lilas d'hiver

Dehors, il va neiger, c’est ce que j'ai entendu toute la journée. Le ciel était bas, comme si le jour ne s'était jamais levé. Tout à l’heure, je roulerai pour les retrouver, sur le chemin, je n’aurai pas besoin de me promettre d’embrasser chaque minute de cette soirée comme s’il s’agissait d’une entière journée. L’hiver cultive la fatigue et je sais que nous ne sommes pas tirés d’affaire. Mais hier quand nous rentrions le bois, je les ai fait rire en leur promettant pour cet été le plus beau potager que j’ai jamais fait. J’y voyais des pieds de tomates et des totems de haricots verts, des parfums d’aromates et des fleurs partout, de toutes les couleurs. Hier j’ai rêvé de replonger les mains dans la terre, j’ai eu envie de sentir le soleil sur ma peau salie, d’oublier l’heure et d’attendre l’angelus pour accepter d’envisager que le jour va se terminer. Le printemps est loin, nous avons encore de longues semaines à traverser. Mais il reviendra, quoi qu’il arrive dans nos vie ce jardin refleurira. Il y aura des fleurs et des fruits, des parfums fugaces et d’autres plus persistants. Hier j’ai pensé à notre haie de lilas. Toute ma vie j’ai aimé ce parfum-là, depuis que petite fille je devais passer sous la voute que formaient le lilas blanc et le lilas mauve de notre maison, juste derrière la porte du jardin. je me souviens de mon émotion à la vue d’un bouquet de lilas dans le métro parisien, ces bouquets serrés dans des mains que je devinais jardinières et qui avaient pris soin d’emballer les branches coupées dans du papier trempé, lui-même bandé d’aluminium. Il y avait dans ce parfum croisé un décalalge qui me plaisait. Il pouvait me faire monter les larmes aux yeux. J’étais une citadine pourtant, une de celles dont le cœur peut se mettre à batttre plus fort à la simple idée du parfum que dégage le bitume quand il est trempé par la pluie certains soirs d’été. Mais y avait dans ces bouquets de lilas tant de mes désirs. Le charme désuet d’un jardin de grand-mère et ma passion de petite fille pour les vers de terre. Un matin, alors que j’arrivais chez lui après une nuit passée à travailler, je me suis arrêtée chez le fleuriste pour lui offrir un bouquet de lilas blanc. Nous nous connaissions à peine et mes mains tremblaient un peu à l’idée de lui tendre ce bouquet, mais il faisait doux et le lilas m’avait accompagné tout au log de la rue que j’avais remontée. J’avais pris la butte montmartre à rebrousse poil pour aller le retrouver. Les touristes n’étaient pas encore arrivés et les parisiens que je croisais partaient travailler. Ma petite fille était à l’école et j’avais mis de l’information en ligne toute la nuit. A l’époque, j’avais la conviction de n’être déjà plus journaliste, je me contentais de faire ce qu’on me demandais, recracher le plus vite possible l’information prémachée dont les agences nous abreuvaient. Je n’en était pas fière mais ce matin là, Paris était baignée de soleil et moi je me sentais jolie. Une fois le grand escalier montée, il m'a chanté une chanson, celle que le bouquet de lilas blanc lui avait évoqué. Et moi, je venais de rencontrer un homme qui aime le lilas, autant que moi.
