31 décembre 2007
page blanche



C’est comme une page blanche, une année à écrire. Et ce vertige intérieur qui s’empare de madame L à chaque fois que s’annonce à nouveau janvier. Il lui a longtemps fait peur. Il faudrait se protéger pour arriver au prochain décembre sans trop souffrir. Savoir quand même saisir les petits plaisirs, ça elle a toujours su faire. Madame L a longtemps cru qu’elle grandissait en bâtissant des châteaux en Espagne, en dressant des plans sur la comète. Quelquefois, elle y arrivait presque. Et rêver, c’est déjà ça de pris.
Et puis madame L a planté ses racines, elle a rendu certains de ses rêves possibles, s’en est gardé d’autres pour avoir envie d’avancer. Mais ce vertige du premier janvier, elle n’en a plus peur. Elle ne l’a pas dompté, elle ne le fera jamais. Elle n’a plus envie de connaître la fin du livre pour être rassurée, de savoir « ce que ça fait » avant de prendre son ticket.
Tout un mois pour embrasser des gens qu’on ne connaît même pas et leur souhaiter on ne sait même pas quoi, ça, ça ne l’intéresse pas. Mais ce dire qu’il y a encore tant de jours à parcourir, tant de chapitre à écrire,rien que cette idée lui donne envie de se mettre à son clavier. D’ailleurs, elle y est.
C’est eut être la première fois qu’elle est comme ça. Curieuse et enjouée à l’idée de ce qui va venir et qu’elle ne connaît pas. Cette légereté, elle la doit beaucoup à monsieur Marcel. Arrivé sans prévenir, ce bébé lui a fait découvrir le goût de la surprise. Avis à monsieur L, maintenant elle adore ça. Et puis elle doit beaucoup à ces histoires du soir. Grâce à ces petits billets, madame L sait maintenant qu’elle est faite pour ça. Ecrire. Se mettre devant son ordinateur et se laisser porter, raconter. Savoir qu’elle sera lue, de l’autre côté, et se sentir comblée. C'est aussi grâce aux dames de l'autre côté de l'ordinateur. Ca y est, elle a trouvé, c’est comme ça qu’elle crée. Elle y est arrivée. Enfin pas tout à fait. Un jour, elle aimerait tant être publiée et voir son histoire éditée. Pour ça, il lui faut un peu de courage. Se faire un peu violence aussi peut être, pas trop mais juste assez pour s’y mettre. Se lancer, monter dans le grand huit. Des manèges elle en a pris d’autres. Elle a aimé le frisson qu’ils lui ont donné. Mais celui là, c’est le vrai. Il faut qu’elle monte, sans avoir peur de tomber. Et pourtant, si elle tombe, elle ne s’en remettra pas. Mauviette, poule mouillée, ça c’est ce qu’on dit quand on a peur. 

Très bonne année 2008 !
30 décembre 2007
quelques miettes



De 2007, il reste encore à vivre quelques miettes. Avant de passer à l’autre année, de 2007 à 2008. Si madame L a toujours trouvé ce passage de cap un peu artificiel, elle n’arrive pas encore à faire comme si de rien n’était. Alors avant cette saint sylvestre qu’elle boude un peu, elle se retourne quand même pour regarder derrière elle. Petits regards en arrière, souvenirs du réveillon dernier où, avec monsieur L, ils se disaient qu’après l’année qu’ils venaient de vivre, ils allaient peut être se reposer. En 2006, ils s’étaient mariés, avaient fait un livre de portraits, les portraits de gens qui pensaient n’avoir « rien à raconter », habitants anonymes d’une petite ville du centre de la France. Monsieur L aux images, madame L aux récits, il avaient adoré. Et puis 2006, c’était surtout l’année de monsieur Aimé le bien nommé. Premier garçon, bébé si doux.
Alors à l’aube de 2007, sous le gui, au moment de s’embrasser, monsieur et madame L avait souri, qu’allaient ils donc pouvoir se souhaiter pour cette nouvelle année ?
C’est petit m qui leur a répondu, au tout début du printemps, quand il a annoncé son arrivée. Alors on l’a attendu, tout l’été, en savourant la délicieuse surprise, on l’a attendu avec un brin d’impatience jusqu’à ce qu’il veuille pointer le bout de son nez, huit jours après la date annoncée. 2007 était l’année de monsieur Marcel, petit monsieur qui fait doucement sa place, petit garçon qui sourit et dort la nuit depuis son retour de la maternité, petit bonhomme qui semble savoir tant de choses, connaître tant de secrets. Il a deux mois aujourd’hui.
