tous les jours dimanche

lundi 25 août 2014

pour mieux sauter du grand plongeoir

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Il y a les trésors retrouvés, ceux que le grand rangement nous a encore permis de retrouver comme ce très gros livre de conte d’Andersen ou ce magazine de mode japonais.  Il y a les trésors attendus, espérés, comme les chaussures de rentrée arrivées ce matin par la poste, deux jours plus tôt que prévu. Il y a les trésors et tout le reste, ces tas de petites choses dont on ne sait plus très bien si elles sont précieuses ou bonnes à jeter. Et puis il y a ces trésors si doux au toucher, ces tissus que je me suis enfin décidée à couper. Ces jours-ci, quand je ne range pas je couds. Blanche, Aimé, Marcel et Georges auront leur chemise pour la rentrée. La première est terminée, la seconde est sur le point de l’être. Georges me dit son impatience et Marcel n’a pas encore choisi son modèle.  J’ai pendant  longtemps cousu au rez-de-chaussée, au milieu du bruit et des courses des enfants. Cette fois-ci, je me suis installée sur la grande table de mon bureau, j’ai déplié les étoffes comme je le voulais,  j’ai laissé les enfants venir, quand j’en avais envie et j’ai savouré ma chance, mon plaisir, j’ai rêvé aux week-ends que je pourrais passer ici. Il se pourrait que cet automne j’aime encore plus les dimanche de pluie.  A seize heures j’ai laissé ma machine pour m’asseoir sur les marches du petit escalier qui descend à la salle de jeux. Le spectacle était annoncé depuis hier après-midi dans toute la maison et j’avais même reçu un bon pour « une entrée gratuite ».  C’était tellement bien que nous avons demandé sur le champ une seconde représentation et comme les affiches annonçaient que le spectacle était suivi d’un goûter, je suis juste remontée pour coudre un ourlet en attendant que le thé soit prêt.  Oserais écrire que ce matin, j’ai beaucoup aimé dépoussiérer les animaux empaillés?  C’était une journée à la fois délicieuse et ordinaire.  Peut-être délicieuse parce qu’elle était si ordinaire. J’avançais avec ce sentiment de refaire notre nid pour l’année sans être encore trop pressée, avec la sensation de ne pas avoir à penser.  Juste enlever la poussière. Je me suis surprise à me dire que cette année pourrait être  bien plus douce que je ne le craignais, j’ai eu envie d’ouvrir mon agenda pour m’organiser. Je me suis sentie prête à affronter la réalité pour commencer à composer et mieux respirer que ces derniers jours. Notre petite vie va continuer, j’ai  juste un peu peur de sauter du grand plongeoir. 

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dimanche 24 août 2014

l'eau qui court

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Nous ne sommes pas sortis très loin, juste de l’autre côté du muret. Nous étions tous les sept, la nuit tombait et le dîner n’était pas encore prêt. Mais C’est dans ce pré que nous avions envie de retrouver un peu de notre été. C’est la fin des vacances et chacun de nous avait des souvenirs à raconter. Il y a ce ballon neuf perdu dans la haie et jamais retrouvé, il y a ces jours de luge et les roulades dans la grande descente au printemps. Il y a l’arbre de Joséphine qui arrive après le ruisseau traversé, les hautes herbes et les traces d’animaux. Je me suis promené des heures dans ce grand champ avant la naissance de chacun de nos enfants, nous y avons cueilli des kilos de mûres et trouvé une écrevisse un jour d’été ; c’est un champ grand comme un univers, on peut s’y cacher, on y trouve plusieurs passages secrets. Il y a eu cette année envahie par les grillons qui sortaient de la terre, les frelons, les serpents, la mort des ânesses et notre tristesse. C’est dans ce bout d’immensité que les enfants courent se réfugier, se cacher, prendre l’air et sentir le goût de la liberté. C’est un champ qui fait pousser l’ivresse aussi vite que l’herbe fraîche. C’est là que chacun de nous va retrouver la paix. Ce soir encore nous nous sommes laissés entraînés dans la descente, nous avons dérangé les sauterelles et traversé le ruisseau avant de remonter jusqu’au gros arbre qui nous attendait. Perchés dans les branches, on voit un bout de la maison, « regarde comme elle est loin maman ! » C’est le froid qui nous a décidé à remonter.  Il tombe d’un coup, dès que le soleil disparaît et rend plus précieuses encore les dernières lueurs de la journée. On se rappelle alors que ce sera bientôt la fin de ces longues et douces soirées, que la nuit tombera de plus en plus vite, que le ruisseau sera de plus en plus difficile à traverser et que la boue collera à nos pieds. Ce soir, j’ai regardé mes enfants grimper aux arbres, j’ai sauté avec eux au dessus de l’eau qui courait, je me suis ennivrée de souvenirs d’été.

