerait en dîner sucré. Les enfants adoraient cette idée. Monsieur Aimé commençait  se rendre compte de ce qui l’attendait « deux ans ! deux ans, deux ans ! ».
Le gateau était prêt, mademoiselle Blanche avait léché la casserole et le grand saladier.
Il faisait nuit dehors et l’orage commençait à gronder. Le pain perdu et le chocolat n’en seraient que meilleurs.
Les deux garçons assis,  Monsieur Aimé se plaisait dans son rôle de roi de la soirée.  Les bougies sont arrivées, trois fois éteintes et rallumées. Ce moment là aurait suffi au petit garçon. Ses yeux brillaient, et il aimait ce gâteau qu’il savait fait pour lui.
Mademoiselle Blanche, savait qu’il manquait encore quelque chose à cet anniversaire. Elle était prête à courir les chercher.
D’abord le livre. Pas emballé puisqu’il n’était pas encore terminé, et puis la petite dînette qu’on avait choisie à Paris. Monsieur Aimé aimait toujours autant regarder ses parents cuisiner. Maintenet, il pourrait s’y mettre aussi.  « Et regarde, il y a en a encore un ! ». Un petit colis arrivé par la poste quelques jours avant. Le bel éléphant, son mot doux et un petit bracelet « mais comment elle savait qu’il les aimait tant les éléphants? ». et puis un encore. Celui que maminou avait envoyé. Un pull caché au milieu des bonbons. Un pull de grand garçon, tout doux, avec un col relevé. Bon, allez, un dernier. Madame L avait craqué. Quand elle l’avait vue elle ne savait pas qu’elle existait encore. Une petite télé dont la petite musique et les images tournent sans jamais s’arrêter. La même, trait pour trait, que celle qu’elle avait regardé pendant des heures, sans jamais se lasser de voir les même images revenir, la même musique repartir. Même mademoiselle Joséphine se laissait bercer volontiers. Alors, ce soir, pour la première et la dernière fois de l’année, le dîner s’est terminé avec la télé allumée, les yeux des enfants rivés sur le petit écran.

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30 août 2008

une année

uneann_e                                                         Elle a quelquefois essayé d’expliquer, presque de justifier. C’était juste après avoir commencé. Maintenant, elle se contente de sourire, en pensant à son prochain petit billet. Celui qu’elle est en train d’écrire. Comment dire la joie qu’elle éprouve chaque soir devant son ordinateur à laisser sortir les mots et voir se tisser le fil de l’histoire. Des mots qu’elles voudrait quelquefois plus nombreux, plus précis et qu’elle laisse sortir dans l’ordre de ses pensées. Quelquefois crachés, quelquefois par bouffées, haletants,  tellements libérateurs.
Des mots dont elle ne peut plus se passer maintenant. IL lui faut sa dose, son moment, son instant  de solitude pour les retrouver et les accueillir,   et puis les laisser partir souvent même sans les relire. Pas tout de suite, elle a envie de les respecter, ils l’ont tellement aidée. Elle veut leur faire confiance, fautes et lapsus, ils sont souvent ce qu’elle a voulu dire.
Et puis comment décrire la joie qui suit, aussi grande que la première, mais plus inattendue, arrivée par surprise et jamais démentie. Une joie qui la suit, qui l’accompagne et la réchauffe, celle du partage que ces mots ont permis. Ces émotions croisées qui la bouleversent encore au fil des commentaires laissés. Elle les lit tous, chacun, les uns après les autres. Chaque petite trace laissée est un cadeau. Et puis des messages laissés, plus secrets, de vies dévoilées, qui parlent de cœurs gros et de vie âbimées, de jolies vies aussi. Comment dire ce bonheur là, celui d’une émotion partagée. Celui d’une communion , le temps que met une étoile pour filer, alors qu‘on ne s ‘est jamais croisées. Et puis il y a eu les rencontres osées. Jamais trahie.
Quelquefois, les mots compris ne sont pas ceux qu’elle a voulu dire. Tant pis, ou tant mieux. Ils sont écrits, ils ont été posées là pour être partagés, surtout pas pour lui renvoyer l’image d’une dame plus jolie qu’elle n’est dans la réalité. Cette image là, elle s’en fout. ET puis sa réalité est tellement belle malgré les gros chagrins et les petites peines,  qu’elle n’a même pas besoin de l’enjoliver. Juste envie de la partager. IL y a eu des mots renvoyés qu’ils l’ont blessée. Elle a fini par l’accepter, c’est la règle du jeu. Elle s’est protégée, instauré un cordon sanitaire avec le fiel . La méchanceté, elle l’a déjà croisée, trempée dans l’eau croupie. Maintenant, elle peut même s’amuser des pics encore lancées. Jamais blindée, surtout jamais blindée. Si un jour elle l’est, elle arrêtera d’écrire, de sourire en pensant à ce quelle racontera ce soir dès que les enfants sont couchés.
Alors aujourd’hui, une année exactement après avoir écrit son premier petit billet, petit mot timide et pas encore à la troisième personne,  elle s’est demandé de quelle façon remercier toute celles, et peut être un peu ceux, qui sont de l’autre côté. Et puis c’est simplement merci qui s’et imposé. Un grand merci, murmuré, crié, et surtout écrit. Et juste ce soir, alors que la photo de famille fait écho à la première, une troisième personne qui refait place à la première. A pas feutré, un peu gênée, avant d'aller se rhabiller pour demain soir. Je vous remercie, du fond du cœur, pour tout ce que vous m’apportez, pour la joie qui me nourrit soir après soir, à chaque histoire racontée.

