31 juillet 2008
Paris à deux

Ils sont partis tous les deux ce matin prendre le train. Main dans la main. « Demain je vais à Paris sans maman » avait dit mademoiselle Blanche a l’amie venue dîner hier soir à la maison. «sans mes petits frères en plus ». Alors ce matin, madame L est allée la réveiller un peu plus tôt que d’habitude pour l’aider à choisir une jolie robe et la coiffer. « Je te promets que je penserai à toi quand je passerai devant un magasin qui te plaît. »
Ce qui fut dit fut fait. A peine arrivée, la première vitrine même pas croisée, la petite fille téléphonait pour dire qu’elle était descendue du train. Puis devant ce magasin du passage Jouffroy, rempli de tous petits jouets, elle rappelait. Puisque monsieur L devait aller dans le coin, madame L n’avait pas pu s’empêcher de lui conseiller d’aller y faire un tour avec mademoiselle Blanche qui adorerait. La petite fille s’est alors souvenue qu’elle y avait déjà fait un tour avec sa grande sœur et sa maman, « j’avais même pas trois ans ». et c’était vrai. « Je pense à toi et puis à Joséphine aussi ».
Madame L aurait bien pris le train avec eux ce matin, mais elle aimait aussi se laisser aller à les imaginer. Est-ce que, seule avec lui, mademoiselle Blanche parlait autant. Est qu’ils sauraient tous les deux en profiter ou la chaleur aurait-elle raison de tous les bons petits moments qu’ils pourraient partager ?
Ce soir, elle n’aurait qu’une partie des réponses aux questions qu’elle se posait. Cette journée leur appartenait. Elle ferait partie de leurs souvenirs partagés.
Quand madame L est revenue ce soir,ils étaient déjà rentrés. Mademoiselle Blanche lui a montré la petite pochette offerte par un papa qui avait cédé au « rose de fille » et choisi aussi une jolie toupie pour faire une surprise à monsieur Aimé. La petite fille n’avait pas grand chose à raconter. L’histoire de cette journée viendrait après, au compte goutte, où elle ne viendrait jamais. C’était à elle de décider. Envie ou pas, elle n’était pas encore fixée. Pour l’instant, la jardin l’avait attendue toute la journée, et ce sont les pirouettes qui l'occupaient.
30 juillet 2008
tout neuf



Autant de temps dehors que dedans. C’est un grand maintenant, c’est même son papa qui lui a dit ce matin en se réveillant. Mais personne n’a eu besoin de lui répéter, parce qu’il le sait.
Mais sa maman a envie de penser que c'est encore un bébé. Un bébé qui dort encore pour quelques jours dans la chambre des parents. Le berceau est maintenant bien trop petit pour lui alors pour la sieste et pour la nuit, il va falloir passer au lit de grand. Monsieur Aimé l’attend.
Bébé, il ne l’est plus pour longtemps. Bientôt, il ira courir dans le jardin avec mademoiselle Blanche et monsieur Aimé. Il voudrait déjà manger tout seul, comme eux, se tenir debout et marcher comme un grand.
Mais en ce moment, il voudrait aussi que sa maman ne quitte jamais la pièce où il se trouve, où qu’elle l’emporte avec elle. Il voudrait pouvoir la voir, tout le temps. Il aimerait bien être dans ses bras,. Où quand elle ne peut pas, être porté par un autre grand.
Monsieur Marcel grandit à pas de géant. Il caresse les ânesses et refuse de boire de l’eau, sauf quand il y a un petit peu de jus de fruit dedans. Il s’habille en deux ans et chipe le doudou de monsieur Aimé de temps en temps.
Il aime se blottir dans les bras de ses parents, les laisser caresser ce petit corps tonique et lourd. Compact et énergique. Mais pour l’instant, les câlins ne durent pas trop longtemps, surtout quand un biberon l’attend. Et puis il a le monde à découvrir.
Les deux doigts dans la bouche pour se rassurer, sa couverture pas loin, il peut tout affronter. Sauf peut-être les cris de sa maman quand elle se fâche, ils sont beaucoup trop forts pour lui. Ses frères et sœurs lui ont sont gré. « Mais maman, tu fais pleurer Marcel ! ».