Quelques jours avant l’arrivée de monsieur Marcel, Zoé est partie. La petite ânesse est morte avant de saluer le bébé. Première tristesse partagée par monsieur et madame L et leurs petits. Mademoiselle Blanche disait qu’il faudrait « attendre la fin de la tristesse » pour penser à une autre ânesse. Zoé était sa « copine préférée ».
C’était une année qui s’annonçait tranquille, douze mois pour se reposer de l’année d’avant, ce fut une année surprise, tellement forte que madame L l’a traversé sans se poser vraiment. C’est comme ça qu’elle aime sa vie et c’est c’est comme ça qu’on vit depuis qu’on est arrivé ici. La maison s’agrandit, les enfants arrivent, la maison s’agrandit encore. Heureusement que Monsieur L est là pour freiner la machine, grâce à lui, on s’arrête de temps en temps, on se pose pour regarder autour, pour se dire qu’on est bien ici. « Et la grange, tu ne crois pas qu’on pourrait la transformer en bureau, ou chambre s’ il faut, un jour? »
29 décembre 2007
les rideaux rouges

Madame L n’aime pas les gens qui ferment les volets, qui s’enferment dès que le soleil commence à baisser, qui ferment à double tour alors qu’il fait encore jour. C'est parce que là, elle doit avouer un de ces petits vices. Depuis qu’elle est toute petite, ce qu’elle aime par dessus tout quand la nuit est tombée, c’est regarder à travers les fenêtres pour essayer d’apercevoir ce qu’il se passe dedans, imaginer la vie des gens, se raconter des histoires. Chez elle, il n’y a jamais eu de volets.
Mais depuis qu’elle vit ici, l’hiver il faut faire face aux courants d’air, au vent frisquet qui se glisse dans les moindres interstices. Très vite, elle a eu l’idée de lourds rideaux de velours, rouge évidemment. Alors elle est allée jusqu’à Paris, au marché Saint-Pierre et la vendeuse lui a dit qu’un théâtre venait de tout emmener, qu’il faudrait revenir une prochaine fois pour en trouver. Ce qu’elle a fait.
Depuis, à chaque fois qu’elle tire les deux gros rideaux quand la nuit est tombée, elle pense au théâtre, aux trois coups, au côté cour et au côté jardin, aux odeurs des coulisses.
Elle n’avait pas vingt ans lorsqu’elle prenait des cours. Son professeur lui a même dit qu’elle était douée, qu’elle devrait tenter des concours, par exemple celui de l’école de la rue blanche à Paris. Madame L a arrêté les cours, elle a eu peur de s’y noyer, de se perdre alors qu’elle ne s’était pas encore trouvée. Sans regrets.
Mais elle aime toujours ses grands rideaux bien lourds qui traînent un peu par terre pour ne pas laisser passer l’air. Les ouvrir dès qu’il fait jour. C’est toujours un peu difficile, ils sont tellement lourds. Elle ne laisse jamais fermés le jour, même quand il fait trop froid, quand dehors, tout est givré et qu’un courant d’air froid arrive à passer. Elle aime trop la lumière, le spectacle de dehors. Il y a toujours quelque chose à regarder. La nuit, dehors, le noir empêche de voir. Alors il faut imaginer et les rideaux n'empêchent pas. Il se trame tant d’histoires derrière le pourpre du velours. Très doux devant, rugueux de l’autre coté, du côté où les petits aiment aller se cacher. Juste assez pour faire peur aux parents mais pas trop longtemps, c’est un peu inquiétant, il fait si bon dedans. Et l'histoire se joue aussi ici, au chaud, bien à l'abri.
28 décembre 2007
petit bain

C’est le moment le plus agité de la journée, quand la fatigue se fait sentir et que rien n’est prêt. Ici, c’est monsieur L qui s’occupe de préparer le dîner et pendant ce temps, madame L essaie de gérer les pyjamas, les chemises de nuit, les douches et les bains. Depuis qu’elle est sortie de la maternité avec monsieur Marcel, elle s’obstine à lui donner son bain aussi à cette heure là. Mais c’est si bon de profiter d’un petit moment avec son bébé au milieu de l’agitation. Monsieur Marcel adore que sa maman s’occupe de lui, le déshabille et l’emmène jusqu’au bain. Ils se regardent tous les deux dans la grande glace, petite habitude qui s’est installée comme ça, à laquelle ils ne dérogent pas. Et puis madame L sort son bébé de la grande serviette pour le glisser doucement dans l’eau. Elle le prévient toujours avant,pour qu’il ne soit pas surpris par le changement d’élément. C’est dans cette toute petite baignoire posée dans la très grande baignoire, que le bébé profite de ce petit moment de calme avec sa maman. C’est là qu’il lui a adressé son premier sourire, là qu’elle a entendu pour la première fois le son de sa voix. L’eau est chaude, juste comme il faut et monsieur Marcel à l’air tellement bien que ce petit moment peut s’éterniser, juste un peu trop longtemps pour les grands qui frappent derrière la porte fermée.
