12 août 2008
le grand bain
Hier soir, quand elle s’est couchée, elle a écouté le petit souffle régulier, pas même perturbé par le grincement de la vieille armoire juste à côté. Cette nuit, elle a entendu bouger le berceau en osier, puis le silence et de nouveau cette respiration entièrement apaisée. Elle a eu envie de rallumer la lumière pour le regarder. Elle aussi s’est endormie.
Et ce matin, comme c’était décidé, elle a installé le couffin dans le lit qu’elle avait préparé dans la chambres « des garçons », puis elle a commencé à démonter le berceau pour le ranger. Il n’y aurait pas de transition, pas de possible retour en arrière. Il fallait le faire, elle l’a fait.
Monsieur L lui dirait encore qu’elle n’était pas obligée d’aussi vite ranger, qu’ils auraient pu envisager une transition plus en douceur. Elle ne sait pas le faire. Elle n’y est jamais arrivée.
Elle a toujours arrêté d’allaiter ses enfants en quelques jours, elle a toujours rangé le berceau du jour au lendemain, exactement tout le contraire de ce qu’elle a lu dans les livres qui expliquent comment élever ses enfants. Elle n’en est pas très fière. « Petit à petit », elle n’a jamais appris.
Cette tristesse de la séparation, collante et lourde, jamais rassasiée, toujours rejouée, elle a trop de mal à la supporter. Impossible pour elle de jouer les prolongations.
Alors même si la gorge se serre, même si les mains laissent s’échapper le verre ou l’aiguille à tricoter, même si les mots n’arrivent pas à s’aligner comme ils le devraient, elle affronte le moment redouté, comme un guerrier, de front et sans sommation.
Et aussi étrange que cela puisse paraître, si dans les regards qu’elle peut croiser, elle ne croit lire que de l’étonnement et de l’interrogation, ses enfants semblent vivre la brutalité de ces transitions avec un calme et un naturel qui la surprennent elle-même. Sa culpabilité renvoyée dans ses quartiers par la facilité déconcertante de ses petits à sauter dans la vie d’après, dans le bain des grands, pressées et gourmands.
Se jeter à l’eau. Elle avait quatre ans et demi. Elle savait nager la brasse. Cétait parfait, il ne lui restait plus qu’a affonter le grand bassin. Y plonger. Souvenir d’un gouffre bleu azur qui l’attendait pour l’engloutir avant qu’elle ait eu le temps de respirer. De grosses larmes se mêlaient à l’eau chlorée . Elle se souvient précisément de cette peur qui baillonnait l’envie . Elle, petite fille prête à relever tous les défis. se retrouvait incapable de sauter. Et tout d’un coup, sans la prévenir, le maître nageur l’a poussée, sans bouée
Elle a nagé jusqu’au bord, puis elle a recommencé. Les compétitions de natation ne lui ont pas plu longtemps mais à chaque fois qu’elle a besoin de se retrouver, elle va nager. Elle a oublié le nom du maître nageur. Lui il savait, il était sûr qu’elle était assez forte pour le faire. Il savait que le moment était arrivé. Il fallait juste un peu la pousser. Elle a toujours peur de sauter, elle a encore plus peur de les voir sauter. Mais elle sait qu’ils sauront nager. C’est comme si ils l’avaient appris avant même d’être nés.
Commentaires
on leur souhaite tout simplement tout le bonheur du monde, et notre main on leur la tend toujours, oui toujours.....
A l'heure qu'il est Marcel et Aimé passent leur première nuit dans leur belle chambre de garçons : une présence fraternelle qui ne manquera pas de les rassurer, de les rapprocher, et de les amuser.
Bonne nuit à tous.
je reviens juste revoir son joli sourire
bonne nuitée douce Marion
Quelle jolie transition ...
Quelle jolie confiance tu leur offres chaque jour ...
Certainement qu'avec tout ça ils seront vite nager !!!
Bonne nuit petit (grand) garçon, tu es tellemnt mignon ...
Que tes rêves soient doux et rassurant ... accompagné de ton frère dans cette nouvelle aventure de grand ...
Angelea
mais dis moi comment un beau et grand bébé comme Monsieur Marcel tenait encore dans ce petit berceau?
une jolie transition, un nouveau monde qu'il va partager avec son grand frère!
Trés joli récit, masi je ne saurais pas faire cela, prendre mon temps, le temps, j'aime ça.
Joli le lapin et le petit champignon !!
Avancer sans se retourner...aller de l'avant sans s'appesantir sur le passé. C'est très japonais ça, Marion ;-)
J'ai un gros coup de coeur pour ton billet de ce soir.