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samedi 23 août 2014

l'utile quand il est beau

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Il n’a pas plus toute la journée. Il a même fait doux à certains moments. Mais le ciel est resté gris presque tout le temps et même si ça n’a pas empêché les enfants d’aller s’asseoir sur le muret pour discuter et parler des planètes et du temps qu’il reste au soleil, c’était presque heureux pour notre journée. Je savais dès ce matin que je ne ferai rien d’important, je savais que je passerai la plus grande partie de la journée à l’intérieur de la maison. Quelques pots de confiture, un crumble aux mûres et aux prunes pour le dîner, encore un peu de rangement et cette certitude qu’à un moment il faut s’arrêter, puis trois coussins en velours vert pour retrouver ma machine à coudre et me préparer aux vêtements de rentrée. Les enfants ont choisi leur motif, leur modèle et La pile de tissu m’attend, je la regarde et je n’ose pas encore y toucher. Je déplie les coupons et le les sens. Demain matin, si tout va bien, je commencerai à couper. Ce soir, nous avons failli allumer un feu pour nous réchauffer. Il est encore trop tôt mais je me laisse souvent surprendre par cette envie dès que l’humidité s’installe les soirs de fin d’été, à l’approche de la rentrée. Comme si j’avais besoin de m’assurer que tout est prêt pour les jours à venir , que nous ne manquerons de rien et que nous saurons faire avec l’hiver, comme pour vérifier que nous n’avons pas perdu la main. L’hiver est encore loin mais les jours sont déjà beaucoup plus courts et j’ai si peur de ne pas avoir le temps. C’est une crainte tenace avec laquelle il me faut composer, une crainte à laquelle la réalité fera quelquefois écho. Mais je me prépare, je nous prépare et je sais que ce temps, je saurai le trouver. Ce temps pour faire des choses inutiles et joyeuses à la fois, pour me concentrer sur l’utile quand il est beau, ce temps pour moi, pour nous, ce temps que j’aime temps voir s’écouler ici. Aujourd’hui, j’a feuilleté mon agenda pour les semaines qui viennent et je me suis fait quelques promesses, je me suis donné quelques rendez-vous, quelques instants que je voudrais comme cette journée, à me laisser virevolter entre plusieurs envies, à sentir mes craintes s’exprimer avant de se dissoudre dans un grand bain d’envies.

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vendredi 22 août 2014

grande soeur et clavicorde

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Il y a toujours les retours de Joséphine, l’arrivée triomphale de cette grande sœur attendue depuis des heures même si nous ne l’avons quittée que quelques jours plus tôt.  Dans ces moments là, il suffit du bruit de la porte qui s’ouvre pour que j’entende immédiatement quatre paires de pieds dévaler l’escalier, Quatre cris à l’unisson dans la même exclamation« Joséphine ! ». Quelque soit l’activité qui nous occupait alors, elle est suspendue sur le champ et peut ne jamais reprendre. Joséphine est arrivée en milieu d’après-midi, l’heure parfaite pour préparer le thé pendant lequel elle nous raconterait son séjour breton. Mais cette fois-ci, le quotidien nous a très vite repris dans son tourbillon. C’est a fin des vacances et les heures sont comptés. J’ai partagé un instant au piano avec Blanche et nous avons parlé du concert de ce soir. Notre professeure de piano donnait un concert de clavicorde et de piano très ancien dans la toute petite chapelle de son village. Avant de tous nous en aller au concert, il fallait terminer ces tris du bureau et nous affronter aux chambardements que provoquent tous les grands rangements intérieurs. Joséphine a très vite repris sa place, nous voilà de nouveau sept, notre famille est au complet et l’été nous offre encore une grande semaine de vacances. Ce soir, dans la toute petite chapelle aux murs dévorés par la mousse, il y  avait sept places, toutes marquées à notre nom, qui  nous attendaient, il y avait beaucoup de monde, des gens ravis et d’autres très inquiets quand nous avons tous débarqué en famille, il y avait aussi une boîte de légos déposée à la porte de la chapelle pour que les petits garçons qui s’ennuient puissent sortir et jouer sans faire de bruit. Le concert a commencé, Piano puis clavicorde,  nos petits garçons sont sortis après le deuxième morceau alors que nous continuions à écouter les fantaisies de Bach père, fils et père à nouveau. Ils ont construit des navettes sous les étoiles puis ils ont voulu revenir pour ne pas rater la fin du concert « oh, ça c’était vraiment beau ». Derrière la porte, ils avaient entendu chaque morceau.

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jeudi 21 août 2014

avant de fermer les volets

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Il y a deux jours j’ai reçu l’invitation à une réunion. Réunion de communauté de communes. Il fallait donc y aller et cette reprise me semblait presque incongrue. Je suis déjà retournée à la mairie et de toute façon, il va bien falloir accepter l’idée que les vacances doivent un jour se terminer. Alors pendant les jours qui viennent je vais essayer de composer. Nous sommes partis rejoindre les amis de l’autre côté de la forêt. Ils vont bientôt s’en aller et fermer leurs volets. Nous avions rendez-vous à la grande maison pour cueillir les dernières prunes et de nouveau remplir nos petits seaux de mûres. C’est au milieu de la cueillette que j’ai du partir. La réunion n’était pas loin, elle avait lieu dans une petite ville encore pleine de vacanciers et portait sur l’avenir d’un centre de loisirs. Il était encore question d’été.  quand la réunion fut finie, tout le monde m’a souhaité une bonne bien de semaine et j’ai réalisé que nous étions jeudi. Puis j’ai refait la route à l’envers, j’aide nouveau respiré un grand coup en regardant les vallons que je traversais, j’ai retrouvé tout le monde à la grande maison. Blanche avait pris un dernier cours de cuisine autour du pain perdu, et la partie de foot commencée au début de l’après-midi semblait avoir repris jusqu’à l’épuisement des combattants. Le jour commençait à baisser quand nous sommes rentrés à la maison et il faisait presque nuit quand nous avons dîné. Pour cette fois-ci, j’ai eu besoin de chasser les souvenirs de réunions de mon esprit. Non pas qu’ils aient été désagréables ou douloureux mais j’ai encore besoin de l’idée des vacances, de la certitude qu’il reste du temps pour tout. Demain, je dresserai une liste de tout ce qu’il faut faire, de tout ce que je voudrais faire avant la fin de la semaine prochaine. Demain, je commence à remplir le dossier de demande de subvention pour les vitraux de l’église et je retrouve les patrons des chemises pour la rentrée. Hier matin, j’ai reçu la dernière pièce de tissu, celle qu’Aimé a choisie.

