tous les jours dimanche

jeudi 18 septembre 2014

des cailloux dans la forêt

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Dis- moi ; est ce qu’on pourrait laisser tout ça un moment, la  ne rien oublier mais fermer la porte derrière nous et partir marcher en forêt. Retrouver le goût, laisser parler nos doutes et rassembler nos certitudes. C’est avec toi que je veux continuer, je ne veux rien entendre des mises en garde et des angoisses qui nous entourent et nous pressent. Ou si, les écouter, les mâcher pour mieux les recracher, je ne veux pas d’autres craintes que les miennes. Dis moi, est ce que tu crois en moi toi ? Ces peurs, celles dont on me parlent, celles qui pourraient m’étouffer,  je les connais, parce que j’ai déjà traversé plusieurs vies avant de me retrouver ici. J’ai déjà tant de fois cru que j’allais tomber. Cette fois, je ne veux pas de combats, ou une bataille joyeuse, comme si la vie n’était qu’une fête du 14 juillet.   C’est avec toi que je trouverai ce que je cherche, qui je suis. La vie est une fête, d’abord une fête.  C’est avec toi que là-bas, sous les grands arbres de notre forêt même s’il fait trop froid, je veux retrouver cette foi qu’ils sont tant à nous  envier. Tu sais, cette foi des gens qui en croient en rien de précis. Tu sais, celle qui nous a fait nous installer ici, celle qui broyait la somme de toutes nos peurs pour en faire de l’énergie. Voilà, nous en sommes là, il faut vivre et je suis dévorée d’envies. Mais j’ai peur aussi. Je ne sais pas où aller, quel chemin défricher. Peut-être qu’il suffit de vivre, de laisser reposer la boue. Respirer, oui respirer, retrouver le souffle régulier, mon cœur en paix ; et laisser se détacher les peurs comme les croutes entraînent avec elles les dernières traces des plaies. Dis-moi, est ce qu’on pourrait laisser tout ça un moment, appeler les enfants et partir en forêt pour leur raconter une nouvelle histoire. Notre histoire,  Celle de ces parents qui sont allés se perdre avec leurs enfants en forêt, se perdre pour s’amuser et retrouver le chemin juste après, puisque leurs poches sont toujours remplies de petits cailloux blancs.  

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mercredi 17 septembre 2014

entre chats

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Mais oui, il y a encore nos mercredi, même rétrécis. Il y a nos déjeuners partagés, jambon purée « mais non maman, il n’y avait plus de patates alors on a fait du riz ! », le théâtre pour les garçons et la danse pour Blanche. La détente, le petit café rien que pour moi, juste après le déjeuner. Cette année, il y aura nos petits ateliers pour préparer le marché de Noël de décembre prochain.  Et puis il y aura toujours le thé sur le muret, ou sur la grande table du rez-de-chaussée quand la lumière nous fera faux bond, quand le froid nous poussera à rentrer. IL y aura toujours ces surprenants moments de silence en plein milieu de l’après-midi, les enfants disparus dans le grand champ. j’ai eu peur que cette année nous vole ces délicieux et décousus mercredis après-midi mais il résiste à l’assaut des activités, il faut juste apprendre à composer.   Aujourd’hui, je regardais  mes trois petits garçons entraîner leur invité  vers l’endroit qu’ils avaient répéré au milieu champ, Vélo sous le bras, ils rêvaient de creux et de bosses et dessinaient un parcours qui se corsait avec le temps « regarde maman, je sais même y aller sans les mains ! » Mercredi prochain, on sortira peut-être le cerf-volant, on marchera peut-être jusqu’à la forêt, on verra bien. J’ai retrouvé les mercredi soir qui arrivent bien plus vite que je ne le pensais, le dîner à préparer, les douches, les bains, les pyjamas égarés.  Précieuses soirées où nous retrouvons tous les deux après que les enfants se soient écroulés, épuisés par leur entrechats ou leurs courses à travers  les prés. Précieux moments que j’essaie de préserver des réunions  qui me convoquent et m’invitent sans arrêt. J’ai déclaré mon mercredi sacré.  Et ce n’est pas seulement parce que c’est le jour des enfants. C’est un luxe non négociable, une des composantes de notre choix de vie. Un moment, au milieu de la semaine, ou le cœur de notre vie est ici, ou peu importe d’avoir à ranger, à repasser, a repriser, parce que je le fais la porte grande ouverte sur le parfum de la menthe sauvage et celui du chèvrefeuille qui borde le potager.

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mardi 16 septembre 2014

le brouillard et la grande ourse

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Ce matin, j’ai cherché les dates des vacances sur mon calendrier. Tout le monde ici semble déjà fatigué. Nous voilà secoués ; pourvu que nous nous retrouvions bientôt. Les petits garçons sont pourtant pleins d’entrains, dès le matin, on profite de la fin de l’été et des fruits qu’il nous donne mais le temps file et même les mercredis courent plus vite que nous. Aiùé, Marcel et Georges adorent leurs nouveaux horaires d’école « si on pouvait faire du jardin tout le temps » me disaient Aimé ce matin et si je pouvais les emmener plus tôt encore à la garderie le matin ils sauteraient tous les trois de joie. Blanche se plie aux horaires du collège, un peu chiffonnée quand je la réveille et qu’il fait encore nuit puis déjà pipelette quand nous prenons le chemin du car. Tout va bien, tout le monde suit. Mais j’avais oublié que les semaines s’envolaient si vite, qu’elles m’empêchent de remplir la moitié des promesses que je me suis faites, m’obligeant à toujours remettre, remiser, rêver au moment qui m’offrira le temps. Et pourtant il y a nos petits matins la fenêtre encore ouverte, les dus soir qui se répètent pendant le câlin du matin, et ce petit moment pour nous que nous arrivons à sauver le soir en envoyant les enfants en haut. Tout va bien. Tout va très bien. Il  me tarde juste de retrouver une poignée de journées sans sonneries du réveil, des moments qui m’offre le luxe de ne pas avoir à faire de choix. Rien que vivre et c’est tout. Savourer ce qui vient. Et pourtant, nous arrivons à faire les gâteaux dont nous avons envie, à célébrer les anniversaires et même à discuter de la vie qui vient. Il faut que je me pose avant de chercher du travail parce que je ne sais pas où chercher. J’ai juste envie de regarder les étoiles, de les entendre me dire une fois encore, qu’il n’y a rien de plus beau qu’un ciel de fin d’été et que l’important c’est juste d’être là et que le reste attendra, que rien n’est grave à part ça. Rien de plus important que la chance d’être là et lire avec mes petits garçons la carte du ciel qui change mois après mois mais qui revient toujours au même endroit. «Mais qui est ce qui bouge alors maman, elles ou nous? » je ne sais plus très bien. Mais nous, on est là et toujours, comme le premier brouillard de septembre, la grande ourse revient.

