06 mars 2008
les billets
Paris-Tokyo. Au début du mois d’avril quand les cerisiers viennent de fleurir. Ça y est, la décision est prise, ils viennent d’acheter leurs billets. Grâce à un prêt du côté de chez madame L, ils vont pouvoir s’envoler.
Quand la petite sœur de madame L s’y est installée, ils avaient pensé y aller en famille. Et puis il a fallu renoncer. Cette fois-ci, madame L aurait bien emmené son petit Marcel. Trop petit pour être séparé d’elle. Monsieur L n’a pas mis trop de temps à l’en dissuader. C’est à deux qu’ils ont besoin de ce voyage là. Alors si pour partir, madame L doit arrêter d’allaiter on bébé, ce sera juste un tout petit peu plus tôt que ce qu’elle voulait. Et puis le premier biberon, elle le vivra mieux si c’est pour partir voyager en amoureux que si c'est pour retourner travailler.
Son petit Marcel ne sera pas tout seul, C’est maminou, sa grand-mère, qui le gardera avec Mademoiselle Joséphine, mademoiselle Blanche et monsieur Aimé. Dix jours sans les parents, c’est la première fois, même pour mademoiselle Blanche et monsieur Aimé. « Des vacances pour eux aussi » disait monsieur L pour détendre la dame un peu stressée à l’idée de laisser ses enfants. D’habitude, c’est mademoiselle Joséphine qu’on emmène à l’avion.
Et puis madame L, elle est aussi persuadée que le plus beau cadeau que des parents peuvent faire à leurs enfants, c’est de s’aimer. Alors elle partira le cœur léger. Des au revoir câlins et au moment du départ, elle ne se retournera pas. Elle essaiera. Maminou sera là.
Depuis qu’elle a les billets, elle essaie d’imaginer. La Japon, elle n’y pensait même pas. Pour dire la vérité, elle n’en rêvait même pas. Mais sa petite sœur y est et ils n’auront peut-être plus jamais l’occasion d’y aller. Tokyo, Kyoto, kimonos, bains de souffre, voir les geishas.
Alors ces deux billets, c’est comme une bague qu’elle n’oserait pas encore sortir de son écrin, encore trop belle pour la mettre à son doigt. Les billets sont rangés. Deux billets pour le Japon, départ dans un peu plus d’un mois. Elle a besoin de se le répéter, d’y penser, commence à faire des plans. Mais surtout pas de guide, ils découvriront là-bas.
A deux, ils ne sont jamais partis plus de trois jours d’affilée. Ou une fois une semaine pour travailler, faire un article sur les fanfares de la Mine dans le Nord-pas-de-Calais. Pas tout à fait comme le Japon au moment où fleurissent les cerisiers.
Se retrouver loin, de l’autre côté. Sortir, ne plus avoir d’heure, marcher sans savoir où l’entraînent ses pas, ça faisait tellement longtemps qu’elle n’avait pas fait ça. Jamais avec monsieur L en tout cas. Nœud dans l’estomac, c’est dans à peine un mois.
merci Philomène pour ces photographies "empruntées" par une soeur qui n'en revient pas de bientôt voir toutes ces choses rêvées "pour de vrai".







