tous les jours dimanche

dimanche 19 octobre 2014

un jour heureux

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Ils étaient venus me voir un semaine il n’y a pas si longtemps. Ils voulaient se marier vite et je ne leur ai pas dit tout de suite que j’avais rêvé qu’ils soient mes premiers mariés. Ce matin, je suis montée avec Blanche pour préparer le table, les papiers, les bouquets, les chaises et la Marianne qu’il fallait installer sous le préau elle aussi. Puis nous sommes redescendues nous préparer. Hier, j’avais révisé et ce matin encore, relu le texte une dernière fois. Ils sont arrivés à pieds avec leur famille et leurs amis. Sur les papiers officiels, il n’était marqué nulle part que cette jeune fille était allée jusqu’en Tasmanie pour rencontrer son amoureux français et qu’il était venu lui aussi s’installer ici pour devenir maraîcher avec elle. Aucun papier officiel ne racontait l’histoire de ces voisins dont on voit la grande maison  s’allumer quand il commence à faire nuit. Une grande maison qu’on aperçoit au bout de notre champ et qui semblait pour toujours endormie.  Marcel a beaucoup ri quand je me suis emberlificotée dans mon écharpe tricolore. Les enfants m’avaient promis d’être sage, leur papa faisait les photos de la cérémonie. Blanche m’avait emprunté mon appareil photo et comptait bien elle aussi garder de jolis souvenirs de mes doigts tremblants et des oui des mariés, des témoins, l’une anthropologue et l’autre muséologue, dont les métiers fascinaient les enfants et de la bienveillance qui flottait  sous le petit préau. Ce préau de l’ancienne école,  tout juste assez grand pour abriter tous les invités, et puis la cour de l’école dont le sol se couvrait de grains de riz. le soleil était déjà haut mais il nous faisait la grâce d’être doux, un soleil d’octobre qui  nous a suivi toute la journée, de la cour de notre mairie-école à la grande maison où nous étions invités à grignoter avec d’autres gens qui avaient d’autres belles histoires à nous raconter.  Aujourd’hui, je fut l’une des artisanes d’un jour heureux pour un couple de très jeunes amis que je veux voir vivre très longtemps heureux.

pssit: et merci à Blanche pour ces photos!

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un anniversaire de quatre ans

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Quatre invités pour les quatre ans. En fait, cinq invités, des frères, des sœurs « et un gâteau à deux étages s’il te plaît. » Georges attendait cette journée depuis des jours, des semaines, des mois. Ce qu’il ne savait pas, c’est que juste avant le lancement des festivités, son oncle d’Amérique allait lui aussi arriver avec un paquet de surprise et parmi elles, une tenue complète de squelette d’Halloween. Le gâteau attendait son heure et je suis partie chercher les premières petites filles pendant que Georges finissait de préparer. Les petits sacs lui plaisaient, le chocolat aussi et il s’était assuré que nous avions des jeux pour occuper l’après-midi. La salle de jeux, le jardin, le pré, finalement tout était si tentant, Georges n’était plus sûre des chaises musicales, plus certain de vouloir jouer aux statues. Le moment des cadeaux arriverait lui aussi, mais il fallait attendre un peu. Et puisque les béquilles de Joséphine l’empêchait de jouer les maîtresses de cérémonie c’est Blanche qui se lançait dans l’animation de l’après-midi. Elle consolait une toute petite fille tombée de la balançoire, retrouvait une chaussure perdue, rappelait la troupe pour le jeu de la pomme dans l’eau. Elle les laissaient partir jusqu’au ruisseau et nous les regardions d’en haut. « C’est mon jour » criait Georges qui attendait son gâteau. D’abord, il y avait les cadeaux et cinq petites têtes penchées au dessus du héros de la journée, le souffle suspendu à son éventuel sourire une fois le paquet déchiré. Il y avait un mot doux et des cadeaux comme il en rêvait, exactement ceux que les parents ne veulent jamais acheter. C’était un anniversaire de quatre ans parfait et le gâteau se mélangeait aux bonbons. Georges avait soufflé ses bougies deux fois et proposait à ses invités de remonter voir La prophétie des grenouilles après un dernier passage par le passage secret au milieu du pré.  Plus tard, il m’a confié qu’il avait compris « quand tu mets un film et que les parents arrivent alors qu’il n’est pas terminé, il ne peuvent pas forcer leurs enfants à s’en aller et on peut rester ensemble encore un peu. »  Alice est partie alors que la nuit tombait et Georges m’a dit alors que la nuit tombait « c’était vraiment une trop bonne journée. »

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vendredi 17 octobre 2014

fin de partie

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Enfin. Ici, comme à chaque fin d’octobre, les enfants comptaient les jours et les nuits. Les vacances sont arriivées et nous les attendions tellement que nous n’avons rien préparé. Pas de programme, pas vraiment d’envie, ou juste celle de se lever tard et de plus faire de devoirs. Pour moi, il faudra attendre une dizaine de jours. Pour eux, c’est ce soir . et ce soir, il fait beau et c’est presque l’été. L’été aux lumières d’octobre. Dernière semaines avant cette heure d’hiver qui va nous obliger à nous faire à une autre vie. Alors il faut sortir, partir marcher en forêt, courir dans les prés pour parler aux chevaux. Ou ne rien faire, se laisser porter par les journées, s’ennuyer un peu, jouer du piano et faire des gâteaux. Des gâteaux aux amandes et aux noix, la porte ouverte sur l’été qui s’attarde et qui nous caresse encore. Dormir en plein milieu de la journée et faire des bouquets avec ce qui reste dans les haies. Les framboises s’attardent aussi. Attendez-moi pour les marrons, j’aime trop ça. Non, on ne part pas. Non, on ne peut pas. Oui, on préfère rester ici cette fois-ci. La mer nous attendra  Gâteau breton et chocolat, « maman, est-ce que je pourrais faire un cake sucré ? » Il faudra racheter du thé, un thé qui parfume toute la maison quand on le laisse infuser. Ce soir, je me suis emplie de cette envie de vacances, de ce parfum de la campagne quand elle est gorgée de rosée du soir, juste avant que le jour lache prise. Joséphine est arrivée et sa petite sœur lui a dit « ça fait une semaine que je t’attends tu sais. » Joséphine a une chville en bouille et des baquilles pendant un mois et demi. Cette semaine, on m’a confirmé la fin de mon contrat dans un an et un mois. mauvaise passe ici. Mais ce soir, c’est l’idée des vacances qui nous emportait. Il paraît que demain et après-demain, il fera beau comme en été. Il paraît qu’il fera doux aussi ; Il faut en profiter jusqu’à la dernière seconde, jusqu’à ce que la lumière cède sous le poids de la nuit. Ce soir, c’est les vacances et c’est la fête ici.