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mercredi 20 août 2014

au dos de la photo

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Son bureau est juste à côté du mien. Il nous aura fallu plus de trois jours pour arriver jusqu’au dernier des cartons. Les enfants continuaient de vivre leur vie entre le jardin et la maison et nous déballions la sienne. J’ai vu des centaines de factures et de papiers, j’ai vu des boules à neiges et des petits objets, j’ai reconnu des visages dont il m’avait parlés, j’ai vu de très belles fesses qui n’étaient pas les miennes. J’ai retrouvé un tableau, le dessin de sa cuisine à Paris. J’aime beaucoup ce dessin, je l’avais déjà vu et longtemps recherché mais une fois trouvé, je n’étais plus très sûre de vouloir accroché. J’ai peut-être le cœur moins grand que je ne le croyais, c’est une autre que moi qui l’a dessiné. J’ai ri avec lui en le voyant à tous les âges de la vie, j’ai entendu des histoires qu’ils m’avaient déjà racontées mais je crois que je n’avais jamais réalisé à ce point toute sa vie avant moi. Je me suis sentie trop vieillie, trop petite,  trop présente, trop loin de ce qu’il avait été. et si je l’avais entraîné dans une vie qui n’était pas la sienne ? Pas assez discrète, trop rapide.  J’ai aimé ranger ce bureau avec lui, qu’il me demande de l’aider, qu’il ait besoin de moi pour ouvrir des cartons clos depuis plus de quinze ans, comme si je devais lui tenir la main pour l’aider à replonger dans ces souvenirs entassés. Souvent, j’ai plongé avec lui. Derrière certains des tirages qu’il m’a montrés, j’ai vu des mots très gentils, des noms étourdissants, j’ai lu quelque chose comme « au photographe le plus talentueux de sa génération » et le monsieur s’appelait Raymond. Alors j’ai senti la douleur qui doit être la sienne ces temps ci. Moi aussi je trouve qu’il est l’un des photographes les plus doués de sa génération, mais je ne m’appelle ni Henri, ni Raymond. Dans ce bureau il y a des tiroirs et des étagères partout, il y a des années de photographies, il y a les souvenirs d’autres vies, il y a un gros fauteuil sur lequel je me poserai quand je viendrai discuter avec lui. Au bout d’u moment nous sommes sortis. Sortis de son bureau, de notre maison, nous sommes allés de l’autre côté du muret, dans le potager. Les enfants nous y attendaient. Il y avait des tomates à cueillir, une nappe dressée et un goûter préparé.

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mardi 19 août 2014

les paniers pleins

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Il y a la rentrée,  avec son cortège d’angoisses qui reviennent sans que je me sente prête à les affronter, toutes ces obligations qui s’inscrivent de nouveau sur les pages d’un agenda que j’avais oublié. Je crois, pourtant, et malgré ce poids que je n'arrive pas à oublier,  que cette fin d’été serait mon moment préféré. Les journées son encore chaudes et les soirs assez humides pour avoir envie de rentrer. Et puis surtout, il y a  cette illusion que nous pourrions vivre de ce qui pousse autour de nous. Quelques tomates du potager pour nous faire un repas de midi, trois courgettes, un piment, et le repas du soir s’improvise aussi. Pour le dessert, il y a des mûres plein les buissons, les pommiers croulent sous le poids des fruits et les petites poires de curés seront bientôt mûres elles aussi. Et puis le cadeau des cadeaux, ce bouquets de girolles trouvé dans le forêt sous le tapis de feuilles. Chaque fois, quand la fin de l’été vient ne même temps que la rentrée, je me pose les mêmes questions, et si je décidais de rester ici, de ne plus partir travailler, de vivre de ce qui nous entoure. Bientôt, les petits matins de brumes seront si beaux. Et comme à chaque fois que je me les pose, je sais que ces questions ont déjà leur réponse. Mais je dois pouvoir continuer à me les poser. Je suis libre  de me les poser, de rêver que je ne quitterai plus jamais cette vie qui est la mienne jusqu’à ce que je retourne travailler. Une vie de rêve quand la fin de l’été nous permet de cueillir le goûter au fond du jardin et le dîner sur le bord des chemins forestiers, quand mes fins de journées sentent l’humus et mes petits matins les roses du jardin. Cette année, elles sont bien plus belles qu’en juin. Même pour les bouquets, il me suffit de tendre le bras. Les buissons sont remplis de baies et sur les bords des chemins, les enfants cueillent des fleurs mauves qui se mêlent au lierre et aux fleurs de carotte. A la fin du mois d’Août, l’année qui vient commence à faire son nid dans nos esprits. Mais plusieurs fois par jour, la nature qui nous entoure nous donne l’illusion que cette fois-ci, peut-être, la rentrée va nous oublier ici et nous laisser à la vie, les pieds plantés dans la terre et la tête dans les feuillus, les mains tachées de fruits.

