une demie année
Aujourd’hui, monsieur Marcel a grandi, deux dents et une demie année, à mi chemin entre le jour de sa naissance et sa première bougie. Monsieur Marcel qui sourit toute la journée, qui aide sa maman à tout doucement s’éloigner. Petit bébé surprise puis tant attendu jusqu’au jour où il a décidé d’arriver. Petit bébé menu puis bien joufflu, petit bébé qui fait ce qui lui plaît, les pieds bien plantés dans une famille où il s’est fait son petit trou de souris, où il s’est trouvé une place bien à lui.
Monsieur Marcel, c’est drôle comme c’est jours-ci chez votre maman, les émotions de votre naissance remontent par bouffées. Après la grand bonheur, l’inquiétude au milieu de la nuit dans un service de pédiatrie, des infirmières inquiètes, le bruits des machines. Angoisses inconnues jusque là, celle du fil fragile, et si solide quand même. Le fil qui relie à la vie, le fil qu’une maman d’un bébé de quelques heures croit quelquefois pouvoir tenir entre ses doigts. Peur de le casser, de ne pas savoir faire le nœud qui pourra le réparer. Surveiller, traiter, ne pas savoir et s’apercevoir que personne ne sait. Attendre et pendant plusieurs heures, ne plus dormir. Poser la tête sur l’épaule d’un papa qui voudrait bien lui aussi être rassuré. Ne pas inquiéter les grands et puis entendre « pas de séquelles….comme si rien ne s’était passé ». Alors elle a fait un peu « comme si », comme on le lui avait dit. Pour se reposer aussi. ET puis ces jours-ci, parce que Monsieur Marcel a tellement grandi, qu ‘il a deux dents et une demi-année, qu’il est tout beau, tout rond et qu’il « respire la santé » comme on disait avant, elle peut y penser aujourd ‘hui, pour le glisser dans l’album de famille, juste après. C’était leur première nuit. Elle le tenait entre ses bras, une infirmière lui a demandé de lui donner, elle a croisé l ‘inquiétude dans les yeux de cette femme qui sait, elle l’ a vu essayer de le piquer, ne pas y arriver, puis trouver. Elle a repris son bébé relié aux machines, au milieu du bruit. Elle a croisé cette seconde où on comprend que tout peut finir aussi. Elle a eu peur. Elle n’a même pas pu lui souffler qu’elle y croyait, épuisée. Un bébé ça ne peut pas mourir. Pas ici. Pas leur bébé de toute façon.
C’était il y a six mois, une demie année. Maintenant, elle peut y penser, c’est passé. Elle peut profiter de cette joie légère qui vient quand elle se dit que c’est très loin derrière. Elle peut dire cette peur et l’écrire, puis se demander ce qu’ils lui offriront à son premier anniversaire.


