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jeudi 16 octobre 2014

le cadeau d'une journée

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A peine arrivée au travail, le collège m’a appelée. Une petite fille malade, enfin assez malade pour que je doive aller la chercher. Plus d’une heure de route, autant de temps de silnec et de paix. Il pleuvait un peu mais je ne connaissais pas la plupart des petites routes que j’empruntais. Pour ça déjà, je ne sais pas si ça se fait, mais j’avais envie de la remercier. Et puis nous sommes rentrées toutes les deux à la maison, j’ai mis de la musique, fait chauffer de l’eau pour une tisane qui lui ferait du bien  et puis je me suis mise à l’écriture. Une histoire commandée  et pour laquelle je n’arrivais à trouver de temps. trois heure douces avec ma grande fille à côté de moi à laisser cette histoire sous mes doigts. Qu’elle soit bien écrite ou pas, que l’histoire vaille le coup d’être éditée. Cet après-midi peu m’importait. J’ai remercié ma petite fille pour ce moment là. Et puis son père est arrivé et nous sommes allés chercher ses frères, la pluie s’était arrpetée et ils sautaient de joie à l’idée d’aller passer la soirée chez leur nounou. Nous, nous emmenions Blanche avec nous. Première réunion parents-professeurs. J’ai retrouvé le collége que nous avions laissé quelques années plu tôt, on nous a demandé des nouvelles de Joséphine, et puis je les écouter parler de Blanche, et j’ai vu les joues de notre petite fille s’empourprer. Comme c’est bon d’être fiers, délicieux de partager ce sentiment à trois. Quelques semaines après les angoisses d’une nouvelle vie qu’elle ne connaissait pas encore, elle était maintennat comme un poisson dans l’eau. En sport, en mathématiques et en art-plastique, son père l’a appelé « ma princesse «  et je lui ai pris la main plusieurs fois. Je me suis rappelée de sa première rentrée à la maternelle puis tout d’un coup, je me suis vue avec elle attendre avec elle les résultats du baccalauréat.  Et puis non, ce qui me faisais envie, c’est de profiter de cet instant tous les trois, cette fierté que nous avios pour elle et qui peut-être lui donnerait des ailes. Pour ça, je l’ai remercié et remercié encore. Pour cette journée entière et toutes les douceurs qu’elle m’avait apportée.

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mercredi 15 octobre 2014

le champ des garçons

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Pendant que leu grande sœur part danser, les trois petits garçons ont maintenant pris l’habitude des après-midi passées avec leur copain du mercredi. Quand je les ramène du théâtre, ils courent dans le champ sans rien me demander, même pas l’heure du goûter. Quelquefois, ils s’en vont vélos et trottinettes sous le bras, quelquefois, l’idée d’escalader le grand arbre tout au bout du champ leur fait oublier les courses en deux roues. Ils disparaissent en tout cas, ne revenant que bien plus tard, les chaussures et les pantalons trempés. Mais ils ne réapparaissent que rarement tous ensemble, échappant ainsi à mes tentatives de les ramener vers le goûter. Si deux d’entre eux reste en bas, ils sont sauvés. Il faudra de toute façon quelqu’un pour redescendre chercher ceux qui ont préféré rester au ruisseau ou avec les chevaux. Ils ont faim, ou soif, ou ils sont fatigués. Il se peut aussi que l’un d’entre eux vienne me crier l’injustice don il est la victime. Forcément, le jeu qu’il avait choisi était beaucoup mieux, mais les autres n’ont pas voulu, les autres n’ont rien compris. « mais pourquoi c’est à l’invité de dire ce dont il a envie ? » Cet après-midi, je les ai suivi pour découvrir les « milliers de champignons » qu’ils voulaient me montrer, quelques rosées des prés que les chevaux e l’ânesse n’avaient pas foulés. Et puis j’ai tenté d’apaiser une guerre d’influence entre deux frères devenus ennemis et je me suis bien amusée, les pieds plantés dans la boue. Pour le goûter, nous avons trouvé quelques gâteaux dans le placard à goûter. Tant pis, ce ne serait pas une après-midi pâtisserie. On ne peut pas tout faire après tout. Quand Blanche est rentrée, il faisait presque nuit et le copain du mercredi était parti. Elle a repris sa place dans la fratrie, plutôt chef de bande que moussaillon.  Je ne sais pas ou sont passés les jeans plein de boue, je n’ai pas vu les chaussures non plus mais les enfants se sont en pyjamas tous seuls et nous avons préparé deux gigantesques crumble.