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lundi 18 août 2014

les derniers cartons

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On s’était promis de ranger, trier, peut-être jeter. On s’était promis qu’on commencerait par son bureau, alors tant pis pour l’été que je mettais de côté pour une journée. Depuis plus d’un an et la fin des travaux, ce bureau abrite des piles de cartons dont certains ‘ont pas été ouvert depuis l’appartement de Paris. Tellement de cartons qu’il y en avit jusqu’à mon bureau. IL m’avait promis qu’on se mettrait à trier, nous avons sorti le premier carton. Vingt ans de photos, des boîtes d’archives et de diapos « maman, c’est quoi des diapos ? », des souvenirs de ces vies d’il y a longtemps, quand il ne me connaissait pas, des journaux et des bobines de souvenirs « mais c’est quoi un appareil argentique ». les années quatre-vingt emballés dans des grands sacs grignotés par des souris sans aucun respect et des enfants qui se gardaient de monter jusqu’au bureau.  Des livres, des tirages, des trésors sur papier et au milieu de ses vies, une sortie papier. Celle d’un de ces billets qui raconte notre petite vie. 18 août 2009, il y  a cinq ans jour pour jour, le départ de Joséphine à l’autre bout du monde. Jour pour jour, nos cœurs débordants d’émotion et toute la vie d’après qui revient en un soupir. C’est drôle qu’on trouve ça aujourd’hui. Cartons après cartons, je lui fais promettre de ne pas s’arrêter sur chaque souvenir, je dois résister, je sais l’effort qu’il fait. Quelquefois, je me suis dit que ce bureau ne serait jamais rangé et qu’il faudrait s’habituer à ces piles de cratons jamais déballés. Je me suis trompée. Nous voilà tous les deux alors que les enfants en profitent pour vivre leur vie et retourner le reste de la maison avant de se retrouver dans leur restaurant de poche.  Poulidor, le restaurant où il m’a emmené le premier soir. Cette petite carte qu’il trouve au milieu de ses papiers et que je garderai comme un autre trésor. C’est drôle qu’il trouve ça aujourd’hui. On descend pour respirer dehors. C’est encore l’été. Blanche a fait un gâteau pour ce soir. Un soir d’été. Demain on finira. Je croyais que jamais on y arriverait.

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dimanche 17 août 2014

sauce forestière

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Cette fois-ci, c’est chez nous que nous avions retrouvé les amis de l’autre côté de la forêt et c’est ici que la goûter avait glissé jusqu’à l’autre côté de minuit. Les enfants avaient encore veillé mais il avait été trop difficile de résister à la grande ourse, à Cassiopée, et à cette étoile que nous avons tous ensemble vu filer. , Blanche, Marcel et Georges m’avaient demandé si je pouvais quand même les réveiller tôt pour qu’ils puissent m’accompagner dans le forêt.   C’est la saison des girolles et on m’avait parlé d’un chemin tout près. A peine réveillés, ils étaient déjà habillés  et chaussés. Aimé avait choisi de rester dormir et l’expédition revêtait alors un caractère encore plus exceptionnel, « c’est bien aussi quand on n’est pas tous ensemble » remarquait Marcel. Dans un mois, à cette heure-ci, ils seront tous à l’école mais la lumière nos rappelait celle du petit matin et les odeurs celle des terres humides de fin d’été. Je ne suis pas une spécialiste en mycologie  mais j’avais en tête les deux ou trois espèces d-dangereuses qu’on trouve ici. Les enfants m’avaient promis de me consulter avant de cueillir chacun des champignons qu’ils trouvaient et nous ne mangerions rien avant d’avoir montré notre récolte à plus connaisseur que nous.  Aucun girolles dans notre panier mais quelques bolets et apparentés qui nous feraient une sauce pour les pâtes de ce soir. Notre récolte n’était pas brillantes mais ce matin, j’ai partagé un moment qui confinait à la magie avec trois enfants convaincus qu’ils vivaient une véritable aventure. Plus nous avancions sur le chemin et plus leur œil devenait perçant. Nous avons marché presque deux heures,  ‘allez, on va jusqu’au tournant », puis « allez, on va jusqu’à la lumière, nous traversions les feuillus, puis les sapins et quelquefois, nous nous écartions du chemin. Georges cherchait la cascade qui lui aurait prouvé que nous étions « vraiment » au pays des fées et le soleil était déjà très haut quand nous décidions de rentrer pour montrer notre récolte à ceux qui étaient restées. Notre spécialiste en champignons suivait un stage de contes organisé aujourd’hui juste à côté de sa maison. C’est alors un cercle de conteurs mycologues, sorciers des mots et habitués des forêts qui s’est  penché sur notre panier  ce midi. Ajoutant à leur expertise avertie quelques conseils culinaires avertis  et faisant naître chez nos enfants un certain goût pour la sauce forestière.

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samedi 16 août 2014

des mûres de l'autre côté de la barrière

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Nous avions rendez-vous l’après-midi avec des amis pour cueillir nos premières mûres de l’année. Autour de la maison, les haies en sont déjà pleines  et ce matin, j’ai proposé aux enfants de partir autour de la maison pour une première récolte. Une première cueillette en éclaireurs  pour vérifier que les mûres sont toujours aussi bonnes. Comme le voulait Marcel, on décidait d’attendre un peu pour récolter celles des buissons qui bordent le potager, mais notre panier se remplissait déjà alors que nous n’étions pas sortis de la petite allée qui mène à la maison. Georges chapardait quelques petites pommes sauvages au passage. Le long de la route, il fallait escalader les talus et serrer les dents quand on se faisait griffer par une ronce. Au dessus du petit pont qui permet de traverser le ruisseau, il y avait des milliers de fruits qui nous narguaient. Mais on avait beau réfléchir, imaginer des figures les plus acrobatiques, tendre nos bras le plus loin qu’on pouvait, aucun d’entre nous n’arrivait à les attraper. Peut-être en passant par l’intérieur du champ mais là, deux jeunes taureaux nous attendaient. Les milliers de mures continueraient donc de nous provoquer et nous nous contentions du spectacle que nous donnait l’araignée tigre qui achevait sa proie. Puis on continuait plus haut, dans le petit chemin qui monte et qui est toujours trempé. Aucune ronce, aucune mûre, juste  nos pieds mouillés. Tout d’un coup, je proposais aux plus courageux de franchir la barrière pour rentrer à la maison à travers champs. Tout le monde décidait de me suivre, malgré la perspective d’avoir à traverser un bout du pré ou paissent les vaches, les veaux et le taureau. Je savais le troupeau plus loin mais j’ai aimé avoir peur avec eux, me dépêcher et dévaler la pente, ramper pour passer de l’autre côté des barbelés et souffler avant de trouver exactement ce que nous cherchions, des buissons remplis de mûres dont nous remplissions notre seau et notre panier. Sur le chemin, on croisait Pivoine avec laquelle Georges partageait une petite partie de sa récolte et les chevaux. Nous revenions triomphants. L’après-midi fut beaucoup moins généreuse, les haies auxquelles nous pensions ayant sûrement déjà été visitées avant notre passage. Mais la moitié des mûres que nous avons repérées sont encore rouges, pas encore prêtes. Nous retournerons en cueillette et peut-être même que l’un d’entre nous trouvera une idée miraculeuse pour l’insolent buisson qui surplombe  le ruisseau.

