30 novembre 2007
un mois
Le jour de sa naissance. Quand ils en parlent, ils y sont encore, et puis ça fait partie de leurs souvenirs aussi, déjà un des plus beaux souvenirs de leur vie. Il y a un mois que monsieur Marcel est arrivé dans la vie de monsieur et madame l, de ses grandes sœurs, de son grand frère. Biensûr, il était déjà avec eux avant. Plusieurs mois que des mains se posaient sur lui pour le sentir bouger. On attendait petit m qui se sentait si bien, certains ont même pensé qu’il faudrait aller le chercher. Mais ses parents étaient sûrs qu’il viendrait quand il voudrait. Ils ont bien fait de tenir, de resister. Monsieur Marcel est arrivé, le 30 octobre dernier, comme il l’avait décidé.
Après des premiers jours agités, loin de ce que sa maman avait rêvé pour eux, il est rentré chez lui, chez eux, dans le nid qu’on lui avait préparé.
Monieur Marcel était un gros bébé. Plus de cinq kilos, certains n’avaient jamais vu, et puis il a un peu fondu. Madame L ne s’est pas inquiétée, son grand frère avait fait pareil, presque un mois pour retrouver le poids qu’il faisait quand il est né. Et puis ça y est, monsieur Marcel a repris la courbe qui plaît au docteur et qui ne pourra pas dire à sa maman, comme pour Monsieur Aimé « vous êtes sûre que vous voulez continuer à allaiter ? »
Oui, Madame L en est sûre, certaine. Elle veut continuer, ce corps à corps, le petit bruit de la tétée, une petite main qui se pose sur sa peau, des yeux qui cherchent les siens, elle veut vivre ça encore au moins une fois, encore pour quelques mois.
Et déjà, monsieur Marcel n’est plus ce tout petit bébé recroquevillé qui se serre contre elle, la tête posé dans le creux de son cou. Il la regarde, lui sourit, aime encore se serrer contre elle et s’endormir dans ses bras. Mais ils ne sont plus seuls. Monsieur Marcel veut lever la tête et se tourner vers l’extérieur. Sa maman le sait, elle ne le tient plus pareil. Il se tourne vers ses frères et sœurs, les regarde jouer et rire, il ne veut plus être tout seul à l’heure du dîner, alors il vient à table lui aussi, sur les genoux de sa maman. Ce n’est même pas parce qu’il a faim, juste pour être là lui aussi, partager.
Quand ses yeux se ferment,fatigués d’avoir encore appris tant du monde, Madame L retourne son bébé contre elle, sa petite tête callée dans le creu de son cou,. Elle l’embrasse, de tous petits baisers doux et des petites caresses, tout en rond, dans le dos, pour lui faire aimer le sommeil. Un dernier baiser,un peu plus gros, mais pas trop, avant de le confier à son papa. C’est monsieur L qui couche Monsieur Marcel. Pour chacun des bébés, c’est lui le maître du rituel, préparer le lit, enrouler le petit dans les couvertures et le poser, confiant « tu peux dormir, on est là, juste à côté ». Il l’aide à grandir.
Madame L aime baeucoup ce moment, quand elle assiste de loin, à ce petit moment du coucher. Un mois déjà que son bébé est né. Elle profite, pourvu que ça n’aille pas trop vite.
et merci KTL pour ce délicieux matelasson aux couleurs de la maison
29 novembre 2007
décembre vient

Difficile de tenir quand partout on commence à s’affairer, à préparer. Ce matin, Monsieur L lui même se prenait pour Saint Nicolas, occupée à préparer une grosse surprise qui devait être prête pour la fin de la semaine prochaine.
