tous les jours dimanche

C'était une maison de campagne et nous avons décidé un jour de nous y installer pour la vie.

30 avril 2008

une demie année

marcel1Aujourd’hui, monsieur Marcel a grandi, deux dents et une demie année, à mi chemin entre le jour de sa naissance et sa première bougie. Monsieur Marcel qui sourit toute la journée, qui aide sa maman à tout doucement s’éloigner. Petit bébé surprise puis tant attendu jusqu’au jour où il a décidé d’arriver. Petit bébé menu puis  bien joufflu, petit bébé qui fait ce qui lui plaît, les pieds bien plantés dans une famille où il s’est fait son petit trou de souris, où il s’est trouvé une place bien à lui.
Monsieur Marcel, c’est drôle comme c’est jours-ci chez votre maman, les émotions de votre naissance remontent par bouffées. Après la grand bonheur, l’inquiétude au milieu de la nuit dans un service de pédiatrie, des infirmières inquiètes, le bruits des machines. Angoisses inconnues jusque là, celle du fil fragile, et si solide quand même. Le fil qui relie à la vie, le fil qu’une maman d’un bébé de quelques heures croit quelquefois pouvoir tenir entre ses doigts. Peur de le casser, de ne pas savoir faire le nœud qui pourra le réparer. Surveiller, traiter, ne pas savoir et s’apercevoir que personne ne sait. Attendre et pendant plusieurs heures, ne plus dormir. Poser la tête sur l’épaule d’un papa qui voudrait bien lui aussi être rassuré. Ne pas inquiéter les grands et puis entendre « pas de séquelles….comme si rien ne s’était passé ». Alors elle a fait un peu « comme si », comme on le lui avait dit. Pour se reposer aussi. ET puis ces jours-ci, parce que Monsieur Marcel a tellement grandi, qu ‘il a deux dents et une demi-année, qu’il est tout beau, tout rond et qu’il « respire la santé » comme on disait avant, elle peut y penser aujourd ‘hui, pour le glisser dans l’album de famille, juste après. C’était leur première nuit. Elle le tenait entre ses bras, une infirmière lui a demandé de lui donner, elle a croisé l ‘inquiétude dans les yeux de cette femme qui sait, elle l’ a vu essayer de le piquer, ne pas y arriver, puis trouver. Elle a repris son bébé relié aux machines, au milieu du bruit. Elle a croisé cette seconde où on comprend que tout peut finir aussi. Elle a eu peur. Elle n’a même pas pu lui souffler qu’elle y croyait, épuisée. Un bébé ça ne peut pas mourir. Pas ici. Pas leur bébé de toute façon.
C’était il y a six mois, une demie année. Maintenant, elle peut y penser, c’est passé. Elle peut profiter de cette joie légère qui vient quand elle se dit que c’est très loin derrière. Elle peut dire cette peur et l’écrire, puis se demander ce qu’ils lui offriront à son premier anniversaire.
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petit haïku sur un ton guilleret

haiku"je préfère mourir que partir...ça rime ce que je viens de dire!?"
Mademoiselle Blanche, tout sourire"