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29 août 2008

se rassembler

ensemble5                                                         Besoin de se retrouver avant de se lancer dans l’année. Il était parti quelques jours, Monsieur L vient de rentrer et comme souvent, après la joie des premiers instants il faut attendre un moment avant que chacun retrouve sa place, confronte les rêves de l’attente à la réalité, les contraintes du moment. C’est bientôt la rentrée et quelquefois, alors qu’on ne le voulait surtout  pas, la machine pourrait s’emballer.
Depuis que madame L a recommencé à travailler, monsieur Aimé et monsieur Marcel ont beaucoup pleuré quand elle les a emmenés chez la nounou le matin. Il faut une fois encore s’habituer. Trop dur pour eux, trop dur pour elle qui doit les laisser. Elle le sait,  au fil des jours qui vont passer, les « au revoir » seront moins lourds. Bientôt, ils lui feront chacun un petit signe de la main et elle pourra partir le cœur léger.
Mademoiselle Blanche est très occupée. Elle prépare sa rentrée, peaufine le programme de son anniversaire et relit plusieurs fois par jour la liste de ses invités. Sa grande sœur l’envie. Tiraillée entre l’envie de retrouver les amis, l’impatience de connaître l’emploi  du temps d’une année et l’appréhension qui la saisit à chaque rentrée, elle ne sait plus sur quel pied danser. Réveils très matinaux et longues journées. Plus très envie d’y aller.
Un peu éparpillés, chacun préoccupé par ses appréhensions et ses projets. Petites angoisses et déjà des envie de souffler.
Ils se sont promis de ne pas se laisser dévorer, de résister au tourbillon de l’année qui essaie déjà de les emporter. La fête foraine « mais maman, tu m’avais promis d’y aller », les courses à faire, les courriers à envoyer, il leur faudrait juste un petit moment encore, rien qu’à eux, un petit espace protégé des contingences et des obligations du temps. Deux jours à ne penser qu’au potager,  et aux feuilles mortes qui commencent à tomber.
Madame L voudrait un week-end comme si la rentrée n’allait pas arriver, comme si septembre ne pointait pas le bout de son nez. Deux jours encore pour se détendre, s’étirer, s’occuper de soi, s’occuper d’eux, être ensemble et les aider à se sentir prêts.
C’est autour de monsieur Aimé qu’ils vont se rassembler, lui préparer le gâteau qu’il préfère et terminer de lui confectionner le petit livre qu’on s’est promis de lui faire pour son anniversaire. Puis souffler les bougies avec lui. Deux grosses bougies allumées, eteintes, rallumées, éteintes, rallumées encore une fois. On aura le temps. On le prendra.
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28 août 2008

