latence

Il y a des jours évidents, sans questions et sans doutes, des jours où il suffit de profiter. Etre là, c’est tout. Et puis il y d’autres journées comme ça, sans vraie tristesse, sans lâme de fond , sans larmes qui viennent des profondeurs et ballaient tout. Juste des jours de rien. Des journées un peu ratées comme elle ne les aime pas beaucoup.
Après une réunion hier soir, avant beaucoup de réunions les prochains soirs, elle s’était accordée quelques heures ce matin sans travailler. Un petit moment ici pour coudre et se reposer, rêver un peu. Mais la tête trop pleine, les yeux fatigués et le tissu un peu froissé, l’ourlet n’arrivait pas à se terminer.
Il y a des jours comme ça où elle sait qu’il lui faudrait une bonne nouvelle. Quelque chose de doux, de la gaieté. Et puis des projets, des envies qui lui donnent envie d’avancer. Mais des projets, des idées, d’habitude elle en a toujours. Beaucoup trop lui dit même quelquefois monsieur L. Et si elle cherche bien, c’est vrai qu’elle en trouverait. Dans un petit coin de sa tête, il y en a toujours un ou deux qui dorment au chaud. Mais des jours comme celui-là, la connexion avec ce coin là de son cerveau est momentanément coupée. interrompue pour des raisons indépendantes de sa volonté. Ses idées ont du plomb dans l’aile, et ses envies avariées avant même d’être exprimées.
Elle a longtemps détesté ces journées. Quand elle vivait en ville, elle allait vider son porte-monnaie pour s’acheter la plupart du temps des choses qu’elle ne mettrait jamais. Surtout pas envie d’essayer.
Maintenant, elle se dit qu’il faut vivre aussi ces jours gris . journées de rien ou rien ne se fait. Presque rien. Au bout de deux heures, elle est arrivée à bout de l’ourlet.
Se laisser glisser, ne pas trop penser. Finir des petites choses en cours, arriver jusqu’à la fin de l’après-midi, pendre un bain, et tout d’un coup se sentir bien. Le corps reposé, les traits moins tirés, prête à retrouver ses projets, ses envies et commencer par préparer le goûter. Demander à mademoiselle Blanche d’essayer sa petite robe « presque finie cette fois-ci ». Et puis la petite fille n’a trop pas intérêt à la ramener. Quand on revient de l’école la frange coupée « parce ce c’est plus joli ! », on se tait. Vite enfilée au dessus de la jupe, elle saute sur le lit de la chambre d’amis et « adore ses manches de fée ». Alors madame L se dire que pour une journée de rien, elle ne s’en est pas mal tirée. elle pourrait peut être se mettre à les aimer ces moments ratés.
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