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lundi 15 septembre 2014

des pommes dans les cageots

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Il y a des pommiers plein de fruits rouges et sucrés, juste acidulés comme il faut, il y avait nos cinq enfants qui couraient a travers le jardin, il y avait ce soleil de fin d’été, juste assez chaud pour me caresser la peau, il y avait ce vertige que j’ai trouvé je ne sais où, cette sensation que tout allait recommencer, il y avait le goût des figues pas encore tout à fait mures et le plaisir de l’évidence. Il y aura des kilos de pommes pour tout le reste de l’automne « celle là pour le crumble, celles-ci pour le cageot ». il y avait un petit garçon qui m’a demandé « mais tu crois qu »’on va devoir quitter la maison ? » et ma réponse qui l’a rassuré. Il y avait de lavie partout, presque trop, c’était presque trop beau. C’était dimanche soir et je n’ai plus de place pour le blues dont la fin de week-end est souvent flanquée. Il faudra que je sois plus forte que le doute cette fois-ci et je m’y sens prête. Il y aura encore des moments exquis comme celui-ci, des soirées pleines de soleil et mes enfants si doux quand ils sentent que la vie est dure avec moi. Il y avait leur légèreté partout, leurs envies, leur joie qui faisait voler toutes mes craintes en éclat. C’était dimanche soir  et j’avais envie de rêver. Il y avait des courgettes du potager et le gros gâteau à terminer. Il y avait assez de roses et de fleurs dans mon carré pour faire un des derniers bouquets parfumés de l’année. Il y avait des enfants qui me murmuraient « c’est si bien de faire les devoirs avce toi. » et moi, qui en aurait bien repris un peu . « en dessous de cent, on met en tiret », il y avait ce poème écrit par ma petite fille de onze ans « t’as vu, j’ai fait un peu comme Raymond Queneau » il y avait les rêves d’Ecosse et nos doigts croisés avec notre étudiante, il y avait les premiers brouillards de l’arrière saison, quelques soupirs à l’idée du lundi mais la certitude que les dimanche ne s’arrêteraient jamais, que toujours ils reviendraient. Il y avait ce vol de Corneilles et la nuit qui se met à dévorer le jour. Il y avait quelques gouttes de Crémant qui rstaient.  Il y aura eu, ce dimanche soir de septembre, alors que le soir commençais à refroidir les carreaux, alors que j’enfilais mes chaussettes de laine dans mes sabots dorés,  ma décision ferme et définitive de ne pas laisser l’inquiétude nous ronger. Pourvu que j’y crois, pourvu que je m’y tienne, pourvu que la vie continue à m’aimer autant que je l’aime.  

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dimanche 14 septembre 2014

des billes argentées et des pétales de roses

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C’était un week-end d’anniversaires et aujourd’hui,, c’était autour de Blanche d’être célébrée. Son père était revenu hier de trois jours loin de la maison et j’avais promis un cake d’amour pour ce midi. La matinée s’était étirée comme au début d’un dimanche ordinaire, laissant penser à la petite fille de la maison que, peut-être, étourdis que nous étions, nous aurions pu oublier le fête promise pour ce midi. Nous avions juste laissé au soleil le temps de s’installer et de nous promettre un délicieux midi sous la tonnelle. J’avais préparé le gâteau aux seize blancs d’œufs puis nous étions partis nous faire beaux. A l’heure ou d’autres sortent de banquets, nous étions presque prêts, la table dressée  et les cadeaux empaquetés. Comme d’habitude, Blanche avait disparu le temps de nous laisser préparer les lieux. Le déjeuner ferait aussi office de goûter, un brunch comme Blanche l’avait demandé, avec du fromage, du bacon, du jambon Italien et des tomates du jardin. Elle avait ouvert ses cadeaux , des cadeaux de jeune fille, et puis nous avions parlé de ce week-end promis, juste elle et nous, dans une ville qui resterait un mystère jusqu’au jour et à l’heure du départ. Peut-être au printemps prochain, et d’ici là, et malgré les supplications de ses frères, personne ne saurait rien de cette mystérieuse destination. Cette année, le cake d’amour ne cachait pas de bague magique, juste une pluie de petites boules argentées et une poignée de pétales de roses qui pouvaient se manger. Blanche portait la bague de l’année dernière à son doigt, la petite bague des dix ans, diamant de pacotillle qui réveillait quelques souvenirs émus. Je m’écartais un moment de cette tablée du dimanche pour mieux la regarder. Pour goûter encore à cette joie que je laisse volontiers s’emparer de moi, capturer tous mes sens, quand le parfum du chèvrefeuille et celui de la lavande se mêlent au silence de la campagne qui nous entoure, comme si la nature  avait décidé de veiller pour toujours sur les plus jolis moments de notre vie.