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29 avril 2008

en continu

travail1travail2travail3travail4Pendant tout son congé de maternité , madame L s’était fixée des millions de choses à réaliser. Elle en fait des milliers.  Elle ne s’est pas beaucoup arrêté. Il n’y a rien d’extraordinaire, elle n’a pas envie d’être particulièrement flattée. Elle est comme ça, toujours un rêve à réaliser, une ligne à rayer sur la liste qu’elle n’a jamais terminée.
Mais depuis deux jours, elle ne fait rien ou presque rien. Juste un petit peu ranger pour avoir l’impression que tout sera en ordre quand elle recommencera à travailler. Il faut  que le tiroir de son bureau puisse être de nouveau fermé, que ses papiers soient rangés pour que le premier matin, elle puisse partir apaisée. Mais ces derniers rangements, elle les a remis à plus tard. Depuis deux jours, elle essaie de profiter.
La semaine prochaine, Elle aura recommencé à travailler, monsieur L sera sur les routes une bonne partie de ses journée, une série de portraits. Il faudra réapprendre à nager dans des lignes pas toujours tracées, changer de trajectoires en cours de journée, s’organiser et ne pas se laisser envahir par la peur de ne pas y arriver. Alors  hier et aujourd’hui aussi, madame L avait besoin de se recharger en parfums de printemps, en soleil d’avril et en temps perdu à ne rien faire, en petits instants gagnés. Discuter avec mademoiselle Jséphine 'tu sais pour moimaman, ça ne changera rien", réveiller mademoiselle Blanche un peu plus tôt pour partager un petit moment avec elle avant l’heure de l’école. Regarder les garçons. Monsieur Marcel qui pour la première fois sent la chaleur du soleil, assez douce encore pour le laisser en profiter, et surveiller monsieur Aimé qui voudrait bien suivre le chat et quitter le jardin.
Se faire doucement à l’idée de la vie d’après, se dire qu’il y aura des choses bien, qu’il suffira de trouver le rythme et de savoir saisir les petits moments offerts. Que les collines et le vieux poirier seront toujours là, que les enfants vont bien et qu’ils iront encore bien, que mademoiselle Joséphine garde un souvenir ravi des périodes ou madame L  n’arrêtait pas de travailler. « maman est chef, maman est chef ! » criait elle jusque dans les allées du supermarché. Sa maman ne sera plus chef de quoi que ce soit, elle n’en a plus envie. Pour l’instant, ce qu’elle voudrait, c’est trouver l’équilibre, celui dont on ne finit jamais de parler, se réaliser et profiter. C’est avoir son mercredi pour pouvoir être efficace le lundi, le mardi, le jeudi et le vendredi. Ëtre efficace, c’est un mot qu’elle avait presque oublié. Pas tout à fait. Depuis qu’elle est ici, il y a toutes ces choses qu’elle a réalisées. Et puis il y a encore toutes celles qu’elle a envie de faire. Des petites robes et des chemises pour les petits. D’ailleurs, elle va commencer une blouse pour mademoiselle Blanche ces jours–ci, et la finir quand elle aura recommencé à travailler, une petite blouse qui servira de lien entre la vie d'aujourd'hui et la vie qui reprendra lundi. Pour que lundi prochain, la vie soit la même que celle d’aujourd’hui, une vie très remplie avec des journées de travail en plus à caser.
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28 avril 2008

parfums de liberté

libert_1libert_2C’est signe ici que les beaux jours reviennent et que l’heure d’été s’est installé. C’est après le dîner, même quand le lendemain il y a école et qu’il faut aller se coucher. Quand la table est débarrassée. « Cinq minutes, pas plus » et les enfants se précipitent dehors en chaussons ou. C’est aussi le signe aussi que monsieur L n’a pas arrêté de fumer parce que c’est quand il ouvre la porte pour allumer sa cigarette, qu’ils se précipitent pour lui tenir compagnie. Il n'en demandait pas tant mais il a fini par s’habituer. Pour eux, c’est cinq minutes de liberté, pour crier, se défouler, monter jusqu’en haut du pilier de la petite porte grillagée. L’été, quand les vacances sont avancées et que la grosse horloge ne rythme plus la journée, on peut même regarder la voie lactée, chercher les ourses et Cassiopée. Mais pour l’instant, ce sont les traînées blanches des avions et les oiseaux qui reviennent s’installer qu’on guette le nez en l’air. Et puis les chevaux qui, le soir, reviennent tout près de la maison. C’est presque une habitude, pas un rituel, pas instauré. Mais un petit moment dont ils ont besoin pour se retrouver avant d’aller se coucher. A ce moment là, madame L est toujours très occupée et ce sera encore pire quand elle aura recommencer à travailler. Alors elle ne répond pas aux appels de monsieur L . trop de choses à faire, et puis elle est pressé qu’ils soient couchés pour pouvoir souffler.
Quelquefois, elle sort les rejoindre quand ils ont quelque chose de « vraiment très important » à lui montrer. Mais elle aime aussi les regarder par la toute petite fenêtre juste au dessus de l’évier. Pas les espionner, ils savent qu’elle est là, mais les regarder profiter de leur liberté. Moment très doux, excitant aussi parfois , comme ces parfums de la campagne, le  soir, si particuliers. Odeurs de chèvrefeuille et d’herbe mouillée, terre et rosiers, ils apaisent mais se mettent à chatouiller le nez de ceux qui veulent s’en ennivrer. Souvenirs de petites filles quand elle sortait les cheveux encore mouillés après avoir pris un bain dans la bassine devant la très grande cheminée. C’était au temps des grandes vacances . Pour elle ici, c’est tous les jours et c’est peut-être ce qu’elle a le plus aimé quand ils se sont installés. Cinq minutes de vacances chaque soir, juste avant d’aller se coucher., un moment partagé qui rend le sommeil d’après plus léger. Cinq minutes de dimanche, chaque soir, même quand elle aura recommencer à travailler.
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27 avril 2008