l'huile du bain


Les crayons, des gommes, la colle et les morceaux de puzzles, les poupées et le dessous des tapis , ce matin Blanche, Aimé et Marcel m’ont aidé à ranger la salle de jeux. Dernière étape du grand rangement de janvier, mélange intime de moments grognons et de retrouvailles avec des jouets oubliés. Dehors il neigeait encore, de gros flocons comme du coton mais qui ne tenaient pas. A midi nous avions fini et je ne résistais pas à soulever le couvercle de la cocotte en fonte. Je crois que son rôti est bien meilleur que le mien. Pour le dessert, les placards étaient vides mais il me restait une plaque de chocolat à faire fondre sur des clémentines trempées dans de l’eau de fleur d’oranger. Il fallait des calories pour nous aider à rentrer le bois sous la neige qui continuait à tomber. Avec tous ces bras, en moins d’une heure les deux stères étaient rentrés. Les bras chargés de bûches, Joséphine me racontait sa soirée et Blanche s’était mise à chanter. J’ai ri et j’ai du leur expliquer qu’il n’y avait ni moquerie ni mépris dans ces éclats, mais l’émotion de nous sentir tous aussi bien ici, et d’entendre Joséphine s’enquérir de l’état de fatigue de celui qui l’avait emmenée pour sa soirée à une trentaine de kilomètres de là puis était reparti la chercher ce midi, une fois le rôti préparé. Aimé et Marcel avaient trop envie que je m’assois à côté d’eux pour regarder l’histoire de ce cheval qui se bat pour sa liberté. Blanche a bien voulu remettre la cuisine à plus tard dans l’après-midi. Un pain aux dattes et au lait pour le dîner. Je m’étais promis de coudre cet après-midi mais quand le pain fut enfourné, ce n’était plus ce dont j’avais envie. J’aurais besoin de plus de temps pour me remettre à ma machine. Mes doigts et mes idées me brûlent, mais je saurai attendre une semaine. Tout de suite, c’est d’un bain dont j’avais besoin. Retrouver ma peau, le masque hydratant et prendre le temps de regarder mes mains. Pendant plus de trente ans, je ne leur ai vu que des ongles rongés. Je n’ai pas touché à ces ongles depuis près de deux mois et c’est un de mes premiers grands plaisirs de l’année. Les enfants sont passés dans la salle de bains, pour le dire quelque chose de très important, prendre un baiser ou observer à quoi ressemble une maman. Mais j’ai réussi à me préserver un long moment, je me suis regardée dans le grand miroir doré et la question n’était plus de m’aimer ou pas mais d’être moi. L’huile de lavande m’a aidé à reprendre corps et je suis sortie reposée pour retrouver ce dimanche qui tirait vers le soir. J’ai dit à Joséphine que moi aussi, il m’arrivait d’avoir peur, mais je lui ai dit aussi qu’on avait le droit d’aller bien sans qu’aucune menace ne pèse sur ces instants heureux.
contes voyageurs


Ce matin, il me semblait que la maison était baignée de lumière. J’ai commencé par me fâcher mais j’ai pris ça pour un signe de bonne santé. Le grand rangement touche à sa fin et j’aurais aimé que les enfants de la maison ne s’emploient pas à défaire tout ce que j’avais fait. Les paniers pleins, les piles de linge et les tas de papiers. J’ai trouvé que crier me faisait beaucoup de bien et je me suis promis de recommencer dès qu’il le faudrait, dès que j’en aurai envie. Je suis partie marcher. Quand je suis rentrée, Blanche m’a montré son gâteau breton à travers la porte du four. Juste à côté il y avait quelques meringues qui durcissaient. Nous avions une invité pour la café, une dame venue parler de son livre, celui dont Joséphine nous avait lu quelques passages pendant le déjeuner. C’est un recueil de contes, tous racontés à notre invitée par les pensionnaires d’un centre d’accueil de demandeurs d’asile., des rwandais, des ouïghours, des russes. Des contes du pays d’où ils arrivaient, des histoires qui avaient traversé des vies insensées. Marcel était très impressionné à l’idée d’accueillir chez nous l’auteur dont nous venions de lire le recueil. Il appelait son frère pour qu’il descende avec lui. La dame nous racontait non seulement l’histoire de son livre mais aussi les gens qu’elles croisent depuis qu’elle est bénévole dans cette association. Elle nous parlait de ces femmes et de ces hommes qui avaient fui des conflits et des persécutions pour des camps de réfugiés, puis d’autres pays encore avant d’arriver ici, avant d’attendre l’accord de l’Etat pour l’obtention de leur statut de réfugiés. Elle nous parlait de ces parents surdiplômés chez eux et qui espéraient juste pouvoir tout recommencer ici. Elle nous parlait aussi de ces jeunes avocats qui les défendaient pour rien, de ce Préfet qui commençait à se faire taper sur les doigts parce qu’il était trop à l’écoute des associations. Rien que nous n’imaginions déjà, rien d’autres qu’une somme d’histoires bouleversantes et humaines à l’issue très incertaine. Notre samedi a repris son cours quand la dame du Cada est repartie. Il y avait juste dan l'air ce élange diffus d'espoir et de colère. La certitude d'avoir de la chance. Joséphine était invitée à une sortie et Blanche et son papa m’offrait un bouquet de renoncules. Sur un coin de table, il y avait le petit recueil de contes que nous pourrions reprendre les soirs à venir. En le lisant aux enfants, je sentirai mes pensées s’envoler vers cette femme qui attend ces jour-ci la réponse de la préfecture. Elle est Ouïghour et ne pourra pas retourner dans son pays. Depuis qu’elle est ici, elle sert d’interprète de temps en temps, notamment aux gendarmes qui l’appellent quand ils en ont besoin.