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mardi 14 octobre 2014

du piano à quatre mains

 

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Hier soir, je suis rentrée très tard, dans un brouillard épais, j’ai cherché le bord de la route, j’ai roulé sans beaucoup de repères. Hier soir, je suis rentrée d’une réunion au-delà de minuit. Les enfants étaient endormis, je ne sais pas s’ils ont senti mes baisers. J’ai encore veillé, impossible de  laisser le sommeil m’emporter. Ce soir, j’ai fini de travailler tard, un peu trop tard, mais c’était encore  bien avant la fin du jour. J’ai repensé à  ce matin, à notre chemin vers l’école, mes trois petits garçons à l’arrière « plus fort la musique maman ! » et leur au revoir un peu plus émus que les autres jours dans la cour,  à nos « amuses-toi »  croisés, comme un joyeux chant de guerre. j’ai repensé  la table du petit-déjeuner pas débarrassée, aux cernes qui commencent à se creuser. J’ai traversé les mêmes villages que les autres jours, j’ai savouré la lumière d’octobre, celle qui mélange le rose au doré, j’ai ouvert la fenêtre pour sentir l’herbe trempée, j’ai aimé avoir froid. Un peu froid. J’ai retrouvé mes repères, cette grosse ferme bourguignonne suis m’a toujours fait rêver et ce grand carrefour qui me dit que je suis presque arrivée, le petit village juste avant le mien, la ligne droite, le chêne au milieu du champ qui ressemble à un dessin d’enfant.  Et puis je suis arrivée chez moi. J’ai entendu « maman ! » et j’ai laissé des petites mains pleines de chocolat m’entourer. Mon pantalon avait fini sa journée. J’ai eu envie d’un thé.   Ce soir, j’ai lu quelques histoires après avoir écouté les récits de la journée, j’ai fait quelques baisers et chanté cette histoire du petit oiseau qui tombe de l’oranger « maman, t’as oublié veux tu te soigner ! ».   Ce soir j’ai fait du piano à quatre mains et pour Noël, on s’est promis toutes les deux d’y arriver. Ce soir, je vais vite éteindre la lumière pour retrouver toutes les histoires que le ciel veut bien me raconter à travers la vitre au dessus de ma tête et je me laisserai guider par elles jusqu’aux portes du sommeil.

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lundi 13 octobre 2014

d'abord, il y a l'idée

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Pour la première fois de ma vie, je n’arrive pas me faire à l’idée. Dans quelques jours, j’aurai quarante-quatre ans. Quarante-quatre, on dirait un âge sans aspérité, et pourtant, c’est le vertige que je vois. Pour la première fois, je ne sais pas si j’ai  envie de passer de l’autre côté. Est-ce que je serai de ceux qui passe leur journée d’anniversaire le regard vers leur chaussure, en longeant les murs ?  Je ne sais pas ce qui me fait peur, peut-être cette sensation d’avoir si peu de temps à marcher sur le fil, peut-être cette impression que tout devient fébrile.  A vrai dire, je n’avais pas prévu ma vie après cet âge là, je ne m’y voyais pas. Pour la première fois, j’ai peur de l’âge qui s’inscrit sur le calendrier, j’ai peur et je crois que j’aime ça. J’entends mon cœur battre du bout de mes doigts au bout des mes chaussures mais je ne sais pas quoi faire de ce rythme qui s’accélère ? et si je laissais le temps faire ? et si je laissais le temps décider ? Je veux continuer à rire quand un de mes enfants me dit « maman, je ne sais pas quoi faire ? » moi je sais, et je n’aurais pas assez de temps pour le faire. Je veux continuer à rêver à tous mes possibles, je veux aller à la mer et sentir le sel qui me brûler, je veux encore me trouver jolie, je veux me l’entendre dire, je veux que la curiosité l’emporte, toujours, je voudrais que ça ne s’arrête jamais, je voudrais ne jamais me sentir fatiguée, ou juste de temps en temps épuisée, à bout, pour cette sensation de l’abandon. Quarante-quatre ans, si j’avais su ça, si j’avais deviné l’effet que ça fait. Je n’y avais jamais pensé, je ne l’avais jamais envisagé. C’est peut-être bien après tout. Allez, dites moi celles qui sont déjà passées par la ! Et puis non, ne me dites rien, je veux découvrir, je veux que le mystère soit gardé. Quarante-quatre, ce n’est pas très joli à écrire, mais c’est rond et piquant à la fois. Il me reste quelques jours pour m’y faire, me le répéter. J’hésite entre vertige et peur, il me reste quelques temps pour me décider à mettre de jolies chaussures et porter le regard fier le jour de mon anniversaire.  

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dimanche 12 octobre 2014

à l'assaut du ciel ciel, un gâteau et un bain

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C’est comme un vrai dimanche, un jour qui commence au milieu de la matinée avec un petit déjeuner préparé par des petites mains appliqués et un réveil chuchoté « mais non, ne va pas réveiller maman, je te dis. ». C’étiat comme un dimanche, un jour où tout le monde fait ce dont il a envie, « maman, tu viens regarder le prophétie des grenouilles avec nous ? », Un jour où je dis oui parce que j’e ai envie, un jour où, après le déluge qu’annonçait les grenouilles, je décide de prendre un bain en plein milieu de l’après-midi, un bain à l’huile parfumée sans me dire que je suis pressée. Un bain en plein milieu du jour sans même me sentir obligée de fermer la porte à clé. Parce que tout le monde est occupé. Dehors, il y a des cerf-volants qui essaient de s’envoler et dedans, un gâteau breton qui se prépare en secret.  C’était comme un vrai dimanche qui mélange le parfum des huiles de beauté avec celui de la cuisine, une grande fille qui me regarde me coiffer puis essayer mon nouveau rouge à lèvres en essayant mes conseils de fille, délice de fin de dimanche dans une salle de bains embuée. C’était un vrai  dimanche qui me laisse le temps de préparer l’invitation que j’avais oubliée. Un petit carton pour l’anniversaire de Georges, le premier avec ses amis, quatre filles et un garçon, « et un gâteau à deux étages, tu pourras tu crois ? » C’est comme un dimanche d’automne encore à l’heure d’été qui se permet encore un peu de rab’ parce qu’il fait beau et doux et qu’il faut en profiter. Du soleil et du vent qui souffle sur nos envies pour la semaine qui s’annonce. Les bains et  le dîner, du coup un peu pressés, mais les vacances vont bientôt arriver. Du potiron pour le dîner, et puis le gâteau qui n’est plus un secret. C’était comme un dimanche dont le lundi ne sera pas gris, un jour de repos et de gourmandises, un jour tissé tricoté de petits plaisirs mêlés, nous laissant croire que les jours qui viennent pourraient aussi lui ressembler, si nous en avons vraiment envie, si le cœur nous en dit.