deux ans

Aim_1Aim_2                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                        Elle se souvient de ce jour précisément. Pas de la date, mais du temps qu’il  faisait. Un soleil de printemps qui passait par la baie vitrée de la maternité. Fille ou garçon, ils avaient décidé de ne pas demandé. De toute façon, les jeux étaient faits. Et puis au moment de dire au revoir au médecin qui leur souriait, ils ont craqué. C’est cette joie, à ce moment là, qu’elle n’oubliera jamais.
Elle leur a dit « ce sera un garçon » et madame L a pensé « mon petit garçon ». Monsieur L s’est bien douté à ce moment là qu’il aurait un sacré rôle à jouer.
Pendant très longtemps pourtant, l’idée d’avoir un jour un fils ne l’emballait pas. Elle regardait avec perplexité toutes ces mères si fières de leur petit gars et la perspective d’être un jour de celle là ne lui disait pas plus que ça. Quelques mois avant le naissance de mademoiselle Joséphine, on lui a dit que le bébé était une fille. Elle en rêvait. Et puis quand mademoiselle Blanche est née, le mystère avait été gardé jusqu'au jour de la naissance et c’est une petite fille qu’on lui a présentée. Un enchantement. Une petite fille pour monsieur L, un petit prolongement d’elle.
Mais tout doucement, le chemin s’est fait et là, ce jour là, alors que le soleil traversait la baie vitrée, elle s’est sentie tellement entière, pleinement mère. C’est ce petit garçon là qui lui a permis cette joie. Monsieur Aimé.
Et pendant les mois qui on suivi ce jour là, elle a continué à l’attendre, tellement pressée de le rencontrer, de le bercer, de le voir s’élever, déjà tellement fière de son petit gars.
L’été a passé. Il est arrivé à la fin du mois d’aôut. Autour d’eux tout le monde parlait déjà de la rentrée. Ils étaient très loin de ces réalités.  Elle se souvient de ce bébé dans ses bras, de ce parfum si doux, comme les jours qui ont suivi, tous les deux en paix. Et puis les semaines et puis les mois, Monsieur Aimé, le doux Aimé. Le petit monsieur a grandit, vite devenu grand frère d’un autre petit gars. Equilibriste, charmeur et fin gourmet, Il a maintenant ses jours de colère et sait faire la tête hurlant « non, non,non », mais aucun autre que lui ne sait s’abandonner comme ça dans des bras qui s’ouvrent à lui, apaisant et caressant comme son petit souffle régulier et le battement de ses long cils recourbés. Monsieur Aimé a deux ans aujourd’hui. Il n’est plus un bébé. Mais il a gardé de ses premiers instants, imprégné à vie,  cet ensorcelant parfum  du premier câlin.