Est-ce que l’insolence est une marque de fabrique dans cette maison ci. Avec monsieur Marcel on ne le sait pas encore. L’heure des premiers affrontements n’et pas encore arrivée, celle de l’opposition n’a pas encore sonné. Juste cette marche vers l’autonomie, parcours balisé, encadré de part en part par des mains qui sont là pour l’aider.
Monsieur Marcel est de ces bébés qu ‘il est si doux de voir grandir et s’éloigner du premier jour, de ceux qui s’endorment dans leur lit dès qu’on les y a posés, de ceux qui oublient vite leurs chagrins après un petit baiser. Un de ces petits terriens que rien ne paraît vraiment perturber. Un bébé qui semble déjà si sûr de ce qu’il veut. Un petit garçon a décidé de grandir, quoi qu’il arrive. Il est comme ces petites pousses de chênes, semées toute seule sans demander à personne, qu’il suffit juste de protéger des tempêtes et des vents mauvais. Il suffit alors de les regarder pour savoir qu’ils seront parmi les plus beaux de la forêt. Il est aussi de ces bébés qui savent se faire câliner, qui savent qu’on peut de temps en temps se blottir au creux d’un papa ou d’une maman pour mieux repartir après. Un bébé qui veut bien faire croire à sa maman qu’il a encore besoin d’elle, un peu quand même.
29 juillet 2008
comme l'automne



Une petite matinée à profiter de la maison parce que ce soir, il faudrait travailler un peu tard alors pas de nounou pour les garçon et, pour madame L, la ferme intention d’en profiter. Cette nuit, l’orage avait beaucoup tonné. On avait presque oublié ce que ça fait quand le ciel est gris et que tout est mouillé. Madame L avait décidé de ranger. Pas le temps en quelques heures avec deux grands qui courent partout de se mettre à peindre les meubles trouvés au vide-grenier, pas le temps non plus de se lancer dans une de ces journées « grand rangement » dans lesquelles elle s'engouffre de temps en temps. Avant-goût d’automne pour cette matinée de fin juillet. Elle avait juste décidé de trouver leur place à des petits objets qui traînaient depuis longtemps en attendant qu’on s’intéresse à eux. Deux vases retrouvés, des petits photophores et des pots à épices ramenés de Paris. Ils devront attendre l’étagère qu’il faudra fabriquer. Les vacances arrivent dans moins de deux semaines et le programme est plutôt chargé. Surtout pour monsieur L à qui on n’arrête pas de demander des « petites choses, au cas où, s’il a le temps ».
Pendant que leur mère s’obstinait à essayer de tout caser, monsieur Marcel s’était laissé gagné par le sommeil alors que mademoiselle Blanche et monsieur Aimé avaient décidé de sortir, même si tout était mouillé. Tous seuls "même pas peur". Au contraire, ils avaient un monde à explorer loin du regard des parents toujours trop prudents. « Maman, je suis rentrée toute seule dans le petit champ des ânes et il ne m’est rien arrivé ». On avait pourtant dit que c’était strictement interdit. « Maman, Aimé joue avec les limaces et son pantalon est tout mouillé ». Il faut le changer de la tête aux pieds. « Maman, est ce qu’on peut rentrer parce qu’on a faim et qu’il est l’heure de manger ! ». Il est à peine onze heures et ici, ce sont encore les parents qui décident quand il est l’heure de se mettre à table ici. « Mais si, on a faim !!! ».
Avec un petit morceau de pain, mademoiselle Blanche était rassasié et pouvait repartir se cacher dans le monde de ses « histoires inventées », nichée sous la couverture qui gratte allongée sur le canapé. Dehors, il s’était mis à pleuvoir franchement.
Les petits objets avaient presque tous trouvé leur place, très peu d’entre eux seraient relégués dans l’armoire en fer tout au fond du cellier. « Bon d’accord, on ne va pas les jeter ». Elle veut bien les garder « au cas où » et puis si dans un an, si on les a vraiment oublié, il faudra reconsidérer leur situation dans la maison.
La belle citrouille, une vraie de vraie, n’avait pas supporté l’humidité du mois de juin dernier, la moisissure avait commencé à l’attaquer. Elle ne passerait pas l’été. « Et si on en prenait quelques graînes pour le nouveau potager ? ».
« Maman, ça y est, il est l’heure de manger ! parce qu’on a faim et puis Marcel est réveillé ! ».