racines et godets

jardin1jardin2jardin3jardin4Désherber. On ne pourrait rien faire avant d’avoir arraché les orties qui avaient pris leurs aises depuis que tout avait reverdi. Elles avaient déjà presque tout envahi. Alors avant d’aller planter les tomates , il fallait dégager les pieds de pivoines et la haie devant le muret. C’était drôle de penser qu’il y a six ans il n’y avait rien ici. Ou juste un rosier sauvage qui fleurit quelques jours dans l’année. Avant même de s’installer, monsieur et madame L avaiaent choisi deux autre beaux rosiers, plantés alors que les cartons n’étaient pas encore déballés.  On a en planté beaucoup d’autres depuis. Le dernier, trouvé sur le marché d’Uzes grimpe aux barreaux de l’échelle.Cette fois, c’est madame L et mademoiselle Blanche qui ont décidé d’attaquer les orties pendant que monsieur L, à la japonaise, s’amusait à photographier ses fleurs de pommiers. « ça, pour un dimanche, c’est un dimanche » Mademoiselle Joséphine s’installait « son p’tit’ coin de paradis » avec une chaise longue, une verre de sirop d’orange et son livre d’histoire. La jeune fille avait perdu son match de basket hier. Aujourd’hui, elle avait décidé de ne rien faire. Alors après avoir parcouru les livres de recettes une bonne partie de la matinée « vendredi, c’est moi qui fait le dîner », cet après midi, elle se plongeait dans le passé.  De Louis XVIII, ‘vraiment trop laid »  au sort des mineurs au début de l’exploitation du charbon, tout était commenté pour qui voulait écouter. La vie dure et l’Internationale » chantée à tue tête . « Tu sais que toute la vallée t’entend et que tu ne vas pas te faire que des amis ».
Pour l’instant, madame L se concentrait sur les pieds d’orties, rhyzomes qu’il était jouissif d’arracher par paquets, beaucoup plus que les pissenlits  trop résistants. Elle avait découvert ce plaisir en arrivant ici, celui de ce concentrer sur un petit carré, ne penser qu’à ce bout de vert, le nettoyer, se demander « parasite ou planté l’année dernière ? » et souvent laisser pousser, « on ne sait jamais… ». Elle ferait un petit cahier. On y inscrirait chaque nouvelle plante, avec son lieu de plantation et sa date de floraison. L’histoire et la géographie du jardin y seraient consignés. Un peu prétentieux pour un si petit rectangle, mais ce serait bien de s’y replonger chaque printemps. Elle éviterait ainsi d’arracher de si jolies campanules. Il en restait un pied. La menthe avait décidé de ne pas pousser dans le petit enclos qu’on lui avait réservé mais juste à côté. Elle parfumait tout ce coin du jardin. A quinze ans, madameL qui était encore une demoiselle regardait les jardiniers du dimanche avec un brin de condescendance . Un peu ridicules avec leurs petits godets à replanter et leur rêves de jardin anglais. Vingt ans après, elle en était. Mais elle laisserait quelques pieds de pissenlits et s’amuserait de voir les trèfles se multiplier sur son gazon qui n’avait rien d’anglais.  Il ne fallait pas que cet enclos soit trop apprivoisé. Alors elle a posé les gants et s’est allongée dans l’herbe avec ses enfants. Mademoiselle Blanche avait arrêté de jardiner depuis longtemps et monsieur Marcel qui venait de se réveiller avait un brin d’herbe entre les dents.
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26 avril 2008