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27 août 2008

tentations

tentation2tentation3tentation4tentations6                                                                                                      Une matinée en ville pour préparer la rentrée même si tout est déjà prêt. Madame L avait promis un pull à mademoiselle Joséphine. Dehors l’été frisait les 30° mais ces derniers temps,  les nuits avaient fraîchi, et de toute façon, elle avait promis. Et puis l’idée d’une petite promenade dans les rues de la ville ne lui déplaisait pas. Monsieur Aimé et monsieur Marcel seraient de la partie. Ils aimaient tout regarder, observer les passants qui passaient et rire en applaudissant. Pour une promenade en poussette, les garçons étaient toujours partants. Mademoiselle Blanche avait promis de ne pas se laisser déborder par un vilain caprice, elle était décidée. Mais toutes ces jolies choses la tentaient vraiment et elle aussi adorait les jolis vêtements. Sa grande sœur avait trouvé exactement ce qui lui plaisait. Madame L s’est avancée à émettre l’idée que, peut être, ce petit pull décontracté ressemblait vraiment à ce qu’elle avait déjà. « Mais tu m’avais dit de choisir ce qui me plaisait ». C’était vrai. Elle avait vu beaucoup d’autres choses, mais madame L avait dit un pull seulement. La jeune fille avait compris. Mademoiselle Blanche sortait tous les vêtements du rayon pour leur montrer « comme c’était beau et comme ça lui irait. »
Il paraît qu’on appelle ça « l’apprentissage de la frustration », dire non, « tu en as déjà », « tu n’en a pas besoin », « tu en as déjà un ». Et puis leur dire aussi « on ne peut pas » , alors voir la petite ne pas bien comprendre et la grande s’inquiéter. La rassurer, lui dire que c’est surtout une affaire de choix, qu’on est quand même très privilégié. Biensûr qu’elle le sait.
Et tout d’un coup, ce matin, madame L a senti remonter ce fond de culpabilité qui ne demande qu’à se réveiller. La campagne, les enfants,  et les tentations auxquelles on doit apprendre à résister. Elle n’a jamais aimé leur refuser. Mais le oui est souvent pire. Un oui concédé , un caprice cédé et la culpabilité qui laisse sa place à l’agressivité. Elle s’entend dire des choses qu’elle déteste, elle leur en veut alors qu'il ont juste demandé une petite chose qui leur plaisait. . Comme si, tout d’un coup, une paire de chaussettes rayées en taille 25/27 allait faire arriver les huissiers. Elle n'en a jamais été là. Elle s'est souvent laissée débordée leur faisant porter le poids d'une autre culpabilité, celle d'avoir cédé.
Ce matin, elle a dit non plusieurs fois, oui deux fois avec un petit supplément, une jolie paire de chaussettes rayée. Madame L ne s’est pas fâché, pas une seule fois. Elle est même retournée s’acheter la petite robe qu’elle avait remarquée. Les filles étaient contentes. Mademoiselle Blanche très fière d’avoir essayé son pull comme une grande « dans une cabine où personne ne peut regarder ». Pressée de rentrer pour mettre ses chaussettes rayées. Les garçons n’avaient rien demandé. Pour l’instant, ils se contentaient de sourire aux passants qui passaient.