28 juillet 2008
parisienne
Il avait peut être plu ici pendant leur absence, ou elle ne s’était pas aperçue que ces derniers temps la pelouse avait tellement poussé. La porte une fois ouverte, elle retrouvait la fraîcheur conservée par les murs épais, le petit tas de linge qu’ils avaient oublié de ranger avant de s’en aller, quelques mouches, ses ennemis de l’été, et le répondeur qui clignotait.
Cette fois-ci, la certitude était plus forte qu’avant. Parce qu’elle aime Paris, parce qu’elle a chaque fois un peu de mal à la quitter, mais parce que cette fois pendant le trajet, elle n’ avait jamais ressenti comme ça envie d’être de retour, arrivée. Se rafraîchir et regarder les enfants courir voir si les ânesses ne leur en voulaient pas trop d’avoir été absents.
Elle avait regardé la Seine, la tour Eiffel clignoter, elle les avait trouvées belles mais elle ne s’était plus sentie chez elle. Avec une petite pointe de regret, celle qui se remet à piquer quand elle passe devant un appartement où elle a habité, un endroit qu’elle a tellement aimé, mais qui n’est plus fait pour sa vie maintenant.
Là-bas,elle a regardé les jeunes femmes passer, sans envie de leur ressembler. Elle s’est sentie décalée, un peu trop vieille en vérité. Ou pas assez. « c’est à vous tous ces enfants ? ». Quelques heures à Paris et on n’avait pas arrêté de lui demander.
Elle ne revenait pas ici pour se mettre à l’abri, mais pour retrouver un peu de liberté. Elle avait à peine posé le pied dans la maison qu’à nouveau tout lui semblait possible.Chez Elle. Elle retrouvait ses projets. Là-bas, pour la première fois depuis longtemps, elle avait eu quelquefois la sensation d’étouffer. Impression qui lui avait été si familière, avant.
Le soleil et la chaleur avaient aidé, mais pas seulement. Elle a aimé cette ville passionnément. Elle en a rêvé. Elle l’a parcourue pendant des heures à pieds, s’y est perdue. Elle s’y est sentie libre, pleine d’envies. La fenêtre grande ouverte sur des lumières qui ne s’éteignent jamais, elle a sacrifié joyeusement quelques nuits à échafauder des grands projets dont elle ne se souvient même plus aujourd’hui. Sans elle, il n’y aurait pas eu d’appartement prêté, pas d’amoureux et pas de vie avec lui après. Le berceau de leur histoire est ici. Mais ils ont appris à s’endormir sans lumière allumée.
Elle y reviendra souvent, et même avec les enfants. Elle aura plein de choses à leur montrer. Puis ce sera à eux d’y trouver leurs propres repères. Si un jour ils ont envie de s ‘y poser. Elle n’est plus parisienne, elle ne l’a peut-être jamais été.
27 juillet 2008
voir l'avion

On ne l’avait pas vraiment décidé comme ça, et puis on s’est dit que c’était une bonne idée. Partir passer une journée tous ensemble à Paris et accompagner mademoiselle Joséphine à l’aéroport.
Après une arrivée à une heure du matin et une toute petite nuit ,le jour s’est levé sur Paris et la promesse d’une longue promenade sans but précis. Monsieur L devait travailler alors madame L s’est dit qu’elle allait profiter de la ville avec les enfants. Une journée à se promener dans des rues déjà un peu désertées avec quatre enfants un peu fatigués mais contents d’avoir tant de choses à regarder. Contents d’être ensemble aussi. Tout dernier jour de soldes et madame L ravie de trouver des petites choses jolies pour la rentrée. De très jolis dessous pour une petite fille de quatre ans et demi qui voudrait les mettre tout de suite, sans attendre d’être remontée à l’appartement. Et puis un rendez-vous avec un monsieur L retrouvé pour déjeuner dans un petit restaurant où o accepte les poussettes et les bébés. Monsieur Marcel qui s’endort alors que son grand-frère délaisse le petit plat spécialement commandé pour une tartine trempée d’huile d’olive et de vinaigre balsamique. Pas envie de se fâcher.
Quelques heures encore pour profiter de la ville et se débrouiller avec deux poussettes à manœuvrer sur des trottoirs pas vraiment adaptés.
