la grosse dame et le petit garçon



Depuis deux jours elle était là, sur le lit, dans son gros étui. L’amoureux de madame D était arrivé en la portant dans les bras puis il l’avait posée.
Ce matin là, alors que toute la maison s’agitait, que ses occupants se croisaient, s’activaient, que chacun avait quelque chose de très important à faire, l’amoureux de madame D est allé la chercher. Il a doucement ouvert la fermeture éclair puis l’a posée, debout sur son pied. Le tout devant monsieur Aimé, émerveillé.
D’abord, le petit garçon n’a pas très bien compris de quoi il s’agissait. Une si grosse chose que ça, il n’avait jamais vue. Jamais en vrai, si près.
Et puis un son en est sorti. L’amoureux de madame D venait de caresser sa contrebasse. Et l’instrument s’est mis à jouer. Monsieur Aimé, d’abord fasciné, a regardé sans bouger, puis il a écouté. Un vrai instrument ici, avec les murs qui de la maison qui se mettent à vibrer, les oreilles à frétiller, et les orteils qui swingent alors qu’on ne leur a rien demandé.
Alors le petit garçon s’est mis à danser, à tourner autour de l’instrument, plus du tout impressionné. A bouger en rythme avec l’amoureux de madame D qui continuait à gratter, a jouer avec le petit garçon qui se laisser emporter.
Un petit instant, le petit monde d’ici s’est recentré sur cette pièce où tous les deux s’étaient mis. Attiré par le son si doux et le rythme qui venait de la pièce d’en bas, une contrebasse fabriquée par l’amoureux de madame D.
Monsieur Aimé avait bien croisé deux guitares par ci par là, celle de sa grande sœur et celle de son papa, un alto aussi, celui de monsieur Barthélémy, son oncle lillois. Mais l’émotion qui sortait de ce moment là, il semblait ne l’avoir jamais croisée jusque là. Quelque chose de tellement pur, une joie sans accroc, juste là. Un luthier, sa contrebasse et un petit garçon qui dansait. Dans la maison, le temps du morceau, quelques minutes volées au tourbillon de la journée, on avait juste envie de contempler le trio.