La saint Nicolas, c’est le jour qu’on avait choisi ici pour lancer chaque année les festivités. Bien sîur, avant, dès le premier, il y avait le calendrier, ou plutôt les calendriers, depuis que le nombre d’enfants dans la maison avait triplé. Cette année, on allait simplifier, une maman très affairée, un Monsieur Aimé trop curieux pour ne pas déchirer en une heure les 24 petites chaussettes des autres années, alors un calendrier en papier, avec des paillettes et des fenêtres qu’on cherche tous les matins, « pas le droit de tricher et de trouver celui de demain ! », ce serait parfait pour cette année. Il fallait quand même l’acheter avant le premier, et le premier était presque là, alors elle y était obligée, Madame L irait cet après midi en ville pour farfouiller.
Mais avant, elle allait faire une des choses qu’elle préfère quand décembre va venir. Monter dans le grenier, chercher les cartons, les compter, les sortir et un à un, les ouvrir et vérifier. Cette année encore, aucune boule n’était cassée.
Avant, dans ces moments d’avent, Madame L se demandait toujours sur quel thème elle allait faire Noël. Elle pensait à la couleur qu’elle choisirait, aux petits objets, à la nappe qu’elle poserait à côté. Mais depuis quelques années, et plus encore depuis qu’elle est ici, son Noël à elle, c’était ouvrir les cartons et déballer les décorations, retrouver un petit moment de sa vie à chaque fois qu’elle enlève le papier. Depuis des années, elle cherche le père Noël noir qu’elle avait ramené d’une balade dans le sud américain pour le poser à côté du gros en verre soufflé qu’elle a trouvé dans un passage parisien. Il y avait des étoiles de Londres, des boules de Bavière et des pandouilleries trouvées en Belgique, les souvenirs de chaque appartement où elle a habité, de chaque année qu’elle y a passé. Madame L avait acheté l’ange rose alors que Mademoiselle Joséphine était encore toute petite, et la dame des neiges avec son bébé, elle l’avait choisie avec Mademoiselle Blanche l’année dernière. Pour le premier Noël de chaque enfant, elle avait trouvé une décoration qu’elle leur donnerait quand ils quitteraient la maison…ou peut être qu’elle les garderait, on verrait, on avait le temps de décider. Madame aimait aussi les petits personnages de papiers qu’elle avait achetés aux compagnons d’emmaüs. Eux aussi ils avaient connu d’autres Noëls, beaucoup de réveillons.en tout cas c’est ce qu’ils disaient.
Dans quelques jours, elle irait chercher le sapin, forcément grand jusqu’au plafond, pour y accrocher tous ces petits bouts d’histoire qu’elle raconterait encore une fois à ses enfants, même pas lassés d’écouter la même chose que l’année dernière et l’année d’avant. Et cette année c’est important, ils s’en rappelleront toujours et pourront eux aussi le raconter, après, avec elle, et Monsieur L, c’est le premier Noêl de monsieur Marcel.



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28 novembre 2007
petit frère



Avec tous ces petits et leurs peaux douces, la maison avait pris des airs de tanière d’hiver ce matin quand on s’est réveillé. Trois petits ours emmitouflés sur le canapé, de quoi faire oublier à Madame L le coup de spleen qui la grignotait. Spleen d’une fin de novembre gris quand Noël est encore loin et que le froid arrive à passer malgré le poêle allumé. Petit coup de spleen d’une maman qui n’a pas eu cinq minutes à elle depuis que son bébé est né et qui voudrait prendre un petit moment, pour aller voir tranquille les lumières de la ville, aider le père Noël autrement qu’à travers son écran d’ordinateur. Prendre un thé en ville…
Ce matin, c’était café dans la cuisine. Mais le pain était fait maison, le miel très bon et ses trois petits irrésistibles. Mademoiselle Blanche et Monsieur Aimé à côté de leur petit frère qui les regardait. « Mon tout petit frère » disait la grande sœur alors que le grand frère lui faisait un petit câlin avec la main. Il ne manquait que Mademoiselle Joséphine, partie travailler tôt ce matin, Mais elle était une grande sœur née, même si elle avait d'attendre neuf ans pour le montrer.