repos



D’abord lâcher prise, ne plus essayer d’aller chercher de l’énergie dans une réserve vide, dormir et pour un temps, ne plus conduire. Hier, j’avais dormi pendant la journée presque toute entière, dormir avait était bien plus important alors que de manger ou même ranger le petit-déjeuner. Dormir et oublier le temps et écouter, comme jamais je n’en ai l’occasion, le silence de la maison. Le médecin m’avait parlé d’un syndrome grippal et d’épuisement, je ne retournerai travailler que lundi. Ce matin, quand ils étaient partis, les enfants m’avaient crié de me reposer, Georges au bras de son papa m’avait salué de la main en riant, toujours aussi heureux de partir chez sa nounou. Avant de me glisser dans ma journée je m’étais offert une remontée dans le temps. Assise à mon bureau, j’avais recherché dans les archives de ces jours racontées à quel moment de l’année nous commencions à distinguer les prémisses du printemps. J’avais alors souri en lisant qu’il y a un an, presque jour pour jour, j’avais évoqué cet épuisement que l’hiver et les luttes qu’il entraîne peuvent provoquer chez moi. Pour les premières pâquerettes, il faudra encore attendre un mois et les autres signes annonciateurs de printemps n’arriveront pas avant le mois de mars. Ce matin encore, je me demandais si je saurai trouver l’énergie nécessaire pour déceler chaque jour une émotion, un délice ou un moment qui me donne envie de trouver la vie belle jusque-là. J’ai pris le temps de remonter encore quelques mois, retrouver les grands yeux de Georges bébé et la douceur de mon congé de maternité. J’ai eu envie d’enfiler mon jean rouge et de me maquiller. L'hiver sera encore long et il faudra s'en faire un allié. Je sentais l’énergie refaire son lit. Je l’ai laisser revenir, petit à petit, j’ai écouté de la musique et savouré encore le calme de la maison. J’ai pensé à Blanche qui trouve que je travaille trop en ce moment, à notre vie épuisante et joyeuse, à mes envies, au bois dehors et au sommeil à rattraper. Je me suis allongée. Quand leur papa les a ramenés de l’école, j’ai vu qu’ils étaient passés chercher Georges aussi. Leur goûter les attendait. Juste après, nous sommes montés dans la chambre d’Aimé et Marcel pour la ranger. Aimé s’occupait de ses peluches, Georges était autorisé à observer et quand Marcel a fait allusion à mon manque de rapidité pour trier les pantalons, il s’est retrouvé sans autre forme de procès face une pile de bazar à ranger dans l’instant. Nous nous sommes alors retrouvé tous les deux dans cette grande chambre et à mon grand étonnement, il a semblé beaucoup aimé ce moment partagé. Playmobils et chaussettes sont maintenant dans des contenants distincts et le papa, la maman et le bébé ours de son puzzle sont en pyjama pour cette nuit. Joséphine rentrait et me demandait si je m’étais reposée. La vie a simplement repris son cours, sur un fil un peu plus souple qu’il ne l’était. J’ai repris mon souffle et ce soir, même la fin de l’hiver ne me paraît plus impossible à surmonter.
