les mots d'Aimé



« Encore », c’est le premier mot que Monsieur Aimé a prononcé. Et c’est encore celui qu’il dit tout le temps. Biensûr, il y a « papa », il y a « maman », mais monsieur Aimé est tellement gourmand. « Encore » avec une petite voix qui chante pour un petit carré de chocolat, un morceau de fromage ou pour grimper dans les bras. Monsieur Aimé sait aussi faire sa grosse voix de petit ours ma léché. Quand il n’est pas content, ou quand il se raconte des histoires que personne ne comprend. Des histoires qui lui prennent beaucoup de temps et qu’il commence à raconter à ses parents. Furieux quand les grands n’arrivent pas à comprendre. Monsieur et madame L savent maintenant reconnaître « Joséphine » et « Blanche » en langage de petit garçon. S’extasier avec lui devant un bijou qu’il trouve tellement joli. Comme la broche de sa maman, un bijou de quat’sous plein de brillants qui venait forcément d’Amérique comme l’a dit mademoiselle Blanche.
ET puis il y a les animaux, petits cris de joie dès qu’il aperçoit les chevaux, plus longs et graves à la vue d’une vache ou ce qui pourrait lui ressembler, Lion, Buffle ou girafe. Il faut vraiment que monsieur et madame L emmène leur petit garçon au zoo. Ils verront au printemps.
Et puis grand silence, respect, quand monsieur Aimé surprend un éléphant dans un des livres que ses grandes sœurs ont accepté de lui prêter. Pas « Babar », celui qu’il connaît et qu’il a appris à nommer ; mais un éléphant sans guêtres ni costume vert. Un éléphant très grand, Beaucoup plus grand qu’un petit garçon de pas encore deux ans. Un petit garçon de 16 mois qui s’assied dans un coin de la salle de jeux, un livre dans les bras et tourne les pages pour connaître l’histoire. Celle de ce gros éléphant capturé aux Indes pour finir sa vie au jardin des plantes. Long moment de silence et d’attention. Le petit garçon apprend. Même le chat qui passait par là n’arrive pas à lui faire lever le nez.
Plus tard il reprendra le livre et racontera l’histoire avec ses mots. Moment précieux que rien ne peut troubler. Un doux fumet pourtant. En bas, le repas se prépare. Le livre est balancé, l’histoire et l’éléphant abandonnés, le petit garçon les a lâchés. Parfum de patates sautées, impossible de lutter. « encore… »

