A côtés des grands, monsieur Marcel était en train de prendre sa place. Il n’était plus seulement le bébé qui passe beaucoup de temps dans les bras de maman, il devenait le petit frère avec lequel on pourrait bientôt jouer. Hier après-midi, après un petit bisou qu’il avait voulu lui donner, Monsieur Aimé n’avait pas voulu le quitter. Il avait même trépigné quand Madame L avait fermé la porte pour ne pas le réveiller.
Un peu plus tard, juste après le bain, c’est mademoiselle Blanche qui lui avait fait un câlin, monsieur Marcel l’avait regardé énamouré. Mademoiselle Blanche ne demandait plus à Madame L si Marcel sait qu’elle est sa grande sœur. Sur ce point là, elle n’avait plus besoin d’être rassurée. Monsieur Aimé ne sautait plus dans les bras de sa maman dès qu’elle avait posé son petit frère. Il continuait à jouer.
Et le plus petit, les yeux grand ouverts, cherchait partout ses frères et sœurs dès qu’il les entendait chahuter.
Alors aujourd’hui encore les lumières de la ville attendraient parce que ce plaisir là ne reviendrait pas chaque année. Voir ces liens se tisser, regarder ses enfants se faire chacun une place sur le canapé, les petits un peu plus grands,, juste assez pour accueillir le tout petit, l’inviter parmi les leurs, faire de lui un petit frère.
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27 novembre 2007
les oiseaux
C’est la première chose que Mademoiselle Blanche a voulu mettre sur sa lettre au père Noël. Un oiseau rose « mais pas dans une cage, celui qui est posé sur une branche ». Madame L lui a expliqué que ce n’était pas un jouet, que c’était une oeuvre d’art, à regarder. « mais c’est quoi déjà, une œuvre d’art ? ». Alors Madame L a cherché les artistes que Mademoiselle Blanche connaissait, les œuvres qu’ils avaient réalisés. Heureusement qu’elle avait quelques amis qui tâtaient de ce terrain là. Elle lui a montré es petites choses dans la maison des p’tites choses très précieuses à leurs cœur mais qui ne valent pas un radis , avis aux apprentis cambrioleurs. Elle lui a aussi parlé des musées où elles étaient allées et des livres qu’il y avait à foison dans cette maison.
Mademoiselle Blanche a écouté avec beaucoup d’attenttion. Elle a eu l’air d’aimer l’idée et de toute façon, c’est ce petit oiseau là qu’elle voulait. Le père Noël comprendrait.
Madame L en avait envie elle aussi d’un de ces très beaux oiseaux repérés ici. Mais depuis un petit moment, elle avait des doutes sur l’existence du père Noël. Elle n’y croyaitt plus vraiment. Elle savait surtout qu’en ce moment, un petit oiseau rien que pour elle, une œuvre d’art, là, maintenant, un cadeau sans raison, même si c’est toujours une bonne idée, le principe de réalité, le porte monnaie et la banquière, tous ces fâcheux lui en voudraient. Et puis après…Elle a commandé son oiseau pour elle, vert et blanc.
Quand il est arrivé , Madame L l’a sorti de son papier. Monsieur Aimé a tout de suite adoré. Il a laissé ce qu’il était en train de faire pour tendre les bras vers l’oiseau que madame L avait posé. Elle a son petit garçon dans un bras pour pouvoir saisir l’oiseau de l’autre, et le balancer, pour lui montrer comme c’était beau ce qu’elle avait trouvé. Mais il ne fallait pas toucher. Monsieur Aimé n’avait pas envie de toucher, d’attraper. Il voulait juste regarder, et regarder encore. Il ne se lassait jamais de voir la petite cage se balancer. Avant qu’on lui trouve une place dans la maison, le petit oiseau vert et resté posé au même endroit, au dessus du meuble où madame L l’avait posé la première fois. Et monsieur Aimé, dès qu’il l’apercevait, demandait à sa maman de le prendre dans ses bras pour voir le petit oiseau se balancer .