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samedi 11 octobre 2014

après le marché

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C’était un samedi matin piano et marché, une petite matinée entre filles qui petit à petit, prend des allures sacrées. C’est notre samedi, Notre heure de cours chez Marcia sur le grand piano noir, et pour moi a essayer de déchiffrer le New-yorker quand je en lis pas. Et puis notre balade en ville avec ses arrêts obligés. Nos quelques minutes de flâneries à la librairie, le pain et le jambon cru à l’épicerie, les fleurs au marché et plus si affinités. Les premiers samedis du mois, le panier est plus plein et s’offre quelques fantaisies. Mais panier plain ou pas, notre pas est toujours léger et nos mains nouées. Blanche me raconte sa semaine, ses amies, sa vie de collégienne, par bribes, elle s’aperçoit de mon travail ici, celui d’élue, celui qui me prend nos lundis soir. Je rencontre des gens qu’elle ne connaît pas, je ne parle jamais longtemps. Notre balade est pour elle, pour elle est pour moi. Le retour en voiture fait partie intégrante de cette matinée. Nous continuons nos discussions et c’est elle qui choisit la musique que nous écoutons. Que ce soit elle ou moi, nous tournons le bouton au moment d’arriver dan la forêt. Quand je le peux, j’ouvre la fenêtre en grand, jusqu’au dernier arbre, jusqu’à l’autre côté de ce bois touffu, jusqu’au panneau qui nous indique l’entrée du village. A notre arrivée, une nuée de petits garçons sautent sur le panier pour y chercher ce que nous avons ramené. En plus d’un ou deux trésors de librairie, il y a toujours de quoi préparer notre pique-nique du samedi midi. Aujourd’hui, il s’est mis à pleuvoir après le déjeuner et l’après-midi s’est étiré sur les canapés. Pendant que les deux grands garçons étaient invité à un anniversaire, Blanche  se promenait partout son livre entre les mains, Georges avait envie de lire lui aussi et je cherchais la musique qui accompagnait le mieux cette flânerie. Je ne me suis pas aperçue que la pluie s’était arrêtée, qu’il était temps d’aller chercher les garçons, que le samedi était en train de filer, la nuit est très vite arrivée. Je n’avais pas réalisé que les jours ont tant rétréci ces temps-ci.

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vendredi 10 octobre 2014

le rouge de la chaudière

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Le jeudi avait été long, joyeux et parisien, le vendredi fut ancré les deux pieds dans la terre d’ici. Mairie le matin et communauté de communes l’après-midi. Il a plu toute la journée et j’ai couru un peu, soufflé sur les braises qui entraînent le moteur du tourbillon. J’étais presque à l’heure pour la sortie de l’école et Georges n’a même pas remarqué que j’avais couru pour venir le chercher.  Nous sommes rentrés à la maison pour prendre le goûter mais le téléphone a sonné parce que la chaudière de la salle des fêtes ne marchait plus. Soirée dévorée par une chaudière rouge et ventrue qui avait décidé de ne plus fonctionner le jour ou la salle est louée. Il était dix heures du soir quand j’ai retrouvé la maison après mon dernier aller-retour à la mairie, et je me suis préparé une tisane sans même vérifier le parfum inscrit sur le sachet que je choisissais. La pluie m’avait trempée et n’importe quelle eau chaude m’aurait convenue. Les caprices de chaudière mis de côté, une partie de moi avait adoré cette journée pleine à craquer, avec cette sensation d’efficacité. A cette heure-ci, les enfants s’étaient endormis et comme tous les vendredi soir, j’étais seule avec eux ici. J’ai laissé les derniers souvenirs de la journée se mélanger, laissé s’exprimer le brouhaha des souvenirs immédiats avant de laisser le silence étouffer tout ce fracas. Il m’a fallu encore un peu de temps pour savourer l’idée du vendredi soir et laisser mes bras retomber de chaque côté de mon corps. Souffler et me sentir aussi lourde que je l’étais. Demain serait un autre jour et demain ne souffrirait d’aucune obligation, à part cette leçon de piano qui me réjouit autant qu’elle réjouit Blanche, une leçon à quatre mains avec une petite promenade au marché après. A cette heure-ci les enfants dormaient et je me suis levée pour leur faire un dernier baiser. Un baiser sur ces joues ensommeillées qui semblaient toutes si apaisées. Demain, j’aurais du temps pour eux, ce temps pour rien, si précieux, surtout quand je peux le partager avec eux.

