nuage noir et chaises longues rayées
On nous annonçait de la pluie toute la journée. Je me suis couverte quand je suis partie marcher, toute la maison dormait. Pas une goutte de pluie. J’ai cueilli des roses et du feuillage dans la haie, suivi le chemin presque quotidien puis je suis rentrée pour prendre un café et retrouver des enfants à peine réveillés. Le soleil s’est même mis à briller et nous sommes sortis pour voir le jardin. Les lupins, sont comme les dahlias, des fleurs que je n’imaginais que dans un potager. J’ai cherché un balai alors Aimé m’a demandé si je me mettais au « grand ménage de printemps ». J’ai trouvé que ce n’était pas une mauvaise idée et je me suis mise à chasser toutes les toiles d’araignées que j’apercevais. La moitié des armoires de la maison sont triées et rangées, il me reste du temps avant l’été pour l’autre moitié. Dans le jardin, Georges conduisait le tracteur poussé par ses trois frères et sœurs. L’heure du déjeuner est vite arrivée et l’idée de saucisses et de barbecue a suscité des hourras que je n’attendais pas. « On se croirait au camping » criaient Aimé et Marcel qui manifestaient leur joie. Alors qu’Aimé nous répétait encore « on devrait faire ça plus souvent », Marcel nous expliquait qu’en Grèce, quand il serait grand, il n’aurait pas de femme mais beaucoup d’enfant qu’ils nourrirait tous les jours de saucisses grillées. C’est Blanche qui avait suggéré ce repas il y a quelques jours et elle ne boudait pas son plaisir. Nous discutions des vacances et rêvions au goût des tomates qui pousseraient bientôt de l’autre côté du muret. Comme le ciel menaçant semblait avoir oublié notre petit jardin, Blanche sortait les chaises longues et pour célébrer cette exceptionnelle journée, je leur apportais un verre de sirop de cerise avec une paille rayée. Nous aurions pu passer l’après-midi à regarder danser les feuilles du tilleul et savourer ce plaisir immense d'avoir gagné du temos sur l'orage que nous entendions gronder. Mais le gros nuage noir grossissait et je demandais aux enfants de replier l’été. J’étais trop prudente, la pluie n’est arrivée que bien plus tard dans la soirée.
photographies d'une exposition
Il avait fait cette route des dizaines de fois et hier après-midi, dans la voiture, j’imaginais qu’à chacun des ces allers retours, il avait pensé à cette fois-là. Nous avions suivi la construction de ce musée avec ses photographies, les enfants se souviendront toujours du récit de leur papa monté sur la grande grue des pompiers pour trouver une autre vue, j ‘avais aimé assister à la construction de ce musée par photographies interposées, du premier coup de pelleteuse à la visite des grandes pompes venues l’inaugurer. Deux heures de route pour une très particulière nuit des musées. Nous avons tous reconnu le grand bâtiment rond quand nous sommes arrivés, la queue de visiteurs était très longue mais elle avançait vite. Je pensais à l’émotion qui devait être la sienne, à voir toutes ces petites fourmis dans ce bâtiment qu’il connaissait par cœur et qu’il n’avait connu qu’occupé de travailleurs. Architecte, ouvriers, chefs de projets, archéologues et historiens, il nous racontait encore et Blanche nous disait son impatience à visiter le camp romain. Un monsieur s’est avancé pour dire que le premier ministre, photographe à ses heures, avait beaucoup aimé les photographies. Son directeur de cabinet aussi. Forcément flatté, aujourd’hui, c’est à ses enfants que le monsieur des images avait envie de les présenter. Nous sommes passés sous les combattants de pierre, romains contre gaulois puis nous avons commencé la visite comme si de rien n’était. Je reconnaissais certains détails vus en images tant de fois, les enfants voulaient tout regarder et tout comprendre, les camps romains, les lances et les boucliers peints, « est ce que Vercingétorix ressemblait en vrai à l’image qu’on lui a donné ? ». Il y avait du monde dans les allées mais nous arrivions à nous faufiler pour regarder celui qui fabriquait les sandales des romains et cet autre qui nous montrait comment se monte un cote de maille. Nous avons regardé le tissage et les enfants ont chaussé des casques romains. Il croisait d’autres personnages aussi émus que lui, ceux qui avait construit ce grand rond de béton, électriciens ou maçon venus eux aussi montrer le chef d’œuvre à leurs enfants. C’est moi qui ai lu aux enfants le nom de leur papa, écrit en grand. Blanche et Aimé essayait de reconnaître les images qu’ils avaient déjà vus sur l’ordinateur, Marcel avait besoin d’un moment pour réaliser que c’est son papa qui était l’auteur de l’exposition et Georges le cherchait sur toutes les images exposées « ce sont des photos de ton papa » lui avait on dit. Je le photographiais avec ses enfants au milieu de ces grands panneaux pour qu’il garde un souvenir de ce moment dont il m’avait si souvent parlé. J’essayais d’imaginer l’émotion qui devait être la sienne, je m’appliquais pour qu’il puisse s’y replonger après ce moment si vite passé. Il faudrait revenir avec Joséphine. Après, il y a eu le moment sur le toit planté de bouleaux, le camp romain comme un vrai, l’attente de grand le feu d’artifice avec des « ahh » et des « ohhhh ». Nous venions de repartir quand Aimé nous a demandé « mais en fait, c’est Jules César ou Vercingétorix qui a gagné ? ». Il faudrait revenir. Bientôt.