Alors, la place était trouvée . Ce serait juste au dessus du lit d’Aimé. Pour l’accompagner dans son sommeil, lui chanter à l’oreille et être toujours là à son réveil.
Pendant ce temps là, mademoiselle Blanche rêvait encore. Elle avait demandé à sa maman d’aller revoir le sien. Quelques clics et on l’a trouvé « Ah oui, c’est exactement celui là que je voudrais . J’espère vraiment que le père Noël va savoir le faire ».

26 novembre 2007
monsieur Aimé est affairé

Un placard à ouvrir avec plein de petites choses dedans, des petites choses qui ne cassent pas, mais que des petites choses de grands. Tous les parents savent ça, c’est le plus chouette cadeau qu’il peuvent faire à leur petit de moins de deux ans. Une porte qui se ferme, qui s’ouvre, qui se ferme, qui s’ouvre et des casseroles qui font aussi tambour, c’est le travail de monsieur Aimé en ce moment. Car il ne faut pas croire, le petit monsieur est très affairé depuis quelques jours, il a décidé de devenir un peu plus grand, et même d’aider ses parents. Ils devraient lui en être reconnaissants, quand ils veulent trouver les ustensiles de cuisine, pas besoin de les chercher très loin, ils sont déjà sortis, étalés sur le tapis. Le livre de cuisine, la bible de Ginette version pocket n’a pas eu l’air de beaucoup plaire à l’apprenti pâtissier. La première page est déchirée. On s’en passera, elle n’avait aucun intérêt. Pour mettre du bois dans le poêle c’est un peu pareil,monsieur Aimé est toujours là pour prendre la bûche qu’il fallait, la plus grosse, celle qui tenait tout le tas.
Même technique, même résultat, pour les piles de linge qui attendent chacune leur propriétaire en bas de l’escalier. Tirer la petite chemise, et tout le reste du tas chèrera. Ca, monsieur Aimé le sait et puis sa mère n’a qu’à pas le tenter en posant toutes ces petites affaires juste à sa portée.
Parce que sa mère, elle exagère. Une fois, elle est émérveillée par ces exploits de grand qui sait tout faire, de petit garçon capable de se raconter toutes ces histoires, et juste après, elle crie très fort et lui interdit de toucher. Et son père, c’est pareil, presque pire, puisqu’il ne veut même pas que son petit garçon aille farfouiller dans le placard à balais.
Depuis quelques jours, heureusement, ils autorisent monsieur Aimé faire quelque chose tout seul, à manger tout seul, avec une fourchette et deux cuillers, même la purée et les coquillettes qu’il peut jeter par dessus bord sans être repéré. Ils râlent un peu après mais c’est tellement bon d’être barbouillé, de se resservir de mélange chocolat sauce tomate, improbable mariage de saveurs qui n’ont pas l’habitude de se croiser.
De toute façon, même s’ils sont un peu fâchés, monsieur Aimé sait bien comment les faire craquer, les retourner, les mettre dans sa poche avec un seul baiser, un gros câlin comme ceux dont il a le secret. Et s’ils résistent encore,le grand frère s’approchent de Monsieur Marcel et le caresse tout doucement. Là, ils sont bluffés. Il peut retourner à son placard et dès qu’ils sont occupés, foncer vers l’escalier jusqu’à la chambre de sa très grande sœur, pousser la porte qu’elle a oublié de fermer et là, se faire oublier, juste le temps de s’exercer au lancer de petits objets puis d’étaler par terre tout le contenu des étagères.



25 novembre 2007
le grand-père des enfants
Ils ne s’étaient pas revus depuis plus de dix ans. Madame L a trouvé que son père avait un peu vieilli. Mademoiselle Blanche trouvait qu'il ressemblait exactement à un grand-père.
