09 octobre 2007
empreintes d'orient
C'était il y a juste an an. Monsieur et Madame L s'envolaient avec leurs enfants pour la plus vieille ville du monde. Alep en Syrie.Monsieur Aimé aurait deux mois là-bas. Arrivés au petit matin dans une ville qui se remet de la fête. Fin de ramadan. La maison, celle de Madame Stéphanie et Monsieur Mohammed, avait l'air d'un palais millénaire dans un quartier pauvre de la ville au million d'habitants. Se reposer, un peu puis sortir, très vite pour croiser des familes endimmenchées, des petites filles en robe à volant, de fiers cavaliers sur des chevaux décorés, des petites fêtes foraines à chaque carrefour et tout de suite, partout, le sentiment d'être "les invités", les rois de la fête. Ici, il ne vient plus de touristes, ou presque, depuis longtemps. Se faire disputer par des mamies inquiètes parce qu'on n'a pas assez couvert le bébé, croiser des regards curieux, échanger des sourire avec des femmes en noir dont on ne voit que les yeux. Repartir, chaque jour, vers de nouvelles rencontres, l'émotion de croiser ceux qu'on ne reverra plus jamais, dont on se souviendra toujours. Les taxis qui foncent et qui klaxonnent, les muezzin qui se répondent au fil du jour. Dans la rue, les petits garçons jouent avec de faux pistolets. A quelques heures d'ici, quelques centaines de kilomètres, il y a la palestine, Beyrouth, et l'Irak dont on croise les milliers de réfugiés meurtris sans pouvoir les distinguer des autres passants. A la fin de ces quelques jours de fête, le souk a repris vie. On ne vend pas ici pour la galerie mais pour les alepins et les campagnards venus de très loin pour refaire provision d'épices et de tissus, de vêtements chauds pour l'hiver sous les tentes bédouines. Le parfum de la cardamome se mêle à celui du savon. Tout près, derrière les grosses portes cloutées, on en fabrique exactement comme il y a plus de mille ans. Les caravansérails existent encore, les marchands n'y échangent plus d'or et les vieilles pierres y sont quelquefois éclairées au néon, mais on y travaille. Des fabriques de vêtements se sont installées le long des coursives.
Souvenirs du Hammam, juste Madame L et mademoiselle
Joséphine, Monsieur L y était allé la veille. Vapeurs parfumées, gant
de crin qui fait mal et laisse une peau de satin et patout, des
vieilles pierres qui transpirent. Encore des sourires, ceux de
femmes dévoilées qui sous leur grande robe noire
cachent d'affriolants dessous en dentelle. Curiosité des deux côtés, on
arrive à discuter.
L'hôtel Baron, le temps d'une soirée. Là, dans ce
vieux palace, sur ce canapé défraichi, Lawrence d'arabie et Agatha
Christie ont écrit. C'était au temps où la ville faisait rêver tous les
archéologues et les aventuriers, au temps de sa splendeur.
Le
lendemain, toute la famille reprend la route pour le désert. Palmyre. A
dos de chameau, seuls au milieu des ruines, on regarde le soleil de
coucher avant de rtourner à l'hôtel où o croise la route d'un
fauconnier, l'oiseau posé ur son poignet. Le lendemain, tous les guides
disaient "pas la peine d'y aller, rien d'intéressant". Emerveillement.
Partout dans la rue, des échoppes spécialisés pour l'entretien des
tentes bédouines. des gros clous, du fil solide, de l'étoffe qui
résistera aux tempêtes de sable et des selles pour les chameaux faites
de chutes de tissus usés et rapiécés. Des merveilles, mais Madame L a
un sac déjà bien chargé. Après le Krak des chevaliers, dernier bastion
des croisées, arrivée à Damas la magnifique. A côté de cette cité, Alep
était une petite ville de campagne. Encore des souks, sous de grandes
verrières en fer forgé digne de l'angleterre victorienne et le parfum
de l'essence de rose qu'on croise partout autour de la mosquée.
Dernière soirée, la magie de ce petit moment volé, un musicien qui joue
dans une rue pavée à peine éclairée. Madame L va faire une dernière
course, et tout d'un coup, des policiers partout. Elle a intérêt à
comprendre vite. interdit de passer, le Président donne une fête dans
le quartier et ici, on ne plaisante pas avec le président.
Elle se
perd dans les ruelles et retrouve son amoureux et ses petits, les yeux
écarquillés devant la transe du derviche tourneur.

Longtemps après, rentrée à la maison, Mademoiselle Blanche a elle aussi tourné, puis elle s'est couvert les cheveux d'un grand foulard multicolore. L 'égalité, les droits des femmes, biensûr il faudra lui expliquer mais quand dans la rue d'une grande ville, Mademoiselle Blanche a couru vers trois dames en noir et s'est écriée, "Maman regarde, les dames de Syrie", Madame L a croisé les yeux des femmes et répondu à leur large sourire. Emotion d'un échange, d'une complicité qu'on aurait pas imaginé. Au delà des mots, et pour longtemps encore, le voyage avait laissé son empreinte.