entre les gouttes
C’était une journée pour essayer de se glisser entre les gouttes. Se reposer après la grande marche d’hier, ranger un peu, mettre en cartons les dernières affaires de bébé, 18 mois rangé. Dans l’armoire, il ne reste plus que les petites affaires en taille deux ans, taille enfant, se laisser aller à une bouffée de mélancolie et puis chercher la peinture verte pour peindre des chaises qui attendent depuis trop longtemps. Chercher une petite fille restée sourde aux appels du déjeuner, une petite fille qui s’était réfugiée dans le bureau pour trouver un peu de tranquilité et qui s’y est endormie. Continuer à peindre avec elle et rêver aux repas sur la grande table du jardin, quand on aura retrouvé les jours sans pluie, le soleil brûlant et l’ombre de la tonnelle sur les salades de tomates du potager. Profiter d’un moment de lumière doré pour aller visiter ces tomates au potager. Les lupins vont ouvrir et certains framboisiers n’ont pas supporté d’être transplantés. Se laisser surprendre par une grosse averse et appeler un out petit garçon qui a décidé de ne pas rentrer, trempé mais heureux de dire « non, non et non ! ». « Mais Georges reviens, tu vas être trempé ! ». Faire un petit tour avec Marcel vraiment trop content en ce moment de se trouver très grand et regarder Aimé se construire la cible qu’il accrochera dans le jardin pour utiliser son arc construit hier avec son papa. Se reposer encore et essayer d’oublier l’odeur de la peinture qui semble s’être glissée partout. Allumer une bougie parfumée et toutes les lumières pour se réchauffer. Peut-être qu’il faudra rallumer le poêle aussi si l’humidité continue à s’installer. Faire une compote à la rhubarbe et au beurre salé pour se rappeler qu’on est au printemps quand même et que ce week-end, on a encore le temps de cuisiner, le temps de lire et d’écouter des danses de Mozart et puis Dominique A. Souhaiter un bon-week-end à une jeune fille qui part fêter un anniversaire. SE répéter pour arriver à y croire, que dans un mois, Joséphine aura dix-huit ans et qu’elle sera en train de passer son baccalauréat. Se rappeler encore une fois, comme souvent ces jours ci, de son regard bleu et décidé quand elle est née. Elle aussi trouve que le temps a très vite passé. S’apercevoir que la menace d’orage semble s’être envolée et que la journée est très très avancée, qu’il est presque l’heure de dîner et que rien n'est prêt, ne pas avoir vraiment d’idées, ne pas s’inquiéter, se dire qu’on va trouver, parce que c’est avec du plaisir que cette journée doit se terminer.