les dragons
Le nouvel an est passé mais nous nous étions promis de le fêter. Chez nous, c’est une sorte de tradition pas écrite mais respectée depuis que Joséphine nous a annoncé qu’elle partait vivre en Asie. Elle est revenue depuis mais cette petite fête reste un clin d’œil à l’autre partie de sa vie. Ce soir, elle n’était pas là et nous nous étions promis de relever le défi des baguettes. Savoir les manier sans ses conseils et ses démonstrations. Blanche a trouvé que la nappe rose « presque rouge » était la plus adaptée à la soirée, j’ai retrouvé les grandes assiettes chinoises achetées il y a vingt ans à Tahiti et nous avons un saladier qui pouvait avoir l’air chinois. Pendant qu’elle montait enfiler son pyjama doré, je cherchais les petites enveloppes que je garde dans mon tiroir à trésors. J’avais ramenés d’un de mes voyages à Hong-Kong quelques paquets de ces petites enveloppes qu’on s’offre là-bas remplies de billets pour fêter la nouvel année. J’ai plusieurs fois accompagné Joséphine à Hong KOng et je n’oublierai jamais ce nouvel an, une année du lapin, avec des orangers partout et du champagne au milieu de la baie. Je glissais dans celles-là une petite pièce pour chacun. Aimé voulait un habit complet, un pyjama doré lui aussi sous un manteau bleu nuit couvert de dragons, les héros de la nouvelle année. Marcel voulait une tenue pour l’occasion mais uniquement de son choix. Il trouvait le tee-shirt parfait « tu sais bien que les pandas, c’est chinois ! ». Ils étaient impatients de savoir ce qui allait leur être servis. En bas, leur papa cuisinait et Georges avait déjà plongé la main dans le bol de chips aux crevettes. Des nems, des samossas, du poulet au lait de coco et des nouilles chinoises, j’avais fait avec ce que j’avais trouvé dans les rayons du magasin qui bradait ses articles annoncés "chinois" pour cause de nouvel an passé. Marcel se lançait le premier dans le maniement des baguettes, puis Blanche et Aimé qui prenait son temps et cherchait la meilleure façon de pincer les nouilles entre ces deux bouts de bois. Georges essayait de détourner notre attention en nous montrant comme il était devenu expert en maniement de fourchette. Les trois grands avaient trouvé leur petit cadeau et semblaient plus intéressés par leur enveloppe que par la pièce que j’y avais glissé. Aimé me demandait si on était vraiment obligé d’attendre un an pour manger des lychees et je promettais que je pouvais envisager d’en racheter plus tôt. Peut-être même que nous pourrions tester notre dextérité en jeux de baguettes avant l’année du serpent.