Il faut faire comme tu le sents Marion et ne pas te poser de questions, si pour toi c'est la bonne décision alors va y. Tu sais Marion, j'aime les livres, mais les fameux "livres" pour savoir comment éléver un enfants j'ai du mal, car chaque être est différent donc pas de model identique pour l'éducation et l'on agit selon son vécu, son coeur......enfin c'est comme celà que nous faisons avec Valentin.Bonne nuit à tes deux loulou dans leur chambre.
ce petit bonhomme pourra compter sur la présence bienveillante de cette jolie veilleuse et sur celle rassurante de son grand frère ! de bonnes nuits en perspective dans ce petit cocon. et puis, comme toutes les mamans, le moindre bruit vous réveillera mais c'est vrai que vous connaissez déjà tout ça !
Très joli post! Au contraire, tu fais bien de ne pas suivre ce que peuvent dire les manuels d'éducation... ta détermination montre à tes enfants que tu es sûre d'avoir fait le bon choix pour eux... donc pas de négociation possible, ni de retour en arrière.
Laure
Je ne peux qu'adhérer...
J'ai toujours fermer les portes sans regarder en arrière, suis partie sans me retourner,ai fait vivre aux enfants des transitions assez franche et rapide. Toujours foncé, réfléchi parfois trop tard mais pour l'instant ça m'a permis d'avancer sans trop d'hésitation...Et pour l'instant dans la famille tout le monde semble s'en accommoder. Je pense que la capacité d'adaptation des enfants est d'ailleurs bien supérieure à ce que l'on veut nous faire croire et que dans le monde d'aujourd'hui et encore plus celui qui se prépare c'est ceux qui sauront réagir vite et s'adapter aux changements qui s'en sortiront le mieux!
faire vite de peur de ne pas le faire... hum, je suis la meme politique quand il faut faire des choses sentimentales... bravo pour ce grand pas... et comment fut la nuit ?
bisous a tous
Je n'ai jamais fait non plus comme dans le slivres, toujours de but en blanc.... Et ce n'est pas pour çà que mes filles ont du mal. Aujourd'hui à un an et trois ans elles ont décidé de dormir dans la me^me chambre, chose faite, la petite dans un lit de grande.... Tout s'est fait comme çà mais toutu s'est bien passé ! Il faut faire comme on l epense
Bisous
Les rêves de Marcel ont du être tout doux dans un si joli petit nid. La première nuit de mon petit dans sa chambre, je n'avais pas dormi, lui l'a fait d'une traite, et c'était la première.
Avec un petit coin aussi joliment décoré, Marcel ne peut que se sentir bien
je ne me lasse pas de regarder la bouille de ce petit Marcel ! Ses yeux sont tellement rieur ! Un bb, qui grandit, heureux !
C'est de la confiance que tu leur apportes Marion , les livres pour élever les enfants ???? bien souvent ils racontent n'importent quoi :-p
Quelle mignonne petite bouille :-) Il est vraiment craquant !
la confiance
Je pense que vous n'avez pas à culpabiliser, la règle quant aux livres sur l'éducation en ce qui me concerne ; c'est de ne jamais les suivre, car chaque enfant, chaque parent est unique, chaque histoire l'est aussi et la seule véritable règle à laquelle je me fis, c'est la confiance renouvelée,ce don incessant qui rend les choses beaucoup plus facile, vos fils vous connaissent et c'est pour cela qu'ils s'adaptent, qu'ils n'ont pas de peur, la confiance est là, je trouve cela merveilleux chez les enfants, notre société qui met si facilement les êtres dans des petites cases ne les a pas encore "parasités",je me bats chaque jour auprès de mes enfants pour que cela soit le cas dans notre maison,joli combat...alors je ne peux que vous dire que seul votre choix aura été le bon, pour eux comme pour vous....
en te lisant, en décidant de poster un commentaire
les mots " culpabilité", "brutalité dans la transition", "tristesse de la séparation" continuent à raisonner et à faire tellement écho... une problématique commune... pourtant on se sent à seul à les vivre... des sentiments douloureux et déchirants et puis cette quête vers la douceur, le calme, l'apaisement tellement éprouvante... je suis bouleversée par ton écrit parce que je sais tellement ce que c'est de ressentir et composer avec cela...
tendrement,
fée violette
oups.. la faute... résonner et non raisonner... mais.. un bon lapsus.
Tout un temps sans passer par tes pages...et le choc!!!
Non, ça ne peut pas être Marcel...et pourtant, à bien y regarder...le doute n'est pas permis!
Je le trouve tellement grand...que tu me le montrerais en train de nager que je ne serais pas plus surprise!
J'espère que tout va bien pour toi et ta jolie famille.
Bises
comment as tu fait pour cesser d'allaitrer en quelques jours?
j'en peux plus!
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