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26 août 2008

seules

seuleseulesseule3seule4                                                                                                      Mademoiselle Blanche attendait ces deux journées depuis longtemps. Mademoiselle Joséphine les avait préparées. Deux jours en tête à tête sans petits frères ni parents.
Hier c’était à la maison, de longues heures à faire ce qu’elles voulaient sans demander la permission. Choisir ses vêtements en mélangeant l’hiver et l’été, se préparer une soupe toute faite et la manger en jouant à la dînette sur le petit muret. Et puis téléphoner à madame L pour lui demander l’autorisation d’ouvrir le colis qui venait d’arriver « il vient d’Inde j’ai l’impression ! ». Pendant toute la journée, madame L a essayé de les imaginer. Elles avaient envie d’apprendre à coudre, elles ont préféré la pâte à modeler, celle qui la durcit quand on la met au four.
Aujourd’hui c’était avec madame L, sans monsieur Aimé ni monsieur Marcel qu’on avait déposés chez la nounou. Petit pincement vite oublié par la promesse d’un de ces moments entre grandes comme elle n’en ont pas assez à leur goût. Une journée à se promener pendant que madame L travaillait, au parc puis à la librairie, et à la piscine toutes les trois le midi. Elles avaient préparé maillots de bain et serviettes dans des sacs que mademoiselle Blanche avait déposé hier soir devant la porte d’entrée.  «  alors c’est là que tu viens le midi ? ». Aujourd’hui, madame L a moins nagé, ravie de leur montrer un autre petit bout de sa vie. Promis, aux prochaines vacances elles reviendraient « et peut être avec Aimé et Marcel ! ».
Mademoiselle Blanche en profitait, aujourd’hui, elle était la petite sœur, la petite fille, celle que sa maman câlinait et prenait par la main. Pour quelques heures, la plus petite, celle sur laquelle les passant attendris se retournaient,  c’était elle. Elle s’assurait qu’on pourrait encore revivre des journées pareilles « ça va, on ne t’a pas trop embêtée ? ». Mademoiselle Joséphine semblait se plaire dans son rôle de grande sœur attentionnée. A peine séchées, madame L leur avait réservé une découverte de la grande médiathèque tout à côté du parc où elles pourraient grignoter un gouter. Des petits biscuits  entre deux livres dévorés. « Tu peux travailler très tard si tu veux, nous on est bien ici ». Elle serait bien restée elle aussi à lire des histoires tout l’après-midi. Elle les a laissé au milieu des livres et des BD, « on peut même regarder un film tu sais ». Quand elle est arrivée pour les chercher, elles étaient allongées sur des coussins, la grande lisait et la petite écoutait. dans la pile des livres qu'elles avaient choisis, il y en avait un pour monsieur Marcel et un pour monsieur Aimé. Il leur tardait de les retrouver.

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25 août 2008

nouvelle année

an1an2                                                         De la rentrée des classes aux grandes vacances, c’est toujours à ce rythme que le temps s’est écoulé. L’année civile n’est qu’un changement de date sur les lettres officielles et les chéquiers, un nouvel an à passer. Alors les bonnes résolutions, c’est maintenant qu’elle les prend et malgré les années passées, elle est encore persuadée qu’en s’y tenant, en serrant très fort la barre même par gros vent,  elle va y arriver.
Et l’envie cette fois-ci, c’est juste de profiter d’ici. Pour une fois, ne pas avoir de grands projets et vivre cette année un peu comme les vacances qui viennent de s’écouler, sur un mode doux et lent. Elle ne serait pas elle si elle n’avait plus d’envie, plus de plans. Ses réveils vont encore se nourrir de milliers de petits projets, des idées pour la journée, le mois ou l’année. Mais si, pendant les quelques mois qui les séparent encore de juin prochain, ils s’arrêtaient de courir, ça lui plairait vraiment.
Reposer un peu  les corps fatigués,  profiter de l’automne pour se promener. Juste à côté, des petites balades pour se retrouver. Retrouver ses grosses chausettes et les enfiler pour marcher sur le sol glacé.Ne pas avoir peur d’entrer dans l’hiver, essayer de ne pas l’affronter et même  lui trouver du charme finalement, s’il ne dure pas trop longtemps. Quand la nuit s’étire et qu’elle dévore la journée, on est bien dedans.
Hier, juste avant la rentrée, madame L et mademoiselle Blanche ont fait le tour du calendrier en égrainant les fêtes de l’année. Elles en sont sûres, Noël sera très beau cette année  « et puis s’il te plaît, pour Halloween, on pourra se déguiser ? ». Cette fois-ci, c’est sûr, on aura le temps de faire des sourires aux citrouilles et d'y poser des bougies. Des lanternes magiques pour le premier anniversaire de monsieur Marcel. Pâques est bien trop loin pour qu’elles aient eu envie d’y penser mais il a quand même été question de l’anniversaire de mademoiselle Joséphine. Quinze ans, c’est important. Ce sera le début de l’été, une grande fête  avec la famille et les amis pour célébrer le départ de la demoiselle vers sa nouvelle vie.
En attendant, l’année sera douce, c’est plus qu’une envie, une promesse.