du pamplemousse

pamplemousse1pamplemousse2pamplemousse3pamplemousse4                                                                                                      Les pieds nus pour la première fois dans l’herbe pas encore coupée, du soleil comme en plein été, mais pas encore les tros grosses chaleurs, il paraît qu’aujourd’hui dans ce pays, c’est partout le grand soleil. Et en plus c’est samedi. Pas de programme obligé avant d’aller encourager mademoiselle Joséphine au match de basket, le seul que son équipe est en mesure de gagner cette année.
La gycline n’a pas encore sorti ces fleurs, les feuilles de la vigne vierge tardent encore un peu. Celles qui sont au nord, et les chevaux sont venus se baigner dans la marre d’à côté. Deux serpents croisés en une journée. Ce sera peut être un été à bêtes se sont dits monsieur et madame L ce matin en croisant le deuxième. Il faudra bientôt lutter contre l’invasion des mouches, se méfier des vols de frelons mais pour l’instant, les edypthères sont encore endormis et les dards ne sont pas encore sortis.
La porte est grande ouverte et le jardin devient une pièce à part entière. Monsieur Marcel découvre le jeu des ombres sur le mur de la maison et monsieur Aimé découvre qu’il peut tout seul escalader le petit muret. L’année prochaine, il y jouera peut-être avec son frère.
On a pris le dessert dehors, du pamplemousse qui poisse et qui fait faire la grimace, du pamplemousse qui donne de l'énergie pour gagner le match de l'année.
Pendant la sieste des garçons, madame L a eu envie de se mettre de la musique. Quelque chose de très gai pour accompagner la journée. Et puis non, pour une fois elle va profiter du silence, il y a juste le chant des oiseaux  et au loin, si elle écoute bien , le bruit d’une tronçonneuse tout en bas de la vallée.
Elle pense à la mer, si loin, elle aimerait prolonger ses pieds dans le sable un peu humide encore, entendre le bruit de l’eau qui va et vient. Il doit faire beau là-bas aussi ; Mais elle est vraiment bien ici. Pas un bruit, même pas celui du roulis.  La machine s’est arrêtée et pour la première fois, alors que tout le monde dort, elle va aller s’allonger sur le petit muret. Depuis ce matin, il s’est doucement réchauffé. Le soleil n’est pas encore trop fort. C’est le moment d’en profiter.
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25 avril 2008

répétition générale

matin1matin2matin3matin4                                                                                                      Hier, la journée s’était bien passée et puis ce matin, madame L avait un rendez pour ce travail qui va recommencer. Alors les garçons iraient chez la nouou pour une petite journée. Les larmes avaient sechées. Il fallait réapprendre à s’organiser, alors aujourd’hui, ce serait un peu comme une répétition générale avant de s'y replonger pour de vrai.
Mademoiselle Joséphine déposée à sept heures, il restait une heure pour tout préparer. Les petites affaires, une tenue correcte pour elle et un petit moment pour se maquiller.
Les trois biberons étaient prêts, les trois petits réveillés. Monsieur L n’avait pas beaucoup dormi, un gros dossier à préparer. Mais tout roulait, tout allait bien. on était dans les temps et madame L a même pris quelques clichés de cette première matinée pressée.
« Tu n’as pas vu ma veste noire ? ». Ne pas laisser la machine s’emballer. Cette veste, elle était bien quelque part. Il a oublié de lui dire qu’il l’avait trouvée. Une des voiture à faire démarrer. Elle ne veut pas. Calle une fois, deux fois trois fois. Tant pis, on va se débrouiller et n’en prendre qu’une, on va presque au même endroit. Les trois petits derrière. Ecole, premier arrêt. « Papa, j’ai oubllié mon cartable avec mon goûter dedans ». Des larmes qui veulent dire que c’est important. Petit aller-retour à la maison qui est encore tout à côté. Derrière, monsieur Marcel s’est endormi. La nounou les attend. Le panier est prêt ave dedans des affaires de rechange pour chacun d’eux. « Vous avez pensé au lait pour le bébé ». Madame L l’avait pourtant préparé. Deuxième aller-retour à la maison qui n’est pas loin.
Le voyant d’essence est allumé. Mais la station du village d’à côté n’a pas été ravitaillée. Détour obligé. Téléphoner pour s’excuser « dix petites minutes de retard, je suis désolée...».
Elle respire un grand coup, se remet du rouge à lèvres et retrouve le sourire qui s’impose avant de s’avancer vers la porte d’entrée. « Mais comment fais tu pour être toujours en forme avec tes quatre loulous ? ». « Moi, je ne sais pas… » as-t-elle répondu, pas très sûre que c’est vraiment à elle que la question s’adressait.