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samedi 13 septembre 2014

des enfants et des fourmis

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Joséphine avait été déclarée « prix Nobel de l’organisation d’anniversaires . » Alors cette fois encore, elle avait  cédé et s’était mise à préparer la fête. Dix jeux pour onze enfants, des filles et des garçons de six à onze ans. La veille au soir, j’avais terminé les petits sacs commandés par le roi de la fête. Cette année, il s’était creusé la tête « peut-être la mer et les bateaux ou les explorateurs. » avant de décider que son anniversaire fêterait les insectes. Des grosses fourmis, des araignes, des coléoptères se promèneraient autour de son gâteau préféré, le cake au citron avec du glaçage blanc. J’ai entendu des jeux de statues, des chaises musicales, des hourras et des courses dans le pré, je ne me suis mêlée de rien, et pendant que les enfants étaient occupés j’ai dressé la table autour du gâteau et du saladier de bonbons. Georges m’a rejointe un moment ; un peu fatigué de devoir suivre des grands, il en profitait pour remplir son sac de sucreries qu’il choisissait avec soin. Nous connaissons la plupart de ces enfants et chaque année, je les vois un peu plus grand. Pendant que je piquais les bougies sur le gâteau de huit ans, Georges s’assurait encore une fois que pour la première fois cette année, lui aussi aurait le droit à un anniversaire avec ses amis. C’était d’accord et ce serait quatre copains pour ses quatre ans « ou mais si j’ai cinq amis tu crois que je pourrais les inviter aussi ? » Cinq, on verrait, mais aujourd’hui, de toute façon, c’est d’Aimé dont il était question et puis en plus, c'était aussi sa fête aujourd'hui. Il recevait les petits et gros cadeaux que ses invités lui avaient apporté et je remarquais, amusée, le petit mot de remerciement qu’il adressait à chacun. Clara « deviendrait artiste » parce qu’elle lui avait fait un si beau dessin et Lila  « le connaissait vraiment bien » pour lui avoir fabriqué un tel porte-clés.   Pour faire voler le cerf-volant, on attendrait demain. Le gâteau dévoré, ils repartaient tous à l’assaut du grand pré en espérant que les parents oublieraient l’heure de la fin. « et tant fais pas, je les connais moi, ils papoteront et on pourra continuer à jouer pendant longtemps. "

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vendredi 12 septembre 2014

onze ans

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Ce matin, j’ai réveillé cette petite fille pour lui fêter son anniversaire. Il faisait encore nuit et le petite cadeau surprise du petit déjeuner l’attendait à côté de son petit déjeuner. Une robe cousue en secret avec ce tissu qu’elle avait choisi sans oser me le demander.  Elle a alors décidée de l’enfiler pour la journée. Nous sommes parties toutes  les deux sur le chemin du car qui l’emmènerait au collège et je lui ai dit qu’un premier devoir pour le jour de ses onze ans, c’était une sorte de cadeau, le signe qu’elle grandissait vraiment. Je savais qu’elle était prête., plus curieuse qu’inquiète.  Je l’ai regardée partir, guillerette, et je me suis nourrie de sa joie pour animer ma journée. Je savoure ces temps –ci cet âge si délicat, comme un joli entre-deux qui  sait qu’il peut revenir en enfance de temps en temps, pour se reposer un moment et repartir plus fort vers ses envies d’adolescence. Je l’entend me dire avec les yeux qui brillent les compliments des grandes filles de troisième puis je la regarde qui retrouve ses poupées et les emmène sur le muret. Je la regarde et je me dis que ce n’est peut-être pas si difficile de devenir papillon quand on est une jolie petite chenille.  Je la vois partir le matin et je savoure le moment, quel cadeau précieux que de voir partir son enfant vers la vie qui l’attend, surtout quand on sait qu’il revient le soir et qu’on pourra le serrer dans ses bras. Et comment ne pas oublier cette certitude qui remontait du plus profond de moi, que cette petit fille serait douée pour la vie, elle n’avait que quelques mois et je sentais que son envie serait plus grande que tout.  Il faudra que je lui dise encore comme j’apprend en la regardant grandir, avancer au rythme qu’elle a choisi, se frayer un chemin vers l’adolescence en se gardant des petits coins d’enfance, rêver à sa vie d’adulte en  se délectant des plaisirs que connaissent les petites filles. Je crois qu’il m’arrive de lui envier cette facilité pour la vie. Et puis l’instant d’après, je me dis le cœur battant que je ne suis peut-être pas pour rien dans ce goût qu’elle a pour le jour qui vient.

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l'école c'est loin de l'Amérique

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Ce matin, en partant, Marcel m’a fait remarqué que le vieux monsieur qui est notre voisin avait des dahlias lui aussi dans son jardin. Et puis, sur la route, tous les trois m’ont dit « regarde comme c’est beau encore aujourd’hui. »La brume n’était pas encore complètement levée. Je les ai laissés à la garderie du matin, ils ont crié de joie quand je leur ai rappelé qu’ils entamaient une longue journée. Il était à peine huit heures et je ne les retrouverais qu’à la fin de la garderie du soir. Il faut que je raconte la joie de Georges aux parents de petits qui pleurent le matin. Je me souviens de ses larmes, de ses réticences à entrer dans la jour d’école. Ce matin il m’a crie « amuse toi bien maman ! » et il a courut jusqu’à la salle de motricité. Moi j’ai roulé vers la réunion à laquelle j’étais convoquée. J’ai retrouvé le monsieur d’hier, j’ai entendu qu’il ne serait pas question ce matin de cas particulier, je l’ai écouté, comme les autres, dressé les grandes lignes d’une politique pour les années à venir. Je n’ai pas cherché à cacher que ma gorge se serrait. Je suis partie avant la fin pour une autre réunion. Une heure de train et juste avant de me remettre à travailler, d’écouter d’autres objectifs, d’essayer de me concentrer comme si de rien n’était, j’ai déjeuné avec ma grande fille, avec deux jeunes filles qui retrouvent leur vie d’étudiante  et le soleil aux terrasses de café. Elles m’ont donné de leur énergie, de leur goût de la vie. J’ai mangé un peu trop gras, un peu trop sucré et si j’ai resisté à cette si jolie petite paire de chaussures qui brillent, j’ai perdu la raison chez le marchand de journaux avant de prendre mon train pour rentrer. Mais j’en avais envie, besoin de cette boulimie de papier léger. Quand je suis arrivée à la garderie, Aimé, Marcel et Georges s’amusaient autour d’une grande table sortie dans la cour, Aimé m’a dit « mais tu travailles encore alors ? » avant de rajouter « mais le chômage en ce moment, il y en a beaucoup dans notre pays alors ça ne va pas être facile facile tu sais. »  L’idée de Marcel, c’était de partir en Amérique « du travail là-bas, il y en a plein. » avant qu’Aimé ne lui rétorque que pour venir à l’école tous les matins, « ce serait un peu trop compliqué ».  Nous filions vers la maison pour retrouver Blanche. Elle était rentrée toute seule, pour la première fois de sa vie et c’était ça qu’il faudrait retenir de cette journée. Ça, et notre dîner sur le muret.