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vendredi 15 août 2014

des deux côtés de la forêt

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Nous avons nos rendez-vous du 15 août. D’abord, cette fête du village d’à côté avec le stand des dames anglaises et les cup-cakes que nous choisissons chaque année. Cette fois-ci, il pleuvait à torrent quand nous nous sommes dirigés vers les drapeaux anglais mais rien de pouvait nous faire renoncer. Vert doux et rose brillant, violettes en sucre et étoiles dorées, la pluie se mariait parfaitement avec ce dessert aux goûts de bonbonnière. Et puis il y a cet autre repère, sans date fixée ni horaire précis, ce coup de téléphone qui vient de l’autre côté de la forêt. Cette fois-ci, le temps d’automne nous avaient donné  tous envie de partager un goûter. Pain perdu et tarte aux mirabelles. Et même si le soleil avait finalement gagné la partie, nous avions tous besoin de réconfort après ces heures trempées. Les grandes filles de la maison nous montraient leur trésors ramenés de vide-greniers et nous leur parlions de nos petit gâteau anglais.  Les cages de foot abritait un tournoi aux pieds nus puis les petits garçon trouvaient basket à leurs pieds, cinq ou six pointure au dessus des leurs mais qui s’avéraient aussi magique pour tirer que pour arrêter les buts. Et puis le goûter glisser vers l’heure de l’apéro et nous nous laissions guider par celle dont c’est métier. J’ai même aimé le rosé.  Georges me tirait par la manche pour que je visite la grande maison avec lui « maman, on dirait un château. » Et puis on rajoutait une planche posée sur une paire de tréteaux et l’apéro glissait vers le dîner. Nos petits garçons, fascinés par le grand garçons de la maison, le transformaient en une sorte de gourou auquel il voulaient montrer tout ce qu’ils ont appris en une année pendant que Blanche, désormais passée maîtresse dans l’art du pain perdu, s’emparait des têtes des grandes filles de la maison pour parfaire son sacoir faire en matière de coiffures tressées. Il était tard mais nous avions le temps. Les enfants s’étaient couchés tôt presque tout l’été et ce soir, ils obtenaient la permission de minuit, presque minuit,  sans même insister. Pour rentrer, il n’y avait qu’une forêt à traverser.

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jeudi 14 août 2014

jour de récolte

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Il m’aura fallu attendre tant d’années pour réaliser à quel point j’aime conduire. Engranger des kilomètres, regarder les villages traversés, rêver aux prochains voyages, ceux qu’on ne fera peut-être jamais. Et si on traçait un cercle de cinq cent kilomètres autour de la maison, après il suffirait de choisir ? Ce matin en me réveillant, j’avais presque le nostalgie de cette succession de routes départementales et d’endroits où nous aurions pu nous arrêter, de noms de villages qui me diront « quelque chose » si je les entends désormais prononcés. Mais nous retrouvions la maison et ce retour n’était pas dénué de plaisir, d’autant que les enfants pas réveillés avant la fin de matinée nous laissait alors quelques heures tous les deux pour reprendre possession des lieux. Le linge sorti des sacs pour être mis au sale, les valises remontées, je partais faire un tour de jardin et me cueillir un bouquet.  Les enfants réveillés retrouvaient à leur tour leur univers familier. Il a du beaucoup pleuvoir ici, la vigne et la glycine se sont mises à tout dévorer. La journée a passé et nous nous sommes de nouveau glissés dans la vie qui est la notre ici. Petit à petit, l’idée de la rentrée prochaine s’installe dans nos esprits et dans nos projets, pour l’instant sans trop nous bousculer. C’est le soir que nous nous sommes donnés rendez-vous au potager. Chacun des enfants pouvaient cueillir des tomates dans son carré et nous en avons rempli un panier. Il y en a de toutes les couleurs, assorties au piment doux et aux courgettes que les limaces nous ont laissés. L’ânesse est venue nous saluer alors que le chat ne veut plus nous quitter depuis que nous sommes rentrés. Les vacances sont loin d’être terminées, elles sont même encore assez longues pour nous permettre de rêver à la façon dont nous allons occuper nos journées.  Blanche m’a promis un thé dans le potager, Georges voudrait récolter de la lavande pour en mettre sous son oreiller ? Aimé et Marcel ont déjà repéré les endroits de la haie couverts de mûres. Il y a en a tant que cette année, on pourra faire des crumble et des confitures, et même en congeler quand nos journées d’hiver auront besoin d'une pincée d’été.  