une marche dans la forêt
Il faisait beau, c’était une condition nécessaire et presque suffisante. Je m’étais levée très tôt pour coudre cette petite blouse à laquelle je pensais depuis quelques jours. Je savais qu’elle plairait à Blanche et je me doutais qu’elle voudrait tout de suite la porter. L’idée de cette marche plaisait à tout le monde et après le petit déjeuner, Aimé et Marcel s’habillaient très vite puis cherchaient les chaussures les plus confortables possible. Blanche avait enfilé sa blouse neuve et remplissait sa sacoche de petites choses à manger « on ne sait jamais ». Joséphine hésitait puis partait avec nous. Nous nous sommes vite retrouvés tous les sept sur ces chemins de campagne balisés. La promenade que nous avions choisie annonçait huit kilomètres. Nous avons commencé à marcher dans la forêt. J'avais presque oubliés les parfums d'ici, l'humidité du bois, le résineux et le printemps partout. Quelques bouses de vache aussi.Georges demandait à monter sur nos épaules et Marcel courait loin devant nous. Personne ne semblait fatigué et nous profitions de cette proximité pour discuter des nouveaux ministres et des charmilles qui bordaient le chemin. Les instants de silence se faisaient rares et précieux, les enfants acceptaient de les respecter pour écouter le chant des oiseaux. Nous nous laissions doubler par des marcheurs plus expérimentés. Dans le champ juste à côté, il y avait la course d’un chevreuil à regarder. Marcel s’inquiétait à l’idée que nous soyions les derniers. La lumière était belle, à n’importe quel endroit de la forêt et Georges acceptait de marcher. Ses frères et sœurs continuaient d’un pas décidé. Ils avaient entendu parler de ravitaillement et voulaient s’y presser. Au bout du chemin il y aurait des rillettes et du fromage fort, du saucisson, des madeleines et du chocolat en carrés. Il y aurait à boire, nous avions faim, soif et envie de nous asseoir un moment. La ferme qui nous a accueillis n'était pas loin de la maison mais nous n'étions pas au bout du parcours. Le plus dur est de repartir mais ce qui nous restait à marcher semblait moins important que ce que nous avions déjà fait. Il ne s’agissait pas de renoncer et nous apercevions déjà la première maison. Les huit kilomètres devaient plutôt être dix mais les premiers signes de lassitude ne sont apparus qu’une fois la ligne d’arrivée aperçue. Après, il y a eu ce bâton de marcheur offert comme souvenir à chacun d’entre nous, le moelleux de la pelouse et la satisfaction d’être arrivés au bout, surtout pour les petits marcheurs, benjamins de la course sans aucune contestation. Aimé me demandait un verre d’eau et l’église sonnait quatre coups. Il y a cinq heures que nous étions partis de la maison.
des petits frères
D’abord il faut dormir, laisser la fatigue venir et se dissiper. Le week-end n’était pas commencé mais ce mercredi avait un goût de vacances très prononcé. Il y avait du théâtre et de la danse, des répétitions et la liste des spectacles de fin d’année. Il faudra faire un effort mais normalement tout devrait rentrer dans l’agenda du mois prochain. Cette fin d’année s’annonce mais elle n’est pas encore arrivée et ces quelques jours de devraient d'abord nous offrir du temps. Le potager nous donnera bientôt ses premières fleurs et nous pourrons peut-être manger quelques fraises des bois. Quelques framboises aussi, les framboisiers sont plantés derrière le four à pain. La carriole en bois est réparée et pourra transporter Georges cet été. Trouvée dans un vide-grenier et tout de suite adorée, nous l’avions oubliée dans la grange à cause de ses roues à réparer. Aujourd’hui, le soleil n’est apparu que par petites touches et il a même fait froid cet après-midi. Je crois que les jours qui viennent n’auront rien des journées d’été que j’appelais de mes vœux mas ils y aura de la lumière longtemps sur nos soirées et les petits matins pourront peut-être m’offrir de coudre un peu. Et puis il y aura ces moments que nous n’attendons pas. Cet après-midi, alors que nous préparions la terre pour les framboisiers, j’entendais Marcel qui parlait à Georges de l’autre côté du muret. Marcel répète à qui veut l’entendre qu’il est un grand garçon puisqu’il sait faire du « vrai vélo » et faire le tour du tilleul sans poser les pieds. Tout à l’heure, il racontait à son petit frère qui le suivait de près qu’un jour il serait plus grand encore. J’écoutais ces deux petits garçons qui avaient pris possession du jardin. Leur frère et sœurs n’étaient pas loin mais ils ne faisaient pas partie de leurs jeux. Marcel était d’abord un grand frère et j’ai vu son sourire lui dévorer le visage quand je lui ai dit que je me sentais fière de lui. Il arrive de plus en plus souvent à ces deux petits garçons de se retrouver loin de nous, loin de notre attention. Aujourd’hui j’ai pu m’arrêter pour regarder ces deux petits construire leur monde et j’ai décidé d’oublier la sieste de Georges. De loin, vue de mon côté du muret, ces moments de fraternité juste devinés me semblaient si précieux que je n’ai pas osé les déranger.
