tous les jours dimanche

C'était une maison de campagne et nous avons décidé un jour de nous y installer pour la vie.

25 mars 2008

lunettes de soleil

DSCN5515DSCN5516Furieux blizzard encore ce matin avec vent qui pique et la neige qui rentre dans les yeux. Et pourtant, il fallait aller en ville, traverser la forêt et prendre les virages, se faire doubler par des imbéciles pressés. Sortir la poussette sous la tempête et serrer l’écharpe autour du bébé pour le protéger.
Et pourtant, il y avait plein de soleil dans la tête de madame L. Un souffle printanier, l’envie de sautiller et de fredonner des airs bêtes.
Monsieur Marcel était presque sevré, c’était étrange, comme tous les deux, ils avaient si bien vécu ce passage d'habitude si douloureux. Dans le porte bébé, il tournait la tête pour voir les gens passer. Etrange et si léger. Dans dix jours, monsieur et madame L seraient dans l’avion, en partance pour le Japon.
Et ce matin, elle ne redoutait même plus de laisser ses petits un moment, elle avait envie de profiter. Tout le week-end elle avait regardé ses enfants jouer, des petits calins et du chocolat pour chacun. Tout allait bien.
Alors elle est rentrée  dans un magasin. Dehors il faisait tellement froid. Une petite robe aux manches ballons, une paire de boucles d’oreilles qui brillent et ce qu’il lui fallait aujourd’hui, une paire de lunettes de soleil de filles.
Le petit paquet pour moins de trente euros, elle est ressortie guillerette, pressée de montrer tout ça à ses filles. Et puis il fallait qu’elle prévienne tout le monde à la maison. Plus la peine de la resservir deux fois, de lui proposer un bout de chocolat, désormais, à partir de maintenant et pour le temps qu’il faudrait, elle ferait attention.
Pas de privation ni de régime draconien, juste l’envie de se faire du bien, de penser à soi, de s’occuper de sa peau, de ses hanches, de ses pieds, de ses mains.
Aujourd’hui, elle commençait bien, sûrement la seule fille de tout le pays à s’acheter des lunettes de soleil.
Et puis elle est allée commander des yens. Elle était déjà un peu dans les rues de Tokyo avec Philomène, sa petite sœur, à regarder tout ce qu’elle avait à lui montrer. Marcher, marcher, marcher. Il fallait aussi qu’avant de partir elle s’achète des chaussures confortables et légères, et jolies aussi. Parler, parler, parler, et regarder autour, s’ennivrer, gôuter, essayer de se rappeler pour leur raconter. Photographier à la volée. Là-bas, il était temps qu'elle retrouve cette petite part d'elle, pas perdue mais en sommeil. La frivolité. Ce petit souffle inutile,essentiel, qui résiste à tous les blizzards, à tous les hivers.

Posté par marionl à 17:11 - Commentaires [46] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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