On est allé se promener dans un joli village de la région en rentrant par le petit musée du fabricant d’automates puis on a dîné en se racontant des petites bribes de vies.Mademoiselle Joséphine avait fait son tour de magie, épaté son grand-père et Mademoiselle Blanche avait dit « Ca y est maintenant, on vous connaît ». La jeune fille avait donné à manger à Monsieur Aimé, subjugué. Puis le père de Madame L avait dormi dans la chambre d’amis, sa fille dans la chambre de Mademoiselle Joséphine, finalement ravie.
Le lendemain, le père de Madame L avait acheté des gâteaux à la crème dans une boulangerie du village d’à côté. « Il m’a semblé que tu aimais bien les petites choses sucrées » avait-il dit à Madame L. Une petite attention qui l’avait touchée. Il avait l’air content d’être ici.
Elle était contente elle aussi de vivre ces moments là. Pas submergée, prudente et confiante. Elle était émue de voir son père et cette jeune fille qui avait besoin de n’être jamais loin de lui. Il était son père à elle aussi. Madame L devinait que les deux ans passés n’avaient sûrement pas été facile pour eux. Une jeune fille très gentille qui découvrait elle aussi tout d’un coup cette tribu qui ferait partie un jour de ce qu’elle appellerait peut être sa famille. Madame L savait qu’un autre jour, cette même jeune fille lui demanderait de lui expliquer. Il lui faudrait alors trouver les mots pour dire sa part de vérité, parler de leur père et de cette femme,morte il y a deux ans. Pas maintenant.
Madame L n’avait plus besoin de son père. Maintenant, sa famille, celle qu’elle avait choisie, était ici. Alors le revoir, ça lui faisait très plaisir, pour rajouter un doux chapitre à l’histoire, pour que les enfants puissent nommer leur grand-père et leur permettre de tisser des liens, s’ils en avaient envie. Mais lui demander des comptes, des explications, lui faire exprimer quelques regrets, elle avait fait un tel chemin sans lui, elle avait l’impression d’être arrivée tellement plus loin. C’était maintenant à lui de le faire, s’il en ressentait le besoin.
Mais aujourd’hui, il était question de poulet petits pois carottes le dimanche midi, de jambon purée et de barquettes surgelées « Ah bon, il vous faisait ça à vous aussi quand vous étiez petits ». La jeune fille avait l’air ravie d’être là elle aussi et Mademoiselle Blanche la trouvait « vraiment trop jolie ». Madame L attendrie et Monsieur L content que les choses se passent ainsi. Chacun semblait profiter de ces moments sur le mode lent, à pas feutrés.
Quand ils sont partis, Madame L leur a dit de revenir quand ils voulaient. Elle le pensait vraiment, elle en avait envie.
24 novembre 2007
le papa de maman
Ici, à part Madame L, personne ne l’avait jamais vu en vrai. Mademoiselle Joséphine aussi mais c’état il y a si longtemps, aucun souvenir ne lui revenait. Quelques photos, des histoires entendues, les récits de Madame L, ses blessures qu’elle avait parfois du mal à mettre en mots quand, dans les dîners, on lui demandait de les expliquer entre le fromage et le sorbet. Mais des blessures pas cachées, qu’elle raconterait à ses enfants quand les questions viendraient.
Ce matin, ils attendaient l’inconnu, le papa de maman qu’ils n’avaient jamais vu.
Mademoiselle Joséphine n’avait pas très envie de le voir arriver . Il y a encore deux ans, elle aurait tout fait pour aller parler à ce grand-père. Sa rage était passée. Ou plutôt, elle la vivait autrement. Mademoiselle Blanche avait trouvé un sujet rêvé pour attiser sa curiosité « et comment il s’appelle, et combien il a d’enfants et où est sa maison et est ce qu’avant il était l’amoureux de la maman de maman ? ». Elle avait préparé un cadeau, une maison dessinée, pour l’offrir à « la fille du papa de maman ». Parce que le monsieur en question arriverait avec sa fille de seize ans. Madame L se souvenait de la petite fille qu’elle avait vue quelquefois aux alentours de Noël. Elle ne la reconnaîtrait pas. « Et c’est vrai qu’elle n’a plus de maman la fille du papa de maman »… « c’est vrai, cette maman est morte depuis presque deux ans ».
