SANY0113DSCN0301C’est quarante et des poussières et des poussières qui commencent à faire. Mais les jeunes filles continuent à lui dire « non, j’y crois pas, on dirait pas ». Et puis s’il admet que « ça ne le rajeunit pas », monsieur L dit aussi que ces derniers temps, il a vécu bien plus important qu’un an de plus au compteur.
Parce qu’il y a dix ans, personne, et peut être même encore moins lui, n’imaginait Monsieur L papa de trois enfants, et beau père d’une grande fille de treize ans. Une jeune fille qu’il élève maintenant depuis plus de la moitié de sa vie,  dont il rencontre les professeurs,dont il entend les peines de cœur, une jeune fille à qui il doit rappeler, quelquefois, qu’elle n’a « que » treize ans » , même si elle sait mieux que lui se servir de l’ordinateur.
Personne n’aurait imaginé qu’il saurait si bien y faire avec tous ces petits aussi, s’occuper d’eux quelquefois des journées entières quand madame L part travailler et qu’elle a toujours mille choses à faire.
Madame L aime aussi s’occuper de ses enfants et l’une des choses qu’elle aime le plus chez Monsieur L, c’est quand il lui dit qu’il a confiance en elle, elle sait que c’est vrai. Quand il la laisse faire exactement comme elle le sent, qu’il est juste là pour la défendre, « au cas où », comme à la récré.
Alors biensûr, Monsieur L est « un peu » soupe au lait, mais tout le monde ici le sait, on laisse passer et ça ne dure jamais longtemps.
Comme aujourd’hui, c'était son anniversaire, les filles ont fait le gateau, le cadeau de Madame L était offert depius longtemps mais il y avait encore des « petits suppléments », un livre de photos et un agenda signé avec l’empreinté de chaque enfant. Même Monsieur Marcel avait participé.
Et puis Monsieur L n’est pas seulement un papa et c’est pour ça que Madame L lui a demandé, il n’y a pas si longtemps, de se marier avec elle. Elle était contente que les enfants soit avec eux, ravie de faire la fête avec eux, mais si elle a eu envie de faire ça à ce moment là, avec tous leurs amis, c’est juste pour eux deux, parce qu’ils ne sont pas que des parents, qu’il n’est pas juste le papa de ses enfants. Parce que c’est lui qu’elle aime et que pour vivre avec  ce monsieur là, elle était d’accord pour ne plus en avoir, des enfants.
Trois petits plus tard, elle se dit quand même que ça aurait été vraiment dommage, qu’il était aussi fait pour ça. Mais quand elle allait chez lui prendre le thé, quand il se donnait rendez vous au cinéma, quand il lui montrait les images qu’il faisait, ce n’est pas à ça qu’elle pensait.
On leur dit souvent qu’ils se sont «bien trouvés ». Madame L répond souvent que ça doit être vrai. En tout cas, lui, il l’a aidé à se trouver, et elle aime à penser que la réciproque est un peu vraie. Madame L ne croit pas beaucoup à l’histoire de la moitié, de la destiné, elle sait juste que depuis le soir d’été, où son regard a croisé le sien, une extraordinaire bienveillance qui se cachait derrière une apparente neutralité, elle ne s’est jamais sentie si bien, et ça n’est pas prêt de s’arrêter.

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