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jeudi 9 octobre 2014

maison Bastille

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Ici, quand on part à Paris, il faut se lever bien avant le jour, faire la route très tôt vers une gare au milieu de nulle part  et monter dans le train pour arriver gare de Lyon une heure et vingt minutes plus tard. Aujourd’hui c’était une formation d’élue Au sous-sol d’un bâtiment sur les quais de la Seine et je partais avec une amie qui travaille avec moi. Nous nous sommes offert le trajet en bus, comme un délice et quelques pas sur les quais, le nez au vent et la tête au soleil. Et puis j’ai pris des notes, et puis j’ai appris, j’ai tenté d’écouter, d’étouffer mes souvenirs d’élèves dissipées, nous sommes reparties toutes les deux plaines d’entrain et d’idées, décidée à profiter des quelques heures qui nous restaient avant de prendre le train qui nous ramènerait chez nous. J’avais une idée précise de l’endroit où nous irions prendre un thé, parce que j’avais suivi le projet de Marie, parce que j’avais rêvé avec elle et tellement cru à ce rêve. On ne dit plus salon de thé, on ne dit pas bar, on ne dit pas restaurant non plus, alors je dirai bien endroit charmant tant j’aimé aimé me retrouver assise à une des tables de Maison bastille au milieu de la ville et à l’abri du bruit. Il ne m’arrive pas souvent ici de parler d’un endroit comme celui-ci, d’en dire du bien à ce point, et il m’est difficile ici, de vous décrire le gâteau au chocolat, mais j’ai suivi cette aventure avec une admiration folle pour cette femme-là, qui lâchait son activité professionnelle pour plonger dans son rêve et faire de ce rêve une réalité, les pieds sur terre et les mains aux fourneaux, le cerveau dans les comptes et le mot décidé, la détermination de Marie m’a toujours fait rêver et le thé que j’ai partagé dans ce délicieux endroit de la rue Amelot avec une sœur et des amies avait le goût fort et sucré du rêve abouti.  A l’intérieur tout est blanc et doux et je me suis sentie assez à l’abri, de l’autre côté de la grande vitrine, pour regarder les passants en livrant quelques unes de ces confidences qu’on ne laisse filer que lorsqu’on se sent dorlotée.

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mercredi 8 octobre 2014

histoires du jour, histoire du soir

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Ce matin, je l’avais quitté sans me retourner mais j’avais longtemps entendu ses sanglots. Cette semaine, je suis plusieurs fois rentrée beaucoup trop tard pour l’embrasser à l’heure du coucher. ce midi, il avait hurlé « maman ! » en se serrant contre moi au moment de mon arrivée. Alors cet après-midi, une fois Blanche partie à la danse avec son père, une fois Marcel embarqué chez un copain de classe et Aimé déposé à son premier cours d’expression corporelle, nous nous sommes retrouvés tous les deux, rien que tous les deux, pour prendre un petit peu du temps qui nous avait manqué ces derniers jours. D’abord, il m’a tenu la main pour traverser notre jardin, puis il a choisi un livre, puis il a choisi un autre livre. Il m’a dit « oh chouette, on va écouter de la musique » . Nous avons décidé tous les deux de faire un gâteau pour le dessert et il m’a dit « comme ça on s’entraîne pour le goûter d’anniversaire avec les amis. » Il est parti chercher le livre de recettes mais je lui ai dit que j’avais déjà cette recette dans ma tête. Il  voulait du chocolat et nous avons rajouté des pommes et des raisins secs, il a tout mélangé et même fait fondre le beurre, il n’a presque pas eu besoin de moi , à part peut-être pour lui apprendre à battre les blancs en neige sans les casser. Pendant qu’il mélangeait, nous discutions de la vie à l’école et de ce fameux anniversaire  « tu crois qu’on peut aussi inviter les maîtres ? » Georges me parlait des chansons qu’il avait apprises et je découpais le papier sulfurisé.  J'ai laissé de la pâte au fond du saladier et il m'a dit, d'ai air inquiet "maman, c'est pas grave si j'en ai plein mon gilet?" Il faudrait bientôt aller rechercher Aimé, Marcel et nous replonger dans la soirée. Avant de repartir, nous avons vérifié la cuisson du gâteau et mon petit garçon a de nouveau glissé sa main dans la mienne avant de mettre ses pas dans les miens. Nous avons encore discuté sur le petit bout de route qui sépare la maison du cours de danse et quand j’ai pris un monsieur en stop pour le rapprocher du village où il se rendait, Georges lui a dit « ma maman s’appelle Marion vous savez. » Puis il a retrouvé ses frères, sa sœur, et sa place à table pour le dîner. Puis il est monté se coucher et il m’a demandé « maman, une toute petite histoire s’il te plaît. » et alors j’ai craqué.

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mardi 7 octobre 2014

on y sera demain matin

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Allez, on s’en va, on va voir la mer. On n’est pas d’ici, on peut s’en aller, on verra là-bas, on prend juste de quoi tenir quelques jours, un pull chacun, les doudous préférés, des livres et des oreillers. Si on part tout de suite, on y sera demain matin. Je téléphonerai de la route, j’expliquerai à l’école, peut-être même qu’on pourra encore se baigner, nager jusqu’aux bateaux et retour, se lécher la peau pour y retrouver le goût du sel et sentir nos petites blessures se réveiller. Puis dormir, dormir comme on dort seulement au bord de la mer.  On le trouvera cet endroit ou on pourra regarder les vagues venir se fracasser sur les rochers. . Et si c’est la pluie qu’on trouve au bout du quai, se sera beau, se sera encore plus fou, on se tiendra dos au vent pour avancer plus loin. Quand est-ce qu’on rentre ? je n’en ai aucune idée, quand on en aura envie, quand on sera lassé, quand on nous aura rattrapés. On va écouter de la musique pendant tout le trajet, on se racontera des histoires aussi, des histoires qui font peur, des histoires qui font pleurer. je vous dirai un secret. Nous on ira bien, on aura envie de rigoler. On traversera des kilomètres de forêts, on roulera la nuit comme vous aimer, on regardera les petites lumières dans les petites maisons allumées. L’océan demain matin, je connais la route, je peux conduire jusqu’au bout, je ne suis pas fatiguée, je dormirai quand on sera arrivé. La voiture est toute petite ? oui mais là-bas, on pourra crier comme on voudra , la-bas, ce sera bien assez grand pour nous. J’annulerai les réunions, je crois que j’y sois ou pas, ça ne changera rien vous savez. Et peut-être même que personne ne s’apercevra que je n’y suis pas.  Au travail je ne dirai rien, ou je les appellerai une fois là-bas. Personne ne pourra plus rien une fois qu’on y sera. Amis pas nous, on n’aura pas intérêt  regretter.  Est-ce que c’est interdit ? je ne crois pas. On fait comme on en a envie, ça vous dit ? Allez, enfilez vos pyjamas, prenez un ou deux litres de lait et on y va. Je ferme la porte derrière nous.