des planches et un jardin
Cinq jours devant nous et ce soir déjà, j’annonçais aux enfants des bouts de notre programme. Des framboisiers, du jardin potager et du tri dans les armoires. Ce rangement ne me déplaît pas, les étagères débordent d’été et d ‘hiver mêlés et les pulls et les cols roulés ont beaucoup donné . Il y aura aussi une marche en famille et une journée à Alésia mais c’est surtout le quotidien qui s’installera pendant ces journées sans travail. J’ai envie de lenteur même si elle est occupée, et de moments ici qui nous permettront d’envisager l’été. je sais que les journées passeront très vite. Ce soir, les enfants savaient qu’ils pourraient veiller et attendaient la baby-sitter avec impatience. Ils lui avaient préparé des dessins et nous pressaient de partir. Nous allions voir Joséphine sur scène, le théâtre est pour elle une option au baccalauréat. J’ai admiré ma fille et une tribu d’adolescents pleins d ‘émotions et de plaisir à jouer. J’ai entendu les textes qu’ils avaient choisis, faits de violence et d’envies, de morales et de batailles. Tout d'un coup leurs combats essentiels ramenaient mon week-end tranquille au rayon des futiles. J’ai vu leur joie quand ils sont descendus de scène, leur plaisir d’avoir bien joué, ensemble pour une dernière fois. Leur âge m’a paru beau et dur, ils m’ont attendris, j’ai eu envie de toucher cette émotion qui affleurait et je me suis souvenue que j’étais ce soir au rayon des mères, celles qui félicitent et ramènent les héros à la maison. Ce soir, je crois que ma fille était heureuse et cela m’a émue. Je ne me suis pas privée d’embrasser ce bonheur éclatant avant de retrouver mes projets d’armoires de printemps et de week-end prolongés. Elle est revenue avec nous à la maison déjà toute à sa journée de demain. J’ai ri en l’écoutant me parler de son week-end parisien, en jiun ou juillet, bientôt en tout cas, balayant presque le baccalauréat d’un revers de la main. Ce soir, sa vie était à ses projets et la mienne me permettait de l’écouter. Je ne lui ai pas parlé de mes projets de jardin, de ma journée de demain, je lui ai dit l’étoile filante que j’avais vu l’autre soir, elle m'a dit "oh, tu as de la chance". Je suis contente d’avoir eu dix-sept ans et de ne les avoir plu.
des maisons
L’autre jour, j’ai reçu un message qui contenait plusieurs photographies. C’était une ami de ma mère qui me les envoyait. J’y ai une vu une petite fille aux cheveux courts qui apprenait à nager, j’ai vu la petite fille qui jouait avec le landau de sa grand-mère, vendu à un brocanteur depuis, et puis cette petite fille en mariée, et puis cette petite fille encore que le photographe de la famille surprenait en train de faire pipi dans la bassine qui servait de réserve d’eau pour le potager. J’ai vu un petit vélo rouge et des dentelles un peu déchirées, des poupées, des bouts dînette et des lumières de soirs d’été. J’ai vu la petite maison de mon enfance et son jardin plus bas que la route qui passait à ras, j’ai retrouvé le plaisir de nos jeux quand il faisait trop chaud, la fierté de petite fille qui savait nager à quatre ans et demi et faire du vélo sans petites roues. J’ai retrouvé les bêtises qui nous faisaient mourir de rire et cette maison dont la réalité m’apparaissait de nouveau, trop petite et loin d’être joli. J’ai regardé ses photos, j’ai appelé les enfants pour qu’il me voit ce vélo rouge et la bassine en zinc, la robe de ma mère sur mon dos et les coups de soleil, toutes ces choses qui font partie de leur enfance aussi, même j’ai trouvé le vélo rouge d’Aimé dans un vide grenier sans savoir , ou de manière très