Mademoiselle Joséphine qui se choisit des romans pour le voyage qui sera long. Elle n’arrive pas encore à réaliser qu dans quelques heures elle sera partie. Pour l’instant, elle est à Paris.
Et puis l’heure de rentrer arrive si vite. Sa grosse valise est bouclée et o aperçoit déjà l’aéroport de l’autre côté de la route. Monsieur Aimé rit aux éclats parce qu’il a réussit à voir un avion décoller. « Vous avez le droit de l’accompagner jusqu’à la porte d’embarquement ». Dîner pris sur le pouce, madame L ne peut s’empêcher de parler des voyages qu’ils feront tous ensemble après. Mademoiselle Blanche trouve qu '"un avion c’est quand même plus intéressant quand on est dedans ». Monsieur Aimé voudrait encore les regarder. Il est l’heure, l’hôtesse attend. Dernier bisou et l’escalator emporte la jeune fille vers Bali.
Madame L est toujours un peu désemparée. Un peu perdue. Trop contente d’avoir vu sa grande fille oublier ses dernières angoisses de départ à la porte d’embarquement, et un peu triste à l’idée de s’imaginer ici dans un an. A ce moment là, impossible de ne pas y penser. Même monsieur L est traversé par cette petite vague à ce moment là. « Ce sera dur l’année prochaine ». Mademoiselle Blanche se met à pleurer, elle aurait voulu voir l’avion de sa grande sœur décoller.
Aérograre 1. Dans cet aéroport étrangement vide en plein mois de Juillet, ils sortent pour essayer trouver l’avion. Un papa, une maman et trois petits sur le trottoir, en train de guetter de l’autre côté. Odeurs d’essence et Kerozene, mêlées, voitures pas vraiment habituées aux piétons mais ils doivent le trouver « en tout cas, on va essayer ». Il est là, juste devant. Ils voient les valises grimper dans l’avion ; « Si on attend un peu, on verra peut être les passagers ». Alors ils restent là, dans cet endroit pas fait pour eux. Tous les cinq à guetter une jeune fille au sac à dos rose dans une file des passagers. Mais ils ne voient aucun passager, tous rentrés de l’autre côté. Alors il faut se faire une raison « maman, est ce que trois semaines c’est long ? ». Ce matin, mademoiselle Joséphine a appelé. Elle était bien arrivée. Ils étaient en route pour rentrer à la maison.
26 juillet 2008
au bout du monde
Mademoiselle Joséphine a préparé sa valise, des affaires légères parce qu’où elle va, il fait très chaud, encore plus chaud qu’ici. Trois semaines chez son papa dans un nouveau pays.
Comme à chaque fois, pendant les quelques jours qui ont précédé ce départ, la jeune fllle a pris cet air absent qu’on lui connaît à ces moments. Quand elle était plus petite, juste avant de partir elle était à chaque fois frappée d’une angine ou d’un virus malveillant. Elle n’est plus malade aujourd’hui, juste oscillant entre un fort besoin d’attention et la neccessité de se frotter dangereusement à l’autorité, aux parents. Pendant quelques jours, les aléas de l’adolescence en condensé.
Petite pièce qui se rejoue à chaque fois, dont les acteurs n’ont pas besoin d’apprendre le texte. Ils connaissent par cœur les répliques et savent comment l’histoire va se terminer. Heureusement d’ailleurs qu’il n’y a pas de de fin à cette histoire là, juste un baiser devant une porte d’aéroport. « Amuses-toi bien surtout » en guise d’au revoir, « Elle a de la chance Joséphine » par une petite sœur que la vie de la grande fait tant rêver. « Un jour, moi aussi, j’irai au bout du monde ! ».
Mais cette fois ci, les derniers jours ont eu un goût particulier. La grande fille a eu plus de mal que d’habitude à envisager la séparation qu’elle sait provisoire pourtant. D’abord très excitée à l’idée de découvrir sa nouvelle maison, et Singapour qu’elle ne connaît pas encore, elle aurait voulu dormir avec ses frères et sœurs la dernière nuit. Elle s’est occupée d’eux, et elle a eu besoin de parler de la vie ici, après, de partager des projets avec les parents. « Un peu triste », sans pouvoir l’expliquer vraiment. Et puis comment peut-on être triste quand on part pour des endroits comme ceux-là. Bali, l’Indonésie. Mademoiselle Joséphine, sait ça depuis longtemps. Ou plutôt elle ne sait pas comment expliquer que pour elle, derrière cette vie doré, et ces endroits qui font saliver, il y a toujours des séparations. Jamais tout le monde au même endroit et les deux vies s éloignées.