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lundi 6 octobre 2014

du petit lait

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C’est le premier jour de la semaine et j’ai déjà besoin des souvenirs de la veille. Une petite fille et son âne, un dîner, le poêle allumé, les gâteaux et la blanquette de veau. J’ai besoin de la caresse de ce souvenir très récent pour me tenir chaud. Pourtant je ne m’ennuie pas, pourtant j’ai des tonnes de choses à faire. Mais j’aimais bien cette parenthèse d’automne, J’étais même ravie  que la pluie ne veuille pas s’arrêter, qu’elle nous garde chez nous. Repos forcé avec le bruit de ses gouttes qui venaien t s’écraser sur les carreaux.  « J’ai tellement aimé ce dimanche », lui ai-je dis au moment ce dîner. Pourtant, il ne s’était rien passé de particulier et j’ai même dû crié plusieurs fois, lassée de devoir demander aux enfants de ranger. Joséphine est restée avec nous pour dîner et je ne l’ai ramenée à son train que ce matin en partant travailler. Il y a longtemps, très longtemps, je me serais moi-même étonnée  d’être si convenue, attendue. J’ai aimé le dimanche et le samedi qui l’a précédé parce qu’il ne s’y est rien passé de particulier, parce que j’ai pris goût à la vie ordinaire, à la répétition des jours, au ronron rassurant des semaines, parce qu’il me suffit de savoir tous nos enfants réunis un soir chez nous pour trouver la vie réjouissante et pleine. Je ne me défais plus de mes accès de mélancolie, ils sont tellement fertiles. Il ne faudra rien oublier même si tout n’est pas écrit. La vie que nous avons composée autour de nos envies, les mauvais coups et les mauvaises plaisanteries. Samedi j’ai retrouvé les cours de piano et j’ai feuilleté la première édition de The Family of Man daté de 1952, le noir et blanc des photos et leur aspect presque métallique, les noirs très noirs et les blancs cassés. je vais m'y replonger un peu chaque soir. On me l’a prêtée pour quelques jours. J’ai envie de lire. Je Pourrais ne faire que cela de ma petite  vie. Lire, écrire, écouter. Regarder. Regarder tomber la pluie, regarder tomber la nuit. Regarder le jour se lever.  Mais il y a la vie en vrai, celle qui m’oblige à repartir le lundi. Alors je repars, tant pis pour les rêves éveillés, tant pis pour la pluie et la boue, tant pis pour les bouquets de pensées et les petites billes d’argent sur le glaçage au chocolat des quatre ans. Un jour, on  m’a dit agacé « chez toi c’est tous les jours dimanche » mais chez nous il y a des lundi. Chez moi aussi, mais ils ont ce goût si particulier de lendemain de jours heureux, de ces jours qui suivent la fête. Repus, un peu fatigués, encore gorgés de ce lait qui fait la vie belle.

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dimanche 5 octobre 2014

un jour d'anniversaire

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Le petit garçon avait attendu et attendu encore, attendu longtemps avant qu’on veuille bien lui fêter son anniversaire. Du lundi, le vrai jour, au dimanche d’après. La pluie qui n’avait pas cessé de tomber de la matinée avait ruiné nos espoirs de déjeuner dehors et puis, finalement, tout le monde avait semblé se réjouir d’une matinée passée dans une maison toute entière envahie de parfum de blanquette et de cake d’automne. Après que j’ai eu mis la viande à mijoter, Georges m’a demandé s’il pouvait choisir son gâteau « c’est mon jour après tout » et m’aider à le faire. Il s'était habillé tout seul pour l'occasion, " tu vois comme je suis beau maman!". Il voulait « un cake sucré »  et acceptait l’idée d’y glisser quelques écorces d’oranges confites en plus des raisons secs auxquels il tenait. C’était aussi d’accord pour la vergeoise brune et une pincée de cannelle. » Il mélangeait tous les ingrédients tout seul et me demander juste d’enfourner. Joséphine dressait la table en suivant les indications du petit garçon, une nappe rose, un bouquet et des assiettes de fête, et la blanquette était presque prête. Dehors, il pleuvait encore et c’était le moment de faire fondre le chocolat pour glacer le dessert. Quelques boules argentées, des fleurs parsemées et les quatre bougies magiques qui se rallumeraient pour faire durer le plaisir. Les invités de Georges frappaient à la porte, un panier chargé de cadeaux dans les bras. Georges accueillait sa nounou en lui sautant dans les bras et s’installait au milieu du canapé pour ouvrir ses cadeaux. Un paquet, puis un autre, un autre encore, une couverture à paillettes, comme il l’avait demandée, un sabre laser, des petits pirates et des dessins pour lui, des animaux de la forêt et des jeux d’ombres pour raconter des histoires et un petit chien en peluche tout de suite désigné comme « doudou préféré ». «  C’est vraiment un beau jour » nous disait il en allant s’asseoir à table pour souffler ses bougies. Personne n’était autorisé à l’aider à souffler. Une fois, deux fois, trois fois, les petits feux des quatre ans se rallumaient et puis la petite voix annonçait « ça y est, je crois que cette fois c’est fait. »

