20 mars 2008
du côté des enfants



Monsieur L avait raison. « C’est comme s’il avait fait ça toute sa vie ». Monsieur Marcel aime son biberon. Il sourit dès qu’il l’aperçoit, le saisit à pleines mains et grogne dès qu’il est fini. Il aime le sein aussi, surtout la nuit.
Et madame L qui n’avait jamais sevré un bébé avant six mois ne sait pas vraiment comment procéder.
Amusée, désarçonnée, pas vraiment inquiète dans le fond, elle sait bien quand même que son bébé ne va pas pouvoir continuer longtemps à engloutir et dévorer toute la journée, et toute une partie de la nuit.
Encore quelques jours et le petit monsieur devra apprendre à s’endormir et à se rendormir sans forcément téter. « l’apprentissage de la frustration » comme dirait monsieur L, un peu las d’être le gendarme de la maison. Alors que son grand frère remue l’index et répète « non non non » toute la journée, monsieur Marcel devra lui aussi se confronter à cette réalité. Les parents. Si doux pourtant quand ils prennent dans les bras, consolent et chantent des chansons mais « vraiment trop nuls » quand ils se mettent à refuser, et même à crier quelquefois, à dire « attend » ou « ne fais pas ça ! » tout le temps. Et encore, ceux là ne sont pas les pires, ils expliquent avant de sévir.
Avec monsieur Marcel, il n’est pas encore question de sévir, loin de là, ni de hausser la voix, ni même de le laisser pleurer trop longtemps, juste de l’amener doucement à devenir un peu plus grand, un peu plus loin des bras de sa maman. Une maman qui doit se faire à l'idée qu'elle peut un tout petit peu laisser son bébé grogner avant de se précipiter.
Ils se connaissent bien maintenant, elle sait reconnaître les pleurs de tristesse, ceux de la fatigue ou ceux de l’énervement. Elle sait aussi quand il lui dit « occupe-toi de moi maman ! » quand elle est du côté des grands.
Alors quelquefois, ces grognements lui plaisent, parce que ce tout petit bébé est en train, doucement, de passer du côté des enfants. Petit frère qui se bat pour sa place dans les bras des parents. Petit garçon qui commence aussi à partager de vrais moments avec ses frères et sœurs. C’était hier. Mademoiselle Blanche avait très envie de lui donner son biberon. Bien calés sur le canapé, ils avaient l’air si grands. Elle les a regardés, tout près, puis elle s’est un peu écartée. La bonne distance, c’est eux, chaque jour, qui l’aident à la trouver.