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mercredi 10 septembre 2014

dans un an

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Je voulais un mercredi ordinaire, j’aurais aimé oublier ce qui ne voulait plus me quitter, juste cueillir des bouquets et regarder les enfants jouer. J’aurais voulu retrouver mes certitudes et ne me laisser dérangée que par un seul dilemme, pour les pêches, crumble ou confiture. J’ai essayé de rayer de mon esprit ce qui s’est passé hier. C’était au détour d’un rendez-vous que j’avais moi-même sollicité dans le bureau d’un directeur général très occupé. Je voulais faire le point sur ma mission, j’ai entendu qu’une fois arrivé à son terme mon contrat ne serait pas renouvelé. J’ai entendu aussi « je vous encourage à chercher ailleurs" et d’autres choses que j’aimerais oublier. L’entretien n’a pas duré très longtemps, j’étais sonnée bien avant la fin de la discussion. J’ai entendu « ne vous inquiétez pas » et je ne sais pas pourquoi on m’a dit ça. Parce que chez moi, à ce moment là, il y avait un homme et quatre enfants qui attendaient mon retour, le retour d’une journée de travail ordinaire, parce que ce salaire dont il venait d’être question est le seul à nous faire vivre. Il me reste une année et quelques semaines. Après, après je n’en sais rien, après je n’ai pas envie d’y penser. J’ai traversé la cour et je suis restée un moment sidérée.Je n’en ai pas parlé tout de suite quand je suis rentrée à la maison, j’avais besoin d’un moment « comme si de rien n’était ». Et puis je me suis entendue dire plusieurs fois que j’étais confiante, que depuis mes 22 ans et ma première journée de travail dans ce journal tahitien, j’avais toujours trouvé des solutions,  que j’en trouverais encore, j’ai répété et répété encore qu’il me restait un an, qu’il nous restait un an. C’est aujourd’hui , ce matin, que l’année qui semblait déjà s’égrainer m’a semblé tellement raccourcie. J’aurais voulu ne pas avoir à y penser. Oublier, passer à autre chose, comme si de rien n’était. Quelquefois j’y suis arrivée. Ce matin je suis allée travailler et cet après-midi j’ai cousu une robe pour Blanche, la surprise de son jour d'anniversaire. puis je suis allée cueillir un bouquet avec mes trois petits garçons. Je ne veux pas quitter cette maison, ce jardin, remettre cette vie en question, ni dans un an, ni jamais. Je veux rester ici et qu’hier ne soit jamais arrivé, ou partir loin, dès demain.

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mardi 9 septembre 2014

les pieds dans la boue

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Bientôt, il y aura l’automne, bientôt, il y aura le crépitement du feu et les feuilles qui tombent. Bientôt, je monterais chercher mes pulls et j’allumerai la lumière avant la fin de la Journée ; Bientôt, nous passerons des heures à préparer des gâteaux et j’oublierai tout ce qui me secoue. Nous n’attendrons plus très longtemps les grosses journées de pluie et les pieds dans la boue, ces moments trempés qui donnent tellement de goût à la vie dedans. J’ai oublié la nuit en plein milieu du jour, je ne sais plus le froid qui mord le bout des doigts, je ne me souviens plus que du goût de la châtaigne et de la soupe de potiron,  je rêve aux lainages dans lesquelles je voudrais nous enrouler, je sens le poids de la grosse couverture sur mes pieds. J’ai besoin que l’automne soit caressant avec nous, qu’il nous répète de ne pas nous en faire, qu’il nous souffle que tout continuera à aller. La vie va peut-être se corser mais il y aura toujours notre thé aux épices et le cake d’amour,  nos brûlants breuvages pour terminer de longues promenades en forêt. Bientôt, il faudra fermer le grand rideau de velours rouge, celui qui empêche les courants d’air que la vieille porte de derrière ne peut pas s’empêcher de laisser passer. J’aurais oublié mes nus pieds et je glisserai des chaussettes dans mes sabots dorés. Ce sera un peu de vie recroquevillée, du chaud et du sucré. Du réconfort pour se préparer à l’hiver. Bientôt je dirais « c’était bien juin » et les jours dehors me sembleront si loin, inaccessible été dont il me restera le goût des fruits mis en bocaux. Bientôt ma peau aura perdu ses derniers reflets dorés et les enfants passeront des heures à chercher leur manteau. Bientôt, je sentirai le feu s’emparer de mes joues quand je me serais assise trop près du poêle allumé. Je me sens prête à m’enrouler dans ces journées emmitouflée, celles qui posent soignent les chagrins à coups de thé brûlant et de cannelés géants, celles qui s’offrent des bouquets de baies et qui posent des bougies parfumées sur la table du petit déjeuner.  

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lundi 8 septembre 2014

l'angelus du matin

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La petite route au petit matin, les réveils un peu chiffonnées, le bus qui arrive au moment exact ou l’église se met à sonner, aujourd’hui, je racontais à Blanche que j’avais amené sa grande sœur pendant sept années sur cette petite route entre la maison et la place de l’église, par toutes les saisons, et  que pendant tout ce temps, nous avions partagé nos petits déjeuners. Je ne sais pas si elle aussi aura longtemps envie de ces moments à part et je les savoure comme des instants précieux. Le silence, précieux, et ses petits mains fines que je regardent s’emparer de la grosse tartine beurrée que j’ai préparée. Les cheveux à coiffer, les siens et les miens,  la tenue que nous avons prévue la veille ; ce matin, je l’ai vue sourire quand je lui ai proposé de remonter se parfumer pendant que je cherchais mon rouge à lèvres. Ce matin, nous avions le temps et je l’ai portée pour qu’elle voit au dessus de la haie la beauté du brouillard qui se répandait entre les chênes. Quand nous sommes arrivés, deux grands du lycée étaient déjà là, ils prennent le même bus que les collégiens. Je portais le cartable de Blanche sur le dos et nous avons ri toute les deux à l’idée qu’un jour, elle l’oublie. « On fait comme dans le métro à Paris » lui ai-je dis « tu ne t’inquiètes de rien et je déboule à la station d’après. » et puis je l’ai serrée contre moi , j’ai respiré le parfum de ses cheveux, espéré qu’elle ne se sente pas prisonnière de mes bras. Elle m’a serrée plus fort et j’ai soufflé sur son envie de partir sur sa journée. le bus est arrivé et j’ai vu ma toute petite fille devenir un peu plus grande, marcher d’un pas décidé vers sa  nouvelle vie, épuisante, excitante, étourdissants premiers jours au collège. Bientôt le bus s’arrêterait pour prendre une de ses nouvelles amies. Bientôt, je réveillerais mes trois petits garçons pour les emmener à la garderie du matin. Cette année l’heure de notre départ pour l’école a changé. La voiture démarre à huit heure pétante, à l’heure exacte ou retentit la sonnerie du collège, une heure après l’angelus du matin et le sourire en coin de l’église du village qui n’a pas fini de veiller sur nos au revoir du petits matin.