Quelquefois, madame L les laisse entrer. Monsieur Aimé aime tellement ça lui aussi qu’il est pressé, il commence à se déshabiller. Il sait qu’après ce sera son tour. Il sait même qu’avec un peu de chance, sa maman prendra le temps de le masser. « et moi aussi maman, tu pourras me masser avant que j’aille me coucher ». Depuis quelques temps, mademoiselle Blanche prend une douche toute seule, avec la porte fermée et interdiction d’entrer ans frapper. Elle en ressort en reine de hammam, les cheveux pris dans une grande serviette « t’as vu comme je suis belle ».
Mais au moment du bain de monsieur Marcel, madame L n’a d’yeux que pour son bébé. Les autres ont eu ce moment là eux aussi. Petit plaisir du soir pour lui et pour elle qui sent les tensions se dénouer, qui reprend son bébé contre elle, emmitouflé, avant d’aller le rhabiller. Avant de lui enfiler le body ou la petite chemise réchauffé sur un radiateur ou sur le bord du poêle allumé, elle le laisse profiter de sa liberté. Bébé d’hiver qui n’a pas tant d’occasions de pouvoir gigoter sans deux ou trois couches de vêtements superposées. Un petit coup de brosse pour le coiffer. Là c’est elle qui adore ça. C’est la première fois qu’elle peut se servir de cet instrument là pour un de ses bébés. Et puis Monsieur Marcel est prêt, il retrouve ses frères et sœurs, curieux et apaisé. Il regarde la maison s’agiter. C’est le tour de monsieur Aimé. Il attend. Et son moment préféré, c’est quand sa maman le sort du bain et le serre tout contre elle, comme quand il était un tout petit bébé. 

27 décembre 2007
sans compter

Ca pourrait sonner comme une grossiereté, une faute de goût. Pourtant c’est vrai, et pour madame L tout ce qui est vrai peut être raconté. Alors pour ce petit billet, elle a hésité à le publier. Ne pas casser le rêve, la magie de ces histoires du soir. Mais madame L ne vit pas dans un rêve, elle a même les deux pieds bien plantés dans la réalité.
Et noël est passé. alors même si les petites lumières sont encore allumées, il a fallu se mettre le nez dans les papiers, compter, recompter et se dire qu’on n’allait pas y arriver. S’énerver, et puis si, de toute façon, on se débrouillerait.
Si madame L a décidé d’en parler aujourd’hui, c’est que sa vie n’est pas un rêve éveillé. C’est une vie qu’elle a choisie, en sachant tout ce que ce choix allait entraîner. Trois fois moins de sous que lorsqu’elle vivait à Paris, l’impossibilité de prendre un congé pour élever un peu ses enfants, même un an, parce qu’elle vit avec un indépendant et la phrase qu’elle ne veut plus dire c’est « on va s’en sortir » à chaque fois qu’elle referme le cahier.
Madame L n’a pas l’intention de faire pleurer dans les chaumières, ce n’est ni son propos, ni son envie. Elle veut juste pouvoir parler de ça parce que c’est la vie aussi. Parceq u’elle a envie de vivre sans toujours compter, acheter des petites choses sans se culpabiliser. Parce qu’elle a très envie d’aller à Tokyo pour aller voir sa petite sœur et que toutes ses économies sont parties. Parce que pour y aller, on va devoir vendre quelque chose. On ne sait pas encore quoi mais on y arrivera. Parce que Madame L ne renonce jamais.
Et puis madame L a vu tant de gens s’enfoncer, sombrer sans oser en parler, petit à petit baisser la tête, s’isoler parce que leurs poches étaient vides et leurs comptes découvert.
Madame L n’est pas à plaindre, elle a un toit sur la tête et de jolis habits pour ses petits. Et puis s’il n’étaient pas cigales à ce point là, monsieur et madame L s’en sortiraient sans ronchonner. Une somme d’argent qui tombe l’année dernière et au lieu de la mettre de côté, ils décident de se marier, de faire une fête qu’ils n’oublieront jamais. Et puis il y a tant de jolies choses partout, tant de voyages à faire. Et puis madame L ne veut pas que ses enfants souffrent de ses choix. Elle non plus d’ailleurs n’a pas envie de trop avoir à payer ses choix de vie. Elle veut profiter Alors quelquefois, elle oublie la banquière. D’ailleurs, elle a toujours pensé que la terre entière devrait avoir droit à ce qui est beau, que le luxe ne devrait pas être un privilège réservé. Madame L est une cigale assumée. Une cigale qui n’aime pas trop les fourmis mais qui les regarde vivre, quand même un peu fascinée. Comment font-elle pour réussir à tant engranger ?