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mercredi 13 août 2014

Voyage à Nantes

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Nous devrions peut-être changer nos habitudes, explorer d’autres grandes villes inconnues. Mais Nantes était sur la route et le souvenir du grand éléphant nous forçait à nous y arrêter.  C’est d’ailleurs vers lui que nous sommes allés en premier, pour encore nous sentir émus à chacun de ses battements de cils, pour voir Georges s’arrimer à un arbre du parcours, ensorcelé par le gros animal. Effrayé aussi, répétant plusieurs fois « mais c’est pas un vrai hein ? » avant de demander à le suivre. A chaque fois l’éléphant nous fascine, à chaque fois nos cœurs se mettent à l’unisson de celui de la machine.  Il est parti rejoindre son hangar et nous avons rejoint la cantine de l’île. Elle était tout au bout du chemin, nous longions la Loire et je ne savais pas que les enfants avaient entendu parler de cette maison sur l’eau. Il la cherchait partout et leur père leur glissait « on ne peut pas tout voir vous savez ». Non, on ne verrait pas tout, ni passage Pommeraye ni centre ville. Ici aussi il faudra revenir bien plus qu’une demi-journée coincée sur un trajet de retour. Je suis incapable d’expliquer de quelle manière les enfants s’y sont pris pour me faire promettre un tour dans le carroussel, et la condition que nous avons posée « sauf s’il y a trop de monde » n’a pas tenu plus du temps qu’il faut pour avaler un verre d’eau.  C’est vrai qu’il est magique ce grand manège des fonds marin et que j’ai beaucoup ri à faire un tour moi aussi. C’est vrai que la queue avançait vite et que, de toute façon, l’heure que nous avions fixée pour le départ était de toute façon dépassée. Alors une fois remontés des abysses, nous avons quitté l’île pour rejoindre le jardin des plantes et chercher dans tout ce vert les personnages de Claude Ponti. Nous avons partagé de grands éclats de rire avant de repartir. Aimé aurait voulu rester et profiter jusqu’aux dernières lueurs de ce jardin de ville qui nous faisaient tous envie. Nous aurions pu céder à notre goût commun pour ces grands jardins urbains, sorte de transition entre la ville et notre vie. Du vert, des fleurs, des bancs ou s’asseoir et partout des gens à regarder passer. Il restait pourtant plus de six heures de route et nous avons repris notre chemin.  Arrivée prévue au milieu de la nuit.

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mardi 12 août 2014

la compagnie des Indes

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C’était un musée dans lequel Blanche et Aimé rêvaient de retourner. Nous y sommes partis en bateaux, le nez au vent, les pieds devant, un bateau-bus comme un grand voilier pour un euro par personne et une demi-heure d’aventure trempée.  Pour traverser le pont et entrer dans la citadelle, il fallait tenir son chapeau. C’est encore la grande marée et la mer était plus que haute quand nous sommes arrivés « et pourquoi papa elle monte pas la méditerranée ? » Quand nous avons découvert la première maquette de bateau, Marcel a retrouvé ses souvenirs des lieux.  Il y avait là toute la vie à bord de ces grands navires marchands, de la calle au pont, du capitaine au mousse qu’Aimé avait identifié « premier debout, dernier couché tu vois, je sais. » Depuis Groix, il s’est plusieurs fois imaginé la vie des petits garçons à peine plus vieux que lui et aujourd’hui, il m’a répété, « tu sais que certains d’entre eux étaient jetés par dessus bord et qu'on ne les retrouvait plus jamais? » Dans la salle d’après, la dame parlait de Paul et Virginie et de ce bateau  parti de Lorient pour ne jamais y revenir. C’est là qu’il fallait aussi parler du commerce triangulaire de l’Afrique pillée. Aimé et Marcel regardaient les entraves exposées derrière une vitrine, puis ce masque taillé dans une mâchoire de crocodile. Il fallait passer dans une autre pièce encore pour reprendre notre respiration et tomber en extase devant une série de robe en soie « maman, j’en voudrais une comme celle-là » et de grandes teintures indiennes. Georges était sûr que nous lui montrions des tapis volants et Marcel repérait sa maquette de navire préféré « tu croix qu’elle entrerait dans ma chambre même si elle est grande ? » Après, il y a eu  du café et des épices, la tenue de samouraï et son épée, deux petits sachets de thé que nous avons choisis pour les ramener chez nous et avant de reprendre le bateau, une autre salle d’exposition où les enfants retrouvaient la vie des sauveteurs en mer. Dans les rêves de nos petits garçons, les pompiers ont du souci à se faire. D’autant qu’aujourd’hui, les sauveteurs voyagent même en hélicoptère.

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lundi 11 août 2014

lendemain d'île

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Les lendemains de Groix sont toujours difficiles. On se réveille en pensant aux petits déjeuners de la grande maison. Et puis non, la vie du continent nous reprend. Mais ce soir, Joséphine s’en allait et il n’était pas question de nous laisser émouvoir par ce lendemain de retour. Les vacances ne sont pas terminées.  Les enfants cherchaient comment s’habiller, ce midi leur grand-père  invitait tout le monde au restaurant. Etait-ce encore la magie de l’île qui opérait sur nous. Cinq minutes avant l’heure dite, tout le monde était prêt. C’était un de ces restaurants dont nous partageons le goût. Pour les plus petits, il a d’abord la particularité d’être accessible en bateau navette, une traversée qui ne dure que quelques minutes, entre mer et Laïta mais nous ravit toujours, comme si nous traversions une passe exotique et lointaine. La mer était basse et des centaines de promeneurs fouillaient dans le sable autour de l’embarcadère. Je réalisais que j’avais passé de longues heures, petite fille, les pieds dans le sable mouillé à chercher des crabes et des bulots mais que je n’y avais jamais entraîné mes enfants. Passés de l’autre côté, ils obtenaient la promesse qu’après le restaurant, ils pourraient chercher des coquillages dans les rochers dégagés. Une fois cette promesse obtenue, ils s’asseyaient pour découvrir d’autres cadeaux de la mer. Des crevettes, des langoustines et des gambas « tu crois qu’on peut manger les yeux aussi ? », leur goût confirmé pour le poisson quand il est bien cuit et qu’il n’a pas d’arrêtes et quand la dame qui avait déjeuner à côté de nous murmurait, « vous aviez peur d’avoir peur, vos enfants sont vraiment charmants. » leur sourire leur barrait le visage et ils me lançaient tous ensemble un regard de défi. J’étais fière aussi. Charmants et impatients qu’arrive le dessert pour pouvoir repartir à la plage et compter les berniques. Assis sur le port, ils assistaient au grand départ d’un camp d’adolescent en canoë et je croisais dans leur regard une pointe d’envie. Nous nous contentions de rejoindre l’autre rive en navette, de retraverser notre détroit imaginaire.