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samedi 4 octobre 2014

une nuit au château

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Nous avions visité ce château pour les journées du patrimoine et décidé d’y revenir puisqu’il nous promettait une visite de nuit, toutes bougies allumées. Et puis Joséphine ne nous avait pas accompagnés la première fois et ce soir, elle faisait partie du convoi. Une route à la nuit tombante, la promesse d’un château illuminée, d’une soirée qui ressemble à une fête et d’un dîner forcément tardif. Il avait fallu se couvrir, s’habiller pour affronter la nuit. « on ne sait jamais ». Sur le chemin, nous avions passé en revue tous les châteaux visités et puis nous étions arrivés au moment où le jour s’enfuit, la grande allée bordée de torches nous invitait à nous diriger vers le portail d’entrée. Il y avait des bougies dehors et des bougies dedans, des messieurs habillés en laquets, un tout petit théâtre à l’italienne qui accueillait un tout petit et délicieux concert, une chapelle et les grandes serres elles-aussi éclairées aux bougies, des enfants aux yeux écarquillés et des adultes aux yeux d’enfants »oh là là, comme c’est beau regardez là aussi c’est allumé ! », du vin chaud servi sur la terrasse du château et un cerf empaillé éclairé à la torche électrique. Il y avait notre envie de monter le grand escalier pour visiter le reste du château, là où vivent vraiment ses occupants, la musique qui accompagnait notre visite et nos rêves de dîners dans l’une des grandes salles à manger. Gibier ou navarin d’agneau, en laissant mes oreilles traîner, j’apprenaient qu’un cuisinier était là à demeure et qu’il avait carte blanche pour tous les repas qu’il préparait au château. Nos rêves de grandes fêtes nous reprenaient, le privilège pour tous et du navarin d’agneau dans toutes les écuelles. Les petites bougies continuaient à se consumer dans la nuit noire et le grand parc devenait inquiétant et mystérieux. Encore un regard vers le château puis nous rentrions tous entassés dans la petite voiture. Il restait des kilomètres de forêt à traverser et pour attendre le dîner, il nous restait à nous raconter des histoires d’ours et de loups « mais t’en fais pas, on n’en a jamais vu ici. »

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vendredi 3 octobre 2014

la vie facile

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C’est une veille de vrai week-end, une amie qui arrive dîner par surprise et, pour les enfants, une grande sœur qui revient enfin à la maison. C’est encore quelques heures d’été, du jardin et du potager et la vie qui paraît de nouveau si douce ici. Crumble géant aux poires cueillies dans le pré et poulet mariné aux épices, encore meilleur que la dernière fois. Ce sont des devoirs faits le vendredi soir pour être tranquilles après et des enfants qui disparaissent à la rivière. C’est une ânesse qui arrive pour nous demander une caresse et un peu plus tard une bougie allumée. C’est cette sensation d’avoir tout le temps et les enfants qui profitent du dîner des adultes pour se faire oublier au premier. Souvenir de petite fille quand mes parents recevaient. Ce soir, c’est nous qui avons fait semblant de ne pas entendre qu’ils n’étaient pas encore couchés. Il fait nuit de plus en plus tôt mais je crois que nous sommes prêts pour l’automne, j’ai refermé la porte quand il s’est mis à faire plus frais. C’est la légèreté du vendredi soir, derniers soupirs de fin de semaine, le lundi est encore loin. Demain, nous retrouverons nos leçons de piano et nous ferons un tour au marché. Demain, nous aurons de quoi occuper notre samedi, il paraît que ce sera le dernier jour de beau temps. Alors ce soir, pour être sûrs, on est allés faire un bouquet, on est allés voir les dernières tomates au potager. Ce soir, j’ai pris un thé sur le muret en regardant le jour baisser puis j’ai allumé toutes les lumières de la maison. Ce soir, j’ai cherché une tenue confortable et jolie, j’ai rangé mes talons, j’ai mis de la musique et chanté un peu. Je ms suis dit que mes semaines se termineraient toujours par des vendredi, quoi qu’il advienne de notre vie. Notre invitée est arrivée,  Joséphine aussi, comme j’ai aimé retrouver ma grande fille, le vin était bon et le dessert copieux. La vie me paraît si facile le vendredi, comme si toute la vie devant nous n’était qu’une suite de dimanches et de samedis. C’est aussi simple et c’est si bon. Froid dehors et chaud dedans. Avant de monter me coucher, j’ai fait du pain pour demain matin.