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dimanche 7 septembre 2014

un dinosaure dans la bassine à confiture.

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Les enfants dorment à poings fermé et les cratons sont rangés. « vivement le procahin vide-grenier » m’a dit Blanche quand je suis montée l’embrasser. C’était un petit vide-grenier dans la cour de l’ancienne école, il y avait des sandwichs et des frites à la buvette, les meilleures crêpes du monde à l’ombre des gros arbres qui retrouvaient leur utilité. IL y a eu du troc, des dons, quelques objets marchandés, des trésors, sûrement, des jouets qui sont passés de mains en mains pour retrouver une nouvelle vie. Blanche a vendu sa collection de bracelets en plastique à Marcel qui en rêvait depuis longtemps pendant qu’Aimé trouvait acquéreur pour ses petits personnages en plastique, dix centimes chacun, et dépensait ensuite sa fortune en s’offrant un gros dinosaure. Georges arrivait au stand de l’association avec une jolie petite pièce dorée « c’est une dame qui me l’a donnée,  qu’est ce que je peux acheter ? » Il choisissait un bateau en plastique orange qu’il voyait déjà flottait dans le ruisseau en bas du grand pré. Blanche espérait vendre le gaufrier et concédait un prix pour le presse-agrumes, le fou et partait aussi et pour moins d’un euro, elle s’offrait quelques tasses à thé pour son service de jeune fille « c’est de la vraie porcelaine tu sais ; » C’était une journée pleine, un dimanche particulier, je rencontrais de nouveaux habitants du village,  leur parlais du marché de  Noël et des petits ateliers du mercredi pour le préparer. Est-ce que décembre sera si vite là ? Je crois que nous sommes partis avec un coffre moins plein qu’à aller. Notre dimanche touchait déjà à sa fin quand nous sommes revenus à la maison. Georges avait fini par obtenir le droit d'effacer les prix du grand tableau noir de l'ancienne école et Blanche été allée vérifier que toutes les parts de son gâteau breton avaient été vendues. plus aucune crêpe non plus.  Ranger les invendus, il n’y en avait presque plus, trouver une place pour le nouveaux objets. Parmi eux, une bassine à confiture qui me donnait envie de tout de suite me lancer dans les confitures. Mais le dimanche soir nous rappelait à lui et pendant que les lasagnes cuisaient, il fallait bien frotter la crasse et  gratter la terre qui s’étaient installée par paquets sous les ongles des enfants de la maison. Et puis se refaire à l’idée qu’une veille d’école, il vaut mieux préparer son cartable et monter se coucher tôt.

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samedi 6 septembre 2014

les rois des affaires

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Nous retrouver autour du petit déjeuner et encore un peu profiter de l’été. Il n’y avait rien d’autre dans ma matinée, rien ‘d'autre que de profiter d’ici et nous faire une maison jolie. J’ai ouvert la porte en grand et jeté les fleurs fanées, j’ai aidé les enfants à ranger leur chambre et nous avons tous eu envie de croire que toute l’année pourrait être pareille à cette matinée « ranger cinq minutes par jour et ce sera parfait. »Ils n’ont pas encore beaucoup de devoirs, tout était fait hier soir. Ce matin Aimé nous racontait qu’en histoire, il étudiait l’homme de néandertal, quelques minutes plus tard il collait son oreille au poste de radio pour écouter tranquille l’émission qui lui était consacrée. Puis il partait chez le petit garçon qui l’avait invité en laissant derrière lui un petit  frère un peu contrarié. Blanche, Marcel et Georges m’accompagnaient à l’ancienne école pour préparer le vide-grenier de demain alors que leur père s’attelait à la préparation d’une centaine de crêpes, « et nous maman, tu crois que demain si on en veux il faudra les acheter ? » Blanche m’assurait qu’elle avait le sens des affaires « en fait, il faut s’amuser, l’argent on n’ en a rien à faire » . Demain, c’est elle qui tiendra notre stand une partie de la journée. Georges était un peu déçu par ce que je prévoyais  de vendre « mais tu es sûre qu’on a besoin de garder toutes nos assiettes ? » et proposait de vendre la moitié de ses jouets. Les rêves de fortune commençaient à naître dans leur cerveau qui se mettaient à compter puis recompter « on est bien d’accord, on partage tout ce qu’on a gagné après. » La poêle à crêpes avait terminé son service et c’est Blanche qui s’installait en cuisine pour faire le gâteau breton que nous avions promis à l’association. « ah celui là non plus, il n’est pas pour nous ? » je ne sais plus très bien mais je crois que j’ai cédé et promis aux enfants d’en acheter une part ou deux. Acheter ce que nous avons fabriqué, c’est un concept que nous avons testé dans d’autres kermesses, dans d’autres vide-greniers et qui ne semble pas avoir choqué notre nouvelle reine des affaires.

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vendredi 5 septembre 2014

une saison de récoltes

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La vie a repris, les vacances ne sont pas loin, on sent encore leur parfum, mais il a fallu repartir dans le quotidien. On ne sait pas encore à quoi ressembleront nos mercredi mais ce jour là, tout le monde travaillera le matin, les trois petits garçons adorent leurs nouvelles journées d’école et Blanche rentre  très fière du collège où elle passe de très longues heures. Comme tous les ans, en septembre, nos week-ends seront très chargés. Il y aura les fêtes d’anniversaire et le vide-grenier du village, tout ce qui ne peut s’empêcher de se glisser dans les espaces vides qu’il me semblait avoir réussi à préserver pour ce mois de rentrée. Mais il y aura aussi ces petits moments de fin d’été, le pêcher d’un voisin qui croulait sous les fruits qui n’attendait que nous pour se sentir plus léger, les pommiers du jardin, les buissons encore pleins de mûres et de prunelles et le potager qui, mine de rien, continue à nous donner assez de courgettes et de tomates pour en garnir nos dîners. Il reste encore des roses et les Physalis, les figues et les potirons qui grossissent nous disent que nous n’en avons pas fini avec les récoltes cette année. L’automne va être bon. J’aime décidément ces vendredi, partagés entre la mairie, la communauté de communes et la maison, la sortie de l’école et l’heure du goûter. Aujourd’hui, après la cueillette, j ‘ai emmené les enfants faire des photos des vitraux de l’église. Ils seront bientôt rénovés. Marcel m’a demandé si l’été était fini. Il nous reste encore du temps, des jours de beau temps et des fins de journées au soleil rosé. Après, l’histoire continuera avec le poêle allumé, la boue, les bottes de pluie et de longs moments pour le goûter, les soupirs d’aise quand on se dira « c’est le week-end et oon n’est que vendredi. »  Voilà, l’année vient de recommencer et nous découvrons ses premiers traits. Elle sera différente de celles qui l’ont précédée mais l’essentiel pourra être préservé,  il se pourrait même qu‘au milieu de la course, la légèreté prenne racines et nous permette une abondante récolte de moments doux. 