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24 avril 2008

adaptation

gar_ons1gar_ons2gar_ons3gar_ons4                                                                                                      Ce matin, on a traîné dans le jardin, arraché les pissenlits, dégagé la plante du poète qui change de couleur au fil de la journée. Ensuite, midi et venu. Madame L avait dit « à une heure et demi » et puis une demi-journée, ce serait bien pour commencer. Il était déjà l’heure de partir quand elle a pris le bout de papier pour inscrire les consignes que la nounou lui avait demandées. « Surtout ne pas le réveiller ». Cette nounou, monsieur Aimé la connaît, il la voit deux jours par semaine de puis quelques mois. Dans quelques jours, ce sera quatre jours, et avec monsieur Marcel qui n’a quitté les bras de sa maman et de son papa pour ceux de sa maminou. Et qui ne la connaît pas. Juste un bonjour par ci par là, le temps d’aller chercher son grand frère.
Alors bien sûr il y a eu le Japon, dix jours pour s’habituer à l’absence, à l’idée qu’on se retrouve toujours et qu’un bébé de six mois, ça peut être heureux loin de ses parents. Bien sûr qu’elle a eu de la chance d’avoir tout ce temps avant, bien sûr que la nounou sait s’occuper des enfants, bien sûr qu’elle n’a pas le choix, que c’est comme ça et qu’elle ne le regrettera pas. Biensîur que des enfants gardés, il y en a des milliers, des millions, des milliards et qu’ils s’en sortent bien. Que ça peut même leur faire du bien de voir ailleurs, loin des parents. Mais aujourd’hui, la seule chose qui l’apaisait, c’est de savoir qu’ils seraient deux, que monsieur Marcel à coté de son grand frère ne serait pas trop perdu.
C’est monsieur L qui les a emmenés. Il avait un rendez-vous, il s’arrêterait sur le chemin. ça tombait bien, elle n’aurait pas pu s’empêcher de pleurer.
Se sentir si seule, si bête. C’est la quatrième fois et elle ne s’habitue pas. Il y a des mères qui font ça très bien mais elle ne sait pas.
La voiture est partie, un petit coucou de la main puis elle est rentrée. Ranger la maison en ne faisant pas trop de bruit comme pour ne pas les réveiller. Toute seule ici, ça fait des mois que ça n’était pas arrivé.
Pourquoi c’est si dur à chaque fois. Aujourd’hui et demain, ce n’est que quelques heures et la semaine prochaine, ils n’iront pas. Et puis quand le travail recommencera, ce sera pour deux jours, avant un très grand week-end à la mer. On ne peut pas faire plus en douceur. Et pourtant la boule est là, les larmes qui brûlent la gorge et le gestes mécaniques qui n’arrivent pas à savoir ce que leur commande la tête. Parce que la tête, elle n’est pas vraiment là.
Quand ses deux petits garçons lui ont fait un grand sourire au moment de partir, elle a eu l’impression e les trahir. Il faut toujours se séparer, elle ne s’habituera jamais.
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23 avril 2008

