tous les jours dimanche

C'était une maison de campagne et nous avons décidé un jour de nous y installer pour la vie.

03 mars 2008

le gris de la perle

DSCN4667Elle est sortie de la salle de bain, une blouse ouverte sur une robe de lin. Gris ou bleu, on ne savait pas très bien, pas très loin de la couleur de ses yeux. Un modèle de peintre flamand. Elle était tellement belle, tellement fière. Ses joues qui rosissaient, la couleur de sa peau, son port de tête, tout était beau.
On s’était amusé à préparer une photo de madame D. Madame L était allé chercher toutes ses robes de coton et de lin pour que les jeunes filles puissent les enfiler. Mademoiselle Joséphine avait choisi sa préférée. Et tout d’un coup, la jeune fille à la game boy s’était tranformée en Vermeer.
L’appareil en bandoulière, madame D emmenait la demoiselle dans la pièce d’à côté, encore plus belle dans cette lumière.. « Cette robe est faite pour toi, ne bouge pas ! ». Tout le monde avait déserté la table du déjeuner pour voir mademoiselle Joséphine qui se glissait maintenant sous un voile de mariée. Madame L était restée seule avec mademoiselle Blanche et monsieur Aimé. La petite fille avait beaucoup de choses à lui raconter et le petit garçon pas fini son dessert. « Tu devrais venir voir comme ta fille est belle ! ».
Le matin, madame L avait emmené chacune des trois grandes filles aux points de rencontre que monsieur L lui avait donnés, trois étapes d’une balade à cheval qu’ils leur avaient promis. Le cheval de madame L était resté au pré, trop impulsif pour être sorti aujourd’hui. Mademoiselle Joséphine avait fermé la marche et madame L les avaient vu rentrer, rayonnants . « J’ai hâte de faire une balade avec toi » lui avait glissé monsieur L à l’oreille. Ils s’étaient amusés.
Pendant ce temps là, elle aurait voulu se faire belle, cherchant comme les jours depuis des mois ce qu’elle pouvait enfiler. Pas le temps de trouver, ni se se maquiller, les cheveux encore mouillés.
Et là, le petit suisse dans les mains, son petit garçon tout barbouillé comme unique voisin , elle a senti la bouffée de larmes  monter. Des larmes qu’il fallait ravaler parce que c’est dans la honte que baignait cette bouffée. Un bain sale et poisseux. Noyée,  elle avait laissé l’ émotion la submerger. Elle aurait du être à côté , en train de s’extasier avec les invités.
Mais son corps était si laid, si lourd, pour se lever et avancer. Juste assez pour monter et qu’on ne la voie pas pleurer. Surtout pas envie qu’on voit ses larmes là.  « un tableau hollandais », on lui avait dit à elle aussi. Regarder sa fille, reconnaître la femme dont se dessinait déjà les contours, si beaux et si doux, elle le faisait déjà jour après jour. C’était souvent gai, joyeux, beaucoup plus léger que ce qu’elle avait craint. Mais aujourd’hui, cette jeune fille à, au teint de lait, en train de s’éveiller au plaisir d’être jolie, dans ce halot de pastels, la renvoyait à d’autres gris.

Posté par marionl à 14:44 - Commentaires [52] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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