01 juillet 2008
Cosi Fan Tutte



Il y a chez elle ce fond de culpabilité bien ancré et toujours prêt à se réveiller. Comme aujourd’hui, alors qu sa seule activité programmée avant d’aller chercher les enfants était d’essayer d’écouter Cosi Fan Tutte à peu près d’une seule traite. Encore quelques jours entre le travail d’avant et celui d’après. Pas vraiment des vacances parce qu’il lui reste à régler des petits reliquats et à préparer son arrivée dans le prochain endroit, mais un peu plus de temps alors qu’elle ne l’avait pas demandé. Quelques jours en suspens dont elle profite à la sauvette, comme si elle n’en avait pas le droit. Tellement de choses à faire et les quastions qui reviennent de plus en plus pressantes. Comment fera-t-elle après, dès la rentrée, avec un travail un peu plus loin ? Il y aura le mercredi et un peu plus de vacances qu’avant, c’est à ça qu’elle a envie de penser pour l’instant.
Mais pourquoi diable le tout début juillet la propulse-t-elle souvent si régulièrement dans les affres de la rentrée. Comme si, avant de refermer les cartables des enfants et de se jeter dans l’été, il fallait obligatoirement se projeter au tout début septembre pour avoir la conscience tranquille, après.
Aujourd’hui, madame L a beaucoup planifié, sûre et certaine que ces plans fraîchement élaborés tomberaient à l’eau très rapidement. C'est peut être aussi parce que pour elle, c'est bientôt la rentrée, avec des stylos neufs, des camarades à saluer et un nouveau cahier.
Alors elle s’est laissée réfléchir, en écoutant Cosi Fan Tutte. Jusqu’au retour des enfants et là , comme par enchantement, le temps des vacances s’est imposé. Elle s’est allongée a côté d’eux dans l’herbe du jardin, un gazon qui commence à sentir le foin et qui grattait un peu les pieds de monsieur Aimé qui déteste ça. Monsieur L était là, il rempotait. Elle a oublié la somme de toutes les contraintes qu’elle s’était imposées dans la journée. Il faisait très chaud, assez pour se laisser aller et ne plus avoir envie de s’assommer de programmes aléatoires. Septembre était tellement loin, avant il y aurait les vacances, les vraies. et puis ce soir au ras des trèfles avec les enfants, elle a trouvé que son nouveau travail était lui aussi très lointain. Elle s’est promis de profiter des jours qui lui restaient avant de commencer et de ne plus s’inquiéter des kilomètres qui séparaient ce travail de chez elle. Elle aimerait aussi ces moments de solitude pendant les trajets. Elle pourrait écouter Cosi Fan Tutte.