cours de danse

bainaim_1bainaim_2bainaim_3bainaim_4                                                                                                      Hier la fin de journée était un peu précipitée. C’est de la faute de madame L qui avait oubié qu’on était mardi soir et que le mardi, c’est jour de danse pour mademoiselle Blanche. Alors elle est partie très vite en laissant monsieur Marcel à son papa, mademoiselle Blanche et monsieur Aimé sous le bras.
Même pas en retard, ou pas plus que les autres petites filles qui arrivaient. Alors mademoiselle Blanche s’est habillée puis elle est partie tournoyer. Normalement, les mamans n’ont pas le droit de regarder, alors madame L n’est restée qu’un tout petit peu, pour faire plaisir à sa petite fille qui lui avait demandé, et à monsieur Aimé, fasciné.
Puis ils se sont retrouvés dehors, trois –quart d’heures à tuer en attendant que le cours soit terminé. Tous les deux dans la rue, sans liste de courses ni piecettes à dépenser. Même pas de sac à mains, madame L l’avait laissé au vestiaire. Alors ils sont partis se promener dans cette jolie petite ville qui se réveillait après l’hiver. les vacanciers lui donnaient un petit air d’été et quelques terrasses étaient timidement installées. Monsieur Aimé avait envie de marcher, la main un peu plus serrée à chaque bruit de moteur. Le nez au vent, il s’arrêtaient à chaque vitrine. Des lunettes, des ustensiles de cuisine, des vêtements Du 42 au 56 et des chaussures pour pieds fragiles. Avec lui tout était joli à regarder. Petit coup d’œil à l’agence immobilière, des grosses maisons très chères pour anglais très argentés.
Madame L se promenait et profitait de ce petit moment partagé avec monsieur Aimé. Ça n’était pas si souvent arrivé. Elle est lui, un moment rien qu’à deux, sans rien d’obligatoire à faire. On se dit toujours qu’il faut réserver des moments à chacun, faire des choses de temps en temps avec chacun de ses enfants, et puis on n’y arrive pas souvent. Encore une question de temps. Mais là, rien n’avait été calculé. Elle avait même failli râler quand elle avait du partir précipitamment avec les deux enfants pour courir encore en comptant les minutes qui filaient sur l’horloge de la voiture. Courir pour habiller mademoiselle Blanche en surveillant monsieur Aimé.
Et là, ils se retrouvaient tous les deux à marcher sur le rebord du trottoir en essayant de ne pas tomber, à courir sur la place, jouer à s’attraper, se chanter une chanson en croisant les passants. Il avait vraiment grandi. Une dame lui demandait son âge. Ce n’était plus un bébé. Un petit garçon aux traits fins.
Et puis la fin du cours est arrivée, alors ils y sont retournés. Quand madame L a dit à son petit garçon qu’il fallait y aller, il a fait non de la tête. Un refus très vite oublié quand il a vu les grandes filles qui n’avaient pas tout à fait terminé leur ballet. Mademoiselle Blanche était très fière de présenter son petit frère et madame L très contente d’avoir partagé cette toute petite heure avec son petit garçon.
Ils sont rentrés et la course a repris, bain et dîner. Mais madame L était toute guillerette. C’était tellement chouette ce petit tour en ville avec monsieur Aimé.

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22 avril 2008

quelqu'un de bien

SANY0143                                                                                                                 Ce matin, madame L pensait à son billet, celui qu’elle écrirait en fin de journée. Et puis le téléphone a sonné. Un monsieur qu’elle connaissait était mort brutalement la veille. Ce monsieur, c’est le premier à l’avoir écoutée, à lui avoir fait confiance quand elle est arrivée ici. Il était maire de la petite commune d’à côté et conseiller général aussi. Alors c’est lui qu’elle était allé voir pour lui présenter son projet. Un atelier d’écriture, tous les samedis où les enfants apprendraient à écrire et raconter la vie des papys et des mamies d’ici. Non seulement ce monsieur l’avait soutenue, elle, inconnue qui débarquait avec toutes ses envies, mais il lui avait aussi financé son atelier.
Après, madame L avait souvent revu ce monsieur, et quand des gens lui disait souvent, « les élus, tous les mêmes, on les connaît ! ». elle répondait alors que non, dans son coin, il y avait quelqu’un de très bien.
Qelqu’un qui s’était battu pour qu’un centre de loisirs existe ici, quelqu’un qui croyait aux projets, un agriculteur qui pensait que la campagne ne survivrait qu’en accueillant des nouveaux arrivants avec leurs enfants. Un monsieur qui était sûr qu'en se battant un peu, on y arriverait.
Alors il avait eu une idée saugrenue, faire construire une piscine qui pourrait accueillir les enfants d’ici et les touristes qui viendraient l’été. Une idée géniale qui avait déclenché des querelles de clochers, pire que dans les plus mauvaises séries télé de l’été. On lui avait tourné le dos, jusque dans son propre camp, lui prédisant qu’à coup sûr il perdrait les élections d’après. Elu au premier tour. Il avait beaucoup d’autres  idées. Il réconciliait avec la politique, avec ce qu’elle a de plus noble, donnait envie de s’intéresser à la chose publique, de se battre pour ce en quoi on croyait. Il avait cette qualité rare d’écouter vraiment et d’y croire, contre vents et marées, de donner de l’énergie.
Quand il avait appelé madame L pour lui suggérer de s’inscrire sur une liste aux dernières élections, elle l’avait fait. La voilà conseillère municipale, un peu à cause de lui. ET lui, il vient de s’en aller. Alors comme tous les gens qui voulaient faire des choses dans ce petit bout de pays, elle se sent perdue aujourd’hui. 

Posté par marionl à 19:00 - jour après jour - Commentaires [40] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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