Alors cette année, si la séparation a ce goût un peu particulier c’est qu’ici, tout le monde le sait. Dans un an, au même moment, elle partira pour beaucoup plus longtemps. Et cette fois ci, monsieur et madame L et leurs enfants, peuvent toucher du bout du doigt la réalité de la séparation qui les attend. Mais un an, c’est très long. Et puis une fois le portique de l’aéroport franchi, madame L sait que sa fille est déjà partie. Les pieds pas encore dans l’avion et la tête déjà un peu au paradis. Sans petit frère ni petite sœur les mains pleines de glace, lui demandant « où est c qu’on va pour aller faire pipi ? ». Contente qu’elle puisse avoir cette vie là aussi.
Quant à madame L, il lui reste trois semaines pour terminer l’écharpe qu’elle a commencé l’hiver dernier et qu’elle a promis à sa grande fille pour son dernier hiver ici.
au bout du monde
25 juillet 2008
première coupe

On a écourté un peu la sieste de monsieur Aimé. Monsieur L a sorti le petit garçon de son lit puis il a pris des petits ciseaux pour lui couper une de ses jolies boucles de bébé, puis la glisser dans l’enveloppe marquée « Aimé ».
Monsieur Aimé ne savait pas très bien ce qui l’attendait. Il sentait quand même que ce moment avait l’air d’être important. Depuis le matin, monsieur et madame L en parlait, mademoiselle Joséphine regrettait déjà les boucles blondes de son petit frère et mademoiselle Blanche était pressée de l’accompagner.
On savait qu’après, il ne serait plus le même. Les premières boucles tombées, c’est le visage du petit garçon qui apparaîtrait.
Quand ils sont arrivés, la dame l’a emmené s’asseoir devant le miroir et lui a enfilé une blouse un peu trop grande pour lui. Il s’est mis à pleurer. Des grosses larmes coulaient sur ses joues de bébé, de petit garçon pas très rassuré. Alors madame L est allé s’asseoir à côté de lui, il lui a caressé les cheveux. Il avait compris. Un petit bisou et il s’est calmé. Apaisé, il a relevé la tête et a regardé en face de lui.
Alors la dame a pu commencer. Une petite coupe exactement comme madame L la voulait. Un petit minois qui se révelait, un air de petit gars si doux. Mademoiselle Joséphine et mademoiselle Blanche étaient très contentes. On ne prendrait plus leur petit frère pour une fille désormais. Les boucles avaient disparu et les cheveux dorés laisser deviner la nuque et dégageait le cou. Ça y est, c’était fait, madame L et les filles ont applaudi et le petit garçon était ravi. Il était très beau aussi.
Plusieurs fois dans l’après-midi, il a croisé son reflet dans un miroir ou dans la porte vitrée d’un magasin. Il s’est regardé attentivement. Il n’a plus voulu monter dans la poussette, la laissant volontiers à monsieur Marcel. Il était assez grand pour marcher tout seul, et même pour savoir s’arrêter avant de traverser, tenir la main d’un grand et feuilleter un livre tout seul chez le marchand. Monsieur Aimé avait enfin pu abandonné ses boucles de bébé. Lui était prêt depuis longtemps, mais il avait fallu en peu plus de temps à ses parents pour l’accepter, le très joli bébé était devenu un magnifique petit garçon. 

24 juillet 2008
au château



Une journée entre filles, madame L leur avait promis depuis qu’elle avait recommencé à travailler. Et même si ce n’était que pour aller découvrir ce nouvel endroit, mademoiselle Blanche et mademoiselle Joséphine étaient ravies de l’accompagner.
Voir le lieu, rencontrer les gens, se présenter un peu timides, et pouvoir enfin mettre des images sur « le travail de maman ». Maintenant, quand madame L téléphonera à la maison, quand elle dira qu’elle travaille ou qu’elle « écrit un papier », elles pourront l’imaginer à son bureau, la petite fenêtre ouverte sur la porte du château. Une grande bâtisse blanche pleine d’escaliers et de couloirs secrets, un bureau sous les toits et bientôt une place attribuée où elle pourra s’installer. Ramener quelques fleurs et des petites choses à elle pour se sentir bien ici aussi.