Elle est une cigale qui n’aurait rien contre un petit bas de laine. Faudrait-il encore pouvoir le tricoter. Parce qu’en ce moment, elle n’a pas trop le temps de prendre ses aiguilles. Il y a le ménage à faire. Et quelqu’un pour l’y aider, elle a eu beau compter, il faudra attendre une petite année. Alors la cigale, va reprendre sa serpillière et son balai, en chantant, ce sera plus marrant. Mais après elle ira chez le coiffeur et peut être s’acheter un petit chemisier, il y a tellement longtemps qu’elle n’a pas craqué.
26 décembre 2007
lendemain de rêve



On l’attend depuis des semaines, on s’y affaire, on compte les jours, 24 fenêtres. La magie de noël opère toujours. Et puis ça arrive toujours, presque toujours, ça s’arrête comme ça, tout net. Un jouet qui casse, un petit qui n’a pas assez dormi, des cris, des pleurs, et on regretterait presque d’y avoir passé tant d’heures. Le pire, c’est qu’on ne peut même pas le dire puisque tout ça, c’est le père noël.
Alors pour éviter le scénario catastrophe des lendemains chagrins, monsieur et madame L ont emmené leurs petits se promener dans la campagne givrée. Le nounours dans les bras de monsieur Aimé, tous les deux dans la vieille poussette qu’on avait achetée cet été pour rigoler, mademoiselle Blanche et sa poupée habillée, déshabillée, rhabillée, et emmitouflée dans son tout nouveau berceau et monsieur Marcel serré contre son papa, tout le monde était prêt pour affronter le froid. D’abord descendre jusqu’à la rivière pour voir si l’eau n’avait pas gelé, c'est important pour les chevaux qu’on cherche derrière les haies, un..deux…le troisième doit être là. Monsieur L n'a été vraiment rassuré que lorsqu’il l’a eu repéré.
Et puis, parce que c’était encore noël, on est monté jusqu’à l’église pour voir la crèche et ses personnages. Mademoiselle Blanche a cherché l’ange. Dans celle-là, il n’y en a pas « et c’est qui ces trois là ? ».

Après le repas, les petits endormis, monsieur et madame L se sont glissés sous la couverture avec mademoiselle Blanche. Ils ont regardé « Petite princesse ». C’est aussi comme ça que monsieur L appelle sa petite fille. Elle n’avait pas quitté sa poupée depuis le début de la journée. Elle s’était endormie, « on regarde quand même la fin du film, comme ça on pourra lui raconter après ».
Il ne manquait qu’un petit thé. Monsieur Aimé s’est réveillé., contrarié. Sa grande sœur voulait jouer avec les cubes, les empiler. Il fait tomber la tour, se jette par terre, ne veut rien, même pas un câlin. Les yeux cernés, le petit garçon a pleuré jusqu’au diner. Là, il a pris son assiette, a tout renversé, applaudi, fait rire sa grande sœur. La vie normale avait repris. Demain, on rangera un peu, on trouvera une place pour les nouveaux jouets. Pas trop haut, pas trop bien rangés, pour que le petit garçon puisse aller les chercher, tout vider sur le tapis et s’installer à inventer. Les larmes auront séché.
25 décembre 2007
joyeux noël



Tout était prévu. A Paris, monsieur et madame L avait acheté de quoi préparer un petit dîner de veillée. Du foie gras, des morilles, du gâteau de noël anglais et du champagne. Mademoiselle Blanche et sa maman dresseraient une jolie table pendant que monsieur cuisinerait. On était pressé de rentrer. La maison manquait aux petits.
Quand monsieur L a poussé la porte d’entrée, il faisait froid, même en bas, et la lumière ne voulait pas s’allumer. L’electricité avait sauté, dans la maison il faisait à peine dix degrés et les deux petits pleuraient, frigorifiés.
Tout plaquer, retourner en ville pour fêter Noël dans un maison digne de ce nom. il était trop tard. Madame L avait froid. Trop fatiguée pour dire quoi que ce soit. Alors elle a emmitouflée ses petits dans des pyjamas douillets. Tant, pis, puisque la veillée était ratée, elle s’est mise à préparer les petits paquets. Des cantates, du parfum de maison à la fleur d’oranger, la lumière retrouvée, le poële à plein régime et une tasse de thé vert. Elle s’est dit que finalement, il y avait pire. Elle a même attendu minuit pour aller se coucher. Premier noël avec quatre paires de petits chaussons glissés sous le sapin. 