enfouie, que j’avait tenu exactement le même entre mes mains trente ans plus tôt. A part un pot à lait, il ne me reste rien ou presque de cette enfance rêvée et pour la première fois de ma vie en regardant ces photos jaunies, je me suis dit que ce manque était peut-être heureux. Je les ai appelés, ils ont vite regardé, se sont attendris, polis, et puis sont retournés jouer. J’ai mis du temps à détacher mes yeux de l’écran qui me montrait ces photos. Il y avait sous mes yeux toute mon enfance et la part de sa vérité que je ne savais pas où classer, très loin des rêves que j’en avais tissé. J’ai senti la brûlure, j’aurais voulu que des larmes viennent l’apaiser, ou au moins dire la confusion qui s’emparait de moi toute entière. Elles ne sont pas venues. Par la fenêtre, juste à côté de mon bureau, j’ai vu les enfants qui avaient repris leurs jeux dans le jardin. J’ai vu la glycine. Notre maison est bien plus belle que celle qui a entretenu mes rêves de petite fille. Je vais ranger ces photos dans une boîte au milieu d’autres souvenirs précieux, elles me rappellent tout ce que j’ai aimé dans cette réalité, le goût du soleil et de la terre retournée. Je saurai que ces souvenirs sont là, et j’aurai pour eux une tendresse infinie, comme l’attachement que me lie à cette petite fille incapable de s’empêcher de rêver et d’écrire sa vie, au point de croire que ses rêves étaient réalité, ou qu’ils le deviendraient.
un avant-goût
C’était comme un luxe absolu. Un dimanche comme un avant goût. De toute façon juste après, il y aurait un autre week-end, le même en plus grand, avec encore plus de temps. Alors il ne restait plus qu’à profiter de celui-ci. C’était un réveil au petit matin et un lever tard pourtant, un dimanche de vide-grenier avec un petit billet et pas plus à dépenser, promis juré, deux petits sacs de boutons et deux taies d’oreillers, c’était un déjeuner sur le pouce, fromage et pain, pour ne pas être en retard au café, un café partagé avec des souvenirs de Grèce et des histoires d’Espagne en été, une petite grappe d’enfant qui se jette sur un gros gâteau au chocolat et une piscine encore un peu trop froide pour se baigner malgré les suppliques des enfants rassasiés. C’était encore un peu de potager et des gros framboisiers à planter, des chaises longues retrouvées avec le goût de l’été, des enfants qui jouent et qui se préparent un goûter, loukoums à la vanille et petits beurre à la terre. C’était un petit garçon qui s’entraîne à faire du vélo tout seul et son grand frère qui lui dit « j’ai encore des choses à t’apprendre tu verras. » C’était un garçon plus petite encore qui veut jardiner avec sa mère, un tout petit garçon dont le visage s’éclaire parce qu’il arrive à faire un trou là où il faut, juste à l’endroit prévu pour les fraises des bois. c’était une grande fille qui commence à s’angoisser pour son baccalauréat et son beau-père qui l’emmène au cinéma. C’était une grande fille et son beau-père qui rentrent hilares du cinéma, c’était une pizza maison et un cheese cake aux fraises, un dîner qu’on aurait presque pu prendre dehors et bien meilleur dedans, à l’abri du vent. C’était un tout petit garçon épuisé par deux jours à courir partout, à suivre les grands, et qui s’endort juste avant l’heure du dîner. C’était une très grosse part de gâteau qu’on garde pour ce tout petit garçon qui depuis ce matin attendait de pouvoir croquer dedans. Le gâteau sera encore meilleur demain. C’était un projet d’été passé ici le plaisir d’occuper notre maison comme des vacanciers. C’était une fin de dimanche si légère parce qu’on sait tous les jours qui vont arriver.
