01 mai 2008
les ongles faits



Mademoiselle Blanche a choisi fille, option fille et à quatre ans et demie tout juste sonnés, elle adore se maquiller. Fille de femme et petite sœur de jeune fille, elle voit madame L et mademoiselle Joséphine se faire belle et ne comprrend pas toujours pourquoi elle ne peut pas toujours faire comme elles. « Ton vernis tu me le donneras ?….quand je serai adulte évidemment ! » Rêve de boucles d’oreilles « ma copine de l’école, elle en porte déjà ! », enquête auprès de toutes les grandes filles de la famille pour savoir ce qui différencie un gloss d’un rouge à lèvres et envie de bagues à tous les doigts.
Attendrie, devoir aussi de lui dire qu’il n’y a pas que ça dans la vie, madame L regarde mademoiselle Blanche se faire jolie, apprendre à ne pas dépasser le trait. Trop rouge, ce n’est pas une couleur de petite fille et puis pour aller à l’école, on ne met pas de rouges à lèvres.
Quelquefois, quand elle sent que sa maman pourrait dire non, c’est vers sa grande sœur que la petite fille se tourne. Et puis l’odeur du vernis, son papa déteste ça. Alors elles s’en vont discrètement, dans le jardin ou à l’autre bout de la maison et mademoiselle Joséphine s’applique, à chaque doigt. Evidemment, le lendemain il n’y aura presque plus rien. Ongles de petites filles salis par la terre. Avant d’avoir des filles, madame L trouvait ça laid, encore maintenant, quelquefois. Mais la plupart du temps, elle aime surprendre sur ces petites mains, les traces de vie réelle et de rêves qui se mêlent. « quand je serai grande… », c’est l’une des phrases les plus magiques qui existent, celle qui fait que le souhait construit aussi la réalité, la formule qui fait que le rêve peut devenir vrai. Madame L ne se met que du vernis transparent, quand elle a le temps. Le rouge, elle aimerait quelquefois mais elle n’y arrive pas, « trop dame » dès qu’elle essaie. Petite, elle regardait toujours sa mère se faire les ongles. Marron, bordeaux ou rouge écarlat, les soirs où elle sortait, quand la baby-sitter allait arriver. Un coup de main sûr, le souffle léger pour sécher les doigts si beaux, maman était toujours belle, elle s’était aussi parfumée. Tant que le vernis n’était pas sec, elle ne pouvait pas mettre son manteau. Après, elle irait s’amuser. Madame L adorait ce moment. Elle avait le droit de regarder, mais calmement, sans trop bouger. Maman avait besoin de se concentrer. Un jour, elle aussi serait grande et ferait danser ses doigts au son des bracelets. Mademoiselle Blanche, lui a dit hier, bientôt c’est la fête des mères. Elle pourrait s’offrir ça en souvenir de la petite fille devenue mère. Il serait même temps de le faire. Un vernis rouge, un vernis qui ne sent pas fort mais un vernis de dame pour faire danser ses doigts avant d'enfiler son manteau. 