microbes
Trois semaines à essayer d’ignorer la fatigue et les microbes, à me dire qu’ils finiraient par céder. Trois semaines à me dire qu’une fois janvier passé cette fatigue finirait par s’évanouir dans la promesse du printemps. Mais ce matin, j’ai senti que les microbes avaient gagné du terrain. Je ne déteste rien de plus que me sentir diminuée et sentir s’installer cette certitude que je n’arriverai à rien. Je déteste avoir de la fièvre, grelotter puis avoir trop chaud. Alors quand il m’a dit de profiter, je n’ai d’abord pas compris. Je me suis allongée sur le canapé et il m’a recouverte d’une couverture, il s’est occupé des enfants, du déjeuner et du thé quand est arrivée l’heure. Je me suis assoupie pendant qu’ils rentraient le bois. De mon sommeil, je distinguais leur conversation sans envie de m’en mêler. La fièvre ne m’avait pas quittée mais je profitais. J’aimais être avec eux sans être vraiment là, être dans la vie et pas tout à fait. Je suis partie chez le médecin qui m’a parlé de microbes, d’antibiotiques et de repos. Quand je suis rentrée, nous avons décidé de remettre à demain notre dîner chinois. Blanche avait cherché son pyjama doré et s’est mise à pleurer. Demain, nous mettrons des bougies, des jolies assiettes et des lumignons, Blanche enfilera son pyjama chinois et nous chercherons les baguettes. Mais ce soir, je me sentais incapable de me mettre à table avec eux. Georges ne comprenait pas pourquoi je ne pouvais pas le suivre dans l’escalier et monter avec lui pour chercher ses jouets. Il s’est blotti contre moi et nous avons partagé un câlin comme lorsquil était tout petit bébé. Je sentais le corps de ce tout petit garçon à l’abandon, je lui ai chanté une chanson. Puis j’ai écouté Joséphine me raconter sa journée à Lyon, la fac qu’elle venait de découvrir. Elle m’a parlé des cours de droit, d’Anglais et d’arabe grand débutant. Je crois que sa vie d’étudiante va lui plaire. Je me suis confondue en excuses toute la journée, j’ai reçu des câlins et des baisers. Aujourd’hui, la fatigue et les microbes ont gagné. Je me suis rendue. J’ai goûté au plaisir de ne plus lutter.
arrêt de bus
Je me suis laissée bercer par les roulis du train. Un de ces trains express régional que d’autres prennent chaque soir pour rentrer du travail. J’avais obtenu sans difficulté une place près de la fenêtre, il faisait et de dehors, je ne distinguais que quelques lointaines lumières allumées. Je disposais de cinquante minute devant mois pour me laisser conduire et revenir de ma journée. Je sentais le sommeil m’emporter et j’ai repensé à cette dame que j’avais vue alors que mon bus arrivait. J’ai perdu l’habitude des transports en commun et j’avais eu peur de le rater. Pourtant, j’aurais pu l’aider, j’aurais du aller à sa rencontre pour lui proposer mon bras sur lequel elle aurait pu s’appuyer. Le déambulateur qui la portait semblait trop difficile à manier dans les graviers que lissait le chantier du tramway. J’étais à l’arrêt du bus, dans une petite ville de le banlieue de Dijon, au milieu d’immeubles que j’avais envie de quitter. Une réunion m’avait amenée ici et j’avais regardé cette vieille dame arabe au pas hésitant. Je crois qu’elle n’arrivait plus à avancer. Bien sûr que j’aurais pu prendre le bus d’après. J’ai croisé son regard et je suis montée. Ce soir, dans ce train express régional qui me ramenait chez moi, j’ai revu le visage de cette dame, son air un peu perdu et j’ai senti mon cœur se mettre à battre plus fort. Il me faisait presque mal et cette douleur était inutile. Ce n’était rien qu’un regard croisé, un regard que je n’oublierais plus, une claque qui me revenait en pleine figure. J’ai vécu des années dans des immeubles comme ceux que j’avais vus cet après-midi et j’avais voulu les fuir, fuir cette vie comme je m’étais tant de fois promis de la fuir alors que je m’endormais le soir dans ma petite chambre aux murs semés de toutes petites fleurs. J’avais eu peur de manquer mon bus et il m’avait déposé en avance à la gare. Presque une heure à errer en ville, à déambuler sans vraiment savoir où aller. J’avais déjà profité ce midi de ces rues plaines et agitées, j’avais trouvé quelques tee-shirts bradés pour les enfants et pour Blanche, le lac des cygnes. Je ramenais ce que je leur avais promis et je n’avais plus rien à faire ici. J’avais d’abord envie de les retrouver, de les rejoindre pour le dîner. Il me semblait déjà sentir le goût de ma soupe qu’il aurait préparé. J’ai accéléré le pas et je suis montée dans la rame bien avant le départ du train. J’ai repensé à la dame, à sa démarche fragile. Je savais pourtant, que ma culpailité ne servirait à rien. Il suffisait juste de prendre le bus d'après.