Lendemain matin, Mademoiselle Blanche est descendue en trombe, une envie de faire pipi l’avait reveillée subitement. Pas le temps de la freiner. Elle est remontée ; se glisser dans le lit de ses parents « oui oui, j’ai vu des choses, mais je ne vous dirai rien… ». Cinq minutes encore au chaud dans le lit de son papa et sa maman, cinq minutes encore, un petit pied dans l’avent. C’est monsieur et madame L qui ont insisté pour aller découvrir les paquets. On est passé chercher monsieur Aimé. Monsieur Marcel venait de se réveiller.
« Oh, mais c’est exactement ce que j’avais demandé ! »Mademoiselle Blanche venait de découvrir le beau landau, puis l’oiseau rose, puis les petits vêtements de poupée, les uns après les autres. Pendant que sa grande sœur défaisait ses petits paquets, Monsieur Aimé, impressionné par ce réveil inhabituel, serrait très fort son nouveau nounours, le même que celui de monsieur Marcel. Les cubes et le tambour, il y jouerait plus tard, longuement. Pour l’instant, il se réfugiait dans les bras de son papa. Madame L collait à l’oreille de ses petits la boîte à musique de monsieur Marcel. la flûte enchantée, tout doucement.



Mademoiselle Blanche était déjà en train d’habiller sa poupée, elle était dans sa bulle, celle des matins de noël, quand le monde peut s’arrêter de tourner puisqu’on a eu exactement ce qu’on avait demandé « en plus beau, évidemment ».
ET ce midi, un bon petit repas de noël attendait monsieur et madame L et leurs enfants. Du fois gras, des morilles, et le gâteau de Noël. Mademoiselle Blanche aurait même le droit de goûter au champagne. Il ne restait plus qu’à faire une jolie table, avec des bougies et du gui . « Ca c’est un vrai Noël », c'est mademoiselle Blanche qui l'a expliqué à sa poupée.
24 décembre 2007
petit cadeau de Noël
C'est le petit cadeau de madame L. Une histoire qu'elle a écrite pour ses enfants, une petite nouvelle. Alors joyeux noël !

La tache de Léon
Sa maman lui dit qu’il est le plus beau des petits garçons. Mais Léon sait que ce n’est pas vrai. D’ailleurs, même lui, il se trouve très laid. Il sait que la tache rouge qui lui couvre la moitié du visage, de l’œil au bas de la joue droite, grandit avec lui et ne partira jamais.
Pourtant, hier il a eu dix ans et comme chaque année, il a quand même glissé sous son oreiller un petit mouchoir dans lequel il avait noué son secret, son plus grand souhait : « que le matin venu, ma tache ait disparu ».
Alors ce matin, sa maman dormait encore quand il est allé se voir dans le miroir de la salle de bain. Elle était toujours là, encore un peu plus vilaine.
Léon ne veut plus jamais fêter son anniversaire, plus jamais aller à l’école où il doit toujours expliquer que cette tache n’est pas contagieuse, qu’elle ne s’attrape pas.
Tant pis, il ne verra plus Juliette, la seule qui vient l’embrasser chaque matin pour lui dire bonjour. Mais c’est fini, il a en marre de toujours faire le loup quand il joue dans la cour.
Léon s’est rendormi quand sa maman frappe à la porte de sa chambre ; Elle veut lui dire que le grand jour est arrivé. Il l’avait complètement oublié. C’est pourtant tous les ans, le lendemain de son anniversaire. La fête foraine, « la plus grande de toute la région » s’installe pour trois jours juste à côté de sa maison.
Il s’habille très vite, il doit les retrouver. C’est sûr, ils seront tous là.
Il fait chaud, les allées de la fête sont encore désertes. Léon n’entend pas les marteaux et les perceuses des forains qui montent leurs manèges depuis ce matin.
Il aperçoit Serge, le patron du Grand Huit, qui l’appelle pour lui montrer les nouveaux wagonnets qu’il vient d’installer.
Mais Léon n’a pas le temps pour l’instant. D’abord, Rita l’attend.
La porte de sa caravane est entr’ouverte. Léon ne frappe pas. Elle est là, dans sa belle robe longue, la même que l’année dernière et que l’année d’avant. Rita le serre dans ses bras. Elle pique un peu quand on l’embrasse mais elle est la seule à porter ce parfum là, un mélange de rose et de barbapapa.
Ils s’assoient tous les deux sur les petits tabourets devant la porte de la caravane et Léon demande à Rita de lui raconter encore une fois son histoire.
Avant, il y a très longtemps, Elle était femme à barbe dans une fête foraine comme celle-là. Les gens venaient de tout le pays, prêts à faire la queue pendant des heures pour la voir. Elle aimait cela, savoir que chaque soir ils avaient fait tout ce chemin rien que pour elle et ses grands poils noirs.