Ils attendaient tous et aucun d’eux, même pas Madame L, ne savait vraiment qui allait arriver. Un père et sa fille de seize ans. C’était tout ce qu’on savait.
Tout au long de la dernière journée, Madame L avait senti ses vieux démons la chahuter. Ils étaient donc bien là, tapis, pas morts. Mais Madame L savait maintenant les mater. Elle pouvait même les laisser crier, un peu. Après, elle saurait les mettre en rang.
Heureusement tout de même que Monsieur L était là pour épauler la fière. Elle pouvait en mener large à ses côtés.
Ce matin ils sont partis les retrouver là où ils s’étaient donnés rendez-vous. Un café, puis la maison. Dans la voiture, la radio était allumée. Barbara. Pendant des années, Madame L n ‘avait pu écouter Nantes sans pleurer, Aujourd’hui, c’était plutôt gai.
Une jeune fille très gentille, un peu intimidée, un monsieur qui explique pourquoi sa fille aîné adore maintenent, monter au premier étage de la tour Eiffel. Parce que ce jour là, elle avait sept ans et demi, il lui avait promis. il gelait et elle était fermée. Sur la table, un gros morceau de comté, trois verres de Givry, et beaucoup de bonne volonté. Les deux jeunes filles de la maison ravies, pleines d’attention pour leur maman. « Alors, tu ne trouves pas que ça se passe vraiment bien ? »
23 novembre 2007
le retour du guerrier
Un peu en avance. Juste assez pour surprendre Monsieur Aimé qui venait d’accepter de partager les genoux de sa maman avec Monsieur Marcel. Le petit garçon a sauté dans les bras de son papa pour le serrer comme s’il ne l’avait pas vu depuis une eternité. Mais quand on n’a pas deux ans, cinq jours, ça ressemble bien à l’éternité.
Juste assez pour aller chercher Mademoiselle Blanche à l’école et prendre le temps de regarder tout ce qu’elle lui avait préparé, tous les petits dessins qu’elle avait pliés, rangés, cachés « pour papa quand il rentrerait ».
Juste assez pour surprendre une Mademoiselle Joséphine « maman je suis désolée mais c’est beaucoup Mieux quand il et là ». C’est bien vrai.
Il puis il y avait le petit dernier, monsieur Marcel qui avait décidé que cet après midi serait un après midi sans sommeil, et jamais loin des bras de sa maman. Il a suffit d’une main posée, d’une voix retrouvée, celle de son papa revenu, pour que le bébé ferme les yeux et se laisse emporter, rassuré.
Un lourd sommeil de courte durée, jusqu’à ce que sa petite grande sœur lui saute dessus pour le saluer.
Et Madame L, ravie de voir son amoureux rentrer. Ils trouveraient bien un petit moment, plus tard, pour se retrouver, c’est en tout cas ce qu’elle espérait. Elle voudrait qu’il lui raconte ce qu’il avait vu, ce qu’il en avait ramené. Plus tard en tout cas parce que là, chacun des petits et moins petits de cette maison là essayait d’occuper le terrain, tout le terrain, au propre comme au figuré. Les récits à tiroirs, les dessins, les câlins et la course autour de la grande table qu’il lui fallait reprendre là où il l’avait laissé la dernière fois. On devait aussi lui montrer tout ce que les petits avaient appris à faire depuis qu’il était parti. Cinq jours, c’était donc tant que ça.