le pire des jours


Il paraît que nous venons de traverser le jour le plus désespérant de l’année. Le premier lundi de la dernière semaine complète du mois de janvier. Le pire du pire pour le moral selon les calculs savants d’un chercheur américain. Vu par ce prisme là, je trouve qu’ici, nous ne nous en sommes pas trop mal sortis. Et puis, ce soir, on peut se dire que le pire et dernière nous et se sentir bien mieux tout d’un coup. Ce soir, pendant le dîner, nous nous sommes dits aussi que c’était le nouvel an pour tous les chinois de la terre et que pour eux, c’est le meilleur qui s’était dessiné aujourd’hui. Nous fêterons l’année du dragon demain soir ou mercredi à la maison. Ici, c’était un lundi ordinaire, plutôt agité et joyeux. Les jours commencent à rallonger et la semaine n’a pas encore épuisé nos velleités de ponctualité. Ce matin j’avais enfilé une robe qui ressemble presque au printemps avec un foulard dans les mêmes couleurs. Il m’a dit que j’étais jolie et à ce moment là j’ai su que j’aimerais cette journée. Je n’avais pas encore lu qu’il s’agissait du pire des lundis. J’ai travaillé, pensé au mois de janvier qui tire vers sa fin et m’a permis un moment de repli. J’ai repris mon souffle et retrouvé la source. Je crois que je me suis reposé l’esprit, je n’ai souvent pensé à rien. Ce matin, j’ai du accélérer le pas pour rejoindre un rendez-vous et j’ai senti renaître mes envies de beaux jours. Je me suis trouvée chanceuse de traverser ainsi le pire des jours. J’ai déjeuné avec lui. J’ai pensé à ce bébé tout juste né, à ses parents et à ses frères. J’ai pensé qu’ils n’en avaient rien à faire que ce soit le pire des jours de l’année. J’ai repensé au jour du lendemain de la naissance de chacun de nos enfants. Le jour d’après, celui de la découverte et du temps suspendu, celui du bonheur, du tellement bon qu’on pourrait croire que ça ne va jamais s’arrêter. Depuis le naissance de mon premier enfant, quelque chose ne s’est jamais arrêté, une sorte de joie résistante à tous les mauvais traitements et aux prédictions de malheurs, un heureux mystère qui me colle à la vie.
des sacs rebondis



Vendredi soir, j’étais allée voir Giselle avec elle et hier soir, Blanche était invitée chez une amie. Ce matin, c’est avec deux petits garçons que j’ai pris mon petit-déjeuner, Marcel et Georges semblaient être les seuls à ne pas avoir eu envie de s’offrir une grasse matinée. Il y avait longtemps que je ne m’étais pas retrouvée avec ces deux petits garçons qui se mettaient à jouer une fois leur chocolat englouti. Débarassé de ses aînés, le plus grand prenait soin du plus petit qui avait enfin trouvé u partenaire de jeux rien que pour lui. J’ai savouré la calme. Je n’en ai jamais compris la raison mais la maison me paraît toujours plus grande le dimanche matin. Puis j’ai retrouvé le grenier pour y ranger les derniers cartons. Aimé et Marcel m’ont demandé s’ils pouvaient enfiler les bottes de neige que je venais de retrouver. Pas très pratique pour pédaler. « maman, on va faire du vélo avec papa ! ». Je suis allée me promener avec Georges et nous avons entendu les oiseaux chanter. La matinée a doucement filé, un vrai dimanche auquel j’ai ajouté le parfum du poulet grillé. Un dimanche comme j'ai souvent pensé que je les haïrai et qui m’a fait tant rire quand j’ai vu Aimé et Marcel, assis de chaque côté de leur père pour regarder un match de rugby à la télévision avec lui. « Mais ils doivent se faire très mal » commentait Marcel alors qu’Aimé essayait de comprendre les règles du jeu. Blanche nous a trouvés au milieu de notre dimanche quand elle est rentrée, juste à temps pour apprendre des soustractions à retenues. Son papa