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jeudi 4 septembre 2014

la part animale

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Ce n’est pas juste  l’histoire d’un cheval , c’est l’histoire d’un homme et son cheval. Un jour, je l’ai appelé pour lui rendre les clés de l’appartement qu'il m’avait prêté sans me connaître, j’étais à Paris absorbée par le travail dans lequel je venais de m’installer, il m’a dit « je viens de m’acheter un cheval et je me promène dans la forêt. » De ma tour de la Défense, j’entendais le bruit des sabots. Quelques mois après, il m’a emmen e dans ce pré immense où il m’a laissée seule au milieu d’un troupeau de chevaux, sûr que ma peur ne résisterait pas à l'assaut. Il avait raison.  Le lendemain matin, en plein mois de février, je chevauchais avec  lui au milieu des arbres nus et des rochers que le gel rendait glissants.  Je découvrais l’ivresse du galop, l’odeur de l’animal qui nous rend invisible pour les animaux de la forêt, le parfum de l’humus et la paix. Les gens qui me connaissaient  m’ont alors cru folle quand moi aussi j’ai acheté un cheval, puis deux. Il n’était pas ici question d’argent puisqu' il s’agissait de chevaux déclassés, de vieux argentins que les gauchos avaient envoyé à la boucherie en Italie et qu’un maquignon avait récupéré à la sortie du bateau, il était question de raison et d’identité. Comment moi, jeune  femme sensée et effrayée par les chevaux au point de faire de longs détours à pieds pour ne pas en croiser, j’avais pu me retrouver dans cette situation ? J’aimais l’homme et lui aimait les chevaux. Tout le reste a suivi, notre vie ici, cette petite fille à qui il à appris à monter,  la campagne et les quatre enfants, et toujours les promenades en forêts, les galops dans des champs sans barrière, le cœur qui bat aussi fort que celui de l’animal, le monde vu d’un peu plus haut, ma main dans la sienne et nos chevaux les flancs collés. Le mien était le plus rapide, j’ai gagné tous nos galops. Le sien était plus beau. Le plus beau cheval du monde, le chef du troupeau. Un vrai cheval d’indien, digne et fier, qui ne se laissait pas attraper par n’importe qui. A chaque fois que nous sommes rentrés de la maternité, il est allé voir son cheval pour lui présenter l’enfant.  Les enfants ont grandi et lui ont couru entre les pattes. Chaque fois que je promène autour de chez nous, je cherche les chevaux, chaque soir, quand je rentre du travail, je vérifie qu’ils ne sont pas loin. Moi aussi, j’ai appris à aimer leur présence au point de ne plus pouvoir m’en passer, je leur ai envié leur liberté, moi aussi plusieurs fois, je suis allée les retrouver au bord de la rivière pour retrouver la source de notre vie.  Quand le vieux cheval est mort, il m’a dit, « il a rejoint crin blanc sur l’île des chevaux et des enfants. » Aimé et Blanche venaient de retrouver le livre dans la bibliothèque des enfants. Quand le vieux cheval est mort, j’étais incapable de trouver les mots qui auraient dit l’importance qu’il avait eu dans notre vie. Un cheval au début de l’histoire. Cheyenne ne savait rien de tout ça, c’était un cheval et il était loin des histoires humaines. Il ui arrivait même de nous défier quand il nous prenait l’envie d’un autre galop en forêt. Quand le vétérinaire est venu, je n’étais pas là. Une première  fois, Cheyenne s’est sauvé, il a tiré si fort que Joséphine l’a laché. Alors elle l’a  regardé partir au triple galop, rêvant qu’il casse la barrière et que personne ne le revoit plus jamais. La barrière était fermée et c’est Bruno, seul, qui a entendu la carcasse tomber de l’autre côté d’une haie. Alors, il n’y a eu que le petit Georges pour croire, jusqu’à la venue du camion de l’équarissage, que le vieux cheval n’était pas vraiment mort, qu'il allait peut-être se relever. Même le voisin commençait à se plaindre de l’odeur. Pendant un moment nous avions tous rêvé à l’enterrer pas loin de nous. Il y a quelques années,  quand l’homme qu’il m'émouvait déjà m’a dit « je viens d’acheter un cheval. », je l’ai pris pour un fou mais je l’ai aimé plus fort encore. Pour la liberté. Et puis je suis devenue folle avec lui, à grands galops dans la forêt. C’est une parcelle de cette folie qui a fini dans le camion de l’équarisseur hier midi. Un lambeau de folie , et un profond respect pour cet animal qui a un moment de sa vie, a sauvé l’homme avec lequel je vis.

