tous les jours dimanche

C'était une maison de campagne et nous avons décidé un jour de nous y installer pour la vie.

10 mars 2008

au quatrième

SANY0016On lui a dit souvent depuis que monsieur Marcel est né, « pour vous c’est le quatrième, alors vous savez ! ».Elle, elle sait juste que monsieur Marcel est son bébé, un quatr ième, comme un premier.  Elle sait juste qu’il ne serre à rien de lutter, à rien de savoir, qu’il faut juste accepter ces vagues de fatigues qui vont et viennent au gré des lunes et de nuits entrecoupées, qu’il faut respirer le parfum de se bébé qui grandit plus vite qu’elle le voudrait, se confronter aux doutes qui reviennent, comme pour chacun de ses autres enfants, à l’angoisse si lourde d’être un jour séparés.  Savoir qu’un jour on sera séparés.
Se sentir prête, les matins de beau temps, à reprendre d’autres chemins que celui de maman, en avoir envie, en avoir peur aussi. A quoi sert de savoir qu’il sera si dur de les laisser quand on sait que rien n’y fera, comme les autres fois. Rien n’empêchera les larmes de couler quand il faudra repartir travailler. Rien n’atténuera cette solitude glacée du premier jour, quand il faudra  qu’elle dépose son bébé pour lui dire à ce soir et lui faire un petit baiser. Reprendre contact avec un monde devenu étranger, n’en avoir ni le goût, ni l’envie, juste cette boule au fond de la gorge, une tristesse qu’on a même pas envie de sentir s’envoler, compagne qui sait elle, ce qu’on a laissé. Mélancolie d’une vie Dans laquelle on était encore hier. Faire semblant d’être prête, efficace et légère.
A quoi sert de savoir tout ça, de l’avoir vécu déjà trois fois. Madame L  sait juste qu’une fois encore, elle n’y échappera pas. Elle essaie de s’y préparer. Elle se ment. Ce jour là, et celui qui suit, peut être pire que le premier, il faudra juste les affronter. Rien ne sert de s’y préparer.
Ce qu’elle ne savait pas toujours avant et qu’elle a appris maintenant, c’est que la vie reprend son cours, toujours. Un matin, elle déposera ses enfants chez la nounou et les larmes ne couleront pas. Un soir en rentrant du travail, un soir d’été, elle ouvrira sa fenêtre de voiture pour profiter de l’odeur du blé coupé.  Alors elle écoutera de la musique, des petites cantates qu’elle aime tant,. Elle béniera ce petit moment de solitude volé, elle se dira qu’elle a de la chance de vivre cette vie là, toutes ces vies à la fois. Mais pour l’instant, elle n’est pas encore là. Elle voudrait rester encore avec ses enfants, comprend tellement les femmes qui ont fait ce choix là, au moins un moment. Pas possible pour l’instant.  Cette peur d’y retourner, envie de rester là, ce déchirement, elle l’a déjà vécu trois fois. Et la douleur ne s’atténue pas.
on lui dit « ça te fera du bien » , « c’est pour ton bien » pas si loin,  comme si on savait mieux qu’elle ce qu’elle est, ce dont elle a besoin. Ce n’est pas méchant mais elle n’a pas envie de l’entendre maintenant. Parce que lui dire ça, c’est comme si on ne croyait pas le plaisir qu’elle a vécu ces derniers mois, le bonheur d’être là, de s’occuper de ses enfants. ça, elle le sait, elle a tellement aimé.

Posté par marionl à 17:47 - Commentaires [58] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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