des mouches
Ce soir, alors que nous rentrions chez nous j’ai vu une étoile filante. C’était la première fois de l’année. Nous revenions d’un dîner et Blanche me demandait si nous pourrions recommencer. Nous nous étions tous amusés et l’idée que nous étions seulement samedi soir rajoutait au plaisir de la soirée. Il y a tant de choses que je voulais faire aujourd’hui. Je n’en ai pas fait la moitié et pourtant, mes heures étaient toutes remplies. Faire la maison jolie alors que les enfants étaient parties faire des courses avec leur père. Des courses au parfum de mystère. Du rangement encore, pour enlever ma guirlande de cube en papier et le gros rideau en velours de l’entrée et les ranger jusqu’à l’hiver. Les nuages ont souvent caché le soleil mais j’ai eu envie de préparer les beaux jours. Imaginer la maison et notre vie cet été, l’envie de venir se réfugier entre les murs qui gardent le frais. Et puis j’ai pesté contre ces petites bêtes noires partout. Une d’écrasée, dix de retrouvées. Il y a dix ans que nous vivons ici et les mouches ne sont toujours pas mes amies. Dix ans d’été partagés et d’agacement à les chasser sans jamais toutes les attraper. Chaque année, nous oublions qu’elles vont revenir avec les premiers jours plus doux. J’ai essayé de les oublier. Aérer, nettoyer, chantonner en pensant aux week-ends qui viennent. En ce moment la vie nous cajole et j’ai envie de penser que ce goût doux et sucré va nous suivre longtemps encore. Quand ils sont rentrés, j’allais me glisser dans le hamac et me balancer. Aimé m’y a rejointe, puis Marcel et nous avons encore chanté, une histoire de choux, de plantations et de genoux. Il a été question d’un secret à garder mais je n’ai rien entendu. Bouche et oreilles cousues. Nous sommes ensuite retournés au potager pour terminer le carré d’herbes aromatiques et planter les poivrons au milieu des courgettes. Nous avons aussi décidé de l’endroit pour les pommes de terre et les haricots verts puis Aimé nous a dit qu’il aimerait bien lui aussi un petit carré de terre à gérer, « j’y mettrai des petits arbres toujours fleuris. »
au vert
Du bleu, des rose et puis du vert. Ce soir j’ai envie de vert. Celui que nous avons retrouvé quand nous sommes arrivés il y a une semaine, celui de notre campagne trempée, celui des arbres, encore tendre, et celui de la menthe qui est sortie de terre. Celui des feuilles du muguet qu’Aimé nous a offert hier soir, celui qui sent les soirées qui peuvent se prolonger au potager, celui de la feuille de coriandre qui me donne des frissons au fond du ventre et ceui de la nappe que je veux teindre pour nos dîners d’été. Et si nous nous mettions à peindre les chaises de jardin ? Elles seront vertes aussi, vert Provence ou vert Luxembourg, ça dépendra de la manière de les regarder, et du pot qu’on aura utilisé. Il nous reste quelques légumes à planter et puis il faudra penser à regarder si les graines de Blanche ont avancé. Aujourd’hui, j’ai attendu ce moment où le vert me saisirait, celui des chemins que je prends pour rentrer à la maison, toute fenêtres ouvertes pour m’emplir les poumons. Le vert me rapproche de la terre. Et si on en profitait pour planter les pommes de terre ? Ce midi, quand je suis partie marcher j’ai eu envie de faire un bouquet et je n’ai pas osé, pas sûre que les fleurs puissent être cueillis dans ce parc en ville. Depuis, j’ai appris que oui, alors ce sera mon plaisir du lundi. En attendant je vais aller me promener dans le champ avec les enfants pour retrouver Pivoine et ses sabot parés, peut-être le ruisseau et le petit étang avec les grenouilles qui chantent fort en ce moment. Je veux des heures saturées de vie au vert et de parfum d’herbes coupées, celui qui gratte le bout du nez et tache les doigts les pantalons clairs, celui qui appelle les papillons et invite les fleurs de glycine à s’ouvrir. Pourvu que nous puissions vivre dehors, un peu. Ce matin, je me suis laissée surprendre par la rosée et mes pieds étaient tout mouillés. Demain matin, j’’ouvrirai grand la porte pour aller boire mon café sur le muret. Demain matin, je n’aurais rien à faire de mes pieds trempés. Demain matin, j’irai voir si la cabane des oiseaux a trouvé locataires. Demain matin, je mettrai du miel sur mon pain frais puis j'irai me promener.
























































