Avant, madame L détestait tout mélanger, le travail et la maison étaient deux univers distincts et les question sur sa famille la gênait . Pas dupe du manque d’intérêt que ses interlocuteurs portaient à sa « petite famille » comme ils l’appelaient,et n’avait pas envie de répondre à ces formules de politesse dont certains se servaient très habilement pour la renvoyer à ses foyers.
Et puis l’âge est venu, l’expérience aussi, et la certitude qu’elle peut maintenant construire des ponts entre les deux mondes sans craindre de voir l’un engloutir l’autre, et vice versa. Elle n’a plus d’image à construire, de masque à présenter. C’est elle ici et là-bas.
Pendant que leur mère travaillait, les filles essayaient d’occuper leur après-midi de liberté. Plutôt contentes que madame L travaille dans un si bel endroit, un peu déçues qu’elle n’ait plus, comme avant, un bureau rien que pour elle.
Des rues commerçantes pas très aléchantes, un centre ville pas très vivant, mais un très beau petit théâtre à l’italienne. Un tout petit théâtre que madame L voyait de sa fenêtre en travaillant. Un grand musée aussi où elles pouvaient aller et venir comme elles voulaient toute la journée . Mademoiselle Joséphine constatait qu’on appelait « Madame » de plus en plus souvent, un peu gênée mais ravie de revoir tout son programme ‘histoire de quatrième et de voir les tableaux « en vrai ». Mademoiselle Blanche s’ennuyait « un tout petit peu » mais elle trouvait quand même très belles les grandes robes des dames sur les tableaux et avait très envie de revenir ici « rien qu’avec Joséphine et maman ».
Madame L avait montré à ses filles l’endroit où elle travaillait, monsieur L le connaissait. Elle commençait à prendre ses marques ici. Au fil des matins qui défilaient , elle s’y sentait de mieux en mieux, presque bien maintenant. La prochaine fois qu’elle viendrait ici avec les filles, elles iraient se promener dans le grand parc et découvrir la bibliothèque. On lui avait dit tellement de bien de cet endroit. Les livres, mademoiselle Joséphine et mademoiselle Blanche aiment tellement ça que madame L attendrait qu’elles reviennent pour le découvrir avec elles.


23 juillet 2008
poussière d'été



C’est une des habitudes du mois de juillet. Entendre la moissonneuse batteuse s’ébranler et la regarder avancer dans un énorme nuage de poussière jaune. Toujours dans le même champ, le seul ici cultivé, juste devant le maison, de l’autre côté du grand pré. C’était une occasion d’aller se promener, aller voir la machine et la montrer à monsieur Aimé. Il n’avait sûrement pas encore vu de si gros tracteur, lui qui vient de se découvrir une passion pour les gros engins à moteur.
Il faisait encore chaud hier soir et pourtant il était déjà six heures. Toute la famille, à l’exception de mademoiselle Joséphine, pas très excitée à cette idée, est partie chapeautée pour se promener sur la petite route qui descend jusqu’au ruisseau.
Chaque été, madame L se souvient de l’odeur du foin et des brindilles qui piquent, celles dont on arrive pas à se débarasser. Souvenirs de petite fille, quand elle partait avec son père aider à la moisson dans les champs des agriculteurs voisins. A l’époque, les bottes étaient carrées. Il fallait les ficeler et les hisser tout en haut de la remorque. Celui qui avait cette place là était le roi. La-haut, il avait une vue sur toute la région et avec un bon sens de l’équilibre, il pouvait vraiment s’amuser. Les enfants n’avaient le droit de monter là-haut que lorsque le tracteur était rentré, le moteur arrêté.
Ils étaient arrivés juste à côté, la poussière les démangeait mais monsieur Aimé était bouche bée. Dans un ou deux ans, il pourrait peut être y monter. Pour l’instant, la vue de la machine lui suffisait. Pas plus de quelques minutes, à moins de s’asphixier. L’air chaud saturé de poussière commençait à les gêner pour respirer. Quelques pas de plus et ils se retrouvaient en face de la maison, juste de l’autre côté du grand champ.