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dimanche 10 août 2014

reprendre la mer

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Blanche m’avait dit plusieurs fois qu’elle n’aimait pas les jours de départ, je les déteste aussi. Aimé, Marcel et Georges s’obstinaient à ne pas comprendre que nous prendrions le bateau ce soir. Georges nous disait son impatience d’arriver au petit déjeuner de demain matin et Marcel me parlait de toutes les plages à découvrir. Nous avions été réveillés par le vent et la pluie mais au milieu de la matinée, le soleil s’était levé pour ne plus laisser aucun doute sur le reste de la journée. Les billets, dans le fond de mon sac à main, nous décidions de ne plus y penser jusqu’à l’heure fixée. Je voulais revoir Port Lay et la grande maison blanche. Une dernière fois, nous avons quitté la grande maison en  procession de deux roues. Six vélos et une carriole, des courses folles et des descentes en hurlant pour se donner du courage pour les montées. Georges, tel un petit empereur, restait assis dans sa carriole et saluait de temps en temps de la main ceux qui le croisait. Finalement, il ne regrettait pas de ne pas avoir insister pour avoir un vélo à lui et s’endormait de temps en temps quand le rythme le berçait. Arrivés sur le petit port, il partageait avec ses frères et sœurs une admiration sans borne pour les jeunes garçons qui plongeaient du haut de la jetée, puis du haut de la grue fixée à la jetée. Ces jeunes héros de la mer devaient être d’ici, forcément. Nous repartions manger une crêpe et reprendre notre courses sur les routes de l’île. On ne parlait plus du bateau. Pas tout de suite, pas encore. De toute façon, on a toujours le temps sur cette île. Cette fois-ci, nous nous dirigions vers un endroit que nous n’avions jamais vu. La pointe des chats contre laquelle la mer venait se fracasser. C’était si beau, c’était jour de grade marée et les enfants hurlaient de joie en encourageant les vagues à se gonfler. Cette fois-ci, il fallait trouver une montre, demander l’heure, et nous décider à revenir au bourg, faire un dernier tour de manège, deux derniers tours de manèges, Quatre pour Georges aidé par le sort et ce petit manège dont nous connaissons désormais l'histoire, prendre un dernier thé puis redescendre vers la grande maison, dire au revoir, descendre vers la port, dire au revoir encore et nous dire que l’an prochain, à peu près au même moment, nous reviendrions au même endroit. « et cette fois-ci, on restera plus longtemps maman. »

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samedi 9 août 2014

en vélo pour le paradis

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« ça ressemble au Paradis, mais en vrai. » C’est avec ces mots que Marcel a commencé la journée.  Il voulait rester un peu dans cette maison qui nous accueillait, ses frères et sœurs étaient de son avis. Mais dehors, il y avait ce soleil revenu et les vélos qui n’attendaient que nous. D’abord, il fallait retrouver les ânes et ici, les trajets ne son jamais très longs. Mais on peut aussi se perdre pour le plaisir, emprunter les petits chemins qui mènent on ne sait où et toujours finir par se retrouver exactement là où on voulait aller. Nous avons trouvé les ânes qui sont venus vers nous. Lequel d’entre eux ressemblait le plus à notre Pivoine ? Chacun avait son avis.  Dans ce pré au milieu de l'île, Blanche a surpris un lapin noir ses frères un faisan qui s’envolait. Nous avons repris les petits chemins vers ce petit port auquel je pense souvent quand je suis très loin de l’île. «maman, est-ce que l’année prochaine on pourra rester plus longtemps ici. » Une nuit en plus pour l’an prochain, ce matin c’était certain, ce soir ça l’est encore. « et peut-être que dans dix ans on restera dix nuits ? » Nous rêvions d’étés entiers  passés sur l’île et reprenions les vélos pour retrouver Joséphine qui nous attendait au bourg. Pendant ces vacances, nous aurons aussi pris goût au pique-nique et  à l’heure de la sieste, au rythme plus lent, aux longs kilomètres à vélos et aux couchers tôt. Ici, personne ne semble pressé et nous avons vite appris. C’est le rythme des vacances, mais pas seulement, c’est aussi la vie sur une île, la certitude que la pluie ne durera jamais très longtemps. Ce soir, pendant le dîner, Georges nous annonçait qu’il voulait rester ici, vite suivi par ses frères et sœurs, ils  avaient écouté nos hôtes nous raconter la vie des groisilllons à la grande époque  des thoniers, quand les mousses embarquaient à neuf ans, quand la vie était dure. Ils avaient bu ces longues histoires comme des contes de la vraie vie, Aimé en avait demandé encore « j’adore quand les adultes parlent de la vie. » Mais aucun n’en démordait « et si on décidait de rester ? »

