05 février 2008
le dernier



C’était au détour d’une conversation. ils parlaient tous les deux d’une famille qui avait décidé de s’en tenir à trois. Ses paroles sont tombées un peu comme un couperet. Quatre, ça suffit pour moi ». Madame L le savait. IL lui avait dit déjà. Mais elle l’entendait si souvent dire aussi qu’il était « garçon à bien vouloir changer d’avis, pourvu qu’on ait les arguments ». Et pourtant cette fois, elle savait qu’il n’avait pas envie d’en discuter, que pour lui, définitivement, le petit Marcel était le dernier.
Elle n’avait pas eu envie d’en parler jusqu’à maintenant. Pas en ce moment. Les deux garçons étaient encore tellement petits, il n’en était pas question pour l’instant. ET pourtant, elle espérait aussi qu’un jour, avant ses quarante ans, elle pourrait y penser avec lui, une dernière fois, un autre petit.
Un cinquième enfant, elle entendait déjà des voix connues lui dire que c’était inconscient , que « quatre c’est déjà bien suffisant » et « qu’elle ne va quand même pas faire ça ». Elle s’étaient déjà préparée à tout ce qu’elle aurait à encaisser comme paroles déplacées. Elle s’en fichait. Quand elle était petite et qu’on lui demandait combien d’enfants elle voudrait, elle répondait « cinq », sans jamais hésiter.
Il lui a juste dit que des enfants, ça ne reste pas petit tout le temps, que ça grandit, que ça coûte de l’argent et que ça devient adolescent, puis étudiant. Il avait raison. Tout ça c’était vrai.Tous ces arguments, elle les connaissait.
Mais la raison, chaque fois que madame L y avait cédé, elle l’avait tellement regretté après. De la raison aux larmes, toujours le même chemin. Renoncer, et ne plus avoir envie que de pleurer. Regretter. Tous ces mots qu’elle avait décidé de toiser la rattrapaient en ce début de mois de février.
Madame L s’était pourtant promis de ne plus céder, de ne plus jamais se laisser enraisonnée. Depuis, la vie lui avait plutôt réussi. Des remords, quelquefois, mais jamais de regrets. Hier, elle s’est senti vieillir.
Pourtant, il y avait ses enfants assis à côté d’elle, son amoureux pas loin. Demain, ils fêteraient le septième anniversaire de leur première soirée. Pour la première fois, ils ne voyaient pas leur vie pareille. Pas envie de la même vie après.
Depuis la naissance de Monsieur Marcel elle avait profité, avec la certitude d’être dans la vie qu’elle avait choisie. Gourmandise. Infini plaisir. Et puis là, hier soir, le gâteau manquait de sel, arrière goût de cuisine allégée. Impossible à avaler. trop de larmes à enfouir. Ne pas se donner le droit de les sortir et manger sa part parce que c’est quand même la recette qu’elle préfère.
Elle avait de la chance, elle le savait. Les enfants continuaient de jouer et monsieur L surveillait son gratin. Ils n’y étaient pour rien. Mais le rêve de madame L venait de se faire couper l’herbe sous le pied. Dans sa tête, il lui restait deux prénoms, un de fille, un de garçon.