Comme ils ne changeront jamais, monsieur et madame L se sont mis à discuter de ce qu’ils feraient dans les jours qui venaient. D’abord débroussailler, construire la cabane pour les enfants et emmener les ânesses sur un autre enclos juste à côté de la maison. Puis agrandir le potager. Ça, c’était le grand projet de madame L pour cette année et l’année prochaine. Et maintenant que pour elle, les mercredi étaient redevenus jours de liberté, elle s’en sentait l’énergie. D’ailleurs, dès ce matin, elle a pris son sécateur, les petits avec quelques jouets et ils se sont installés pour quelques heures entre le four à pain et le petit muret. Premier carré nettoyé, celui des herbes aromatiques. Pendant qu’elle nettoyait les pots de menthe en profitant des trois parfums qui se mélangeaient, menthé poivrée, menthe glaciale et menthe réglisse, monsieur Aimé et mademoiselle Blanche se balançaient. Ils avaient intérêt à en profiter, bientôt la balançoire allait migrer, installée ailleurs, un peu plus loin. Ici, il fallait de la place pour un vrai potager.
22 juillet 2008
thé au pré
Hier soir madame L a eu le temps d’aller chercher monsieur Aimé et monsieur Marcel chez la nounou. Les deux petits garçons l’attendaient. Cinq minutes de route, ils ont chanté, puis ils sont arrivés. Monsieur Aimé s’est précipité sur le petit muret pour appeler Pivoine et Pâquerette, les deux ânesses dont il prononçait déjà le nom avant même que la voiture soit garée. Il a grimpé puis il leur a parlé. Peut-être leur racontait il sa journée. A part elles et lui, personne ne le comprenait.
Madame L est rentrée dans la maison pour embrasser les filles et monsieur L , profiter du calme et se faire un petit thé. Elle a installé monsieur Marcel sur le canapé mais il s’est mis à crier en tournant la tête. Il avait vu les deux ânesses et voulait s’en approcher. Alors madame L a remis le thé à plus tard et elle l’a emmené vers la petite porte qui donne dans le pré. Il n’était pas satisfait et voulait encore s’approcher. Elle n’était pas vraiment habillée pour aller traîner dans le pré, en robe et nu-pieds, mais elle a eu envie aussi d’aller voir si les ânesses commençait à se laisser caresser. Ils se sont approchés. Monsieur Marcel voulait toucher. Madame L n’aurait jamais imaginé que lui aussi serait envouté par ces deux grosses bêtes. Et pourtant, il ne pense qu’à les rejoindre dès qu’il les aperçoit, dès qu’il sent qu’elles sont là.
Pendant ce temps, monsieur Aimé était allé chercher le gros ours pour l’asseoir avec lui sur le muret, puis passer de l’autre côté. Il n’y avait pas de raison, sa mère et son petit frère était déjà dans le champ.
Lui aussi voulait s’approcher, tout prêt, tout seul. Mais son numéro de dressage d’ânesse a tourné court. Les parents sont arrivés pour casser ses rêves de dompteur et lui expliquer qu’on ne se met pas accroupi derrière une bête.
Monsieur Aimé était vexé. Lui qui depuis des jours, tend sa main vers Pivoine et Pâquerette et arrive à les faire venir pour les caresser. Cette fois, il voulait aller plus loin. Après les biscuits du goûter qu’on lui avait déjà interdit de partager avec elles, cette foi-ci, on l’empêchait de les approcher comme il voulait. Il était seulement un petit garçon et il avait un peu de mal à accepter cette condition.
Mademoiselle Blanche, très fière de savoir depuis belle lurette qu’ « on ne fait pas ce qu’on veut avec les bêtes » avait réussi à s’approcher. Alors son petit frère a tourné la tête pour la regarder, puis il a sauté dans les bras de son papa pour s’approcher des ânesses. C’était déjà mieux que rien. Il a d’ailleurs pu vérifier que plus haut perché, il pouvait encore mieux les caresser. Elles en redemandaient. Madame L s’est mise à imaginer les courses à dos d’ânesses qu’ils pourraient improviser dans le pré, quand les enfants seraient un peu plus grands. Une petite pensée qu’elle a gardé bien secrète, tout au fond de sa tête. Parce qu’en ce moment, c’est d’un thé dont elle rêvait.






















