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Les petites valises sont prêtes depuis déjà un moment, madame L a presque fini de faire ce qu'elle voulait avant l'arrivée du bébé. Mais ce matin encore, elle ne se sentait pas encore prête. Pourtant, elle avait fait tout ce qu'il fallait et la mère de monsieur L était même arrivée pour garder les enfants. Mais Madame L avait encore besoin d'être apaisée, la gorge trop souvent nouée, sans vraiment savoir pourquoi. Peut être que des petits moments rien que pour elle, pour se préparer, lui avaient manqués. Alors dès qu'elle s'est réveilée, elle est allée dans le pré se faire un bouquet, voir les chevaux, les caresser, puis elle est rentrée écouter de la musique. C'était doux ce petit moment de liberté, elle s'en souviendrait.
Mais la gorge était toujours nouée, l'angoisse toujours bien accrochée.
Alors  madame L a décidé de faire une petite chemise pour son petit m. Après tout c'est vrai, Elle lui avait préparé toutes ses  petites affaires mais n'avait rien cousu pour lui. Elle s'est concentrée sur ses travaux d'aiguilles en se disant qu'elle  avait de la chance que son bébé n'ait pas été trop pressé.  Elle était plutôt fière de  sa petite chemise marquée "B B", alors pourquoi les larmes ont encore coulé. Et l'angoisse qui montait. Dans cet état, c'est sûr, elle ne pourrait pas accueillir petit m...il ne pouvait pas arriver. Pourtant, ce chemin, elle l'avait déjà fait, et plus d'une fois, mais elle en est encore plus sûre, c'est à chaque fois la première fois.
Elle en voulait presque à monsieur L d'être capable d'attendre sans broncher, léger et juste un peu excité, tout ce quelle aurait voulu pour elle.
La journée s'étirait, elle a eu très envie d'aller avec lui jusqu'à un endroit qu'ils aiment tant, une petite chapelle sur un mont perchée qui domine toute la vallée. Elle avait envie de se retrouver avec lui, sans les enfants, peut être qu'elle pourrait lui parler. Mais là-bas, c'était tellement beau qu'elle a juste eu envie d'en profiter, de regarder les champs et l'autome qui s'installait.
C'est en revenant, juste avant d'arriver, on voyait déjà la maison, qu'elle a pu sortir tous les mots qu'elle avait gardés, des mots en pagailles que monsieur L avait intérêt à savoir trier. Des larmes et des sanglots, Madame L avait peur, de ne pas être à la hauteur, de ne pas avoir un assez grand coeur, qu'on lui dise encore une fois "c'est la dernière fois" et puis elle voulait avoir le droit de se dire que ce n'était peut être pas la dernière fois.... tout était mélangé, et Madame L n'avait pas vraiment envie de discuter, qu'on lui dise qu' "une maman, ça a toujours le coeur bien assez grand", qu'on lui dise qu"'elle allait s'en sortir, que ce n'était vraiment pas la peine de s'angoisser". Tout ça, au fond, elle le savait. Et monsieur L a su se taire, juste écouter.
Elle a sorti tous ses mots éparpilés,  tous mélangés. Un dernier sanglot, vite écrasé parce qu'il avait suffit de parler, de dire,  tout sortir, pour sentir la légereté revenir, aussi vite et simplement que ça, comme un gros manteau très lourd qu'on retire.
Monsieur et madame L se sont embrassés et sont allés retrouver leurs enfants pour retourner se promener, jusqu'à l'église du village avec le chariot et le vélo. Madame L s'est beacoup amusée, elle a ri, c'était comme de la joie, ou ça y ressemblait, la joie d'après, quand on a dit la vérité. Puis elle est rentrée se préparer pendant que monsieur L s'occupait du dîner. Elle s'est préparée comme si elle devait partir cette nuit, ou demain, ou après-demain. De toute façon, elle n'a plus peur, elle est prête maintenant. Sans se soucier de ce qu'il y a eu avant, de ce qu'il y aura après, prête à vivre l'un de ses plus beaux jours.
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