s’est chargé des soustractions, je me suis attelée à la table de huit alors que je fermais les derniers sacs de vêtements à donner. Joséphine nous avaient rejoints et s’assurait que je n’y avais pas glissé ses « robes préférées de quand elle avait huit ans ». A part cette jolie robe un jour prêtée et jamais rendue, je crois que j’ai gardé la plupart de ces petites robes aimées. Blanche les porte d’ailleurs en ce moment et je sais déjà que les souvenirs de mes deux petites filles se mêleront dans mon esprit, quand je serai une très vieille dame et que j’essaierai de remonter le temps. Elles seront là pour m’aider, comme je les ai aidées aujourd’hui, à retrouver le fil de ces petites histoires, celle du jour où Joséphine criait que la mer était salée, et celle de Blanche quand elle portait à son tour cette petite robe smockée à semis orange. Un petit bout de velours rose dépassait d’un des sept énormes sacs que nous sommes allés les déposer dans les bennes de vêtements à donner. Une robe salopette que je n’aimais pas beaucoup mais que Joséphine adorait. Je l’ai reprise. Nous avions trop de petits bouts de vie liés à cette robette en milleraies.
le grenier et à côté



C’est la pièce maîtresse du programme que je m’étais fixée, le grenier, sorte de placard géant dans lequel j’entassais depuis des mois tout ce dont ne voulait plus la maison. Des vêtements trop petits, des vêtements trop grands, des œufs de pâques et une maison de poupée démontée, des œufs de pâques et des sacs de chaussures. Les décors de noël s’étaient fait volé leur place par un grand sac de vieux tissus et je me demandais par où commencer ce tri. Le premier carton que j’ai trouvé contenait des vêtements de bébé, en six mois. Alors j’ai cherché le carton des habits encore plus petits pour le mettre en dessous puis le grand sac où j’avais glissé les toutes petites robes et les petits pantalons fleuris. Les vêtements de petite fille que je détaillais. Je trouvais cette petite robe que j’avais portée avant de les mettre à Joséphine, puis Blanche. Elles iront peut-être un jour à mes petites filles. J’aime follement ces toutes petites affaires et je m’apercevais que chacune d’elles me rappelait un joli souvenir. Plus loin, il y avait ces piles de tissus et un autre très grand sac. Il était rempli de vêtement en huit ans, ceux que portait Joséphine quand nous sommes arrivés ici. Je trouvais quelques trésors pour Blanche, Aimé et Marcel. Quand je les avais rangés, je ne savais qu’ils resserviraient, peut-être pas autant. Aimé et Marcel se partageaient les tee-shirt souvenirs de Hong-kong « t’es sûre maman, en pyjama seulement ? » et Blanche choisissait le robe qu’elle porterait lundi. Les sacs se vidaient et le capharnaüm jusque là, circonscrit au grenier semblait maintenant s’être répandu partout autour de nous. Le moment précis où, à chaque fois, je me dis que je n’y arriverais jamais. ce moment où les enfants lâchent l’affaire de me disent qu’ils sont trop fatigués pour m’aider à ranger, puis finissent par me convaincre que je serai plus efficace sans eux. Sept grands sacs de vêtements à donner s’entassaient déjà. Au fond du grenier, Le dernier carton était plein de vêtements à moi. Des robes et des pantalons que j’avais portés il y a deux, trois, ou vingt ans, je riais en regardant la taille de cette jupe à pois. Je décidais de la garder, petit souvenir léger que j’aimerai retrouver. Dans cette boîte, il y avait aussi quelques pantalons que je pourrai bientôt enfiler. Je sortais les vêtements qui me plaisaient encore, des trésors. Demain, je me plonge dans les sacs de chaussures, je crois que je vais devoir organiser un essayage géant.

