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vendredi 8 août 2014

la pluie et le vent

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J’aurais peut-être pu écrire malgré la pluie, mais c’est avec  la pluie que nous avons passé la journée. Hier soir, elle nous avait déjà cueillis sur le place du village et nous l’avions entendu tomber sur le toit toute la nuit. Le matin, les enfants voulaient retrouver le trou de l’enfer et Georges me demandait « mais maman, c’est pas trop l’enfer quand même ?’ » avant de nous annoncer que c’était « un endroit parfait pour se suicider mais qu’on n’était pas obligé ». Juste avant de partir, ils avaient retrouvés le petit déjeuner auquel ils rêvaient depuis des semaines, depuis que je leur avais annoncé que nous revenions ici. Nous avons regardé les jeunes goélands apprendre à voler et longé la falaise en regardant le gris de la mer. Sur nos vélos la pluie nous trempait alors nous pédalions plus vite, tête baissée, puis elle se calmait dès que nous nous arrêtions quelque part. Elle s’est même faite oublier le temps du déjeuner, au autre pique-nique en dînette pris dans le jardin de la grande maison. Nous sommes repartis équipés pour l’après-midi après avoir décidé de rejoindre le point le plus éloigné de l’île. Le phare de Pen men au milieu de la lande en fleurs. Nous avons roué le nez plein de ces parfums de landes, de bruyère et de fenouil sauvage, il faisait doux et la pluie ne nous faisait plus peur. Le vent s’était mis à souffler pour le retour et nous imaginions les automne ici et la violence de certains vents, le dureté de la vie quand les marins étaient partis. Puis nous avons pédalé plus vite encore pour ne pas rater le concert de dix-huit heures dans l’église du bourg. Nous y sommes arrivés fatigués, trempés, les joues rougis par l’effort. C’était bon de s’asseoir et de se laisser porter par les airs que jouaient les élèves d’une master class qui venait de se terminer. Le soleil était revenu quand nous sommes sortis, juste de le temps de repasser à la maison pour mieux nous chausser et repartir dîner. Cette fois-ci, nous descendions vers le port. Les enfants prennent goût au poisson et criaient leur joie à l’idée de manger du far breton.

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jeudi 7 août 2014

Qui voit Groix.

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 Ce n’est pas un problème de se lever tôt, surtout quand c’est pour partir prendre le bateau. Nous avons embarqué, nos valises à la main pour apercevoir le petit port une  heure plus tard. Blanche me murmurait « autour de nous il n’y a que des gens qui ne connaissent pas l’île et ne viennent passer qu’une journée ici. » Dans le ton de sa phrase, il y avait la certitude du privilège qu’elle semblait savourer avec délectation. Dès la descente du bateau, chacun de nous retrouvait ses repères, « maman, quand est ce qu’on loue les vélos ? »  et je répétais plusieurs fois « qui voit Groix voit sa joie », des bulles dans les yeux et un petit tambour dans le cœur. Après avoir ouvert le grand portail, Joséphine et Blanche poussaient la porte de la maison et tombaient nez à nez avec notre hôte en costume breton. Un instant plus tôt, Blanche m’avait fait part de son envie de revoir la très belle robe bretonne qui d’habitude est exposée sur le palier. La robe partait danser et accueillir le groupe de musiciens irlandais qui devaient descendre du bateau en milieu de journée. Nous retrouvions les chambres et chacun choisissait son lit et j’avais pour une fois l’impression que les enfants étaient impatients de voir arriver la nuit. On reviendrait là ce soir, déjà, nous redescendions au port pour accueillir les musiciens et les accompagner jusqu’au bourg,  Nous retrouvions aussi le monsieur de la maison avec son kilt et ses idées de tartan. Un tartan pour Groix, nous étions partants. Pique-niquer sous l’arbre et se promener dans le village, retrouver la vie sur une île, assez loin du continent pour se préserver de ses tourments, je gouttais à cette impression particulière et me sentais à l’abri des fracas du monde, quelques jours à la fois libres et épargnés, « maman, quand est ce qu’on va chercher les vélos ? » Premier bain de mer pour les enfants, nous assis sur de gros rochers et puis ces fameux vélos et une carriole pour Georges, sûrement pour la dernière année. « l’année prochaine, je saurai pédaler. »

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mercredi 6 août 2014

le bateau-bus et le vieux thonier.

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Voilà, nous étions arrivés, nous nous étions retrouvés pour entamer ces vacances à sept. Toute notre famille. Sept comme ça, quand on l’écrit, ça fait beaucoup mais dans la vraie vie, c’est plutôt heureux. Quelques jours tous ensemble sur une île dont on fait le tour en une journée. Quelques nuits dans une grande maison qu’on aime beaucoup « maman, est ce que tu crois qu’ils seront toujours aussi bien les petits déjeuners ? » Mais avant le bateau, avant la traversée, il y avait cette journée ici avec le chemin de la plage et la mer dans laquelle on finit toujours par plonger,  son parfum partout et le vent qui nous caresse la peau. Aujourd’hui il faisait beau., on a essayé d’imaginer les dunes à la place des maisons  les unes contre les autres. Il y avait le sable qui colle et qui brille, puis ce fabuleux bus anglais dans lequel on a pris un café, il y avait ces questions sur la famille, « qu’est ce qu’on fera quand on sera grand ? » et « comment on sera quand on sera vieux ? » On ne viendra peut-être plus ici.  « et si chacun de nous rêvait à l’endroit qu’il choisirait pour passer ses vacances au bord de la mer ? » . On dit que c’est un rêve et que tout est permis. Il y a eu aussi cette escapade en ville, le bateau-bus pour y aller,  les irlandais, les écossais, et puis l’idée de la rentrée qui partout se glisse dans les interstices. On a tourné le dos à la rentrée. Il y a eu ce vieux thonier restauré dans lequel on a pu monter, les vieux gréements, les histoires de marins, la glace à la fraise et ce caprice pour un ballon « mais c’était une blague maman ! ». il y avait du monde et je me suis sentie un peu à côté mais il y avait aussi les cornemuses et ça c’était vraiment bien. ET puis on est rentrés, par le bus cette fois-ci, en pensant à demain. Il devrait faire beau, on doit prendre le bateau très tôt, comme pour un vrai et grand voyage, comme si on allait très loin. Quand on va sur une île on va toujours très loin. Un peu coupés du monde, un peu coupés de tout.

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