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24 août 2008

une petite robe

rentree1rentree2rentree3rentree4                                                                                                      Denier jour. Elle ne pouvait s’empêcher de les compter depuis que la dernière semaine était entamée. Elle n’avait pas envie de revenir sur ce qui n’avait été fait. La cabane n’était pas sortie de terre mais dans leur tête, les plans avançaient. Alors elle a terminé la peinture de la barrière, histoire de satisfaire, un peu, son besoin de devoir accompli, puis elle s’est dépêché d’aller retrouver la laine et les tissus. Elle avait envie de terminer la petite robe de mademoiselle Blanche aujourd’hui. Un patron qui porte le même nom que la demoiselle, en fait une chemise de nuit Mais qu’importe l’énoncé, en robe aussi elle serait très jolie. Et facile à faire.
La petite fille arrivait de temps en temps vérifier l’avancée des travaux , un sac en bandouilère et « la meilleure note du monde obtenue au collège ». Les jeux imaginaires sentaient l’encre et les félicitations. Pendant que sa petite sœur rêvait, mademoiselle Joséphine pesait le poids de la réalité. Un cartable beaucoup trop lourd pour un dos de jeune fille de quatorze ans.
La petite robe avançait et mademoiselle Blanche se prêtait de bonne grâce aux essais.
Madame L avait trois fois refait son ourlet. La petite robe était toute simple, elle tombait bien, la petite fille était ravie et sa maman tellement fière d’avoir cousu le dernier point. Elle avait encore besoin d’apprendre mais elle n’avait plus peur de montrer l’envers.
Les enfants jouaient dehors et il lui restait encore une petite heure avant de faire couler le bain. Avec les aiguillles à tricoter aussi elle débutait. Le devant d’un petit pull pour monsieur Marcel était terminé.
Elle aurait peut être du ranger, trier son gros sac à mains trop plein, préparer ses affaires pour demain, mais elle n’avait pas envie de s’y replonger. Demain,elle se lèverait un peu plus tôt. Ce soir, elle avait encore envie de se laisser bercer par le cliquetis du tricot. 

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23 août 2008

mûres mures

mures1mures2mures3mures4                                                                                                      Une machine à coudre qui s’obstine à faire des petits tas de fils. L’éteindre, la rallumer, recommencer, et voir le petit tapon se former juste sous l’aiguille. Recommencer encore et constater que rien n’a changé. Madame L s’était pourtant bien installée. Du joli tissu et un patron tout simple, une petite robe promise à mademoiselle Blanche pour la rentrée. Elle avait coupé, bâti, et se réjouissait de sentir que cet après-midi, la sieste des enfants allait s’étirer. Mais dux heures après, elle en était toujours au même point. La petite robe ne ressemblait à rien et madame L commençait à désesperer. « ça veut dire que je n’aurai pas de robe pour la rentrée ? ». Personne n’avait intérêt à traverser la pièce à ce moment là. Madame L avait oublié qu’une machine ça pouvait aussi être ça, une après-midi foutue à essayer de comprendre pourquoi rien ne veut avancer. Et puis tout d’un coup, sans qu’elle ait vraiment compris pourquoi, le tissu qui avance et le petit bruit de l’aiguille, régulier. Un côté de fait. Parfait. Et les garçons qui décident que c’est le moment de se réveiller.
IL faudrait bien que la petite robe attende demain et pour ne pas faire des confettis avec tout ce qui lui passait sous la main, madame L a décidé d’oublier le gâchis et de sortir après un gouter vite pris. Trop contente tout de même de pouvoir s’y remettre demain.
Souvenir d’un petit chemin, un de leurs préférés quand ils se baladait à cheval il y a quelques années. Il devait crouler sous les mûres en ce moment. Alors on s’est vite préparés. Mademoiselle Blanche s’occupait du grand seau en surveillant monsieur Aimé « mais tu vas tout manger ! ». Elle avait la bouche pleine. Monsieur L et mademoiselle Joséphine avaient décidé de s’attaquer à la hauteur des haies. En arrivant, ils avaient croisé une poignée de petits insolents les paniers pleins qui avaient déjà ramassés tout ce qui se trouver à portée de mains. Et puis un joli petit chemin pas encore exploré. Des deux côtés, des haies pleines de mûres de haut en bas. Les petits pouvaient enfin participer à la cueillette et lancer dans le grand seau tout ce qu’ils n’avaient pas mangé. Monsieur Marcel découvrait le goût et la texture du fruit en le serrant entre ses mains. Il aimait.
Le seau n’était pas plein mais on pourrait faire quelques confiture avec ce qu’on avait ramassé. Demain matin, juste avant de retrouver la petite robe laissée en plan. « et puis on pourra en manger aussi, juste comme ça ! ». Le bout des doigts violets, ils pourraient picorer encore un peu en rentrant. Et puis madame L ne leur avait pas encore dit, mais l’allée qui menait à la maison croulait sous les mûres et le sureau. De quoi remplir le reste du seau, presque jusqu’en haut.