Madame L s’est senti tout d’un coup très fatiguée. Contente de le retrouver, de lui passer un peu la main, d’avoir tenu et de voir ses petits ravis, leur papa aussi. Mais là, elle aurait bien monté l’escalier sur la pointe des pieds, pour s’allonger et profiter des bruits du rez de chaussée. Profitez de loin, avec un bon livre dans les mains, ou rien. Ele se serait bien vue comme son petit Marcel, se laisser aller dans le sommeil, apaisée par les bruits de la maison retrouvés. Elle en rêvait, assise sur son canapé « et maman, ça va…tu sais ce qu’on fait à dîner ? ». « Je ne sais pas, Papa a sûrement une géniale idée… ».
22 novembre 2007
divin divan

L’écrire, ne pas l’écrire, Madame L a hésité parce qu’il lui arrive de le dire, dans la vie « en vrai » et qu’après, les autres la regardenr comme si elle était différente, avec un peu de méfiance. Et pourtant, c’est à ces rendez vous, deux fois par semaine pendant trois ans, qu’elle doit sa vie d’aujourd’hui.
D’abord elle a commencé par emmener sa fille, une petite fille un peu seule avec un papa loin, c’était justifié. « Mais madame, votre fille va très bien mais vous…ça vous ferait du bien ». Madame L venait de rencontrer Monsieur L, elle se disait que, celui là, il ne fallait pas le laisser passer, pas tout gâcher, alors elle y est allée. Aussi parce qu’il l’a aidée. Même si ce n’est pas facile de vivre avec quelqu’un qui fait ce travail là.
Une porte dans le quinzième arrondissement, un divan. D’abord assise, puis couchée et derrière elle, une neutralité bienveillante qui l’a aidée à tout déballer, à aller chercher plus loin. Là ou ça fait tellement mal qu’on a tout enfoui sous des monceaux de petits bazars et de papiers pas triés. Il y a eu des larmes, elle a essayé de résister « Plus besoin… plus d’argent…plus envie » et la neutralité bienveillante qui ne s’est pas laissé berner. Il y a eu de la legereté aussi, de plus en plus au fil des jours. Comme des gros pulls qu’on enlève, un à un, pour s’apercevoir qu’on a plus froid et que le froid, ce froid là, on ne le connaîtra plus jamais.
Et puis il y a eu la dernière fois, Mademoiselle Blanche tout bébé dans les bras. Et Madame L qui demande si être heureuse comme ça, ça peut durer toujours ? « Non bien sûr ».
Et c’est vrai. Un voyage comme celui là, ça ne rend pas forcément plus heureux. La lucidité, ce n’est pas toujours très facile à porter. On sait qu’un jour, tout finira, mais c’est aussi pour ça que Madame L a décidé d’en profiter, jusqu’à la dernière minute du dernier jour, et de saisir tous les moments à la volée, tous ceux ceux, mis bout à bout, qui pourraient ressembler à ce qu'elle espérait . Elle a surtout appris à plus se protéger, d’abord et avant tout. Elle a découvert la liberté, sa légereté, son souffle porteur.
Alors même, si la divan n’a pas bonne presse en ce moment, Madame L s’est toujours dit qu’elle ne cacherait jamais ce parcours, tous ces petits cailloux blancs qu'elle a retrouvés. Parce que c’était dur, parce qu’elle s’y est tenu, et parce que ça l’a sauvée. Parce que si elle n’y était pas allée, elle ne serait pas là avec son amoureux et ses enfants . Elle ne se dirait pas chaque jour, qu’elle vit la vie qu’elle a choisi.
Madame L n’a pas envie de convaincre qui que ce soit d’y aller. Même quand tout va mal pour les gens qu’elle aime, c’est tout juste si elle ose dire que ça lui a fait tellement de bien, à elle. On peut choisir d'autres moyens, d'autres chemins, ou rien, quelquefois c'est aussi bien. Mais le chemin qu'elle a fait, madame L veut tout simplement pouvoir en parler, comme une belle histoire, qui fait pleurer, un peu souffrir, et beaucoup rire, mais qui finit très bien et donne des forces pour toute la vie à venir.