Après le spectacle, elle retrouvait Jacky, son amoureux. L’homme à la peau de serpent était aussi jongleur. Il rangeait ses grands cerceaux d’or dans un coffre dont il portait toujours la clé autour du cou. Il ne la retirait jamais, même quand Rita lui préparait les bains au lait d’ânesse et à la fleur d’oranger. Sa peau sèche et fragile le faisait souffrir, mais entre les mains de Rita, il oubliait la douleur et les mauvais souvenirs.
Petit garçon, Jacky avait été renvoyé de toutes les écoles où il était entré. L’un des directeurs avait écrit à ses parents : « La présence de ce petit garçon à l’apparence physique hors normes perturbe l’ensemble de la classe, nous sommes désolés mais nous ne pouvons le garder ».
Alors il avait attendu d’être assez grand pour partir aux Etats-Unis où il avait été embauché dans le plus grand cirque du pays. C’est là qu’il avait appris à jongler et qu’on lui avait offert les cerceaux d’or.
Revenu en France, il avait travaillé dans plusieurs fêtes foraines avant de croiser les beaux yeux de Rita. Il avait partagé un bout de vie avec elle puis, un matin, on avait retrouvé le corps de Jacky, mort, juste à côté de son coffre ouvert. Les cerceaux d’or avaient disparu et la clé n’était plus autour de son cou.
Le jour même, Rita avait coupé ses longs poils noirs. Elle ne serait plus jamais la femme à barbe. Après avoir beaucoup pleuré, elle avait racheté le petit manège bleu du vieil Antoine qui partait à la retraite. Avec Jacky, elle n’avait jamais eu d’enfant alors elle aimer les regarder tourner les petits dans ses petits bateaux et rajouter toujours un deuxième pompon à la fin du tour.
Léon avait attrapé beaucoup de pompons. Il est trop grand maintenant pour monter dans le manège de Rita. Le jour avance et les premières attractions se sont mises à tourner et des enfants attendent déjà devant la caisse du petit manège bleu. Alors Rita embrasse Léon, lui dit qu’un jour, lui aussi aura droit à une histoire d’amour comme celle-là puis comme d’habitude, lui glisse une enveloppe dans la poche de son pantalon.
Léon sait ce qu’elle contient : dix tickets « manège de votre choix, valable pour un journée».
Il retourne vers Serge et son Grand Huit. Il n’y a pas si longtemps, Léon n’osait pas approcher celui que tout le monde ici appelle »le tatoué » dont les bras et le cou sont recouverts de dessins effrayants. Puis un jour, Serge lui a montré le dragon qu’il s’était fait dessiné dans le dos il y a plus de vingt ans par un tatoueur chinois de retour de Hong-Kong et lui avait révélé son secret. Depuis ce premier tatouage, il n’avait plus jamais eu peur de s’endormir le soir.
C’est vrai que les nouveaux wagonnets de Serge sont très beaux. Chacun d’entre eux porte le nom d’une étoile et un numéro. Léon donne son premier ticket, choisit « Orion », le numéro 8 et attache sa ceinture bien serrée. Son cœur bat très vite, les wagonnets sont partis. Ils montent très lentement, puis c’est la descente à pic. Léon ne sait plus très bien s’il veut rire, ou crier. Quand Orion revient à la case départ, Léon choisit de rester et de donner son deuxième ticket. Pendant quelques minutes encore, il a envie de se sentir maître de l’univers.
Ses jambes tremblent encore un peu quand il donne son troisième ticket à la dame du train fantôme. Devant lui, deux amoureux se serrent très fort. Les mains de Léon transpirent un peu mais il n’a pas peur. Depuis l’année dernière, il a pris au moins quatre centimètres alors quand l’araignée velue lui chatouille les oreilles, il n’est même pas impressionné. L’amoureuse hurle maintenant qu’elle veut sortir, mais Léon n’a pas envie que ça s’arrête, il n’a pas encore vu le squelette.
Il est temps de rejoindre la caravane D’Adèle. Léon attend son tour avant de passer de l’autre côté du rideau rouge et de donner son quatrième ticket. Adèle est très belle. Elle étale les cartes sur la table et demande à Léon d’en choisir deux. Elle les retourne « voyages et chances, toujours les mêmes ».
La voyante est sûre d’elle, Il fera plusieurs fois le tour du monde. Léon aime surtout quand elle lui explique que la carte qu’il porte sur son visage est le plan d’une île lointaine et encore inconnue, qu’il sera le premier à découvrir et qui un jour portera son nom « L’île de Léon ».
Il fait déjà nuit quand il sort de chez la voyante alors il se dirige droit vers le stand d’Hervé, le nain aux chaussures rayées. Depuis qu’il est tout petit, et il n’ jamais grandi, Hervé tient la caisse des miroirs déformants. Juste à côté de lui, il a installé celui qui donne l’impression d’être un géant. Léon se regarde dans chacun des miroirs. Même tout petit avec une grosse tête, c’est vrai qu’il a l’air d’un capitaine.