 

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mercredi 3 septembre 2014

une pieuvre et des petits bateaux

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Nous sommes allés à la fête foraine. Parce que c’était une promesse faite il y a longtemps, un an, parce qu’elle ne vient qu’une fois, un peu avant ou un peu après la rentrée, parce que maintenant c’est comme un rendez-vous, impossible à oublier. Au début,  je trainais les pieds, pas certaine d ‘avoir envie de manèges. Mais j’avais oublié le cœur qui explose au milieu du grand huit, les rires, les cris et les bras levés, j’avais oublié les yeux de nos enfants qui se mettent à briller quand ils retrouvent le manège auquel ils pensent depuis un an. Quatre tours chacun, ils s’y sont tenus. Et puis un tour tous ensemble dans les bras de cette pieuvre chère à Marcel. Et là, je me suis envolée, j’ai tenu serré le petit corps qui à ma droite criait « j’ai peur » avant de hurler plus fort « encore, j’en veux encore ». Georges a compris qu’il n’était pas assez grands pour rentrer dans la chenille  et il m’ a demandé pourquoi il y avait des lumières partout dans les fêtes foraine. Je lui ait répondu « pour faire la fête plus encore » puis il m’a juré que « même adulte », il n’irait jamais dans le train fantôme. Il est monté dans un de nos petits bateaux préférés, Blanche a chuchoté « j’aime bien l’ambiance ici » et elle a décidé que cette année encore, elle ferait un tour sur l’eau. Quelquefois, il y avait de la musique très fort et des attractions qui nous glaçaient le sang,  Georges s’était juré  de réserver le dernier de ses quatre tickets pour une pêche au canard, ses frères et sœurs ont compté jusqu’à dix avec lui. Pendant quelques heures, on oublié la rentrée, on se fichait de savoir que les vacances étaient terminées. Je crois que chacun des enfants a déjà  repéré le manège qu’il essaiera l’an prochain. Aimé n’a peur de rien, « celui là, il est vraiment trop chouette maman. »Il me disait "moi, quand je serai adolescent." Il était beaucoup trop tard pour goûter mais une fête foraine, ça ne revient qu’une fois par an. Alors il y a eu trois barbapapas, une pomme d’amour et un paquet de churros géant. J’entendais leur joie dans la voiture en rentrant. Je leur disais la mienne, malgré le coeur au bord des lèvre.. Moi aussi j’avais eu peur dans la pieuvre et moi aussi j’avais eu l’impression de voler. Moi aussi j’avais crié fort et fermé les yeux,  plusieurs fois.  Moi aussi, peut-être, j’y retournerai l’an prochain. ET moi aussi je serai contente de retrouver les petits bateaux, ils sont tellement beaux.

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mardi 2 septembre 2014

partir à l'aube

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On y avait pensé tout l’été et puis le réveil a sonné. Un peu plus de six heures, le jour pas encore levé. J’ai bu un café avant de monter la réveiller. Hier soir, elle avait posé un bouquet de fleurs sur son bureau de collégienne et passé en revue sa tenue. Nous avons pris un petit bout de déjeuner toutes les deux avant d’aller réveiller son père et sa grande sœur. Le bus était prévu à sept heures et moi, j’étais impressionnée par cette petite fille à la fois émue, joyeuse et décidée et je suis souvenue des mots que j’avais entendus, alors allongée sur le divan avec ce bébé qui m’avait accompagnée là depuis qu’elle avait été conçue. Voilà, je vérifiais encore une fois la troublante force de cette petite fille gracile. Nous arrivions au bout d’un été où il avait beaucoup été question de cette journée. Le jour se levait et Joséphine arrivait. Oui, bien sûr qu’elle pouvait accompagner Blanche avec nous, elles avait tellement parlé de ce moment toutes les deux, elle l’avait tellement rêvé. Nous sommes partis tous les quatre pour prendre la petite route qui monte jusqu’à l’église, la même que celle qu’il fallait prendre pour aller à l’école du village et je l’ai revue avec son petit tablier violet, et j’ai senti sa main serrée. Le bus est arrivé un peu en retard, un bus qui nous a paru énorme, bien trop grand pour embarquer notre petite fille. Ce car l’emmènera tous les matins jusqu’au baccalauréat. « Je partirais bien avec toi » lui avait glissé sa grande sœur. Je l’ai vue sourire et s’en aller vers sa journée de grande fille. Retour  presque six heures.  Trois petits garçons nous attendaient à la maison. Vite levés, les bols avalés et les tartines mangées, ils étaient pressés d’enfiler les nouvelles chemises et les chaussures neuves. « je suis tellement content que j’ai un peu mal au ventre » me glissait Marcel, Georges oubliait son doudou et Aimé s’emparait du bouquet pour sa maîtresse. En prononçant « mes trois petits gars » j’entendais « trois petits chats » et je me pliais à leur demande, faire une photographie de chacun d’entre eux, seul ; pour qu’ils se souviennent de cette rentrée. « et ce soir, tu pourras l’imprimer ? » Je crois qu’ils étaient ravis de partir pour rejoindre leur école.  Aimé m’a dit « cette année, c’est moi qui suit le chef de famille » avant de me demander s’il y avait garderie aujourd’hui. Ils ont couru dans la cour pour embrasser le maître et les maîtresses, leur offrir les bouquets. A cette heure-ci, Blanche était déjà en cours. Cette année en cours, j’ai revécu chacune de mes rentrées, les angoisses et les peurs, l’odeur du cartable neuf et des nouveaux habits, les larmes gardées dans la gorge, les poings serrés, cette année encore, les enfants m’ont emmenés vers leur vie. Ce midi, au téléphone, Joséphine m’a dit « elle doit être à la cantine ». Elle aussi a laissé remonter ses souvenirs et je ne sais pas si son cœur de grande sœur avait déjà battu plus fort qu'aujourd'hui. Ce soir, tout le monde est ravi. Les parents, les doudous retrouvés, les grandes soeurs et les enfants. Demain, c'est mercredi et les trois petits garçons commenceront par chanter.