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22 août 2008

papoter

papoter1papoter2papoter3papoter4                                                                                                      Dans cette maison, ne rien faire c’est ne pas sortir, rester ici et laisser la journée venir. Les filles prenaient leur petit déjeuner quand madame L est descendue se faire un café. Elles avaient décidé de faire une liste de tout ce qui les attendaient jusqu’à la rentrée. Préparer les cartables, ranger, finir de peindre le portail et se coudre chacune une écharpe d’été. « Tu pourras nous montrer ? ». Madame L aussi avait des choses à terminer, et la pluie s’est mise à tomber, à flots. « Et maman, si aujourd’hui, on ne faisait rien, ce serait bien ».
Alors elle s’est assise avec eux au milieu de la salle de jeux pour tricoter. Finalement, il n’y avait qu’une seule chose à faire, préparer le gôuter. Des amis arrivaient de l’autre côté de la forêt. Comme chaque année un peu avant la rentrée, ils viennent prendre un petit thé ici, quelques jours avant de retourner chez eux, à Paris. Madame L et mademoiselle Blanche ont d’abord cherché une recette de gâteau qu’elles pourraient préparer. Un gateau qui parfume la maison. IL pleuvait encore et elles avaient envie de se sentir bien dedans. Finalement, avec l’aide de monsieur Aimé qui a pu apprendre à  touiller, elles ont préparé un riz au lait à la fleur d’oranger, et puis un pain qu’on pourrait tartiner.
A quatre heure, tout était prêt, et comme il pleuvait encore, monsieur L a allumé le poële pour la première fois de l’année. Un tout petit feu histoire de se réchauffer et de se dire que ce serait bien ici aussi dans quelques mois.
Ils sont arrivés avec un gâteau à partager et le soleil qui les suivaient. La pluie venait de s’arrêter, il faisait tout juste assez frais pour avoir envie d’un thé ou d’un vrai chocolat. Parmi les neufs enfants qui ne savaient pas par où commencer, jouer, manger ou se raconter leur année, deux adolescentes de quatorze ans contentes de se retrouver. Elles ne s’étaient pas vues depuis plus de deux ans. Deux grandes filles qui se sont eclipsées discrètement, suivie de près par une horde de petits entraînées par une mademoiselle Blanche, chef de bande.autoproclamée
Pendant que le thé se prolongeait en  apéro saucisson comté, mademoiselle Joséphine réfléchissait à la meilleure stratégie à adopter pour convaincre les parents de laisser la demoiselle Juliette passer la nuit ici.  Prêtes à tout pour avoir un oui. Négociations pour la forme avec deux adolescentes déjà certaines de l’emporter. Ce soir encore, elles pourraient papoter.

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