Le sixième ticket est toujours réservé aux auto-tamponneuses. Il choist la voiture verte, celle qui klaxonne le plus fort. Dans la voiture violette, il reconnaît un des grands qui s’est moqué de lui la semaine dernière. Il ne sait même pas tourner. C’est trop tentant, Léon lui fonce dedans.
Cette année, c’est sûr, il est assez grand pour faire sonner la cloche de l’épreuve de force ? Il va gagner et rapporter le panier garni chez lui.
Il donne son septième ticket, enfile le gant de boxe et frappe aussi fort qu’il peu dans le punching ball qui rebondit. Derrière lui, tout le monde l’applaudit, la flèche monte à toute vitesse…et s’arrête tout d’un coup au sept. « Allez mon garçon, un peu de sport et l’année prochaine, le vingt sera pour toi. »
De toute façon, la maman de Léon n’aurait pas aimé ce qu’il y avait dans le panier garni.
C’est bientôt l’heure de renter, il n’a plus beaucoup de temps. Juste celui de s’arrêter devant les boîtes de verre ou de grosses pinces attrapent des bijoux qui ressemblent à des vrais et des montres qui donnent l’heure en Australie.
Il échange son huitième ticket contre un jeton, saisit la manette et prend le contrôle de la grosse pince. Du premier coup, il réussit à attraper une paire de boucles d’oreilles qui brillent comme des diamants. Plus que quelques centimètres à tenir, mais la grosse pince laisse retomber le trésor. Encore un ticket contre un jeton . mais cette fois, la pince reste vide. Léon n’a plus qu’un ticket, amis Léon sent que ce soir, il a beaucoup de chance. En plus, c’est ce que lui dit la voix qui sort de la machine. Pourtant, la pince a encore beau s’ouvrir et se refermer, elle ne veut rien attraper. Léon commence à regretter d’avoir gâcher ses derniers tickets. La pince remonte une dernière fois, en prenant juste le temps d’accrocher une petite bague dorée avec deux cœurs entrelacés.
Léon aurait préféré la grosse montre mais une petite bague c’est quand même le début d’un trésor. Il prend l’enveloppe de Rita pour la glisser dedans et découvre en l’ouvrant un petit bout de papier qu’il n’avait pas vu avant. C’est un autre ticket. Dessus il est écrit « Attraction de votre choix, valable pour deux personnes sans limitation de durée».
Alors le capitane Léon pense à Rita et se dit que c’est cette année ou jamais. Demain, c’est sûr, il ira chercher Juliette qui l’embrassera pour lui dire bonjour. Alors il l’invitera à monter avec lui dans la grande roue et tout en haut, quand on a l’impression de voler, il lui offrira la bague aux cœurs entrelacés.
23 décembre 2007
les grands magasins

Mademoiselle Blanche était un peu triste ce midi. On venait de laisser mademoiselle Joséphine au train. Elle était partie voir son papa. Monsieur et madame L devait trouver quelque chose qui plaise vraiment à la petite fille pour lui faire oublier son chagrin. En métro, on était pas très loin des grands magasins.
Neuf étages à monter pour aller manger. Une terrasse, une adition très salée et un plat un peu fade mais une vue sur tout Paris et un igloo en vrai glace installé sur le toit. Et puis il faisait tellement beau qu’on est allé s’installer pour manger dehors, juste à côté e l’igloo. On se serait cru en haut des pistes aprè une matinée de ski.
On était à Paris, deux jours avant Noël. La foule était supportable alors on a décidé de tenter les vitrines. Mademoiselle Blanche était fatiguée, elle avait envie de rentrer « à l’appartement de Paris ». Madame L a un peu insister. « Tu vois que j’ai bien fait ». Mademoiselle Blanche voulait en voie encore et encore. Perchée sur les épaules de son papa, elle à préféré « celle où les rennes vont se faire manger par le loup ». « mais en vrai, ils sont gentils les loups avec les rennes.. ». Dans sa poussette, monsieur Aimé dormait à poings fermés, comme monsieur Marcel tout serré contre madame L. Mademoiselle Blanche avait oublié son chagrin. Il restait à voir le plus grand des sapins. Celui qui touche presque le haut de la verrière. Alors on est entré dans le grand magasin « il est moins beau que chez nous, mais il est vraiment très très grand, et même le plus grand du monde !!! ». Si Mademoiselle Joséphine était là, elle dirait que « c’est rien du tout à côté de celui qu’elle a vu à Hong Kong les années d’avant ».