Aujourd’hui, madame L se souvient de ses dernières paroles à la bienveillante neutralité, assise en face d'elle. « Ce parcours, je l’aurais vraiment terminé quand je pourrai le croiser sans avoir peur ». « Exactement » lui a-t-on simplement répondu.
Pas un mot depuis onze ans, juste aperçus. La dernière fois, elle qu'elle avait essayé d’aller vers lui, il ne l’avait pas « reconnue ». Cette fois ci, la chambre d’amis est prête. Le père de Madame L arrive samedi.
21 novembre 2007
grande, mais pas trop
Il n’y a pas si longtemps, dix-huit mois, elle était encore petite dernière, avec une grande sœur rien que pour elle. Et là voilà avec deux petits frères. Mademoiselle Blanche n’a pas encore cinq ans « même pas quatre ans et demi », et, en ce moment sa maman et son papa lui demandent beaucoup d’être grande, de comprendre et de parler moins fort, de se taire même quelquefois. Alors elle dit qu’un bébé « c’est joli…puisque tout le monde trouve ça joli » mais deux bébés, en un tout petit peu plus d’un an, c’est un peu beaucoup pour une petite fille d’à peine quatre ans.
Alors entre sa très grande sœur et ses deux tous petits frères, Mademoiselle Blanche essaie de se refaire une place. En parlant, tout le temps. Et parler, et dire, elle sait parfaitement, comme hier « maman, je suis précieuse tu sais ». En se braquant aussi, quelquefois, pour une broutille, une pécadille, ce qui fait hurler ses parents et l’histoire qui se termine toujours très mal, toute seule en attendant d’être calme…
Mademoiselle Blanche a bien compris qu’elle était la seule fille de son papa, « sa princesse….j’aime bien quand il dit ça », alors quand ce papa n’est pas là, elle en a gros sur le cœur et voudrait toujours savoir ce qu’il est en train de faire à cette heure là.
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Mademoiselle Blanche a aussi une maman qu’elle trouve un peu trop occupée en ce moment. Bientôt, très bientôt, il faudra que cette maman trouve des petits moments pour faire des choses rien qu’avec elle. Juste avant la naissance du bébé, Madame L lui avait fait des petits vêtements. Mademoiselle Blanche aimait beaucoup ça, des robes qui tournent et des jolies blouses.
Elles trouveront un moment pour faire un bon gateau, où aller se promener en ville pour voir les décorations. Et puis Mademoiselle Blanche ne le sait pas, mais il y a quelques jours, Madame L l’a entendue égrainer sa liste au père Noël : « un beau landau, un oiseau rose posé sur une branche, et des vêtements pour ma nouvelle poupée » Madame L a cherché, et elle a tout trouvé. Presque tout commandé. Sauf la petite crèche tricotée à 300 euro trouvée sur le beau catalogue « c’est un cadeau pour adulte, même si ça n’en a pas l’air, alors le père Noël ne fait pas.. ». Madame L qui n’aime pas mentir pas très convaincante et mademoiselle Blanche pas très convaincue. Mais « c’est trop cher », même si c’est vrai, ce n’est pas possible de dire ça, surtout pour Noël. Sinon, la magie s’envole.

Heureusement qu’il y a les livres et les histoires. Pour ça, on trouve toujours un petit moment. Il y a aussi les histoires vraies, comme celle qui raconte comment on fait un bébé. Parce qu’en ce moment, Mademoiselle Blanche choisi toujours le moment où sa maman est le plus occupée pour lui poser cette question. L’autre jour, elle a vu son papa et sa maman s’embrasser « comme des grands » et après, à l’oreille de Madame L, elle a murmuré « chouette, vous avez fait un autre bébé ». Une petite phrase enjouée qui veut peut être dire que la vie n’est pas si dure pour cette bien jolie grande sœur. Une maman rassurée. Une petite phrase qui veut dire aussi que Madame L a encore des petites choses à expliquer à sa petite Blanche adorée.
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