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jeudi 2 octobre 2014

laisser décanter l'automne

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Ça y est, c’est octobre, ce mois qui me met dans tous mes états, ça y et, c’est l’automne qui me fait frissonner. C’est octobre qui me fait vaciller. Et pourtant, ça ressemble encore tellement à l’été, le chèvrefeuille et le romarin du jardin. les enfants me parlent déjà de nOël même si tous les anniversaires ne sont pas encore passés ; Octobre est là et je voudrais encore retenir un peu de l’été, un peu de mes quarante-trois ans. Je ne suis pas si vieille après tout. Je voudrais une très jolie robe et des chaussures neuve à mes pieds. ca y est, ce soir, nous avons mangé notre première soupe de chataîgne et c’était délicieux, nos bols seront bientôt remplis de potirons et nous rallumerons le poële comme samedi dernier. Je me répète que les jours plus courts, ce sera bien, aussi, un autre vie, et qu’avec un peu de chance  l’énergie que j’ai puisée cet été m’aidera à traverser les mois qui viennent. Il y a des histoires à écrire, les commandes sont passées et mon clavier me taquine. Oui, je vais y arriver. IL y a des projets flous, fous, et la peur du vide. Et puis cette envie de tout oublier un moment, laisser la vie décanter quelques jours,rejoindre Paris  et tournoyer, voler de rencontres en rencontres pour avoir envie de rentrer. Retrouver ce que j’aime ici, ce que n’ai pas envie de quitter, ce qui m’attache à la vie, ce qui me fait rire aux éclats, ce qui m’empêche d’avoir trop peur, même en ce moment, ce qui me fais crier « mais tu sais, il y a la vie et pour moi, la vie sera toujours plus forte que tout. » J’ai peur de l’automne, j’ai peur de ce mois que j’aime, j’ai peur de devenir vieille, j’ai peur de me laisser décvorer par la nostalgie. J’ai pris rendez-vous chez la diététicienne. J’ai peur de moins aimer Noêl, j’ai peur qu’il ne comprenne pas que je l’aime. J’ai peur de ne pas réussir à écrire cette histoire. Je voudrais pouvoir dire « je ne vais pas y arriver » comme je l’ai crié à chaque fois que mes enfants sont nés et sentir tout près une force qui me souffle que si, une main qui se pose sur mon épaule pour me dire que je ne me trompe pas, que le chemin est là.

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mercredi 1 octobre 2014

du dimanche dans les mercredis

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Je ne rêve plus de mercredi paisibles et j’apprends juste à cueillir les moments qui peuvent être savourés. A partir de la semaine prochaine, il faudra, une semaine sur deux,  faire rentrer un cours de danse contemporaine dans le programme déjà plein à craquer de nos après-midi. Mais Aimé a envie d’essayer alors nous glisserons un voyage supplémentaire dans un des villages voisins entre le théâtre et la danse classique de Blanche mais je n’abandonne pas l’idée de prendre vol quelques uns des moments que je chéris, une promenade sur un chemin de campagne ou un gâteau pour le dîner. Nous devrions y arriver. Aujourd’hui, Blanche m’a accompagnée dans notre chambre pour une petite sieste de début d’après-midi, une de ces siestes très courtes qui permettent de retrouver l’énergie sans se sentir ramollie après. C’était si doux de la sentir s’assoupir aussi, d’entendre le battement de nos cœurs se rassembler. « maman, il est deux heures et demie passer » Georges a veillé à ce que nous ne dormions pas trop longtemps. Au rez-de-chaussée, toute la maison sent le coing et les lumières d’automne commencent à s’installer. Les enfants ont de la chance d’avoir un papa du mercredi, un papa le mercredi qui fait les allers retours, comme les autres jours et qui me laisse profiter de cette maison que je ne vois pas assez. Quand il est revenu du cours de théâtre avec les garçons, j’arrachais avec Blanche les ronces qui menacent d’étouffer le pied de vigne. Quand il est parti avec Blanche à la danse, j’ai proposé à Aimé de mettre quelques gouttes de bergamote dans notre gâteau d’aujourd’hui, très vite rejoints par Georges puis Marcel. Et puis nous avons écouté Bach et alors Marcel s’est mis à danser. Nous avons entendu les chasseurs dans le pré et je me suis rappelé que nous avions entamé le premier jour de l’automne. IL fait si beau que c’est presque étrange de le savoir déjà là, et pourtant les premières feuilles commencent à tomber. Le mercredi, c’est aussi le jour des fleurs, celui des baies, celui qui m’offre le temps de faire un bouquet, des roses et des herbes parfumées qui tiendront jusqu’au week-end, et peut-être au delà.

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mardi 30 septembre 2014

baignés d'or

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C’est au petit matin ou e soir, quand tout d’un coup, la lumière nous intime l’ordre d’arrêter tout ce qui nous occupe. On sait que ça ne reviendra plus, que c’est un instant qui ne se reproduira plus jamais, jamais exactement. Quoi qu’il nous arrive, quoi ne nous décidions, c’est une des choses que nous avons réussi à transmettre à nos enfants. Le gout de la lumière et celui de l’instant. Ça peut être au milieu d’une soirée trop chargée, la lumière peut venir se poser, comme hier, sur  un matin d’école qui ne laisse de temps pour rien, elle fait voler nos contraintes et nos obligations. LA parenthèse n’est jamais longue mais nous attrape un moment et nous rassemble dans un souffle d’admiration. ET tout d’un coup, il n’est plus besoin de leur expliquer pourquoi nous avons choisi de nous installer ici, tous engloutis par l’évidence de l’endroit et du moment, nous laissons les cartables et les peurs à nos pieds, pour goûter à cet unique instant. Je ne saispas ce qu’ils feront de cet apprentissage, de cette capacité que nous leur avons donnée, je ne sais pas s’ils sauront la garder, je ne sais pas si, comme moi, il leur apparaîtra qu’il s’agit peut-être bien de notre trésor de famille. Tout arrêter pour sortir dans le jardin et se plonger dans l’instant, faire corps avec ce qui nous entoure, quand je regarde mon petit garçon de quatre ans savourer, je savoure à mon tour. C’est notre devise depuis longtemps « regardez cette lumière ! » et  si l’un de mes enfants devenait insensible à la beauté de l’instant, je crois que je plongerai dans une infinie tristesse avant de me résigner. Non, ils ne sont pas obligés d’aimer ce que nous aimons, leurs émotions seront les leurs e beaucoup de leurs plaisirs me seront étrangers. Certains le sont déjà et je m’amuse souvent de ces étranges composition de couleurs et de goûts. Mais pourvu qu’ils gardent à l’esprit que  ces instants inondés de lumière et suspendus dans le temps constituent l’un des socles de leur histoire. Pourvu qu’ils se souviennent longtemps de l’évidence et de la force que nous donnaient à tous ces petits matins baignés d’or.

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