Avant de rentrer, on est passé par l’Opéra. Un gardien gentil a permis à Monsieur et Madame L et leurs petits de se glisser dans l’entrée alors qu’un spectacle était en cours. Le grand escalier, les lumières, un danseur dans l’escalier, encore maquillé, sa tenue à la main, Mademoiselle Blanche aurait voulu aller plus loin, voir le spectacle « un jour c’est promis, on t’emmènera ».C’était bientôt l’heure du thé, il fallait retrouver Zabeth à la grande mosquée. Zabeth, on l’aime beaucoup, c’est la tante de madame L, la sœur de maminou, « d’ailleurs elle lui ressemble vraiment ». avec elle on parlé de ses voyages, jusqu’en Iran, et puis on s’est quitté pour rentrer à l’appartement. En bus, comme on se l’était promis. Toutes ces lumières partout, c’était tellement joli, mademoiselle Blanche, ne disait plus rien. Monsieur Aimé, le nez collé à la vitre aurait pu y passer la nuit. Mais même à paris, il faut dormir un peu. Demain, il y a encore tant de choses à faire avant de reprendre le train.
22 décembre 2007
parce que c'est Noël
Premier week-end avec quatre enfants à Paris. Premier week-end à six loin de la maison, premier week-end de monsieur Marcel à Paris. Il fallait emmener mademoiselle Joséphine au train, l’occasion rêvée d’aller voir les vitrines et les lumières de Paris à deux jours de Noël. D’abord le train, un heure vingt, et se dire à l’arrivée qu’on y est arrivés, et puis le taxi parce qu’on est vraiment trop chargé, et tout en haut de l’escalier, cinq étages à monter à pieds, l’appartement de monsieur L. Son repère perché, en haut de la butte , en face de la tour Eiffel. Ce soir, on la verra scintiller.
On se pose à peine et on repart. Monsieur L, Madame L et leur quatre enfants prêts pour aller faire des petites courses de Noël et pour aller voir les vitrines. Madame L retrouve ses souvenirs parisiens. Elle est bien ici. Le métro n’est pas trop chargé, monsieur Aimé est fasciné et Mademoiselle blanche retrouve le petit lapin qui se coince les doigts dans la porte. On explique ce qu’il faut faire « si jamais on se perd ».
Rue du Bac, même monsieur L a l’air content d’être là, a regarder les parisiens pressés. Trop longtemps parisien lui aussi pour regretter de ne plus être d’ici. Mais il fait un effort pour madame L, et puis c’est Noël et on va voir les vitrines. Ca sent bon le marron chaud, on s’arrête à la Grande Epicerie pour acheter le christmas pudding.
Mauvaise surprise, cette année, il n’y a pas de vitrines de Noël au Bon Marché. Pourtant avant, c’était de loin les plus belles. A la place des jouets animés, du bling bling, des fourrures, des vêtements de luxe. Personne ne s’arrête pour les regarder. Madame L est désolée. Pour leur faire une surprise, elle n’avait rien dit à ses enfants. Heureusement. Demain, ou après demain, ils iront voir d’autre vitrines.
Toute seule, elle flânerait, elle prendrait son temps, elle farfouillerait. Avec mademoiselle Joséphine qui rêve devant les magasins. Mais là, si les garçons sont endormis, il y a mademoiselle Blanche qui n’arrête pas de parler et qui voudrait tellement qu’on s’arrête « prendre un p’tit pot’ dans un café, et Monsieur L qui fait un effort pour être là, « parce que c’est Noêl ». Il ne le dit pas mai elle le sait.
Alors on ne s’arrête qu’une ou deux fois. Rue de Tournon, c’est difficile de resister. Avec le contenu de la petite enveloppe que madame L vient de recevoir pour la naissance du bébé, deux petites chemises, une pour monsieur Marcel, une pour Monsieur Aimé. Monsieur L croise de vieilles connaissances, du temps de sa vie parisienne. Ils sont tous très affairés, « on se téléphone et on se fait un p’tit’ dîner ». Tous impressionnés par la famille de Monsieur L « moi, je n’en ai qu ‘un ».
C’est sur, s’ils étaient restés ici, monsieur et madame L ne les auraient jamais fait, tous ces enfants. C’est la première fois que Madame L se sent vraiment décalée. Contente d’être ici mais plus chez elle. Elle a bien fait de choisir la vie qu’elle a aujourd’hui ; Mademoiselle Blanche dit qu’elle n’en revient pas de tous ces boutiques illuminées, Monsieur Marcel n’en rate pas une, Monsieur Aimé attend le métro pour entendre les portes sonner.
C’est quand même bien d’être à Paris, de se dire qu’on n’ aura même pas le temps de tout faire. Demain, on va prendre un thé à la grande mosquée. On ira en bus, pour ne rien rater.