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lundi 1 septembre 2014

les fleurs et les enfants d'abord

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Ce soir, comme le font les enfants, nous avons mis notre tristesse dans une petite boîte pour la reprendre plus tard, quand ce serait le moment. Aujourd’hui, le vieux cheval est mort et nous avons quand même levé notre verre de vin « au plus beau cheval du monde », à celui qui nous avait tous précédé ici. Tous sauf lui qui a entendu les cinq cent kilos de l’autre côté de la haie. Je n’étais pas là mais il m’ont raconté. Un dernier galop jusqu’au bout du pré, quelques pas encore, une piqûre et c’était fini. L’infection était trop grave, la fin de vie trop proche. Le vétérinaire est parti et il manque un cheval dans notre pré. Le premier, le plus beau du monde. Le chef de la tribu. Mais une fois la première salve de larmes séchées, il a fallu très vite reprendre le fil de la vie car elle nous attendait pour un moment important. Demain, Blanche rentre en sixième et ce soir, nous nous étions promis une petite cérémonie des bouquets. J’avais passé mon dimanche à coudre les pyjamas neufs et les enfants ne les avaient pas encore essayés. Aimé, Marcel et Georges emmèneraient leur bouquet à l’école demain matin, Blanche retrouverait le sien sur son bureau de collégienne. Pour le première fois depuis l’école maternelle, elle partirait à l’école sans sa poignée de fleurs, mais il n’était pas question pour elle de ne pas prendre part à la cueillette. Un sécateur à la main, j’ai cueilli les fleurs qu’ils choisissaient, certaines parce qu’ils les trouvaient belles, d’autres parce qu’elles sentaient bon, nous avons glissé un peu de géranium citronnelle, quelques feuilles de verveine, de la lavande et du romarin dans ces petits bouquets de rentrée. Je menais une petite troupe d’enfants que la matinée avait bouleversés et qui se retrouvaient là, des fleurs à la main et le sourire aux lèvres, cueillant des tomates dans leur carré et pensant, un peu, à la journée de demain. J’aurais voulu savoir faire comme cette ribambelle dont les rires se mêlaient , penser d’abord à l’instant et pouvoir dire « j’ai peur » comme on dit qu’on est triste, avec des mots simples et précis, cette vérité vraie qu’on envoient voler très loin après l'avoir énoncée. 

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dimanche 31 août 2014

je ne l'ai pas entendu arriver

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Les vacances sont déjà terminées. Presque terminées. Il me reste quelques heures et je viens de rentrer du jardin ou j’ai passé un moment à regarder le ciel étoilé. Il est rare de voir si bien la voie lactée. Demain, je retourne travailler et les étoiles n’en ont rien à faire. Moi, je me suis nourris de leur lumière pour ne pas oublier et me promettre de ne pas me laisser dévorer. Demain, normalement je reprends la course du temps mais je ne sais plus comment on court et j’ai beau chercher, je n’ai aucune idée de l’endroit où j’ai pu ranger ces satanées semelles de vent. Je crois savoir que je vais devoir recommencer à me dépêcher, regarder l’heure, rester assise à mon bureau, oublier le silence des champs sous le soleil de midi, oublier le petit peuple du potager, remballer mes envies de sieste sur le muret. Je vais pouvoir le faire, je l’ai déjà fait, je saurai, il faudra, je le ferai. Mais je crois que c’est un petit peu plus dur à chaque fois.  Alors je vais me raccrocher aux moments qui viendront me surprendre quand je ne les attendrais pas, à l’idée que je m’en fais, à ces instants que je prendrai à la volée, aux jours de marché, aux jeux des enfants, aux soirées avec lui et à la fatigue qui ne m’aura pas cette fois-ci. Je peux encore y croire, me sentir plus forte pour l’affronter. Mais je n’ai aucune envie d’affronter quoi que ce soit. Je ne veux pas que la vie soit un combat. En tout cas pas pour moi, pas pour nous. Nous ne sommes pas des combattants. L’été n’est pas encore terminé, il me reste des kilos de prune à cueillir, des prunelles et du sureau. L’été ne fait que commencer, septembre est déjà là. Vous êtes sûrs ? Il ne me semble pas l’avoir entendu arriver. Je crois que ce soir, je vais essayer de m’endormir en oubliant que demain matin, le réveil sonnera à six heure et demi. Je vais laisser le sommeil venir en regardant par la grande fenêtre au dessus de notre lit. Pour moi, les vacances sont terminées et les étoiles n’en ont rien à faire. Tant mieux, je pourrais faire comme si.

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samedi 30 août 2014

sept années

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Il y a sept ans, j’écrivais mon premier billet, il y a sept ans que chaque soir, je viens ici pour poster quelques mots pour la journée. Il y a sept ans que ce blog m’accompagne, que notre vie comme je la ressens se raconte ici. Sept ans et je n’ai plus aucune raison à donner. Ces derniers temps, j’ai pris un peu de liberté et même si je continue à écrire un petit mot par jour, il m’arrive de ne pas prendre le temps de le publier. Il attend et je profite de ma liberté. Qu’il faut long le temps pour arriver à ne plus me sentir coupable de ne pas publier une fois par jour, aussi douloureux que de ne pas être capable de répondre à chaque message qui m’est envoyé, à chaque mot reçu. Dois-encore vous dire que l’émotion m’étreint à chaque mot gentil, à chaque parole bienveillante, à chaque sourire complice ou petit mot échangé dans la rue. Je garde chacune des lettres, je me promets de répondre à chacun des mails, mais le temps me rattrape et me happe, la vie m’absorbe et me secoue et la seule promesse que je peux faire ici, c’est de continuer à écrire. Pour le reste, je crois que je suis seulement capable de ne plus rien promettre, de ne plus rien promettre, juste raconter la vie, continuer à ouvrir l’écran de mon ordinateur comme on ouvre un papier de bonbon, la bouche déjà pleine de plaisir et les doigts fébriles. Ici, j’écris comme je mange une pâtisserie. Je me délecte,  je partage avec qui veut bien goûter, c’est si bon. Voilà, il m’arrive aussi d’écrire ces petits mots dans des lieux hostiles, ou moins bienveillantes qu’on ne l’imagine, en pleine journée et là, je retrouve mes dimanches comme on caresse un doudou, je sais que partout où je vais, je peux le retrouver. Et puis il y a le bonheur d’écrire qui au fil des années, s’est entièrement vidé de la peur d’être jugée, jaugée, décortiquée. Les mots les uns après les autres, les images choisies, c’est trop bon et c’est ça qui compte. Et puis, et puis il y a le bonheur fou de savoir ces âmes bienveillantes de l’autre côté du fil, des âmes sœurs, des sœurs et des frères, qui sont là quelquefois depuis sept ans, quelquefois de passage, quelquefois déçus, quelquefois irrités. Il y a toutes celles et tous ceux qui ne savent pas ce qu’ils me donnent en venant chaque soir ou une fois de temps en temps. Il y a cette chanson de mon enfance qui racontait « bel escalier puis-je monter ?- Mais oui madame, il faut payer »  Je pense souvent à cette histoire, je crois que je ne suis capable que de donner des histoires, une histoire par soir. En retour, j’ai la main et le cœur pleins de mots doux et d’attentions discrètes, et  puis cette certitude ne de pas être seule, celle d’être lue. En retour, j’ai la tête qui tourne et ce petit rire intérieur, si doux, qui me dit que la vie vaut la peine d’être partagée.

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