tous les jours dimanche

C'était une maison de campagne et nous avons décidé un jour de nous y installer pour la vie.

18 mai 2008

football

foot1foot2foot3foot4                                                                                                          Elle n’aime pas la foule, elle n’aime pas le football, elle n’aime pas les hordes de supporters, elle n’aime ni les groupes ni les chapelles. Mais il y a eu cette rencontre là. Il y a dix ans, un reportage sur les femmes supporters , un séjour à Lens qu’elle connaissait déjà puisqu’elle avait vécu tout près de là. Et si les « vrais gens » n’existent pas, la vraie gentillesse, elle l’a trouvée là-bas.
Elle qui n’a jamais rien compris aux coups francs  a tout de suite été accueillie parmi les leurs. Plusieurs jours à rencontrer des femmes et des hommes en sang et or. Des gens qui passaient toute leur vie en bicolore, elle aurait pu trouver ça triste, tellement pathétique, il y avait trop de joie pour ça, trop de gaieté pour qu’elle s’apitoie sur le cliché.
Souvenir des soirs de match, « tous ensemble » retentissait déjà. Et ces soirs là, ça sonnait vrai. Naïveté de penser que pendant quelques heures, on faisait tous partie d’une communauté. Une communauté qui en avait bavé et se redressait, derrière onze joueurs. Onze types qui courraient après un ballon rond, onze hommes qui savaient les milliers de gens qui courraient avec eux. Des milliers d’hommes et de femmes rassemblées, enfants ou petits enfants de mineurs, qui connaissaient les clichés qu ‘on leur avait flanqués. Image poisseuse et noire du charbon et de la misère.  Ils savaient en jouer. Elle les entendait chanter « les corons », elle n'aime pas cette chanson, et là, des frissons de la tête au pieds, l’émotion qui surprend parce qu’on ne l’attend pas là, dans les tribunes d’un stade où il fait toujours trop froid. La fierté retrouvée d’un peuple qui a vécu la tête baissée. La fierté et le respect. Juste un chant, pas d’insultes. Tribune des supporters, entre la grosse caisse et Louisette, toute petite dame aux cheveux bouclées, qui ne vivait que pour ses « petits », Madame L avait envie de faire partie des leurs, de chanter avec eux. Elle en faisait partie d’ailleurs, prise sous leur aile de lensois fiers. Une frite « sensas » à la main, elle les regardait. Toute seule au milieu de ces supporters, pas une seule fois elle ne s’est sentie en danger. Ils étaient heureux d’être là, réclamaient du « beau jeu ». Ils connaissaient chaque joueur. On lui racontait l’histoire de celui là, dont la femme, toujours institutrice, lui avait interdit  de se servir de sa grosse voiture rouge, transformée dans leur garage en étendoir à linge. Ici, les joueurs devaient comprendre qu’on ne se la ramène pas. C’était il y a dix ans au moins, peut être que tout a changé.  Mais à chaque fois qu’elle entend parler d’eux, madame L les imagine fiers et respectueux. Cette fierté, Elle les entend la chanter, tous réunis, même très loin des terrils et des chevalets.  Alors elle fait un peu partie des leurs. Ce week-end, c'était bien plus qu'un match perdu, une saison ratée. et puis les résulats, elle n'en a rien à faire. Elle a pensé à leur tristesse, à leurs larmes de supporters. Elle a espéré qu’ils resteraient fiers.

Posté par marionl à 22:41 - jour après jour - Commentaires [20] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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